Comment avancer dans la découverte de mes attirances homosexuelles et effacer cette honte?


Bonjour,

Je vous avais écrit en juillet, pour savoir quelle est mon orientation, en étant toujours vierge à 23 ans et vivant à la campagne.
Votre réponse m’a apporté du soutien mais c’est toujours dur ma situation.

Pour être sûr de moi, je me suis testé. J’ai essayé de ne plus avoir de pensées homosexuelles, ne plus regarder du porno gay et penser uniquement aux femmes, pour savoir si je pouvais être hétéro-flexible, mais ça n’a pas marché, au moins ça m’a permis de comprendre que j’avais malgré moi des attirances qui ne passaient pas avec le temps.
Je me rends compte que maintenant je tombe aussi parfois attiré par des mecs à la télé quand il me plaît. J’ai honte.
Le porno gay me dégoute profondément de moi car une fois masturbée, j’ai très honte d’avoir eu envie de sexe avec un mec.

Récemment, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai été sur des applis de rencontre pour rencontrer des mecs et j’ai brusquement arrêté une fois l’excitation passée car j’avais très honte de ce que je faisais.
J’ai pris contact avec un photographe qui fait de l’érotique gay. Tant que je me sentais excité sexuellement, je voulais en faire (car j’ai toujours ce fort fantasme fou de vouloir faire du x gay) et quand c’est passé je n’ai pas répondu à sa dernière relance.
J’ai très honte, mes excitations sexuelles pourraient me faire franchir le pas avec un mec si j’en connaissais un de gay, ou faire n’importe quoi (photos érotiques), mais une fois passé l’excitation, j’ai envie de me taper dessus par honte si je le faisais car je vis à la campagne dans un environnement très homophobe avec des parents trop homophobes.
Je pense que l’homophobie ambiante me met trop de pression à être hétéro et me pousse à vouloir faire n’importe quoi d’extrême comme réaliser mes fantasmes sexuels extrêmes (vouloir faire du porno gay ou érotique gay, j’entends) pour en sortir, comme une sorte de coming out violent pour dire aux gens de me laisser tranquille si j’aime aussi les hommes en plus des femmes, car j’ai tout essayé, je ne peux rien faire contre mes attirances pour les garçons depuis mes 12 ans.
Mais bon, ce n’est pas la bonne solution.

Voila comment avancer dans la découverte de mes attirances en douceur sans tomber dans l’extrême et effacer cette honte que j’ai de moi quand j’essaie un truc considéré comme non naturel par mon entourage ?

Mathieu

Bonjour Mathieu!

Merci encore une fois de nous faire confiance. Je suis choyé que tu te sentes confortable d’adresser tous ces questionnements à mes côtés. Je comprends tout le lourd bagage que tu peux porter en ce moment et l’environnement peu accueillant à ta sexualité dans lequel tu te trouves actuellement. Dans ce contexte, je tiens à reconnaître ta force de nous écrire. J’espère que ce processus à nos côtés t’apporte un peu de douceur. Je suis également heureux de lire que notre première réponse a été appréciée de ton côté.

 

Si je comprends bien ta situation, tu as réalisé que tu avais des attirances pour des garçons, des attirances relativement fixes dans le temps et qui, en intensité, semblent plus importantes que ce que tu peux ressentir envers les filles. Tu ressens des sentiments de honte à plusieurs égard, notamment lorsque tu trouves un garçon attirant à la télévision, après t’être masturbé devant du porno gay ou par l’usage d’applications de rencontre pour hommes qui aiment les hommes. Tu as l’impression que l’homophobie ambiante ainsi que l’hétéronormativité dans laquelle tu as grandi alimentent ce sentiment de honte (ce qui est un magnifique constat de ta part! bien vu!) et tu aimerais avoir des conseils sur comment avancer dans la découverte de tes attirances homosexuelles et/ou bisexuelles et diminuer ce sentiment de honte qui t’habite. C’est bien résumé?

 

D’abord, laisse-moi revenir sur chacun des événements que tu m’expliques. Tu dis que tu ne sais pas ce qui t’a pris après avoir été sur des applications de rencontre pour rencontrer d’autres garçons. Une fois l’excitation passée, un grand sentiment de honte t’a envahi. Tu sais, je me suis retrouvé beaucoup dans cet extrait de ton texte. Les premières fois où je suis allé sur des applications de rencontre, j’habitais également en campagne. J’y allais d’une part par curiosité et d’autre part car l’idée m’était excitante. Discuter de sexualité avec d’autres garçons m’excitait beaucoup et, une fois l’excitation passée, je fermais l’application rapidement en tentant de ne pas trop y repenser. Mais j’ai réalisé que mon objectif premier en téléchargeant ces applications n’étaient pas la sexualité, mais bel et bien de briser un peu l’isolement que je vivais en étant un homosexuel qui vivait en campagne. Et bien que ces applications m’ont permis de faire des rencontres sexuelles et même de rencontrer des partenaires avec qui j’ai développé des sentiments amoureux, je crois que le plus bénéfique pour moi a été de discuter, tout simplement, avec d’autres garçons qui vivaient des enjeux et une situation similaire à la mienne. Ça peut être soulageant de discuter librement de qui nous sommes avec des personnes qui comprennent et qui ne jugent pas négativement nos préférences/attirances. C’est d’ailleurs grâce à ces applications que j’ai réussi à me faire quelques ami.e.s de la communauté LGBTQ+ en région. D’ailleurs, je t’invite à lire cette ancienne réponse que j’ai écrite qui est liée à ta question : En tant qu’homosexuel, je ressens une pression à vivre en ville, alors que je suis attiré par les régions… Mais en bref, et tel que j’explique dans cette réponse, les applications de rencontre ne sont qu’un outils. Tout dépend de comment on les utilise et tu es libre d’adapter ton usage de ces applications en fonction de ton sentiment de confort. Cela peut être un outils intéressant pour rencontrer d’autres garçons lorsque la grosseur du territoire et la densité de population ont un impact direct sur les possibilités de rencontres.

 

Ensuite, tu affirmes avoir contacté un photographe afin de réaliser des photos érotiques. Je comprends cette excitation à l’idée de s’exhiber devant une caméra. J’ai également tenté l’expérience! Loin de moi l’objectif de t’encourager positivement ou négativement à aller de l’avant avec ce type d’expérience photographique, mais je t’invite simplement à écouter tes limites et ton degré de confort. Par ailleurs, qu’est-ce qui t’excite exactement à l’idée de faire du porno gai? Réaliser du porno nécessite que la population en général aura accès à ce type de matériel disponible sur le web. À toi de voir ton degré de confort là-dedans. Si tu as davantage de question sur cette industrie, je t’invite à m’écrire de nouveau en précisant ta question!

 

Tu nommes très bien que la honte que tu ressens est principalement liée à la campagne et à ta famille dont tu qualifies de très homophobe. Tu articules également très bien le caractère oppressant de se faire dicter de devoir être hétéro et que cette pression peut t’inciter à réaliser des fantasmes sexuels afin de faire une forme de coming out choquant à ton entourage. En fait, lorsqu’on grandit en tant que jeunes LGBTQ+, il arrive que l’on intériorise ce que l’on nomme le stress minoritaire. Il s’agit de toute l’anxiété et la honte intériorisées par le simple fait de ne pas être dans la norme de l’hétérosexualité. Ce stress minoritaire est vécu de plein de façon différente, mais il peut expliqué certains enjeux précis que l’on retrouve de façon plus fréquente chez les personnes LGBTQ+. Par exemple, cette honte intériorisée peut se transformer en geste autodestructeur chez certains (prise de risque au niveau de la sexualité, consommation d’alcool/drogue, idéations suicidaires, anxiété, agressivité, syndrome de l’imposteur, etc). Ce sont des impacts importants sur notre santé mentale dont une grande majorité de personnes LGBTQ+ vivront à différents niveaux au cours de leur vie. Il faut simplement se rappeler que les coupables de ce stress minoritaire ne sont pas nous, mais bien la société qui est encore si peu accueillante à notre égard. Tout ce long texte simplement pour te rappeler que, comme moi et comme plein d’autres garçons, tu vis présentement les impacts de cette société hétéronormative. La différence entre toi et plein d’autres garçons? C’est que tu prends le temps de nous écrire et de trouver des solutions. C’est très fort de ta part et je t’encourage fortement à continuer de nous écrire. Tu n’es pas seul à vivre ce type de difficultés et nous sommes une immense communauté diversifiée et hétéroclite prête à t’offrir le soutien dont tu as de besoin.

 

J’aimerais poursuivre cet extrait en te précisant que tu n’as absolument aucune obligation de faire un coming out à qui que ce soit. Et si tu choisis de faire un coming out, tu as aussi la possibilité de choisir la manière dont tu veux le faire, de choisir la première personne à qui tu souhaites en parler et l’ensemble des autres envers qui tu te sentiras suffisamment en confiance pour te confier. Tu auras aussi la possibilité de choisir le moment, l’endroit et le médium de communication qui te rendront le plus confortable. Il n’y a aucune presse. J’ai eu mes premiers partenaires sexuels et mes premiers amoureux des années avant que j’entame la discussion avec ma famille. J’avais une honte au fait de leur en parler et un grand stress à l’égard de leur réaction. J’ai pris cette décision d’attendre pour leur en parler en écoutant mes besoins et mon degré de confort à ouvrir la discussion avec elleux. J’attendais d’être suffisamment outillé pour pouvoir parler de qui j’étais et, si nécessaire, de les confronter sur leurs perceptions des personnes comme toi et moi. Ceci étant dit, j’ai été facilement capable de compartimenter ma vie pendant de longues années entre les personnes avec qui j’étais out et les personnes avec qui je ne l’étais pas. Faire un coming out ne veut pas dire de tout annoncer d’un coup à l’ensemble de son entourage! Les catégories out et dans le placard ne sont pas hermétiques, car tout dépend des contextes et des personnes avec qui nous sommes.

Maintenant, comment avancer dans la découverte de tes attirances tout en douceur et déconstruire tranquillement ces sentiments de honte qui t’habitent? Et bien, je tiens à souligner que ce travail difficile, tu l’as déjà amorcé lors de la première fois que tu nous as écrit. Ce cheminement, tu le fais un peu plus à tous les jours. J’espère que tu le remarques aussi. 🙂 Sinon, plus en détails, il y a plein de pistes d’actions que tu peux entreprendre pour tenter de transformer tranquillement ce sentiment de honte qui t’habite en un sentiment de fierté d’être simplement toi-même. Par exemple, il est possible d’échanger avec des personnes qui ont un vécu similaire au tien. Que ce soit par les applications que tu utilisais, mais sinon en France c’est possible de parler au téléphone ou de correspondre avec la Ligne Azur ou le chat de C’est Comme Ça. C’est aussi possible de te renseigner davantage sur les réalités des personnes LGBTQ+, que ce soit en s’interrogeant sur certains mythes et réalités, ou en regardant des films ou des séries offrant des représentations positives des personnes LGBTQ+. Netflix a par exemple un très grand répertoire LGBTQ+ ou bien la série Sex Education qui offre du contenu super adapté et vulgarisé sur la sexualité chez les jeunes! Toujours dans cette ligne d’idée, permets-moi de citer quelques recommandations de ma collègue Marianne à cette question (J’aimerais ne plus jamais être attiré par des garçons afin d’être hétérosexuel. Est-ce possible?) :

«-Je te rappelle qu’avant tout, tes attirances te concernent, toi. Si tu ne te sens pas prêt à en parler, ou si tu as envie d’en discuter avec certaines personnes, mais pas avec d’autres, c’est tout à fait acceptable. Tu peux prendre ton temps pour réfléchir. C’est correct et normal de te poser des questions. C’est correct et normal d’être mélangé, confus ou incertain. Il n’y a personne à qui tu dois des explications. C’est ton histoire. Tu peux choisir avec qui tu la partages. Tu peux choisir les éléments que tu fais connaître à ton entourage et ceux que tu souhaites garder pour toi. D’ailleurs, personne ne peut deviner ce qui se passe dans ta tête. C’est toi qui as le contrôle sur ce que les gens savent ou ne savent pas à ton sujet.

Essayer d’aller à l’encontre de ce qu’on a l’impression d’être, se rabaisser et se faire sentir honteux.se à cause d’éléments qu’on ne contrôle pas, c’est rarement une bonne voie pour se sentir mieux. Au contraire, ça cause souvent encore plus de tort. Au final, faire des efforts pour mieux se connaître et se comprendre soi-même donne souvent de bien meilleurs résultats.

-Cette période de réflexion peut être difficile. N’oublie pas de prendre soin de toi. Tu as eu un très bon réflexe en nous écrivant pour éviter de rester seul avec ton malaise! Tu peux continuer de te faire attention en pratiquant tes activités préférées, en passant du temps avec les gens qui te font du bien, en te permettant de te reposer, en exprimant ce qui te tracasse, en te changeant les idées, etc.»

J’espère que toutes ces pistes de réflexions t’apporteront un peu de douceur! Je t’invite aussi à lire cette ancienne réponse que j’ai écrit qui, je suis certain, trouvera un échos dans ta situation actuelle : Est-il possible de vivre toujours dans le secret quand on est homosexuel?

Il me fera plaisir d’avoir de nouveau de tes nouvelles. N’hésite pas à nous écrire de nouveau!

Solidairement,

Guillaume, pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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