Je vis de l’incompréhension concernant mon orientation sexuelle en raison de relations sexuelles avec des travailleuses du sexe trans…


Bonjour,
Je vous écris ce message car je ne sais pas vers qui me tourner pour en parler surtout que c’est assez délicat.

Donc je me lance. Je me considère comme hétérosexuel, je suis toujours sorti avec des femmes et je ne fantasme pas sur les hommes. Mais courant 2010, année où ma vie était faite de bas plus que de haut, à cette date j’étais encore avec mon amie avec qui j’étais en couple depuis la décembre 1999, suite à des problème d’argent que j’essayais résoudre tout seul, il a bien fallu que je lui en parle et quelques mois plus tard elle a décidé de me quitter (il est vrai que mon comportement avait changé, j’étais devenu ultra négatif et je pensais à mon problème d’argent du réveil jusqu’au soir). À partir de ce moment, je me sentais “nul” sans aucun avenir et sans retrouver quelqu’un dans ma vie.

On peut dire que je n’étais pas très bien et un soir après le travail, j’ai contacté une prostituée mais pas une femme NON une transsexuelle, d’une certaine manière je me dégoutais tellement que je me suis dit qu’avec ce genre de relation je ne ferais de mal à personne et que mon orientation sexuelle n’en serait pas entachée. Ce qui m’attirait c’était ce corps de femme mais avec un sexe d’homme. Sans rentrer dans détail, j’ai fait une fellation à cette trans et ensuite je l’ai pénétré à la fin en rentrant chez moi, je me sentais “sale” j’ai pris une douche et j’ai lavé mes vétements. Je me suis posé beaucoup de question, comme pourquoi j’ai fait ça, pourquoi j’ai aimé avec son sexe dans ma bouche etc.
C’était il y a 10 ans. Depuis je suis retourné voir d’autres prostituées toujours sur me même rituel (pour info, je ne me fais jamais pénétrer). Actuellement je suis en couple avec une femme depuis 7 ans, mais depuis 2 ans, je n’ai plus d’attirance sexuelle pour elle et quand on a un rapport je pense à une trans pour avoir une érection et éjaculer. Et il m’est arrivé d’aller voir des prostituée dans ces 2 ans de changement dans mon couple.

D’une certaine manière je me dégoute mais cela m’attire ce genre de relation, dans ma tête je me dis que je ne la trompe pas vraiment avec une femme, mais plus avec un fantasme. Quand cela ne va pas bien dans mes relations, je me retourne vers cette alternative, je regarde des vidéo porno de trans tout en me masturbant et parfois je le fois 3 ou 4 fois dans la journée et ensuite j’ai une période de calme et quand cela me reprend je regarde des vidéo cela dans un sens calme mon excitation mais aussi cela me permets de ne pas aller voir des prostituées, malgré que j’en ressens le désir d’aller en voir une et de faire ce que j’ai déjà fait.
Je ne sais pas comment interpréter mon état, cette attirance et ce désir envers les prostituée transsexuelle envers qui je ne suis ni violent ni ordurier. j’aime discuter avec elle et pratiquer du sexe avec elle. Parfois je me dis que peut-être c’est ce genre de personne avec qui je devrais faire ma vie, un être humain avec un corps de femme et un sexe d’homme.
Pourriez-vous m’aider ou m’en dire plus ou me donner quelques conseils.
Je vous remercie.

Vincent

Bonjour Vincent,

 

Je vous remercie de nous accorder votre confiance en vous tournant vers AlterHéros! C’est vrai qu’il est encore malheureusement souvent tabou de partager ses réflexions concernant la sexualité, le désir déclinant dans une dynamique de couple, le travail du sexe, etc. Je salue vos efforts pour vous ouvrir et j’espère sincèrement pouvoir vous proposer des pistes de réflexion qui vous seront utiles.

 

Résumons d’abord la situation. Vous êtes un homme hétérosexuel en couple depuis plusieurs années avec une femme pour qui vous n’avez plus d’attirance sexuelle. Visionner de la pornographie mettant en scène des femmes trans vous apporte un certain soulagement lorsque vous ne vous sentez pas bien dans vos relations. Durant la dernière décennie, vous avez eu à plusieurs reprises des rapports sexuels avec des femmes trans faisant le travail du sexe. Ces interactions vous ont suscité de l’excitation et du plaisir, mais également de la confusion, de l’incompréhension, des questionnements et du dégoût. 

 

Revenons rapidement sur quelques éléments. D’abord, vous avez raison : un homme peut tout à fait être hétérosexuel tout en ressentant du désir face à une femme trans ainsi qu’en explorant ce désir. Cela n’est ni sale ni honteux. Par ailleurs, être un homme hétérosexuel signifie simplement de ressentir de l’attirance envers des femmes ; et les femmes ayant plein de parcours différents et de corps différents, les femmes trans font partie de cette grande diversité de femmes! Le fait d’aimer des femmes, qu’elles aient un vagin ou un pénis, revient au même, soit le fait d’aimer les femmes. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’un sexe d’homme lorsqu’on réfère au pénis de ces femmes, puisqu’elles sont des femmes. Il faut arrêter de prétendre que ce ne sont que les hommes qui peuvent avoir un pénis!

 

Ensuite, bien que cela puisse constituer un enjeu délicat pour plusieurs, consommer des images pornographiques présentant des adultes consentants·es n’est pas nécessairement un problème en soi, avoir respectueusement recours aux services de travailleuses du sexe non plus. Ces situations peuvent toutefois poser un problème si elles causent de la détresse, si elles empiètent d’une manière négative sur nos activités quotidiennes ou encore si elles contreviennent à nos ententes relationnelles.  

 

Vous dites ne plus désirer votre conjointe depuis quelques années. Il est assez fréquent que notre niveau de désir fluctue à travers le temps. Cette absence de libido vous convient-elle? Convient-elle également à votre conjointe? Avez-vous remarqué certains facteurs qui auraient pu influencer votre libido? Auriez-vous envie d’en discuter ouvertement avec votre partenaire? Vous mentionnez que vous vous tournez généralement vers la pornographie ou les travailleuses du sexe lorsque vous ne vous sentez pas très épanoui. Avez-vous l’impression qu’il pourrait s’agir d’une solution temporaire répondant à des besoins plus profonds qui ne seraient pas comblés chez vous? Êtes-vous satisfait des différentes facettes de votre vie personnelle ainsi que de votre vie de couple? Si votre conjointe ou vous-même ressentez de l’insatisfaction, souhaiteriez-vous consulter (seul ou avec votre compagne) un·e professionnel·le (sexologue, psychologue, thérapeute, etc.) afin d’explorer certains enjeux en particulier? Auriez-vous envie d’essayer de nouvelles pratiques sexuelles ou sensuelles avec votre partenaire? Auriez-vous envie de négocier et d’explorer de nouvelles ententes avec votre conjointe? Par exemple, choisir consensuellement la non-monogamie permettrait possiblement de limiter la culpabilité (et l’impression d’être « sale ») qui peut être entraînée par le fait d’avoir des relations sexuelles avec d’autres personnes que votre compagne (il s’agit bien de personnes et non seulement de fantasmes). Cela permettrait également d’aborder activement et ouvertement la question des risques liés aux infections transmises sexuellement (petit rappel au passage : plusieurs ITS peuvent être transmises pendant un rapport sexuel oral). Au besoin, vous pouvez consulter la section de notre site web concernant la non-monogamie.

 

Je ne saurais vous dire les raisons pour lesquelles vous êtes enthousiaste et excité précisément face aux femmes trans ayant un pénis. Croyez-vous que cela pourrait être lié à l’impression de transgresser certaines limites ou certains tabous? Est-ce que l’idée d’avoir des contacts intimes avec une femme ayant un corps assez différent de celui de votre conjointe amène un élément nouveau et stimulant à votre sexualité? Pensez-vous que le fait que les femmes que vous avez fréquentées soient trans vous aide à limiter la culpabilité potentielle d’avoir des rapports sexuels à l’extérieur de votre couple? Est-ce que le fait qu’elles soient des travailleuses du sexe a un impact notable sur votre désir, vos perceptions ou vos sentiments? Vous êtes la seule personne qui pourra, si vous le souhaitez, fournir une réponse juste à ces questionnements. 

 

Dans tous les cas, il me semble important de ne pas réduire les femmes que vous fréquentez à leur corps ni au fait qu’elles sont trans. Je vous présente ici un passage emprunté à cette autre réponse rédigée par AlterHéros : C’est légitime d’avoir certaines affinités ou compatibilités pour certains traits physiques ou de personnalité. La plupart des gens ne sont pas juste attiré·e·s par tout le monde tout le temps après tout. Ces préférences ne sont pas un choix, même si elles peuvent être influencées par différentes variables, comme nos expériences personnelles ou les standards de beauté dans une société donnée par exemple. C’est pourquoi il faut faire attention de distinguer des préférences saines d’une forme d’exclusion discriminatoire. Le deuxième cas pourrait faire référence à une généralisation que toutes les femmes, ou que toutes les femmes trans, ont le même type de corps et d’organes génitaux. 

 

Il est aussi pertinent de penser aux limites entre appréciation, préférence et fétichisation. À l’inverse d’une discrimination contre les femmes trans se trouve également une sorte d’obsession ou de curiosité souvent axée uniquement sur les organes génitaux des femmes trans, réduisant leur entière personne à ceux-ci. Bien qu’une attirance particulière puisse être appropriée et flatteuse, il faut aussi s’assurer de respecter et de reconnaître les personnes dans leur entièreté.

 

Je reviens sur quelques éléments que vous mentionnez à propos des travailleuses du sexe que vous avez fréquentées (ou avez parfois envie de fréquenter). Vous avez absolument raison de traiter ces dernières (qu’elles soient trans ou cis) de manière courtoise et non violente, elles méritent certainement d’être traitées avec dignité et de travailler dans un contexte sécuritaire. Je vous remercie d’avoir ce souci et vous invite à consolider encore plus votre posture d’allié puisque vous semblez souhaiter en être un. 

 

La première étape pourrait être de reconnaître que les femmes trans sont réellement et pleinement des femmes, peu importe leurs organes génitaux. Il est ainsi très irrespectueux de différencier femme et trans, puisqu’une femme est une femme, peu importe ce qu’elle a dans sous-vêtements, peu importe si elle est cis ou trans. Une mention au passage : « trans » est un adjectif qui s’accompagne habituellement d’un nom tel que « femme », « homme » ou « personne ». Conséquemment, le terme trans en tant que nom commun est souvent jugé péjoratif pour les communautés trans. Par ailleurs, les femmes trans ont également plein de corps différents. Ce ne sont pas toutes les femmes trans qui ont un pénis et il est important de se questionner sur la représentation des femmes trans dans la pornographie qui décrit de façon uniforme ces femmes de cette façon. À ce sujet, vous pouvez lire cette réponse de mon collègue à ce sujet

 

D’ailleurs, pour reprendre les mots de maon collègue Maxime, il est important de garder en tête que les relations entre hommes cis et femmes trans sont teintées d’un historique simultané de violences et de sexualisation. D’un côté, elles sont ridiculisées, humiliées, insultées et attaquées et de l’autre, elles sont objectivées, fétichisées et stéréotypées notamment par la pornographie et sur les applications de rencontre.

 

Nous sommes tous et toutes exposés·es à des idées préconçues, à des raccourcis de pensées, à une certaine hiérarchisation des identités, des pratiques ou des orientations, etc. Nous sommes constamment bombardés·es de messages prenant racine dans la transphobie et l’homophobie, nous avons donc tous et toutes un grand travail de réflexion et de déconstruction à faire, tant collectivement qu’individuellement. 

 

Ce travail de longue haleine demande certainement de nombreux efforts conscients, mais il permet aussi de nous libérer graduellement de réflexes qui peuvent être nocifs et étouffants, autant pour nous-mêmes que pour les gens qui nous entourent. Pensez-vous que certains biais pourraient être actifs, involontairement et en arrière-plan, dans vos réflexions et qu’ils pourraient participer à votre impression de dégoût et d’inconfort face à vos propres attirances ou à vos propres comportements? Croyez-vous qu’il pourrait être soulageant d’aller vérifier et remettre en question les prémisses qui soutiennent et alimentent certaines de vos perceptions et de vos émotions? 

 

Nous baignons tous et toutes dans des milieux qui laissent trop souvent entendre, par exemple, que l’hétérosexualité est une orientation préférable à d’autres, qu’il est honteux pour un homme d’être pénétré plutôt que pénétrant, qu’il faut être né·e avec un certain type de corps pour être un vrai homme ou une vraie femme, que les individus participant au travail du sexe doivent être traités différemment du reste de la population puisqu’il s’agirait d’une occupation avilissante, qu’il est anormal ou dégoûtant de ressentir de l’attirance physique ou émotionnelle envers les personnes trans, etc. À force de nous faire servir ce type de discours et ces fausses conceptions, ouvertement ou plus subtilement, nous finissons par y être perméables à un certain degré même si cela ne correspond pas à nos intentions. 

 

Enfin, pourquoi dites-vous que votre orientation sexuelle ne serait point entachée par le fait d’avoir une relation sexuelle avec une travailleuse du sexe trans? D’une part, le fait d’avoir une relation sexuelle avec une femme trans est bien entendu lié à l’hétérosexualité. Toutefois, le fait de définir les explorations de l’orientation sexuelle comme quelque chose pouvant entacher est selon moi une façon de disqualifier les orientations sexuelles autre qu’hétéro. Rappelons qu’il n’y a aucune meilleure orientation sexuelle, que l’on soit hétéro, gay, bi, asexuel·le ou queer, il s’agit toutes d’orientations autant valides et magnifiques les unes que les autres! Néanmoins, il se peut que l’on ait intériorisé des idées négatives par rapport à la diversité des orientations sexuelles, et si cela vous rejoint, vous êtes toujours le bienvenu pour nous contacter de nouveau en précisant davantage votre question à ce sujet. D’autre part, j’aimerais vous rappeler qu’il est super correct d’avoir des fantasmes s’inscrivant à l’extérieur d’une logique -cis-hétéro, qu’il est okay d’avoir envie de sucer un pénis et qu’il n’y a rien de dégradant à être pénétré si c’est quelque chose que l’on souhaite et que nous sommes enthousiastes d’expérimenter! Les fantasmes ou même nos pratiques sexuelles n’ont pas à définir notre orientation sexuelle! Plusieurs hommes hétéro auront, au cours de leur vie, des expériences sexuelles avec d’autres hommes par exemple, sans pour autant que cela n’influence la façon dont ils définissent leur orientation sexuelle.

 

Voici quelques pistes qui me semblent aider à rester critiques et constructifs·ives face à ces discours et à nos propres réflexions. 

  • Reconnaître que nos connaissances et expériences sont nécessairement limitées et subjectives. 
  • Nous permettre d’être imparfaits·es et de faire des erreurs pendant que nous cheminons.
  • Nous informer afin d’identifier et de remettre en question nos propres biais.

Pour compléter ce dernier point, voici quelques lectures qui pourraient être éclairantes : 

 

Je vous laisse également quelques autres réponses rédigées par AlterHéros qui pourraient vous intéresser. 

 

Si vous en ressentez le besoin, vous pouvez nous écrire à nouveau pour partager vos réflexions et vos émotions ou encore pour poser de nouvelles questions. Nous serons là pour échanger avec vous. 

 

Bonnes réflexions,

 

Marianne (elle/she), bénévole pour AlterHéros


About Marianne

Marianne est une femme bisexuelle. Elle s’intéresse notamment aux féminismes – intersectionnels –, à la justice sociale, au langage, aux questions de représentation ainsi qu’aux arts de la scène.

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