Je me demande parfois si je ne suis pas trans, mais je ne sais pas quoi penser. Que faire?


Bonjour,
Je me pose énormément de questions sur mon genre ! J’ai 19 ans, je n’ai jamais eu d’expérience sexuel par honte de mon corp très certainement ! C un peu drôle à dire mais je pense de confiance en moi… ! Des fois le matin je me réveil et je me dit est-ce que je suis trans ! Je sais pas réellement quoi penser ! Que faire ?
Merci

Y.

Bonjour Y!

 

Merci de faire confiance à AlterHéros avec tes questionnements sur ton identité de genre. Ne t’inquiète pas, tu es à la bonne place et je vais faire de mon mieux pour t’éclairer à ce sujet.

Tu dis que tu te poses beaucoup de questions sur ton genre. Tu dis que tu as honte de ton corps et que tu manques de confiance en toi, et tu dis que tu n’as jamais eu d’expérience sexuelle.

D’abord, je te rassure, il n’est pas nécessaire d’avoir eu une relation sexuelle pour savoir si on est trans ou non. Les expériences sexuelles, l’identité de genre et l’orientation sexuelle sont trois concepts distincts. Il est donc tout à fait possible d’explorer son identité de genre sans avoir eu d’expérience sexuelle. 

De plus, il n’y a pas de honte du tout à attendre d’être à l’aise avec son corps ou de rencontrer une personne qui nous plaît par avoir une première expérience sexuelle. Tu peux aussi explorer ta sexualité seul.e si tu en as envie! Ça peut être difficile de se masturber quand on est trans, mais il existe des jouets qui peuvent aider à combattre la dysphorie et à se donner du plaisir malgré le malaise qu’on peut ressentir par rapport à son corps. Voici un vidéo qui parle de sex-toys qui peuvent affirmant pour les personnes transféminines, et un vidéo qui parle de masturbation sleeve pour les personnes transmasculines.

Ceci étant dit, parlons d’être trans. Je dis souvent que si une personne se questionne beaucoup sur son genre, sur si elle est trans, il y a de grandes chances qu’elle le soit! Qu’en dis-tu? Pourquoi hésites-tu à te dire que tu es trans? Pour moi, il y a eu plusieurs facteurs qui ont fait que ça m’a pris des années avant de vraiment comprendre et me dire que je suis trans, même si ça fait depuis que je suis très jeune que je ne me sens pas comme une fille.

1. Je ne savais pas que j’avais « le droit » d’être ni un garçon ni une fille

Toute ma vie, je ne me suis pas senti comme une fille, soit le genre qui m’a été assigné à la naissance, mais je ne me sentais pas comme un garçon non plus. Quand j’ai entendu pour la première fois parler des personnes non-binaires, j’ai enfin eu un déclic dans ma tête! La raison pour laquelle je ne me sentais pas comme une fille ni un garçon, c’est simplement parce que je n’étais ni un ni l’autre. 

J’aime bien expliquer la non-binarité à l’aide d’une métaphore de crème glacée. En effet, le genre, c’est comme la crème glacée. Les saveurs les plus populaires sont vanille et chocolat, mais ce ne sont pas les seules saveurs de l’univers! Il y a de la crème glacée à la fraise, à l’érable et même au bacon. Pareillement, femme et homme sont les genres les plus connus, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont les seuls. Il y a aussi une infinité de genres qu’on regroupe sous l’étiquette de non-binaire, comme agenre, genderqueer, bigenre, fluide dans le genre, demiboy, demigirl, neutre, etc. 

Penses-tu que tu pourrais être non-binaire? Ça vaut la peine d’explorer cette possibilité! Je t’invite à consulter les réponses que nous avons précédemment données à ce sujet. Il y a aussi ce petit lexique que j’aime bien, qui donne la définition de plusieurs identités de genre.

2. Je ne savais pas qu’on n’avait pas besoin de détester son corps et vouloir des chirurgies pour être trans

En grandissant, j’ai toujours entendu parler des personnes trans d’une façon très spécifique : « né.e dans le mauvais corps », « la grande opération », « devenu.e un homme/une femme », « sa transformation », « changer de sexe », etc. Je ne me reconnaissais pas du tout dans ces mots. Oui, j’étais mal à l’aise avec certaines parties de mon corps, mais je ne me voyais pas avoir des chirurgies pour le changer. Et j’en aimais aussi d’autres aspects, je n’avais pas du tout l’impression d’être né dans le mauvais corps! Je ne voulais pas non plus « devenir » une autre personne.

Le problème avec ces phrases, c’est qu’elles nous font croire que le vécu de toutes les personnes trans est le même. Elles sont aussi très négatives, et nous laissent penser qu’être trans est une maladie dont il faut guérir en suivant un traitement médical précis, une expérience horrible dont on ne peut tirer aucun positif. 

La réalité est tout autre. Il y a autant de parcours trans qu’il y a de personnes trans. Certaines personnes trans font une transition médicale, alors que d’autres n’en font pas. Certaines personnes trans prennent des hormones, mais ne veulent pas de chirurgies, alors que d’autres veulent des chirurgies, mais pas d’hormones. Certaines personnes trans changent de nom et de pronoms, alors que d’autres gardent ceux qu’elles utilisaient déjà. 

Le seul prérequis pour être trans est de s’identifier à un autre genre que celui qui nous a été assigné à la naissance. C’est tout! Pas besoin de détester son corps, pas besoin de vouloir transitionner, pas même besoin de faire un coming-out. 

3. Je pensais que d’aimer des choses dites « féminines » voulait dire que j’étais une fille

J’ai récemment répondu à une question par rapport à cet enjeu : Est-ce normal de vouloir un corps d’homme, mais continuer à se comporter comme une femme?

« On peut effectivement se demander ce que ça veut dire, de se comporter comme une femme. Est-ce que c’est de manifester librement son affection aux gens qui nous entourent? Est-ce que c’est d’avoir des intérêts et des passe-temps comme le ballet, le tricot ou le magasinage? Est-ce que c’est de porter des robes, avoir les cheveux longs et épiler ses jambes?

Tout ça repose sur des stéréotypes, car tous ces comportements peuvent être adoptés par des femmes, des hommes et des personnes non-binaires. Il faut faire la différence entre l’identité de genre, qui est un sentiment intime, et l’expression de genre, qui est au contraire ce qui est extériorisé par une personne. L’identité de genre est invisible alors que l’expression de genre est visible. De plus, ces deux éléments n’ont pas à concorder. Par exemple, un homme peut aimer porter des robes, tout comme une femme peut avoir des loisirs dits “masculins”, comme la chasse, sans que ça invalide son identité en tant que femme. 

Cela s’applique également aux personnes trans et non-binaires. Ce n’est pas parce qu’on a le besoin de transitionner, que ce soit socialement, médicalement ou légalement, qu’on doit se conformer aux stéréotypes de genre associé à notre identité de genre. Par exemple, moi je suis une personne transmasculine, c’est-à-dire que j’ai été assigné fille à la naissance et que je transitionne vers un genre masculin. Je prends de la testostérone depuis maintenant quatre ans, parce que je voulais masculiniser mon corps : avoir moins de courbes typiquement associées à la féminité, plus de pilosité et la voix plus grave. Mais ça ne m’empêche pas de continuer à porter des robes, de garder les mêmes intérêts et d’avoir le rose comme couleur préférée! Quand on transitionne, on ne devient pas une autre personne! »

4. Je ne savais pas qu’on pouvait être trans et gay

J’ai toujours aimé les garçons. En étant assigné fille à la naissance, c’était ce qui était attendu de moi, donc pas de problème de ce côté-là. Mais ça m’a aussi porté à ne pas me questionner sur mon identité de genre, car je croyais que toutes les personnes trans étaient hétérosexuelles. En tout cas c’est ce qui m’a été enseigné par les médias! Je ne voyais que des femmes trans qui étaient avec des hommes et des homme trans qui étaient avec des femmes. On aurait dit que le but d’une transition, c’était toujours de devenir assez attirant pour que les personnes cisgenres et hétérosexuelles soient attirées par nous. Il y avait toujours ce petit message qui tournait dans ma tête : « Pourquoi “devenir un homme” si c’est pour être gay? N’est-ce pas mieux de simplement “rester” une fille hétéro? »

La vérité, c’est que l’identité de genre et l’orientation sexuelle sont deux concepts séparés. Les personnes trans peuvent être hétéros, lesbiennes, gaies, bisexuelles, pansexuelles, asexuelles ou de toute autre orientation! Et puis, l’hétérosexualité n’est pas supérieure aux autres orientations, alors il est absurde de ne pas transitionner pour ne pas « devenir gay ». 

 

Est-ce que ces explications t’éclairent? Que penses-tu du fait d’être trans maintenant que j’ai déconstruit quelques idées préconçues avec toi?

J’espère que ma réponse va t’aider à explorer ton identité et à trouver des termes qui t’aident à mieux la comprendre. Je t’invite à mener cette exploration dans des espaces trans et avec d’autres personnes trans si tu le peux. C’est souvent très aidant de pouvoir parler à des personnes qui ont un vécu similaire au nôtre. Ça aide à se sentir moins seul et moins isolé. Je te conseille de visiter le site de la Fédération trans et intersexe de France afin de trouver une association trans près de chez toi. Tu peux aussi fouiller en ligne pour trouver des forums et des groupes Facebook qui rassemblent des personnes trans et non-binaires. 

N’hésite surtout pas à nous réécrire si tu veux approfondir certains aspects de cette question ou nous en poser une autre.

Je t’envoie du courage!

 

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.