A cause de la crise sanitaire, mon rendez-vous chez l’endocrinologue a été reporté en automne. Que faire pour mieux vivre avec ce délai?


Bonjour,

À cause de la crise sanitaire, mon rendez-vous chez l’endocrinologue a été reporté en automne.

Je me sens mal dans mon corps et j’ai peur de ne pouvoir effectuer ma transition sous peu.

Même si je ne désire pas de vaginoplastie, j’aimerais subir une orchiectomie.

Avoir ces parties génitales, c’est comme une tumeur, je ne le supporte plus.

Mais j’ai entendu dire que à moins d’un cancer, les médecins ne faisaient pas d’ablations.

Je ne sais pas quoi faire!

Bonjour à toi!

 

Merci de faire confiance à AlterHéros avec la situation que tu vis actuellement. Je vais faire de mon mieux pour répondre aux préoccupations que tu nous partages dans ton message.

Je veux d’abord te dire que je suis vraiment désolé que ton rendez-vous ait été reporté à l’automne. Moi aussi je suis un peu dans la même situation : une chirurgie que j’attends depuis des années a été annulée à cause de la crise de la pandémie et je ne sais toujours pas quand elle pourra avoir lieu. Ça me frustre énormément que les soins de transition soient considérés comme « non essentiels » alors que pour moi c’est absolument essentiel. Je comprends donc que tu puisses vivre beaucoup d’émotions négatives à cause de ce report, dont de la frustration, de l’inquiétude, du découragement et de l’impuissance. Ces émotions sont normales et justifiées. Même si ce n’est pas facile, il faut se donner le droit de les vivre. Voici quelques pistes d’exploration données par un organisme LGBTQ+ du Québec, pour prendre soin de toi pendant cette période difficile :

 

Je comprends aussi de ton message que cette situation te fait craindre de vivre davantage de dysphorie et de ne plus savoir comment gérer ce malaise avec ton corps. J’aimerais donc te partager quelques trucs pour naviguer la dysphorie.

Personnellement, je constate que je vis deux « sortes » de dysphorie : la dysphorie physique et la dysphorie sociale. 

La dysphorie physique est quand je me sens mal par rapport à une caractéristique de mon corps, quand je suis chez moi, seul. Pour moi, la plus grande source de dysphorie physique que j’éprouve est liée au fait de ne pas avoir de pénis. Dans ce temps-là, ce qui me fait le plus de bien est de porter une prothèse de pénis. Je me sens ainsi plus « complet ». Plusieurs articles et prothèses d’affirmation du genre peuvent vraiment aider à calmer la dysphorie physique. 

Pour les personnes assignées garçon à la naissance, il y a les gaffs et les prothèses mammaires qui peuvent aider à féminiser le corps sans avoir recours à des chirurgies ou des hormones. Voici un vidéo sur le tucking, soit une façon de camoufler son sexe, et un site pour acheter des gaffs en Europe. Les prothèses mammaires externes, quant à elle, se placent dans un soutien-gorge pour accentuer la poitrine. Il existe des prothèses « complètes », qui sont plus dispendieuses et proéminente, ainsi que des prothèses « partielles », qui sont plus abordables et plus discrètes. Par ailleurs, il y a des techniques de maquillage qui permettent de féminiser le visage et améliorer le passing, si c’est un de tes objectifs. 

Qu’en penses-tu? Est-ce que tu crois que de porter un gaff ou des prothèses mammaires externes pourrait t’aider à te sentir mieux par rapport à ton corps en attendant ton rendez-vous avec l’endocrinologue?

J’essaie aussi de me rappeler que mes organes génitaux et mon corps ne font pas de moi moins un homme que les hommes cisgenres (non-trans). Notre société a tendance à associer certaines caractéristiques aux garçons et d’autres aux filles, mais ce ne sont que des stéréotypes. Tu es une femme et ton corps t’appartient : tu as donc un corps de femme. Pour me rappeler cela quand j’avais de la difficulté, je m’étais inspiré d’une BD de Sophie Labelle et j’avais fabriqué un petit collant que j’ai mis sur mon agenda. Il faut se rappeler que notre corps n’est pas mauvais en soi, c’est le regard que pose la société sur lui qui est mauvais. Est-ce que tu crois que de faire l’exercice de te rappeler de cela pourrait t’aider?

Un autre truc que j’ai est de porter attention aux détails que j’aime de mon corps et qui me font sentir bien. Ça peut être difficile dans un contexte où on sent que notre corps est « contre » nous, mais ça se pratique. Par exemple, j’aime bien mes jambes et mes yeux, et à force de me le répéter j’ai tendance à plus remarquer ces parties de mon corps que j’aime et à moins remarquer celles qui me dérangent. 

La dysphorie sociale, elle, est liée au fait de se faire mégenrer par d’autres personnes et provoque souvent de la dysphorie physique sur le moment ou par après. Ça peut être compliqué à gérer, car malheureusement on ne contrôle pas les autres personnes et les personnes cisgenres qu’on est obligés de fréquenter, par exemple celles avec qui on habite ou on travaille. Moi, mon truc par rapport à cela est de m’entourer le plus possible d’autres personnes trans, par exemple en fréquentant un groupe de discussion pour les personnes trans et non-binaires. Ça me permet si on veut de « faire le plein » d’euphorie de genre (le contraire de la dysphorie) et de me rappeler que je ne suis pas seul dans ce que je vis. Quand je vais à ces groupes, je me sens bien et ça me donne de l’énergie pour faire face aux personnes qui me mégenrent au quotidien. Qu’en dis-tu? Sais-tu s’il y a près de chez toi des groupes de parole ou de soutien pour les personnes trans? Aimerais-tu rejoindre un groupe de support virtuel si tu ne peux pas te rendre physiquement à des rencontres? Je te suggère d’entrer en contact avec l’association trans la plus près de chez toi afin d’obtenir plus d’information sur les ressources qui sont disponibles pour toi. Tu peux aussi appeler la ligne d’écoute de SOS Homophobie si tu as besoin de parler.

Pour ce qui est de l’orchidectomie sans vaginoplastie, je sais que c’est une chirurgie qui se pratique à plusieurs endroits dans le monde pour les personnes transféminines, mais je ne peux malheureusement pas t’éclairer sur la situation en France puisque AlterHéros est un organisme du Québec. Je te recommande donc de consulter une association trans française ou bien de poser la question à ton endocrinologue lorsque tu auras ton premier rendez-vous.

J’espère que ma réponse t’aidera à mieux vivre les délais occasionnés par la pandémie. N’hésite surtout pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin!

 

Je t’envoie du courage,

 

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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