J’ai 14 ans, je sais pas si je suis un garçon ou une fille.


J’ai 14 ans, je sais pas si je suis un garçon ou une fille ?? Je suis né(e) fille. Mais je me sent plus garçon mais je sais pas… Je suis perdu…
Arthur

Bonjour Arthur!

 

Merci de faire confiance à AlterHéros avec tes questionnement sur ton identité de genre! 

 

D’abord, je veux te dire que c’est tout à fait normal de ne pas être certain.e de son identité de genre. Moi, ça m’a pris beaucoup d’exploration avant de mieux comprendre mon identité et de trouver des mots qui fonctionnaient pour la décrire. Certaines personnes disent que si on est pas sûr.e de notre identité, ça doit vouloir dire qu’on est pas vraiment trans, mais moi je crois que c’est le contraire! L’exploration et l’incertitude font très souvent partie d’un parcours trans, et je connais très peu de personnes cis qui ont questionné leur identité de genre aussi intensément que mes ami.e.s trans. 

J’ai récemment répondu à une question sur le même sujet, et je crois que cela pourrait t’aider, alors je vais en citer un extrait ici:

« Pourquoi hésites-tu à te dire que tu es trans? Pour moi, il y a eu plusieurs facteurs qui ont fait que ça m’a pris des années avant de vraiment comprendre et me dire que je suis trans, même si ça fait depuis que je suis très jeune que je ne me sens pas comme une fille.

 

  1. Je ne savais pas que j’avais « le droit » d’être ni un garçon ni une fille

Toute ma vie, je ne me suis pas senti comme une fille, soit le genre qui m’a été assigné à la naissance, mais je ne me sentais pas comme un garçon non plus. Quand j’ai entendu pour la première fois parler des personnes non-binaires, j’ai enfin eu un déclic dans ma tête! La raison pour laquelle je ne me sentais pas comme une fille ni un garçon, c’est simplement parce que je n’étais ni un ni l’autre. 

J’aime bien expliquer la non-binarité à l’aide d’une métaphore de crème glacée. En effet, le genre, c’est comme la crème glacée. Les saveurs les plus populaires sont vanille et chocolat, mais ce ne sont pas les seules saveurs de l’univers! Il y a de la crème glacée à la fraise, à l’érable et même au bacon. Pareillement, femme et homme sont les genres les plus connus, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont les seuls. Il y a aussi une infinité de genres qu’on regroupe sous l’étiquette de non-binaire, comme agenre, genderqueer, bigenre, fluide dans le genre, demiboy, demigirl, neutre, etc. 

Penses-tu que tu pourrais être non-binaire? Ça vaut la peine d’explorer cette possibilité! Je t’invite à consulter les réponses que nous avons précédemment données à ce sujet. Il y a aussi ce petit lexique que j’aime bien, qui donne la définition de plusieurs identités de genre.

  1. Je ne savais pas qu’on n’avait pas besoin de détester son corps et vouloir des chirurgies pour être trans

En grandissant, j’ai toujours entendu parler des personnes trans d’une façon très spécifique : « né.e dans le mauvais corps », « la grande opération », « devenu.e un homme/une femme », « sa transformation », « changer de sexe », etc. Je ne me reconnaissais pas du tout dans ces mots. Oui, j’étais mal à l’aise avec certaines parties de mon corps, mais je ne me voyais pas avoir des chirurgies pour le changer. Et j’en aimais aussi d’autres aspects, je n’avais pas du tout l’impression d’être né dans le mauvais corps! Je ne voulais pas non plus « devenir » une autre personne.

Le problème avec ces phrases, c’est qu’elles nous font croire que le vécu de toutes les personnes trans est le même. Elles sont aussi très négatives, et nous laissent penser qu’être trans est une maladie dont il faut guérir en suivant un traitement médical précis, une expérience horrible dont on ne peut tirer aucun positif. 

La réalité est tout autre. Il y a autant de parcours trans qu’il y a de personnes trans. Certaines personnes trans font une transition médicale, alors que d’autres n’en font pas. Certaines personnes trans prennent des hormones, mais ne veulent pas de chirurgies, alors que d’autres veulent des chirurgies, mais pas d’hormones. Certaines personnes trans changent de nom et de pronoms, alors que d’autres gardent ceux qu’elles utilisaient déjà. 

Le seul prérequis pour être trans est de s’identifier à un autre genre que celui qui nous a été assigné à la naissance. C’est tout! Pas besoin de détester son corps, pas besoin de vouloir transitionner, pas même besoin de faire un coming-out. 

 

  1. Je pensais que d’aimer des choses dites « féminines » voulait dire que j’étais une fille

J’ai récemment répondu à une question par rapport à cet enjeu : Est-ce normal de vouloir un corps d’homme, mais continuer à se comporter comme une femme?

« On peut effectivement se demander ce que ça veut dire, de se comporter comme une femme. Est-ce que c’est de manifester librement son affection aux gens qui nous entourent? Est-ce que c’est d’avoir des intérêts et des passe-temps comme le ballet, le tricot ou le magasinage? Est-ce que c’est de porter des robes, avoir les cheveux longs et épiler ses jambes?

Tout ça repose sur des stéréotypes, car tous ces comportements peuvent être adoptés par des femmes, des hommes et des personnes non-binaires. Il faut faire la différence entre l’identité de genre, qui est un sentiment intime, et l’expression de genre, qui est au contraire ce qui est extériorisé par une personne. L’identité de genre est invisible alors que l’expression de genre est visible. De plus, ces deux éléments n’ont pas à concorder. Par exemple, un homme peut aimer porter des robes, tout comme une femme peut avoir des loisirs dits “masculins”, comme la chasse, sans que ça invalide son identité en tant que femme. 

Cela s’applique également aux personnes trans et non-binaires. Ce n’est pas parce qu’on a le besoin de transitionner, que ce soit socialement, médicalement ou légalement, qu’on doit se conformer aux stéréotypes de genre associé à notre identité de genre. Par exemple, moi je suis une personne transmasculine, c’est-à-dire que j’ai été assigné fille à la naissance et que je transitionne vers un genre masculin. Je prends de la testostérone depuis maintenant quatre ans, parce que je voulais masculiniser mon corps : avoir moins de courbes typiquement associées à la féminité, plus de pilosité et la voix plus grave. Mais ça ne m’empêche pas de continuer à porter des robes, de garder les mêmes intérêts et d’avoir le rose comme couleur préférée! Quand on transitionne, on ne devient pas une autre personne! »

  1. Je ne savais pas qu’on pouvait être trans et gay

J’ai toujours aimé les garçons. En étant assigné fille à la naissance, c’était ce qui était attendu de moi, donc pas de problème de ce côté-là. Mais ça m’a aussi porté à ne pas me questionner sur mon identité de genre, car je croyais que toutes les personnes trans étaient hétérosexuelles. En tout cas c’est ce qui m’a été enseigné par les médias! Je ne voyais que des femmes trans qui étaient avec des hommes et des homme trans qui étaient avec des femmes. On aurait dit que le but d’une transition, c’était toujours de devenir assez attirant pour que les personnes cisgenres et hétérosexuelles soient attirées par nous. Il y avait toujours ce petit message qui tournait dans ma tête : « Pourquoi “devenir un homme” si c’est pour être gay? N’est-ce pas mieux de simplement “rester” une fille hétéro? »

La vérité, c’est que l’identité de genre et l’orientation sexuelle sont deux concepts séparés. Les personnes trans peuvent être hétéros, lesbiennes, gaies, bisexuelles, pansexuelles, asexuelles ou de toute autre orientation! Et puis, l’hétérosexualité n’est pas supérieure aux autres orientations, alors il est absurde de ne pas transitionner pour ne pas « devenir gay ». 

 

Est-ce que ces explications t’éclairent? Que penses-tu du fait d’être trans maintenant que j’ai déconstruit quelques idées préconçues avec toi?

J’espère que ma réponse va t’aider à explorer ton identité et à trouver des termes qui t’aident à mieux la comprendre. Je t’invite à mener cette exploration dans des espaces trans et avec d’autres personnes trans si tu le peux. C’est souvent très aidant de pouvoir parler à des personnes qui ont un vécu similaire au nôtre. Ça aide à se sentir moins seul et moins isolé. Je te conseille de visiter le site de la Fédération trans et intersexe de France afin de trouver une association trans près de chez toi. Tu peux aussi fouiller en ligne pour trouver des forums et des groupes Facebook qui rassemblent des personnes trans et non-binaires.»

Au-delà de l’exploration, la seule façon de savoir si l’on se sent mieux en tant que garçon, fille ou personne non-binaire, c’est de l’essayer! Tu peux essayer différent.e.s prénoms, pronoms (il, elle, iel, ol, etc.) et adjectifs pour voir si tu en préfères un. D’ailleurs, comment t’es-tu senti quand j’ai utilisé le prénom Arthur au début de ma réponse? Est-ce que c’est quelque chose qui te sembles agréable? Aimerais-tu essayer ce prénom avec d’autres personnes?

Si tu crois vouloir faire un coming-out, je t’invite à lire cette réponse que j’ai écrite à ce sujet. Cela pourrait t’aider à savoir si tu es prêt à le faire et à te donner des trucs concrets pour ce faire.

J’espère que ma réponse t’aide à y voir plus clair! Si tu as d’autres questions, n’hésite surtout pas à nous réécrire.

 

Je t’envoie tout plein de courage et de joie!

 

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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