J’ai plusieurs questions entourant être gender fluid?


Bonjour,
Tout d’abord, j’ai 16 ans et je suis de sexe féminin. Peu avant le premier confinement, j’ai commencé à me poser des questions sur le fait que je sois vraiment une fille au fond de moi. J’ai fais énormément de recherches, et j’étais presque sûr d’être trans ftm. Sauf que quand j’en ai parlé à mes amies, elles l’ont acceptés et ont essayé de me genrer au masculin le plus possible, ce qui à été adorable de leur part. J’étais heureux de pouvoir être nommé comme un gars, mais j’avais des jours, des minis-périodes ou j’avais l’impression que j’étais plus mal à l’aise avec le pronom il, et mon prénom masculin (Eliott). Ça m’a paru bizarre, et j’ai même prit peur, pensant que j’étais simplement fou, et que je n’étais pas trans, juste une fille très masculine. Du coup, suite à ce malaise là, j’en ai reparlé à mes amies, leur disant que je m’étais trompé. Elles m’ont rien dit, ont acceptés, et on à fait comme si de rien n’était. Durant tout l’été, je n’ai pas eu de problème avec le pronom elle, et mon prénom de naissance. J’étais donc persuadé que j’étais dans une phase plus masculine à un moment et c’était tout. Sauf que depuis quelques temps, j’ai cette envie à nouveau d’être perçut comme un homme, et d’être genré comme tel. J’ai essayé d’ignorer ces pensés, car j’avais trop peur de refaire la même erreur qu’en mars. Mais un ami m’a fait un coming out de non-binaire, et ça m’a tout de suite fait comme une baffe, comme un rappel à la réalité. J’ai donc recommencé mes recherches, me doutant bien que je n’étais pas trans étant donné que j’acceptais à plusieurs moments, ma partie féminité. D’après mes recherches, la non-binarité ne me correspondait pas non plus, car je ne supportes pas le fait de ne pas correspondre à un genre. Puis, je suis tombé sur le fait d’être gender fluid, et ça m’a tout de suite parlé. Je suis actuellement en phase “masculine” si je peux dire ça comme ça (d’ou le faît que je me genre au masculin ici), et je sais que j’aurais d’autres phase “féminine” ou j’utiliserais mes pronoms elle et prénoms d’originie.
J’ai pu parlé avec mon ami de tout ça, je ne suis pas encore à 100/100 sûr de moi, mais j’aurais tout de même des questions à vous poser :
– C’est possible d’une période à l’autre de me faire genrer différement selon mon ressentis ?
– Est ce que je ressens est vraiment considéré comme gender fluid ?
– Avez vous des conseils pour un coming out, car je sais que ma famille risque de ne pas comprendre, et je ne veux pas leur imposer de me nommer autrement pour le moment, je voudrais juste qu’ils le sachent
Voilà, j’aimerais surtout connaître si possible votre avis sur la situation, et si vous avez des conseils pour vivre au mieux tout cela car ça me fait un peu peur honnêtement…

Foxi

Bonjour!

 

Merci de nous écrire et désolé.e du petit délai, ton message est accidentellement tombé dans notre boîte de spam. Ça me fait plaisir de te répondre aujourd’hui et j’espère pouvoir t’accompagner adéquatement avec tes questions!

 

Juste pour m’assurer que je comprends bien, tu as été assigné féminin à la naissance et tu es passé par certaines périodes où tu t’identifiais plus au masculin, d’autres plus au féminin. À travers ces changements, tu te demandes si tu pouvais être gender fluid, comment en parler à ta famille et comment mieux gérer l’anxiété que cela te fait vivre. Présentement tu es dans une période masculine, je vais donc te genrer ainsi. C’est bien ça jusqu’à maintenant?

 

Tu mentionnes avoir déjà fait beaucoup de recherches et t’être posé des questions, je te félicite pour ta curiosité et ta débrouillardise! Le confinement est une bonne opportunité pour explorer ce type de questionnements existentiels. Je vais quand même commencer avec quelques bases tout en essayant de ne pas répéter ce que tu sais probablement déjà.

 

Premièrement, l’identité de genre et l’expression de genre ne sont pas toujours parfaitement en accordance. C’est pour cela qu’il est possible d’être un garçon, une fille une personne non-binaire et/ou gender fluid et indépendamment d’avoir une apparence masculine, féminine, androgyne et/ou en alternance. 

 

Une définition qui peut être donnée de l’identité gender fluid est : « avoir deux genres ou plus qui fluctuent et s’alternent dans le temps ». Mais il y en a d’autres! La fluidité peut s’exprimer dans certains contextes précis ou non. On dit parfois que gender fluid est une identité qui peut être comprise sous le grand parapluie de la non-binarité. Non-binaire est aussi un genre à part entière qui peut être décrit comme le fait de « s’identifier en partie au masculin ou au féminin, aux deux à la fois ou en alternance, quelque part entre les deux ou à aucun des deux ».

 

À savoir s’il est possible que tu sois gender fluid et d’avoir des phases masculines et des phases féminines : oui! C’est le cas de plusieurs autres personnes. Si gender fluid est le concept qui te parle le plus et qui permet d’expliquer facilement ta réalité, tu peux absolument te l’approprier. Il est également possible pour certaines personnes gender fluid d’avoir une relation différente avec la fluidité de genre, et pour des personnes de vivre des phases distinctes de masculinité/féminité et de ne pas s’identifier comme gender fluid. 

 

Mais alors, comment peut-on savoir? Il n’y a pas de test, de questionnaire ou de grille pour catégoriser son identité de genre sans l’ombre d’un doute. C’est comme quand on envoie un formulaire important et qu’on ne reçoit pas d’accusé de réception. Malgré cette incertitude, je peux simplement te conseiller d’aller vers les mots qui te font sentir reconnu, vers les significations qui t’apportent du soulagement, bref vers ce qui t’aide à te comprendre et à t’expliquer.

 

Il est toujours possible d’hésiter, de douter et de ne pas être complètement sûr.e de son identité. Surtout au début et lorsqu’on s’habitue à de nouveaux prénoms/pronoms/accords. C’est toute une adaptation à faire, pour soi et pour les autres. La transition n’est pas toujours une ligne droite ni un parcours simple et clair. Toutefois, cela fait partie du processus et ne veut pas dire que l’on n’est pas réellement trans. Dans les mots de maon collègue Séré : « Si une personne se questionne beaucoup sur son genre, sur si elle est trans, il y a de grandes chances qu’elle le soit! » Tu as la chance d’avoir un cercle social qui te respecte et te supporte, profites-en pour adopter les accords genrés qui te plaisent au moments qui te conviennent.

 

Essayer de refouler ou d’ignorer ses sentiments peut parfois fonctionner à court terme mais ce n’est jamais une solution efficace. Il existe malheureusement des tabous et des idées négatives qui sont perpétuées par les médias sensationnalistes concernant les personnes qui ont entamé une transition et qui ont réalisé par la suite que leur genre assigné correspond en partie ou en totalité à leur identité. Il est important de laisser à toustes l’espace d’explorer leurs genres et de faire des expériences et des découvertes.  Apprendre à se découvrir et à mieux se connaître n’est jamais une erreur ou une perte de temps : c’est un cadeau à s’offrir. Tu as le droit de vouloir être genré d’une façon pendant un temps puis de changer et de revenir sur ta décision après. Un peu comme les vagues dans l’océan. C’est valide.

 

Maintenant, pour le coming out à la famille. La réponse de Séré à la question « Comment faire mon coming out en tant que genderfluid à mes parents? » pourrait possiblement t’intéresser! Iel y détaille quelques conseils spécifiques, notamment de choisir un moment et un contexte qui te convient (en personne ou à l’écrit par exemple), de leur expliquer ce qu’être gender fluid signifie pour toi, de nommer ce que tu aimerais changer (nom, pronoms, habillement) et ce qui va rester pareil (qui tu es en tant que personne) et enfin de te préparer pour répondre à leurs questions. C’est un processus qui peut demander beaucoup d’énergie et de vulnérabilité mais sache que tu ne leur imposes pas quelque chose, tu leur parles de toi et de ce qui te ferait du bien.  Tu as le droit de les corriger, d’avoir tes besoins et tes limites et d’être toi-même. Ta sécurité est primordiale, et si tu ne te sens pas encore en sécurité de leur en parler cela ne diminue aucunement ton identité.

 

Il y a des ressources en ligne qui existent et qui peuvent t’aider avec tes réflexions et tes démarches :

 

C’est parfois utile d’avoir différents points de vue. Voici donc d’autres réponses de la section genderfluid de notre site :

 

J’ai demandé conseil à un.e ami.e qui fluctue comme toi sur le plan du genre et voici ce qu’il me dit :

  • C’est correct de ne pas être absolument juste féminin ou juste masculin, tu peux jouer avec la façon que tu exprimer et ressens ton genre. Même si la société nous met beaucoup beaucoup de pression pour se décider et choisir une case, mais tu peux choisir plusieurs choses et ne pas savoir.
  • Fais des expérimentations avec ce qui te fait du bien! Par exemple avec des vêtements, du maquillage, des tatouages, des piercings, tes cheveux. C’est des changements plus faciles que les chirurgies.
  • Pour le coming out, il est important de se bâtir un réseau de personnes de confiance qui peut nous valider et nous soutenir au cas où notre famille réagit négativement.
  • Tu pourrais introduire le sujet tranquillement, glisser des informations sur les personnes trans et la non-binarité et voir leurs réactions. Comme ça, lors de ton coming out ils auront des bases et pourront comprendre plus facilement.
  • C’est normal d’avoir peur quand même. Tu peux y aller un jour à la fois, faire du selfcare, faire des choses qui te font du bien, faire des choses affirmatives et en parler aux personnes qui vont bien te genrer et t’appeler.

 

J’espère que ces informations, conseils et ressources t’aideront à mieux gérer tes craintes. Il existe une multiplicité d’expériences, de définitions et de points de vue en lien avec le genre. Parfois ces possibilités sont intimidantes et l’on a peur de faire un choix que l’on va regretter ou de ne pas être compris.e comme on le souhaiterait. Ce genre d’incertitudes sont des composantes de l’adolescence et de la vie en général. J’ai confiance que tu saura les naviguer avec curiosité et débrouillardise. 🏄

 

Tu peux toujours nous réécrire s’il y a quoi que ce soit! Je t’envoie plein d’énergies positives.

 

Maxime, stagiaire pour AlterHéros


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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