Je me pose pas mal de questions sur mon identité de genre...

Bonjour,
Depuis quelques temps, je me pose pas mal de questions sur mon identité de genre. Je suis née fille, mais je me sens pas vraiment comme une fille. J’ai commencé à me poser ces questions depuis que j’ai commencé à jalouser les garçons à la place de tomber amoureuse d’eux. Quand j’étais jeune, je n’avais pas vraiment de comportement masculin, donc j’ai des doutes. J’ai aussi commencé à me sentir mal à l’aise quand on m’appelle par mon prénom de naissance et quand on réfère à moi avec des pronoms féminins. Je suis vraiment perdue.

Melo

Séré

Salut Melo!

 

Merci de faire confiance à AlterHéros avec tes questionnements sur ton identité de genre.

Alors, tu te poses des questions sur ton identité de genre depuis tout récemment et tu te demandes si c’est normal puisque tu n’avais pas de comportement masculin quand tu étais enfant.

D’abord, c’est important de dire qu’on peut découvrir être trans à n’importe quel âge. Certaines personnes expriment un genre différent de celui qui leur a été assigné à la naissance dès 2 ans, alors que d’autres comprennent qu’elles sont trans seulement à 76 ans! Il n’est jamais trop tard pour s’affirmer et pour transitionner.

Plus précisément, chez les personnes qui font un coming-out à l’enfance ou à l’adolescence, une recherche de la Chaire de recherche du Canada sur les enfants transgenres et leurs familles a trouvé qu’il y a trois parcours principaux de développement et d’affirmation du genre :

  • Les jeunes qui ressentent très tôt dans l’enfance une différence entre leur genre assigné à la naissance et leur genre ressenti, et qui affirment ce genre ressenti et transitionnent dans l’enfance.
  • Les jeunes qui ressentent très tôt dans l’enfance une différence entre leur genre assigné à la naissance et leur genre ressenti, mais ne l’affirment pas avant la puberté.
  • Les jeunes qui commencent à ressentir un inconfort avec leur genre assigné seulement vers la puberté et les attentes sociales genrées qui viennent avec.

Dans cette recherche, environ le tiers des participant.e.s se trouvaient dans cette dernière trajectoire! C’est donc beaucoup de jeunes trans et non-binaires qui n’ont pas trouvé leur genre assigné problématique pendant leur enfance et qui n’ont pas eu des comportements qui entraient en conflit avec ce genre assigné.

J’ai moi aussi suivi ce parcours. Pendant mon enfance, je n’avais pas de problème avec mon genre assigné, parce que je ne comprenais pas vraiment qu’il venait avec des attentes et des contraintes qui me seraient imposées par la société. Je portais des robes parce que je trouvais qu’elles étaient jolies et j’aimais m’habiller comme ma petite sœur. J’aimais beaucoup mon prénom féminin, car il était unique et sonnait très bien à mes oreilles. J’aimais mieux avoir les cheveux plus courts que longs, car je trouvais ça plus pratique, mais je n’avais pas de problème avec le fait d’avoir une coupe dite féminine. J’aimais beaucoup jouer avec des poupées et je n’aimais pas beaucoup les sports parce que je n’avais (et je n’ai toujours!) aucune coordination. Donc, à première vue, j’étais une petite fille comme les autres et même assez féminine!

Pourtant, vers l’âge de 13-14 ans, j’ai commencé à me sentir vraiment mal. J’allais à une école privée pour fille, et je me sentais vraiment différent des autres. Je n’aimais plus porter des robes et des jupes, j’aimais de moins en moins mon prénom, je ne détestais pas vraiment mon corps, mais je ne l’aimais pas non plus. Plus j’avançais dans l’adolescence, plus j’allais mal, mais puisque je n’avais pas de grande haine envers mon corps et aussi parce que j’étais attiré par les garçons, je ne pensais pas que j’étais trans. Il y a plusieurs mythes comme ça qui empêchent beaucoup de personnes trans à s’affirmer. J’en détruis quelques-uns dans cette réponse, qui je crois pourrait aussi t’aider dans tes questionnements. 

C’est enfin à 17 ans que j’ai appris l’existence de la non-binarité et que j’ai rencontré d’autres personnes trans, ce qui m’a amené à réaliser que j’étais trans et non-binaire. Pour moi, avoir des modèles a été quelque chose de déterminant. Penses-tu que ça pourrait t’aider de rencontrer d’autres personnes comme toi? Si oui, il y a plusieurs ressources au Québec qui pourraient t’aider.

D’abord, puisque tu es en Outaouais, il y a l’organisme Trans Outaouais qui pourrait t’aider. Il offre des rencontres d’un groupe de discussion deux fois par mois à leurs locaux et tous les mercredis soir sur Zoom. Ensuite, il y a l’organisme Enfants transgenres Canada qui offre tous les samedis une activité d’art thérapie pour les jeunes trans de 14 ans et plus. Enfin, il y a l’organisme Projet 10, qui offre du soutien individuel et de groupe aux jeunes LGBTQ+ de 14 à 25 ans. Cet organisme offre également un service de distribution d’articles d’affirmation du genre, comme des binders et des packers. 

Si tu es timide ou que tu ne te sens pas prêt.e à rencontrer d’autres personnes trans et non-binaires, en vrai ou en virtuel, il y a d’autres moyens de t’exposer à la communauté afin de mieux voir si tu en fais partie ou non. Voici une liste de comptes de médias sociaux de personnes trans chouettes et inspirantes. Moi, ça me fait vraiment du bien de voir que je ne suis pas seul et que plusieurs personnes partagent mes expériences :

 

Instagram

(en français)

 

(en anglais)

Facebook

(en français)

(en anglais)

YouTube

(en français)

(en anglais)

 

Sinon, y a-t-il des choses que tu veux essayer? Le meilleur moyen d’explorer son identité et son expression de genre, c’est d’essayer de nouvelles choses. Tu dis que tu n’aimes plus vraiment ton nom. Y en a-t-il un que tu aimerais essayer? As-tu un.e ou des ami.e.s (ou des lieux, comme un Starbuck!) avec qui tu pourrais essayer ce nouveau prénom? As-tu envie d’essayer de nouveaux pronoms (il, iel, ol, ul, etc.)? Des nouvelles étiquettes pour décrire ton identité de genre? De nouveaux vêtements ou un binder? Il y a une multitude de possibilités. Que tu en essayes aucune ou mille, elles n’invalident en rien ton identité, et ce n’est pas parce que tu essaies quelque chose de nouveau que tu as besoin de l’adopter. 

Je t’invite à suivre ton intuition. Si tu ne te sens pas comme une fille, c’est que tu n’en es probablement pas une. Il y a plusieurs possibilités qui s’offrent à toi à partir de là, et tu n’as pas à t’en faire si tu n’es pas capable de mettre des mots sur ton expérience tout de suite. Comme je le disais dans une réponse récente, je trouve qu’il y a beaucoup de pression lorsqu’on découvre que l’on est peut-être trans ou non-binaire à déterminer exactement quel mot décrit le mieux notre genre et aussi de déterminer si on est une personne trans « binaire » (homme ou femme trans) ou non-binaire. Le fait est qu’il se peut que nos termes changent, ou que plusieurs nous conviennent. Même les femmes et les hommes cisgenres n’ont pas tou.te.s la même définition de ce qu’est être une femme ou un homme, et cette définition peut changer au cours de leur vie. C’est la même chose pour nous. 

J’espère que ma réponse t’aide à y voir un plus clair. Je te suggère de consulter la section de notre site qui porte sur le coming-out et celle qui porte sur les questionnements sur l’identité de genre. Plusieurs réponses pourraient t’aider avec les questionnements qui t’occupent en ce moment. Et bien sûr, n’hésite surtout pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin.

Je t’envoie tout plein de courage,

 

Séré, pour AlterHéros

 

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