Est-ce que c’est légitime, médicalement parlant, de ne pas devoir avoir à me justifier pour entamer une hormonothérapie?


Bonjour,
J’aimerais entamer une transition. Je ne sais pas comment même débuter. J’ai énormément d’appréhension à devoir l’expliquer à un médecin, mais aussi, je n’arrive pas non plus à trouver le vocabulaire approprié à mon identité.
Est-ce que c’est légitime, médicalement parlant, de ne pas devoir avoir à me justifier pour entamer une hormonothérapie?
Merci

Alex

Bonjour Alex!

 

Merci de faire confiance à AlterHéros avec ta question.

Réaliser qu’on est trans ou non-binaire et faire les premiers pas vers une transition peut être intense, alors je suis content que tu ne sois pas resté.e seul.e avec ça et que tu sois venu.e chercher de l’aide.  

 

La version courte de la réponse à ta question est oui, il est tout à fait légitime d’avoir accès à l’hormonothérapie sans avoir à se justifier. C’est ton corps et donc ça devrait être ton choix. Comme je le disais dans une réponse précédente :

 

Il y a un mythe qui persiste encore, selon lequel l’exploration doit précéder la transition, c’est-à-dire qu’il faudrait être sûr de son genre et du parcours de transition que l’on veut avant de la commencer. C’est complètement faux et même risible, selon moi. La transition peut être un terrain d’exploration incroyable et cela implique d’essayer des choses en acceptant de se tromper ou de changer d’idée. C’est valable pour la transition sociale, par exemple lorsqu’on essaye différents prénoms pour trouver celui qui nous convient le mieux, tout comme pour la transition médicale. La perception que j’ai de mon genre est très loin de celle que j’avais quand j’ai fait mon coming-out comme personne non-binaire et je ne crois pas que j’aurais pu explorer mon identité de cette façon sans entreprendre de démarche de transition légale, sociale et médicale. Pour moi, exploration et transition s’entremêlent.  Il y avait certains effets de la testostérone que je voulais absolument, comme d’avoir une voix plus grave, et d’autres que je redoutais beaucoup, comme la pilosité faciale. Je n’étais pas capable de trancher, alors j’ai décidé d’explorer l’hormonothérapie, tout en sachant que la prise d’hormones est un forfait tout inclus, c’est-à-dire qu’on ne peut malheureusement pas choisir les effets qu’on va avoir et ceux que l’on n’aura pas.

Le rôle des médecins devrait donc être de t’accompagner dans cette démarche en s’assurant que tu comprends bien les effets attendus et les effets indésirables de l’hormonothérapie, et que tu es en mesure de donner un consentement éclairé à ce traitement. J’aborde dans une question précédente le rôle que devraient jouer les professionnel.le.s de la santé auprès d’une personne qui veut obtenir une mastectomie. Le principe est assez similaire pour l’hormonothérapie. 

 

Ce qui importe, donc, n’est pas vraiment ton identité et le vocabulaire que tu utilises pour l’exprimer, mais bien ce que tu veux faire comme démarches pour te sentir mieux avec ton corps. Pour t’orienter, ce peut être bien de te poser des questions comme :

  • Quels effets veux-je retirer de l’hormonothérapie?

Je ne sais pas si tu t’intéresses à la testostérone ou à l’estrogène, alors voici une question qui aborde les effets de la prise de testostérone et d’autres façon de masculiniser son corps, et voici une question qui aborde la prise d’estrogène et une autre qui aborde d’autres façons de gérer la dysphorie liée à des caractéristiques qui sont perçues comme masculines

  • Y a-t-il des effets que je ne veux pas obtenir de l’hormonothérapie? Quel est mon plan s’ils surviennent?

Certaines personnes décident de prendre des hormones jusqu’à l’obtention de certains effets permanents, puis arrêtent car elles n’aiment pas les effets réversibles ou semi-réversibles. Certaines personnes vont prendre des moyens pour mitiger certains effets non-désiré, par exemple prendre des médicaments prévenant la calvitie qui vient parfois avec la prise de testostérone ou prendre des médicaments au besoin pour contrer la dysfonction érectile qui vient avec la prise de bloqueurs d’androgène. Pour ma part, j’ai arrêté la prise de testostérone après quatre ans et j’ai commencé des traitements d’épilation définitive afin d’atténuer la pilosité sur certaines partie de mon corps. 

  • Quel mode d’administration pourrait mieux me convenir? 

Par exemple, suis-je capable de penser à prendre des médicaments tous les jours? Est-ce que je me vois apprendre à me faire des injections ou demander à un.e proche de m’aider à les faire?

  • Quelles sont mes attentes envers l’hormonothérapie? 

Quels changements aimerais-je que l’hormonothérapie provoque dans ma vie de tous les jours? Est-ce que ces attentes sont réalistes? Quelles sont les autres démarches que je pourrais faire en parallèle pour atteindre certains buts? 

Ces questions, selon moi, sont beaucoup plus importantes que de savoir précisément quelle est ton identité de genre. Malheureusement, plusieurs médecins ne comprennent pas leur rôle de cette façon. Il existe encore beaucoup de gatekeeping (contrôle de l’accès), même dans certaines cliniques qui disent adopter l’approche du consentement éclairé. Les personnes non-binaires, les personnes qui ont un parcours non linéaire, les personnes qui n’ont pas de mots précis pour décrire leur identité, les personnes queer et les personnes non conformes dans le genre se heurtent encore souvent à des clinicien.ne.s qui ne comprennent pas leurs réalités et leur besoin d’avoir accès à des hormones. 

Il y a différentes façons d’avoir accès à l’hormonothérapie au Québec, qui respectent le principe d’autodétermination à divers degrés. Tu dis habiter à Montréal, donc tu as deux principales options pour obtenir une prescription :

1) Le parcours « traditionnel »

Ce parcours comporte deux étapes. D’abord, tu dois obtenir une lettre d’un.e psychologue, sexologue, psychiatre ou travailleur.se social.e qui confirme que tu comprends les effets de l’hormonothérapie et que tu es prêt à y recourir. Ensuite, tu pourras prendre un rendez-vous avec un médecin pour qu’iel te prescrive les hormones.

L’avantage de ce parcours, c’est qu’il est possible de trouver des professionnel.le.s qui n’ont pas de liste d’attente et donc de faire toutes les démarches assez rapidement. Le désavantage, c’est qu’il faut rencontrer plusieurs professionnel.le.s à plusieurs endroits et qu’il faut payer pour avoir la lettre de recommandation si on va au privé.

Si tu veux obtenir des hormones de cette façon, je te conseille de consulter la liste des professionnel.le.s transaffirmatif.ve.s du Québec, afin de trouver une personne qui a suivi les formations nécessaires pour intervenir auprès des personnes trans et non-binaires et comprendre que son rôle n’est pas de déterminer si tu es « assez trans » pour avoir recours à l’hormonothérapie. Si tu es sûr.e de ton choix de commencer l’hormonothérapie, tu devrais pouvoir obtenir une lettre en quelques rencontres. 

Si tu n’as pas les moyens d’aller au privé, il y a ce travailleur social qui offre 6 rencontres gratuites via un programme d’ASTTeQ et a une grande expérience avec les personnes trans et non-binaires. Par contre, il a une liste d’attente en ce moment. 

Ensuite, si tu as un médecin de famille, tu pourras lui présenter ta lettre de recommandation et lui demander s’iel est à l’aise de te prescrire des hormones. Sinon, iel pourra te donner une demande de consultation en endocrinologie. Si tu n’as pas de médecin de famille, tu peux aller dans une clinique sans rendez-vous pour obtenir une demande de consultation en endocrinologie.

Finalement, tu pourras faire parvenir la demande de consultation en endocrinologie et ta lettre de recommandation à la Clinique d’endocrinologie de Montréal pour avoir un rendez-vous avec un endocrinologue qui pourra te prescrire les hormones.

2) Le parcours du consentement éclairé

Ce parcours ne comporte qu’une étape, car par cette approche, c’est le médecin qui te prescrit les hormones qui fait aussi l’évaluation pour s’assurer que tu comprends les effets de l’hormonothérapie et que tu es en mesure de consentir à ce traitement. Il y a quelques cliniques à Montréal qui offrent ce parcours aux personnes trans, dont le Centre de santé Meraki, la Clinique médicale 1851,  la Clinique accueil santé de Laval, la Clinique médicale La Licorne, la Clinique l’Actuel et le Centre médical Louvain. En ce moment, celle qui a la plus courte liste d’attente semble être la clinique l’Actuel. L’avantage de cette approche, c’est qu’elle est gratuite et que tu n’as qu’à aller à un seul endroit pour faire toutes les démarches. Le désavantage c’est que la liste d’attente peut être longue. Plusieurs cliniques ont été obligées de fermer leurs listes d’attente tellement elles étaient longues. 

 

Ni l’un ni l’autre de ces parcours n’est parfait. Les deux pourraient te faire rencontrer des professionnel.le.s de la santé qui te poseront des questions stéréotypées et qui voudront que tu justifies ton identité. Certaines personnes (moi y compris!) décident de mentir plutôt que de dépenser de l’énergie à éduquer les professionnel.le.s de la santé et justifier leur identité. J’ai d’ailleurs écrit une réponse complète à ce sujet, que je te conseille de lire avant de commencer les démarches. Plus on est informé sur les aspects médicaux entourant la transitude, plus on a d’outils pour faire valoir ses droits auprès des professionnel.le.s de la santé. 

 

J’ai beaucoup parlé de transition médicale, puisque ta question abordait surtout cet aspect d’une transition, mais il ne faut pas oublier qu’il y a bien d’autres démarches que l’hormonothérapie qui peuvent faire partie d’une transition. Voici un extrait d’une réponse d’un mon collègue Guillaume à propos de la transition sociale :

Une transition sociale peut consister, notamment, au dévoilement de son identité de genre à son entourage ou à la modification de son expression de genre visant à exprimer, socialement, le genre désiré ou ressenti. L’expression de genre est l’apparence de ce que notre société qualifie de féminin, masculin ou neutre (vêtements, coiffure, maquillage, langage corporel, etc.), sans égard au genre de la personne.

Les accessoires d’affirmation de genre, communément appelés gender gear en anglais, offrent la possibilité de modifier ton expression de genre selon tes besoins. Un gaff est un sous-vêtement permettant de camoufler l’apparence d’organes génitaux externes (pénis & scrotum). Certaines prothèses, comme le faux pénis (packer) ou les prothèses mammaires, donnent l’apparence d’organes génitaux externes ou de poitrine. 

Tu peux commander des accessoires d’affirmation de genre directement sur Internet. 

Pour des accessoires de compression (Gaff / Binder) 

Prothèses mammaires 

Pour les autres accessoires d’affirmation de genre 

 

Certains groupes communautaires offrent parfois du soutien technique (et financier, selon ta situation personnelle et les capacités financières du groupe communautaire) à l’achat de certains accessoires d’affirmation de genre. D’ailleurs, certains groupes de femmes tricotent et postent gratuitement des Nichons tricotés aux personnes survivantes du cancer du sein… Bien qu’il s’agit d’un service lié au cancer du sein, les faux seins tricotés sont beaucoup plus légers qu’une prothèse mammaire. On ne perd rien à essayer de leur écrire? Voici leur contact.

Puisque tu as plus que 25 ans, tu peux contacter ASTT(e)Q pour du soutien technique (et parfois financier) dans l’accès à ces accessoires. 

Pour l’accès à des chandails de compression à faible prix, tu peux contacter le Center for Gender Advocacy / Centre de lutte contre les oppressions de genre

L’organisation Taking What We Need est un fonds discrétionnaire pour les femmes trans ou les personnes trans féminines via cette adresse courriel : takingwhatweneed@gmail.com

Toujours pour les femmes trans ou les personnes trans féminines, l’organisation The Union of Gender Empowerment offre des brassières et prothèses mammaires à faible prix. 

L’organisme Point of Pride offre des chandails et sous-vêtements de compressions gratuitement. Bien que cet organisme soit basé aux États-Unis, ils offrent leurs services partout dans le monde. 

Il y a aussi l’exploration de la voix qui est une façon de transitionner socialement. J’en parle dans ma réponse à la question Comment puis-je masculiniser ma voix et mon corps sans avoir de chirurgie?. Bien qu’elle soit posée par une personne transmasculine, les outils et les informations données dans la réponse peuvent aussi servir à des personnes qui ont un autre parcours. 

Finalement, il y a la transition légale, qui consiste à changer légalement son nom ou sa mention de sexe. Si c’est quelque chose que tu envisages, je te conseille de lire le Guide de transition légale de TransEstrie.

 

J’espère que cette réponse te permet de te sentir un peu plus outillé.e pour entamer une transition. Si tu as d’autres questions, n’hésite surtout pas à nous réécrire.

 

Bonne chance dans tes démarches!

 

Séré, intervenant pour AlterHéros

 


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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