Je ne sais plus quoi faire pour assumer mon homosexualité avec les autres et face à ma famille…


Bonjour, Je vous remercie tout d’abord pour toutes vos réponses pertinentes que vous apportez aux questions des gens sur différents sujets (orientation, transgenre, coming out, etc.).

Je vous lis depuis 2 semaines. Je suis tombé sur vous en faisant des recherches sur l’homosexualité, c’est un sujet qui me préoccupe, et vous et d’autres sites lgbt, vous êtes les seuls à avoir répondu correctement à beaucoup de mes questions qui m’ont permis d’identifier mon orientation. Malheureusement, j’ai toujours un problème, je flashe souvent sur des hommes depuis l’âge de 12 ans.

Quand je dis flasher, les personnes flashées éveillent en moi un très fort désir et une forte pulsion sexuelle que je ne connais pas avec les femmes.

Socialement, je me sens incapable d’assumer un jour cette orientation, même en étant dans le secret, ce qui m’oblige à la vivre par procuration.

Je me sens lâche par rapport à tous ceux qui assument leur orientation non hétéronormée et je me réfugie dans l’hétéronormativité.

Actuellement, pour tenir moralement, je vis mon orientation par procuration avec du porno gay.

Après avoir dépassé mon dégoût initial lié à ma honte d’aimer voir 2 hommes faire l’amour, maintenant je flashe aussi sur des acteurs gays, et quand je flashe j’ai besoin de voir et revoir toutes leurs vidéos.

Mais j’en peux plus de vivre mon homosexualité par procuration, je suis dans une solitude romantique la plus totale.

Je ne sais pas quoi faire pour assumer ma différence avec les autres et face à ma famille.

Est ce qu’il y a d’autres gens dans la même situation que moi ?

Billy

Salut Billy!

 

Merci pour la confiance que tu portes envers AlterHéros! Et merci également pour tes doux mots. Je suis super heureux de lire que notre site internet a contribué positivement à tes réflexions! On est là exactement pour cela. 🙂

Si je comprends bien ta situation, tu t’identifies aujourd’hui comme ayant des attirances envers les hommes, mais affirme ressentir beaucoup de difficultés à assumer l’étiquette ou l’orientation sexuelle étant liée à ces attirances. Tu affirmes ne plus vouloir vivre ton homosexualité uniquement par la pornographie et aimerais trouver des solutions concernant la solitude romantique que tu nommes et pour pouvoir te soutenir à assumer ton homosexualité auprès de tes proches.
Tout d’abord, j’aimerais te féliciter. Il n’est pas du tout évident de nommer nos attirances homosexuelles pour une première fois. Nous grandissons dans des sociétés hétéronormatives qui ont tendance à valoriser l’hétérosexualité devant d’autres orientations sexuelles. Il est donc super compréhensible que notre découverte de notre orientation sexuelle soit parfois mélangée à un sentiment de honte intériorisée, voire même à un sentiment de peur par rapport à notre entourage. Tu te demandes s’il y a d’autres gens que toi qui ont vécu ou qui vivent ce type de situation. Je te rassure immédiatement : vous êtes des centaines de jeunes à nous contacter, annuellement, pour nous décrire des difficultés liées à la compréhension, l’acceptation ou la découverte de leur orientation sexuelle. J’ai par ailleurs vécu un parcours très similaire au tiens lorsque j’étais plus jeune. J’ai vécu mon homosexualité via internet pendant une longue période avant de me sentir confortable d’en discuter avec proches… Tu n’es pas seul! Dans la même ligne d’idée, j’aimerais également te féliciter d’avoir nommer tes attirances homosexuelles auprès de nous. En effet, ce n’est pas rien! Il est possible que nous soyons les premières personnes à qui tu dévoiles ton orientation sexuelle – je tiens donc à te remercier pour la confiance que tu portes envers nous. De plus, les premières fois où on dévoile notre orientation sexuelle sont parfois les plus difficiles. J’aimerais t’encourager à te souvenir de ce moment précis dans le futur : la fois où tu as nommé ton homosexualité à l’équipe d’AlterHéros. J’aimerais t’encourager à te souvenir du sentiment de soulagement que tu as possiblement ressenti en nous écrivant ta question, du sentiment de te sentir en complet accord avec toi-même, et conserver ce sentiment positif dans ton petit tiroir de confiance. Au moment où tu te sentiras prêt, et en fonction de ton propre rythme personnel, je te demanderai de rouvrir ce petit tiroir de confiance et de ressortir cette émotion positive que tu as vécu en nous écrivant. Cela peut être le petit coup de pouce qui nous faut parfois pour nous encourager, nous valider et nous donner le petit brin de confiance que nous avons de besoin pour aller de l’avant.

 

Puis, je comprends entièrement l’usage de la pornographie pour vivre ses attirances homosexuelles. Je comprends également l’attachement ressenti envers certains acteurs pornographiques. On peut avoir l’impression d’apprendre à les connaître en les voyant dans toute leur vulnérabilité et dans toute leur intimité. Il ne faut simplement pas oublier qu’il s’agit justement… d’acteurs… dans des mises en scène! En d’autres mots, la pornographie ne représente pas la réalité. Il s’agit d’une grande industrie dont l’objectif numéro 1 est d’exciter… simplement! Toutefois, je comprends entièrement le positif pouvant être associé à regarder des représentations positives d’hommes homosexuels dans la pornographie. Il s’agit d’une façon anonyme et confidentiel d’explorer ses attirances et, d’une certaine façon, une partie de son identité. Or, as-tu réfléchi à d’autres alternatives que la pornographie pour explorer en toute discrétion tes attirances homosexuelles? Je pense notamment aux applications de rencontre pour hommes, aux forums sur internet, t’impliquer bénévolement dans une association pour jeunes LGBT ou participer à des activités (virtuelles) dédiées aux personnes LGBT? Dans mon cas, je sais que c’est en discutant virtuellement avec d’autres jeunes homosexuels ou bisexuels que j’ai développé ma confiance personnelle. C’est aussi à partir de cela que j’ai commencé à en parler à une amie… puis deux… et ainsi de suite.

 

En parlant de coming-out, chaque personne a son propre rythme à ce sujet. De plus, il n’y a absolument rien qui t’oblige à dévoiler à qui que ce soit ton orientation sexuelle. C’est d’abord et avant out ton choix individuel. Puis, c’est à chaque personne de déterminer son rythme, les personnes à qui on décide d’en parler et la façon que l’on souhaite le faire. Il est par exemple possible de le communiquer en personne, à l’écrit ou en appel téléphonique. Il n’y a aucune méthode qui soit meilleure qu’une autre : l’important, c’est que tu te sentes confortable avec la méthode choisie. De plus, le coming-out n’est pas un processus que l’on fait seulement une fois, mais bien que l’on peut répéter à plusieurs moments de notre vie, à plusieurs différentes personnes, dans divers contextes. À chaque fois, on peut choisir d’en parler ou non, en fonction de nos besoins, de nos limites, de notre sentiment de sécurité et de notre aisance.

 

Tu affirmes ne jamais pouvoir te sentir confortable d’assumer un jour ton homosexualité. Tu sais, c’est correct de ne pas se sentir confortable aujourd’hui d’en parler à d’autres personnes. Mais qui sait comment demain tu te sentiras? Ce que je veux dire ici, c’est de t’inviter à être indulgent envers toi-même, de respecter ton propre rythme et, surtout, de reconnaître tout le chemin que tu as déjà accompli. Tu as déjà fait énormément de chemin en nous communiquant ta question et nous parler de tes attirances homosexuelles. Tu as également fait beaucoup de chemin en faisant taire le sentiment de honte à regarder de la pornographie homosexuelle. C’est immense! Il est possible de célébrer chacun de ces pas! 🙂

 

Puis, il existe des petits trucs pour favoriser notre aisance au sujet de l’homosexualité : en parler à des personnes de confiance, discuter avec des personnes ayant vécu un parcours similaire, lire des articles bienveillants et positifs sur la diversité sexuelle, écouter des films ou séries mettant en scène des personnes LGBT, contacter l’association jeunesse LGBT de notre région, discuter avec d’autres garçons bisexuels ou homosexuels sur des applications de rencontre, participer à des activités pour la communauté LGBTQ+ ou même s’impliquer bénévolement dans une association. D’ailleurs, s’impliquer de la sorte dans une association pour jeunes LGBTQ+ peut être une belle façon de rencontrer d’autres garçons intéressants. 🙂

Voici des réponses à d’autres jeunes pouvant assurément alimenter tes réflexions à ce sujet… Comme quoi tu n’es pas seul! 😉 Ces réponses peuvent probablement apporter des pistes de réponses complémentaires à mes propos :
Comment avancer dans la découverte de mes attirances homosexuelles et effacer cette honte?

Comment affirmer mon homosexualité malgré la honte et la peur de faire rire de moi?

Comment être homosexuel et surmonter les blocages, la honte et la peur?

Je veux devenir homosexuel, mais ça me fait trop peur j’ai honte de moi…

J’ai peur de dire à mes parents et à mes amis que je suis gay. Que dois-je faire?

Je voudrais être en relation avec un garçon pour être en accord aves mes attirances, mais comment dépasser mes peurs liées à l’homosexualité?

J’ai peur de ma famille qui n’acceptera pas mon homosexualité…

Je suis une fille lesbienne je ne sais pas comment le dire à mes parents…

Mes parents ne veulent pas comprendre que je suis gay. Que faire?

Je te remercie encore une fois de nous avoir envoyé ta question. AlterHéros demeure disponible pour toi à n’importe quel moment. Je sais que ce n’est pas toujours un parcours reposant (j’en sais quelque chose!), mais je t’assure que tout ce travail que tu fais en ce moment ne peut que t’apporter du positif. Quel bonheur de s’autoriser à s’aimer et à se sentir soi-même? N’hésite pas à nous écrire de nouveau si tu en ressens le besoin – ou même pour nous donner de tes nouvelles! 🙂

Solidairement,

Guillaume, pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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