J’ai peur de dire que je suis trans à ma famille, mais je devrai le faire un jour…


Bonjour,
(Je m’excuse d’avance si je me perds dans mes explications)
Je suis Louna mais je préfère que l’on m’appelle Lou.
J’ai 15 ans et je suis en dernière année de collège.
Cela fait quelques années, peut-être 3 ou 4, que je me sens différent des “autre filles” et seulement quelques mois que je me questionne réellement sur mon identité de genre et je suis complètement perdu…
Je vais d’abord vous présenter mon “parcours”
Il y a donc quelques années je me suis rendu compte que j’étais différent, et a l’entrée au collège tout s’est accéléré.
Je voyais mais amis changer (devenir plus masculin, mué, etc) et pareil pour mes camarades féminines (commencer a ce maquiller et autre) et malheureusement moi aussi.
J’ai vu une poitrine plus que dérangeante arrivée, ma voix est restée la meme…
J’ai commencé à vouloir avoir un torse (de plus en plus au fil du temps), a aller dans les rayons “homme” des magasins de vêtements, a refusé que ma mere me maquille, bref, je me suis “masculinisé” au point que certaines personnes m’appelaient monsieur dans la rue mais j’ai continué a changer ma poitrine a continué a grandir, mes courbes a devenir de plus en plus féminines et mon père n’a pas vu ma “masculinisation” du bon œil.
Plus je grandissais, plus on me demandais de me “feminisé” et j’ai arrêté de résister (sauf pour les robes/jupes). Et un jour je suis tombé sur une video d’un homme trans parlant de son binder et j’ai adoré le concept mais j’ai rapidement oublié.
Au fil du temps je perdais de plus en plus la confiance qui m’avait permis cette “masculinisation”. Je vis en cité, les lgbt son majoritairement mal vu et quasiment chaque jour j’entends des remarques homophobes et transphobe et je crois qu’inconsciemment j’ai eu peur de l’etre et de faire face a tout ça.
C’est donc un ans après que je suis retombé sur une video d’un jeune homme trans qui expliquait comment il a découvert sa transidentité et là j’ai explosé en pleurs dans ma chambre. Je me reconnaissais enfin en quelqu’un.
J’ai donc pensé etre un homme mais en cherchant dans l’univers lgbt je me suis perdu. J’ai découvert l’existence de la non-binartité et de toutes ces autre orientation que je ne connaissais pas. Je me suis d’ailleurs découvert bi (je suis pas encore sûr mais ce n’est pas vraiment le sujet).
Enfin bref ! Je suis complètement perdu !
Je pense etre majoritairement homme mais je n’en suis pas sûr, je ne me comprend pas vraiment.
Et surtout j’ai si peur de le dire a quelqu’un d’autre (surtout ma famille). Et pourtant je sais qu’il le faudra un jour car j’aimerais énormément avoir un binder mais je ne crois pas pouvoir le commander seul (j’ai pas de carte bancaire, je suis pas majeur).
Comment réagirais ma famille (surtout mon pere qui est pas très ouvert sur le sujet) quand je leur apprendrai que je ne suis pas cis-hetero comme ils l’ont longtemps penser…
Mes camarades aussi, certains de mes amis m’ont déjà avoué “ne pas aimer les pd”, seuls mes meilleurs amis sont complètement ok a la cause (enfin il n’y a que pour eu que je suis sur)
Je crois que le fait de m’avouer que je ne sois pas une femme m’a fait prendre un peu de confiance mais c’est loins d’être ça…
(Parenthèses, je vous raconte un événement qui m’a fait vraiment peur. Ça c’est passer 1 ou 2 mois avant le confinement en france, en janvier je crois, une fille a fait son coming out bi dans la cour du collège, elle a aussi avoué être amoureuse d’une de ses camarades. Une foule s’est créée autour d’elle et des gens l’ont insulté et poussé, elle s’est retrouvée en pleurs, le directeur a dû intervenir. Elle se faisait regarder de travers pendant les 2/3 semaines qui on suivit. J’étais dans le fond de la cour a ce moment là, j’ai seulement réalisé a ce moment là a quel point ça aurait pu mal tourné. J’ai vraiment paniqué et les insultes homophobes qui on suivit dans la journée sont mal passées.)
Bon, je suis désolé pour le pavé de texte et pour les possibles fautes d’orthographe.
Je vous remercie d’avance pour m’avoir lu et pour l’aide que vous offrez aux personnes dans des cas similaires au miens
Bonne journée à vous

Bonjour Lou!

Merci de faire confiance à AlterHéros avec tes questionnements. Je te rassure, je ne me suis pas perdu en lisant ton message! 
D’abord, je veux te dire bravo, parce qu’en nous écrivant, tu as parlé de ton identité de genre et de ton orientation sexuelle à quelqu’un! C’est déjà un grand pas que tu as fait, en trouvant le courage pour nous écrire comment tu te sens par rapport à ces facettes de ton identité. 
Je comprends de ton message que tu te questionnes depuis très longtemps sur ton identité de genre, et que ça se reflète sur ton expression de genre, soit la façon dont tu t’habilles, dont tu te coiffe, dont tu te maquilles, etc. Tu ne te sens pas du tout comme une fille, mais tu ne sais pas non plus si tu te sens comme un garçon, même si ça semble s’approcher plus de ton identité. C’est bien ça?
Tu sais, c’est correct si la seule chose que tu es capable de nommer en ce moment, c’est que tu n’es pas une fille. Quand on grandit dans une société aussi binaire et ciscentrée (c’est-à-dire centrée sur les expériences des personnes non trans) que la nôtre, c’est normal d’avoir du mal à s’y retrouver quand on se rend compte que notre identité de genre ne correspond pas au sexe qui nous a été assigné à la naissance. C’est d’autant plus confondant quand on ne s’identifie pas non plus complètement à l’autre genre binaire. Pour emprunter une métaphore à mon ami.e Phillie, je décrirais ça comme découvrir la couleur alors qu’on a grandi dans un monde en noir et blanc.
Tu dis que tu te sens majoritairement homme. Il y a plusieurs identités de genres non-binaires qui se rapprochent du genre homme. Par exemple, il se pourrait que tu sois bigenre, c’est-à-dire avoir le genre homme et un autre genre. Moi-même je suis bigenre et mes deux genres sont homme et genderqueer. Il y a aussi l’identité demiboy ou demigarçon, qui est simplement le fait de s’identifier partiellement comme un homme. De plus, certaines personnes sont genderfluid et peuvent se sentir parfois garçon et parfois d’un ou plusieurs autres genres. Il est aussi possible de s’identifier simplement comme homme non-binaire ou personne transmasculine, deux termes auxquels je m’identifie personnellement! Tu peux consulter cette liste d’identités non-binaires pour découvrir d’autres identités de genre. 
Je sais que ça fait beaucoup de possibilités! Mais ce n’est que ça, des possibilités. Si tu ne t’identifies à aucune d’entre elles, à plusieurs d’entre elles ou que tu ne sais pas, ce n’est pas grave. Le seul moyen de trouver des termes qui nous conviennent, c’est de les explorer.
Mais surtout, rappelle-toi que tu as tout à fait le droit de changer d’idée plus tard. C’est même très fréquent, car la perception qu’on a de notre identité de genre peut facilement évoluer en fonction de nos expériences de vie et de nos démarches de transition. La fluidité est normale et ce n’est pas parce que quelque chose peut être appelé à changer qu’il est inutile de chercher à la comprendre. Et même si tu n’es pas 100 % certain.e de ton identité de genre, tu peux quand même faire un coming-out.
Justement, parlons de coming-out. Il est très souvent représenté dans les médias comme une grosse étape unique et obligatoire pour les personnes LGBTQ+. Par contre, dans la réalité, il peut prendre plusieurs formes et s’échelonner dans le temps. Par exemple, moi j’ai fait un coming-out comme personne trans à quelques ami.e.s proches d’abord, et je n’en ai parlé à mes parents qu’environ un an plus tard. Par ailleurs, certaines personnes vont décider de ne jamais faire leur coming-out à certaines personnes pour une variété de raisons. Le choix de quand, comment et à qui faire un coming-out t’appartient entièrement. 
Voici donc quelques questions que tu peux te poser pour savoir si c’est une bonne idée pour toi de faire un coming-out :

Est-ce que je me sens en sécurité d’aborder le sujet de mon identité de genre? 
Tu nommes dans ta question que tu crains de subir des réactions homophobes et transphobes de la part des gens de ton voisinage, de ton école et de la part de tes parents. Ta sécurité est la priorité et tu n’es jamais obligé.e d’avoir des conversations qui pourraient te mettre en danger. Même si tu restes dans le placard parce que tu as peur d’aborder ce sujet avec tes parents ou d’autres personnes dans ta vie, ça ne fait pas de toi quelqu’un qui est « moins trans » ou « moins non-binaire » que si tu avais la possibilité d’en parler et de transitionner. Faire un coming-out ou non ne détermine pas la légitimité d’une identité LGBTQ+. Si tu es trans ou non-binaire, tu es trans ou non-binaire, peu importe si tu es la seule personne à le savoir ou si le monde entier est au courant. Par ailleurs, il n’est jamais trop tard pour transitionner. Si tu ne peux pas le faire maintenant dans ton milieu, cela ne veut pas dire que tu ne pourras jamais transitionner, ni que tu seras trop âgé.e pour le faire lorsque tu t’en sortiras. 
Est-ce que je suis prêt à dévoiler mon identité de genre?
Un coming-out peut être une grosse étape. Tu as le droit d’attendre d’être prêt, tu as le droit de te préparer et tu as aussi le droit de décider de ne pas parler de ton identité de genre à certaines personnes. Tu peux aussi y aller par étapes. Tu dis que tu as des ami.e.s proches dont tu crains beaucoup moins la réaction que les autres personnes de ton entourage. Que dirais-tu de leur en parler d’abord? Crois-tu qu’iels sont capables de garder cette information pour elleux si tu leur demandes d’être discrèt.e.s? Comme je l’ai mentionné plus tôt, moi j’ai d’abord parlé de mon identité de genre seulement à mes meilleur.e.s ami.e.s. Ça m’a donné l’espace dont j’avais besoin pour parler de mes questionnements et de tout ce que je vivais par rapport à ceux-ci. Ce réseau de soutien a été très important par la suite quand j’ai fait mon coming-out à d’autres personnes moins ouvertes. 
Peut-être que tu pourrais aussi en parler d’abord à d’autres adultes que tes parents, comme un.e professeur.e à ton école ou ton médecin.
Est-ce qu’il se peut qu’iels réagissent bien? 
Parfois, on se concentre tellement sur les possibilités négatives qu’on oublie qu’il se pourrait que ça se passe plutôt bien. Je ne connais pas ta situation alors je ne sais pas si ça peut s’appliquer pour toi. Comment est ta relation avec tes parents? Si tu as deux parents, y a-t-il un.e parent dont tu es plus proche et qui pourrait t’aider à faire ton coming-out à ton autre parent, si c’est sa réaction que tu crains le plus? Tu parles de ton père qui tient des propos homophobes, mais qu’en est-il de ta mère ou de ton autre parent, si tu en as un.e? Y a-t-il d’autres membres de ta famille à qui tu pourrais demander de l’aide pour t’acheter un binder? Ou penses-tu que tu pourrais demander à tes parents de t’acheter un binder ou un soutien-gorge de sport, car tu es inconfortable avec ta poitrine, sans leur préciser que tu penses être trans?
Quels changements est-ce que je veux que mon coming-out apporte?
Ce qui aide beaucoup quand on fait un coming-out est de nommer les choses que l’on veut changer, parce que des choses qui paraissent tout à fait évidentes pour nous peuvent ne pas l’être du tout pour les autres! Par exemple, quand j’ai dit à ma mère que je n’étais pas une fille, je m’attendais à ce qu’elle en comprenne que je ne voulais plus qu’elle m’appelle « ma belle » ou qu’elle me présente comme était « sa fille aînée ». Sauf qu’elle n’avait pas vraiment pensé tout de suite à ces implications et ça a causé beaucoup de friction entre nous. J’ai donc appris que je devais nommer ce que je voulais. Donc tu peux te demander : veux-tu que tes parents utilisent un nouveau prénom et des nouveaux pronoms (il, elle, iel, etc.) pour parler de toi? Aimerais-tu qu’ils t’aident à acheter des nouveaux vêtements? Voudrais-tu qu’iels t’aident à trouver un.e professionnel.le de la santé pour entamer des démarches de transition médicale comme la prise de bloqueurs de puberté? C’est très important que tu connaisses tes besoins et tes limites pour pouvoir les nommer et répondre à leurs questions. C’est aussi pertinent de penser à ce qui ne changera pas! Souvent, quand on fait un coming-out trans, les personnes proches de nous ont l’impression que l’on veut « devenir » quelqu’un d’autre. Tu peux les rassurer en leur disant que tu es encore la même personne, que tu gardes la même personnalité et les mêmes intérêts! 

Maintenant, après avoir répondu à toutes ces questions, comment faire un coming-out si tu décides que c’est ce que tu souhaites faire? Pour obtenir des conseils par rapport à cela, je te suggère de lire mes récentes réponses à sujet, comme celle-ci et celle-là
Finalement, je t’invite à entrer en contact avec une association trans près de chez toi! Quand j’étais en questionnement, ça m’a beaucoup aidé de parler à d’autres personnes trans et non-binaires, et ainsi apprendre de leur expérience. S’il y a des groupes de discussion ou de soutien qui sont organisés par une de ces associations, tu pourrais avoir avantage à y participer pour rencontrer d’autres personnes qui vivent les mêmes enjeux que toi! De plus, si tu as besoin de parler de vive voix ou d’obtenir de l’aide face à une situation de transphobie, il y a la ligne d’écoute de SOS homophobie que tu peux rejoindre au 01.48.06.42.41.
J’espère que ma réponse t’aide un peu. Si tu veux approfondir le sujet davantage ou que tu as d’autres préoccupations, n’hésite surtout pas à nous réécrire!
Je t’envoie du courage et du réconfort,

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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