J’aimerais ne plus jamais être attiré par des garçons afin d’être hétérosexuel. Est-ce possible?


Bonjour 🙂
Je vous avez déjà écris concernant mon orientation sexuel, je suis excité par les personnes du même sexe que moi, mais j’aime les filles sentimentallement, mais j’aimerais ne plus jamais être excité par des personnes du même sexe, est ce possible, après je pense que je suis jeune encore, je pense que ça vas changer plustard ou pas. Mais c possible de pouvoir changer ?

Merci beaucoup pour se que vous faites <3

Bonjour Antoinegogo,

 

Merci de nous contacter à nouveau! Je prends la relève de Guillaume aujourd’hui. Si jamais tu souhaites relire son message et te rafraîchir la mémoire, c’est par ici. Donc… Tu as compris que tu ressens une attirance émotionnelle/amoureuse envers les filles et une attirance physique/sexuelle envers les garçons. Tu te demandes si c’est possible que tes attirances changent avec le temps, entre autres parce que tu n’as pas envie d’être excité par des gens du même genre que toi. 

 

Tu n’es absolument pas tout seul à te poser cette question. La preuve, il y a quelques jours à peine, j’ai écrit ce message à un autre garçon qui se demandait ce qui peut faire changer son orientation sexuelle. 

 

On entend parfois dire que la sexualité humaine est fluide et changeante. Voici ma manière de comprendre cette affirmation. 

 

D’une part, il existe bien plus d’orientations et de combinaisons d’attirances possibles que ce dont on entend généralement parler. Il n’y a pas que deux cases opposées, homosexualité et hétérosexualité. Il y a plutôt un spectre, un continuum d’orientations variées, toutes aussi légitimes les unes que les autres. Par ailleurs, tu as très bien compris que notre attirance sentimentale et notre attirance sexuelle sont des éléments séparés (qui concernent parfois les mêmes types de personnes, parfois non). Cette illustration résume bien cette réalité, tu peux y jeter un coup si le cœur t’en dit.

 

D’autre part, à n’importe quel âge, il est possible de découvrir de nouvelles nuances à notre orientation (on ne devient pas subitement hétérosexuel.le, bisexuel.le, homosexuel.le, asexuel.le… on prend simplement conscience de certains aspects de nous-mêmes qu’on ignorait auparavant). Cela dit, on ne peut pas décider de devenir attiré.e par certaines personnes ni décider de ne plus aimer ou désirer certaines personnes. L’être humain ne fonctionne pas comme cela, même si on pourrait parfois avoir envie de contrôler nos sentiments et nos attirances à l’aide d’un interrupteur marche/arrêt. 

 

On ne peut pas choisir notre orientation. On ne peut pas choisir quelles sont les personnes qui nous plaisent, nous attirent ou nous excitent. Par contre, voici des choses qu’on peut choisir : 

  • On peut choisir comment on agit, quels comportements on adopte (ex. : embrasser ou non une personne, inviter ou non quelqu’un à un rendez-vous galant, accepter ou refuser de commencer une relation de couple avec quelqu’un, etc.).
  • On peut choisir notre manière de parler de nos attirances, on peut choisir les mots qui nous décrivent le mieux

 

Je me permets de reprendre un passage de ce message : « C’est à toi de voir avec quel vocabulaire tu es à l’aise. Les étiquettes qu’on adopte (ou rejette) pour se définir relèvent de perceptions et de choix personnels. […] Chacun.e est libre de s’identifier en fonction de ses propres observations, de son propre ressenti et de ses propres critères. C’est toi qui te connais le mieux, c’est à toi de sélectionner les mots et les catégories qui te conviennent, tu comprends? » 

 

Par exemple, je connais des femmes qui s’identifient comme lesbiennes/homosexuelles tout en trouvant certains hommes tout à fait séduisants et en ayant parfois des relations sexuelles avec des hommes. Certains de mes amis ont eu des expériences homosexuelles agréables et s’identifient comme hétérosexuels, car ils préfèrent être en couple avec des femmes (d’ailleurs, si tu souhaites continuer tes réflexions sur ce sujet, tu peux cliquer ici). Il n’y a aucune règle universelle pour se placer dans une catégorie ou une autre. L’important, c’est que la personne qui se décrit prenne les mots qui lui conviennent le mieux. 

 

  • On peut choisir d’essayer de faire preuve de patience, de douceur et de bienveillance envers soi-même. On peut choisir de remettre en question nos idées préconçues

Je sais bien que c’est plus facile à dire qu’à faire et je sais bien que c’est un processus qui demande du temps et de l’énergie. En te lisant, je comprends que tu n’es pas très à l’aise avec le fait que des garçons puissent t’exciter des fois. Je tiens toutefois à te rappeler que ces désirs ne sont pas mauvais ou nocifs. Tu n’as rien fait de mal. Aucune orientation sexuelle ou romantique n’est meilleure ou pire que les autres. Par contre, c’est vrai qu’en général, il y a malheureusement encore beaucoup trop de préjugés négatifs qui circulent à propos des personnes qui ne sont pas hétéros. Et parfois, on absorbe ces préjugés, puis on ressent de la honte, de l’inconfort, du dégoût ou de la peur face à nos propres attirances. Ça prend beaucoup de travail pour apprivoiser nos attirances, désapprendre nos biais négatifs et changer le regard très sévère que nous posons sur nous-mêmes. Je ne dis pas cela pour te faire la morale, j’ai traversé une période de remise en question très similaire à celle que tu vis. Je comprends que ça peut donner le vertige, créer du malaise, être décourageant et faire très peur. J’avais 25 ans la première fois que je suis tombée amoureuse d’une fille. Je m’étais toujours considérée comme une personne plutôt ouverte d’esprit, accueillante… mais quand il s’agissait de ma propre orientation, ces désirs me chicotaient, me dérangeaient. Je me demandais ce que les gens allaient penser, ce que ma famille et mes ami.e.s allaient dire. J’avais peur qu’on me perçoive différemment. J’avais peur de toujours devoir m’expliquer, me justifier. J’avais parfois envie d’être invisible, de pouvoir vivre ma vie sans attirer l’attention. Sans m’en rendre compte, j’avais absorbé des commentaires négatifs entendus ici et là et je les utilisais contre moi-même. Je me faisais sentir mal, j’étais devenue ma propre ennemie. 

 

Je te propose quelques pistes de réflexion qui m’ont moi-même aidée dans mon processus pour me sentir bien avec ces attirances qui me déstabilisaient. 

  • Es-tu capable de trouver plus précisément les raisons pour lesquelles tu n’as pas envie de trouver certains garçons excitants? Penses-tu que tu pourrais explorer davantage ces raisons pour voir si elles sont fondées ou bien si elles sont basées sur de la méconnaissance ou des raccourcis de pensée? Je te propose de jeter un coup d’œil à cette foire aux questions, en particulier à la section Mythes et réalités
  • Crois-tu que mieux connaître plusieurs facettes de la diversité sexuelle pourrait t’aider à te sentir plus à l’aise?
  • Crois-tu que si ton entourage s’informait davantage sur ces réalités, tu te sentirais plus à l’aise? Par exemple, il y a un onglet Pour les parents bien intéressant sur ce site web
  • Est-ce qu’échanger avec des personnes qui ont un vécu similaire au tien te ferait du bien? En France, c’est possible de parler au téléphone ou de correspondre avec la Ligne Azur ou le chat de C’est Comme Ça
  • Je te rappelle qu’avant tout, tes attirances te concernent, toi. Si tu ne te sens pas prêt à en parler, ou si tu as envie d’en discuter avec certaines personnes, mais pas avec d’autres, c’est tout à fait acceptable. Tu peux prendre ton temps pour réfléchir. C’est correct et normal de te poser des questions. C’est correct et normal d’être mélangé, confus ou incertain. Il n’y a personne à qui tu dois des explications. C’est ton histoire. Tu peux choisir avec qui tu la partages. Tu peux choisir les éléments que tu fais connaître à ton entourage et ceux que tu souhaites garder pour toi. D’ailleurs, personne ne peut deviner ce qui se passe dans ta tête. C’est toi qui as le contrôle sur ce que les gens savent ou ne savent pas à ton sujet. 
  • Essayer d’aller à l’encontre de ce qu’on a l’impression d’être, se rabaisser et se faire sentir honteux.se à cause d’éléments qu’on ne contrôle pas, c’est rarement une bonne voie pour se sentir mieux. Au contraire, ça cause souvent encore plus de tort. Au final, faire des efforts pour mieux se connaître et se comprendre soi-même donne souvent de bien meilleurs résultats. 
  • Cette période de réflexion peut être difficile. N’oublie pas de prendre soin de toi. Tu as eu un très bon réflexe en nous écrivant pour éviter de rester seul avec ton malaise! Tu peux continuer de te faire attention en pratiquant tes activités préférées, en passant du temps avec les gens qui te font du bien, en te permettant de te reposer, en exprimant ce qui te tracasse, en te changeant les idées, etc. 

 

Voilà pour le moment. J’espère que mon message pourra t’aider à y voir plus clair. N’hésite pas à nous réécrire, nous serons heureux.ses de te lire et de te répondre. 🙂

 

On pense à toi!

 

Marianne, bénévole pour AlterHéros


About Marianne

Marianne est une femme bisexuelle. Elle s’intéresse notamment aux féminismes – intersectionnels –, à la justice sociale, au langage, aux questions de représentation ainsi qu’aux arts de la scène.

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