Je pense avoir une phobie du VIH…


Bonjour,

Je ne suis pas certaine d’être au bon endroit pour poser ce genre de question mais j’ai vu qu’une personne avait poster sur le thème du VIH.
J’aimerais avoir votre vie. J’ai vraiment très peur de cette maladie depuis de nombreuses années. Je pense que l’on pourrait parler de phobie.
Je vous expose la situation. Nous avons été séparés pendant deux ans mon mari et moi. Pdt ces deux années il était en couple avec une autre femme. Nous nous sommes remis ensemble il y a quelques mois. Nous avons des rapports protégés. Il n’a pas encore fait le test mais le fera même si au vue de la situation de son ex compagne le risque est vraiment très faible. Tout ça pour en venir à la situation source de stress (qui n’est pas la première malheureusement):

Samedi matin j’ai utilisé son rasoir électrique et me suis un peu couper avec. J’ai saigné un peu. Et la de suite j’ai eu une angoisse. il s’est servi du rasoir la veille, le vendredi après midi donc je me suis dit que si il a le VIH, je peux être contaminée.
J’ai l’impression que cette inquiétude n’est pas fondée au vue de ce je sais sur la transmission du VIH notamment sur le fait que le virus ne survie pas longtemps à l’air libre et que la quantité de sang doit être importante et si j’ai bonne mémoire vraiment se faire de plaie à plaie qui coulent bcp ou via une seringue. Malgré cela j’ai peur et je n’arrive pas à me raisonner.
Ce n’est pas la première fois. Depuis une dizaine d’années cette maladie me fait peur notamment quand il y a du sang en jeu. une coupure, une piqure avec un objet (je ne parle pas de seringue).

J’aimerais savoir si mon raisonnement est le bon et qu’il n’y pas de risque sur la situation décrite? ou si il y en a un?
Et si cela est avéré qu’il s’agit plutot d’une phobie, avez vous déjà eu le cas? et des témoignages que je pourrais lire? Des conseils peut-être?

Je vous remercie

Audrey

Bonjour Audrey!

Merci pour la confiance que tu accordes envers l’équipe d’AlterHéros! Et bien évidemment que tu es à la bonne place pour poser des questions entourant la santé sexuelle! 🙂 Si je comprends bien, tu nommes avoir une grande crainte de contracter le VIH. Tu fais même référence au terme «phobie» pour décrire cette crainte que tu sembles décrire comme envahissante. Plus précisément, tu nous expliques que tu es en relation avec un homme qui a eu une autre partenaire dans les deux dernières années et tu te demandes s’il y a un risque de contracter le VIH après avoir utilisé son rasoir avec lequel tu t’es coupé.

Premièrement, pour répondre rapidement à la question du risque de transmission du VIH en utilisant le rasoir de ton partenaire, la situation que tu décris en ce moment, avec le rasoir de ton partenaire utilisé la veille, a un risque nul de transmission du VIH. Le VIH cesse d’être actif en moins d’une minute lorsqu’il entre en contact l’air libre. Il s’agit d’un virus très fragile qui supporte très mal d’être à l’extérieur du corps humain. Le contact doit donc être fait dans un court laps de temps. Puis, précisons que le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est le virus responsable du syndrome de l’immunodéficience humaine (sida). En règle générale, si une personne vivant avec le VIH reçoit des traitements appropriés, le sida ne se développera pas. Même qu’il ne pourra pas se transmettre! C’est pourquoi il est important de distinguer le VIH du sida, car la majorité des personnes vivant avec le VIH ne développeront pas les différentes infections caractéristiques du sida. Je reviendrai sur la question des traitements et de la transmission un peu plus loin dans cette réponse.

Deuxièmement, explorons un peu la question de cette peur que tu nous décris. Pour ce faire, je vais m’inspirer de cette réponse que j’ai écrite dans le passé envers une personne dans une situation similaire à la tienne : J’ai une phobie du VIH dans la vie quotidienne, d’être piqué par un séropo : «Je tiens à te rassurer, la science a énormément progressé en ce qui concerne la compréhension du VIH et de ses méthodes de transmission. Ainsi, plusieurs mythes de transmission largement véhiculés dans les années 90 s’avèrent en fait complètement faux. À titre d’exemple, en l’absence de plaies ouvertes importantes sur tes main, il est impossible de contracter le VIH en allant aux toilettes publiques, en touchant avec ses doigts des organes génitaux de personnes vivant avec le VIH ou en touchant du sang avec ses doigts

Maintenant, comment se transmet le VIH? Il est important de savoir que la transmission du VIH n’est pas aussi facile que certaines personnes peuvent le croire. Pour que la transmission ait lieu, il faut réunir ces trois éléments : (1) une porte de sortie du virus (saignement, éjaculation, production de liquide pré-éjaculatoire, allaitement, utilisation de matériel d’injection), (2) une porte d’entrée du virus dans un organisme non porteur (plaie ouverte, lésion de la peau, muqueuse anale, vaginale, injection, ingestion, tatouage, perçage) et (3) un porteur (messager) du virus entre ces deux portes (liquide biologique comme le sperme, le liquide pré-éjaculatoire, les sécrétions vaginales, anales, le lait humain, le sang). (Source)

Certaines activités sexuelles ou comportements peuvent être davantage à risque que d’autres pour la transmission du VIH. Je te suggère de jeter un coup d’oeil au tableau suivant tiré du site internet de CATIE.

Activité (pour les activités sexuelles, la position du partenaire séronégatif est précisée)

Estimation du risque moyen

Taux de transmission

Relation sexuelle anale réceptive

1,4 %

1 transmission sur 71 expositions

Injection de drogues au moyen d’une seringue/aiguille partagée 0,63 % 1 transmission sur 159 expositions

Relation sexuelle anale pénétrante

0,11 %

1 transmission sur 909 expositions

Relation sexuelle vaginale réceptive

0,08 %

1 transmission sur 1 250 expositions

Relation sexuelle vaginale pénétrante

0,04 %

1 transmission sur 2 500 expositions

Ensuite, tu fais brièvement référence à la question des seringues. En ce qui concerne la possibilité de contracter le VIH par une seringue contaminée et d’être ainsi porteuse du VIH, je te rassure : « suite à une piqûre accidentelle avec du sang contaminé, le risque moyen de transmission du VIH est d’environ 0,3 % ». Plusieurs facteurs influencent le risque de transmission du VIH avec l’aide d’une seringue : «le risque de contracter le virus augmente avec une exposition à une grande quantité de sang et selon les critères suivants : un instrument contenant des traces visibles de sang, une manœuvre impliquant que l’aiguille soit placée directement dans une veine ou une artère et une blessure profonde.» (Source : Les risques de transmission d’infections liés à la présence de seringues et d’aiguilles à des endroits inappropriés )

 

Puis, je sais que ce n’est pas directement dans ton message, mais un petit rappel de l’organisme Portail VIH/Sida : Attention ! Le VIH ne se transmet pas via les gestes de la vie courante, tels se serrer la main, un éternuement, se faire la bise, partager un repas, les toilettes ou boire dans le même verre.

 

Pour reciter la réponse précédente : «Finalement, je t’invite grandement à t’informer sur la réalité vécue par les personnes vivant avec le VIH. En [2021], le VIH est beaucoup mieux connu qu’il l’était à l’époque de la crise du VIH dans les années 1990. Les traitements offerts aux personnes vivant avec le VIH, appelés traitements antirétroviraux, permettent de bloquer la réplication du virus dans le corps et de diminuer fortement la charge virale (donc la quantité de virus du VIH dans le corps). Ces traitements permettent aussi de renforcer le système immunitaire de la personne vivant avec le VIH. Bien qu’il est encore impossible d’éliminer à 100% le VIH du corps de la personne, lorsque les traitements antirétroviraux fonctionnent, la charge virale de la personne devient indétectable. Que signifie être indétectable? Cela signifie que le virus est tellement affaiblit dans le sang qu’il devient impossible de détecter le virus dans le sang de la personne. Ce qu’il est important à savoir sur les personnes ayant une charge virale indétectable, c’est que le virus devient intransmissible. C’est ce que l’on nomme I=I (Indétectable = Intransmissible). Une personne vivant avec le VIH qui prend sa médication sur une base régulière, dont la charge virale est indétectable, ne peut pas transmettre le VIH à ses partenaires par voie sexuelle.
Les avantages de prendre le traitement sont très nombreux, mais ils permettent surtout de vivre en santé, d’avoir une espérance de vie semblable aux personnes séronégatives et de ne pas transmettre le VIH à d’autres personnes.
Il existe encore malheureusement beaucoup de préjugés et de mythes à l’égard des personnes vivant avec le VIH. Ces préjugés et mythes alimentent la stigmatisation sociale des personnes vivant avec le VIH et mettent des barrières importantes dans l’accessibilité des soins de santé, en prévention tout comme en traitement, concernant le VIH pour l’ensemble de la population. Il est donc de la responsabilité de l’ensemble de la population de se renseigner sur le VIH, en [2021], et ses différentes technologies de traitements et de prévention. Et surtout, qu’il est possible d’avoir une vie entièrement normale tout en vivant avec le VIH.»

Néanmoins, je tiens à te féliciter pour ton réflexe de feu de prendre le temps de te renseigner et de t’outiller pour prendre en charge ta santé sexuelle ainsi que celle de ton partenaire! C’est réellement tout à ton honneur! Si jamais, il est toujours intéressant de faire un test de dépistage des infections transmissibles sexuellement ou par le sang au moins une fois par année si on est actif.ve sexuellement ou lorsqu’on change de partenaire régulier.e. Tu peux consulter cette carte du Portail VIH/Sida du Québec pour connaître les différents services de dépistage dans ta région. Un dépistage de temps en temps, ça nous permet de faire un petit suivi, d’adresser des questions concernant la santé sexuelle à l’infirmier.e s’occupant de nous et d’obtenir les bons traitements advenant un résultat positif! Ce serait d’ailleurs important que ton partenaire prenne le temps d’aller faire un test de dépistage. Je comprends entièrement que la question des ITSS et du VIH peut t’apporter une anxiété dans votre relation intime au quotidien… Et si un dépistage en couple permettait de réduire efficacement ce stress? 😉

Pour conclure, je sais qu’il ne s’agit pas pour toi d’une situation à risque pour le VIH, mais connais-tu la PPE, le traitement de Prophylaxie Post-Exposition? Si dans l’avenir tu crois avoir été à risque de contracter le VIH, sache qu’il est possible de se rendre aux urgences de l’hôpital le plus près de chez toi dans un délai de 48 heures (le plus tôt possible!) pour débuter un traitement de PPE (ou TPE en France). La PPE s’adresse à toute personne qui a été exposée au VIH: il permet de diminuer le risque de contamination et doit être pris dès que possible après la situation à risque, si possible dans les 4 heures qui suivent le rapport et au plus tard sous 48 heures. D’ailleurs, puisque j’ai ouvert la porte sur le sujet de la prophylaxie, je désirais t’informer de l’existence de la PrEP (abréviation de Prophylaxie Pré-Exposition) qui est une stratégie de prévention qui consiste à prendre des médicaments antirétroviraux pour éviter la transmission du VIH. Les études scientifiques ont démontré l’excellente efficacité de la PrEP, notamment pour les partenaires séronégatif.ve.s en relation avec une personne vivant avec le VIH. Pour plus d’information, rendez-vous sur maprep.org !

Tu nous demandes s’il y a des témoignages d’autres personnes ayant une grande crainte de contracter le VIH que tu pourrais lire. Je t’en mets quelqu’uns à la fin de cette présente réponse! Tu peux ainsi constater que tu es loin d’être la seule. Mais néanmoins, un conseil généralement très efficace pour naviguer cette crainte de contracter le VIH est de continuer à s’informer sur le VIH, s’informer et faire preuve d’empathie concernant les réalités des personnes vivant avec le VIH, de poser des questions à des associations (comme nous!) qui possèdent une expertise sur le sujet et de prendre comme habitude de réaliser des tests de dépistage de temps en temps pour être en mesure de connaître son statut sérologique. En règle général, ces astuces ont un taux de succès assez impressionnant! 🙂 Il y a d’ailleurs ce site québécois qui porte uniquement sur la sérophobie, qui offre des définitions exhaustives de ce type de phobie, des outils concrets pour y remédier et contenant une foule de témoignages de personnes vivant avec le VIH! 🙂

Je te remercie encore une fois pour ta question importante! 🙂 J’espère que cette réponse a été appréciée! Et il nous fait toujours plaisir de pouvoir te répondre de nouveau si tu as de nouvelles questions à nous adresser. 🙂

Chaleureusement,

Guillaume (il/he), pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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