En tant qu’homosexuel, je ressens une pression à vivre en ville, alors que je suis attiré par les régions…


Bonjour! Ma question porte plutôt sur les perspectives de rencontres amoureuses. Étant un homme homosexuel, je ressens une certaine pression d’aller vivre en ville ou encore d’être sur des apps de rencontre afin de rencontrer des gens/trouver un partenaire amoureux (pas de casual sex).
Ceci étant dit, les régions hors centres urbains m’attirent beaucoup en raison de leur milieu de vue qui me semble plus calme et lent. Or, j’ai peur de ne jamais rencontrer une personne intéressante (intellectuellement stimulante, qui a possiblement fait des études à l’université ou est-ce un préjugé?) ou de réduire mes possibilités en allant vivre en région.
Peut-être qu’un jour je retournerai sur des applications de rencontre mais pour le moment les rencontres en ligne me stressent beaucoup trop puisque je overthink trop alors qu’en vrai ça se fait naturellement et mes émotions se développent naturellement.
Merci!

Philippe

Bonjour Philippe!

 

Merci grandement pour la confiance que tu portes envers AlterHéros. Il me fait particulièrement plaisir de te répondre aujourd’hui. En fait, tu peux jeter un coup d’oeil à ma biographie sur le site internet d’AlterHéros, mais mon parcours ressemble beaucoup au tien. J’ai grandi en Montérégie avant de déménager à Montréal pour faire mon Cégep. Puis, je suis parti vivre en région pendant quatre ans, soit dans le Bas-Saint-Laurent ainsi qu’aux Îles-de-la-Madeleine. Je comprends en ce sens parfaitement la pression que tu décris selon laquelle toutes les personnes LGBTQ+, en particulier les hommes gais, devraient déménager en milieu urbain pour vivre pleinement leur homosexualité ou être sur des applications de rencontre. J’ai navigué moi-même ces différentes formes de pression et vécu, somme toute, de magnifiques années en région. Je me suis même spécialisé à l’école sur les différents enjeux touchant les membres des communautés LGBTQ+ vivant hors centres urbains. Cette réponse mélangera donc mes expériences personnelles, certaines théories académiques concernant le discours populaire entourant la diversité sexuelle et de genre en contexte de ruralité et, bien sûr, certaines pistes de réflexions pouvant te soutenir dans tes différents questionnements du moment. Deal? 🙂

 

Pour résumer ta situation, les régions hors centres urbains t’attirent (je te comprends tellement!), mais tu crains que de déménager en région nuise à tes possibilités de rencontrer un gars intéressant. Tu te poses également des questions concernant l’usage des applications de rencontre comme outils pour socialiser avec d’autres gars.

 

D’abord, il existe effectivement cette idée populaire selon laquelle les grandes villes constituent des endroits de prédilection pour les personnes LGBTQ+ et que lorsque nous sommes LGBTQ+, nous devons déménager en ville. C’est ce que l’on nomme la métronormativité, lorsque la ville est perçue comme étant la norme pour les personnes LGBTQ+. La métronormativité vient même créer cette fausse perception selon laquelle l’identité d’une personne LGBTQ+ vivant en campagne est incomplète, puisque la seule et unique façon de vivre sa queerness (le fait d’être LGBTQ+) est d’habituer en milieux urbains. J’ai particulièrement apprécié la lecture de ce livre (en anglais, malheureusement) qui aborde précisément les expériences de personnes LGBTQ+ optant pour une vie en milieu rural. Il y a aussi ce compte instagram faisant la promotion d’une résistance LGBTQ+ rurale aux États-Unis qui est très satisfaisant à suivre! Ça fait du bien de se renseigner sur des expériences positives de personnes LGBTQ+ ayant opté pour une vie loin des centres urbains.

 

La métronormativité encourage également la construction d’un discours social d’altérité entre la ville progressive/ouverte & la région figée dans une tradition conservatrice/rétrograde, en associant constamment les expériences de la ville à quelque chose de positif et celles de la région à quelque chose de négatif. Par exemple, au moment où j’ai pris la décision de quitter Montréal pour m’installer en région, je ne peux même pas compter le nombre de garçons homosexuels vivant à Montréal se disant troublés par ma décision, le nombre de garçons convaincus que j’allais vivre que de mauvaises expériences, que j’allais automatiquement être malheureux d’être une personne queer en milieu rural. Ces idées populaires sont fortement enracinés dans l’imaginaire collectif québécois et prennent également racine dans la promotion d’une culture gaie qui est étroitement associée à la culture des bars, du nightlife urbain, des associations de défense de droits LGBTQ+ qui sont principalement actives à Montréal, etc. Or, et il faut bien des personnes pour le revendiquer, il existe autant de façon d’être gai qu’il existe d’hommes gais. Il existe autant de façon de vivre son homosexualité qu’il existe de personnes homosexuelles. Il n’y a pas une place qui est meilleure qu’une autre, il n’y a pas de parcours meilleur qu’un autre. Okay?

 

Certes, il existe des enjeux précis auxquels sont confrontés les personnes LGBTQ+ vivant en milieu rural. Il existe également des enjeux précis auxquels sont confrontés les personnes LGBTQ+ vivant en milieu urbain. Il n’y a en aucun qui est meilleur que l’autre, puisque chacun a leurs points positifs et leurs points négatifs. C’est à chaque personne, c’est donc à toi, de déterminer quels sont les points positifs et négatifs d’habiter en région ou d’habiter en ville. À partir de cette réflexion, tu sauras prendre une décision éclairée en fonction de tes besoins et limites.

 

À titre d’exemple, certaines personnes LGBTQ+ vivant en milieu rural déplorent le peu de visibilité des personnes LGBTQ+ dans leur région. Le peu de financement accordé aux organismes communautaires LGBTQ+ travaillant en ruralité en est un exemple flagrant! Il est vrai que certaines personnes LGBTQ+ déplorent le manque d’anonymat présent en région, particulièrement pour les jeunes dans le placard désirant explorer leur orientation sexuelle, ou la difficulté de se construire un réseau de soutien LGBTQ+. À l’inverse, les milieux urbains peuvent être un gigantesque labyrinthe d’accès à des services ou à des groupes sociaux et particulièrement axés sur la culture de l’intoxication (consommation d’alcool et de drogues) ainsi que sur la performativité sexuelle. Mais bien évidemment, il est impossible de faire un portrait global et précis puisque chaque expérience de chaque personne LGBTQ+ vivant en milieu rural ou urbain est, par définition, valide, unique et plurielle. Et toi, quelle est ton expérience? 🙂

 

Maintenant, abordons de fond tes questions (enfin! j’ai tendance à parler beaucoup lorsque ça concerne la dynamique ville/région!). Permets-moi de me référer à cette réponse que j’avais composée à ce sujet : Comment rencontrer le bon copain en étant homosexuel dans une région du Québec? Je t’invite d’ailleurs à la lire au complet si tu le souhaites, j’y aborde les étiquettes dans la communauté gaie, les relations éphémères et l’engagement romantique, la vie rurale, etc.

 

Comment rencontrer d’autres personnes LGBTQ+ lorsqu’on habite en région?…

Dans la plupart des régions du Québec, il existe des associations LGBTQ+. Que ce soit des groupes communautaires organisant parfois des activités de socialisation ou des collectifs citoyens organisant à la bonne franquette des 5 à 7 entre personnes LGBTQ+, il existe des possibilités d’implication sociale et de réseautage pour personnes LGBTQ+ et ce à la grandeur du Québec. Si tu décides de t’installer dans une certaine région, je t’invite à nous écrire si tu souhaites connaître quelles initiatives existent dans cette région! Nous avons, à AlterHéros, une cartographie plutôt intéressante de ce type d’initiatives à la grandeur du Québec. Tu peux aussi contacter ce type de groupes pour devenir bénévole à leurs côtés et ainsi t’impliquer auprès d’une équipe LGBTQ+, et du même coup, rencontrer d’autres personnes vivant ou ayant vécu une situation similaire à la tienne (en d’autres mots, rencontrer d’autres garçons qui partagent des valeurs et intérêts similaires!). La plupart des universités québécoises ont également des comités étudiants LGBTQ+ qui sont plutôt actifs pour organiser des conférences, des partys ou simplement des activités de soutien.

«De plus, est-ce que tu connais le groupe Fierté agricole? Il s’agit d’un organisme dont la mission principale est de regrouper les personnes LGBT+ partageant un intérêt commun pour l’agriculture et la vie rurale. Il est possible de prendre contact avec cet organisme pour s’informer sur les différentes activités offertes dans ta région ou de connaître les possibilités d’implication à leurs côtés.»

Puis, tu nommes tes différentes réticences au fait d’utiliser les applications de rencontre dédiées aux hommes qui aiment les hommes. Tes émotions au sujet des applications sont entièrement valides et je ne souhaite en aucun cas t’inviter à faire quelque chose dont tu n’as pas envie. Tu te connais et sais ce qui est mieux pour toi. Je me permets néanmoins de te partager mes réflexions à ce sujet. En arrivant dans l’Est du Québec, j’ai résisté plusieurs moins à télécharger ce type d’applications. Je l’ai finalement fait. Malgré tous les côtés dérangeants de ce type de socialisation, ces applications m’ont également aidé à briser une forme d’isolement social. En effet, cela m’a permis de rentrer en contact avec différents garçons de la ville où j’habitais, mais également des petites municipalités autour. Je me suis fait des amis gais ou bisexuels de cette façon, rencontré trois différents garçons avec qui j’ai fait un p’tit bout de chemin amoureux, agi en tant que guide touristique de la région pour des touristes homosexuels venus de l’extérieur, etc. Bref, les applications de rencontre ne sont qu’un outils. Tout dépend de comment on les utilise. Cela peut être un outils intéressant pour rencontrer d’autres garçons lorsque la grosseur du territoire et la densité de population ont un impact direct sur les possibilités de rencontres.

À ce sujet, je vais citer cette ancienne réponse :

Il existe de nombreux sites de rencontre dédiés ou utilisés par des hommes homosexuels ou bisexuels. On peut penser à Gay411 ou OkCupid par exemple. Ces sites nécessitent de se créer un compte et de répondre à quelques questions en remplissant un profil. Si tu as un téléphone intelligent, il est aussi possible d’utiliser des applications de rencontre comme Grindr, Scruff, Tinder ou Hornet. Ces outils numériques peuvent être intéressants pour prendre un premier contact avec un homme et de planifier une rencontre en vrai. Naviguer les sites ou applications de rencontre n’est pas toujours évident : cela peut parfois être frustrant et décourageant. Toutefois, de récentes études suggèrent que près de 70% des hommes homosexuels ou bisexuels ont rencontré leur(s) partenaire(s) via ces outils numériques en 2010… Comme quoi ces applications peuvent être utiles pour certaines personnes! Un point positif important de ces outils numériques, c’est que selon la taille de la ville où tu habites, les applications permettent d’avoir une idée des différents hommes intéressés à rencontrer d’autres hommes dans ta région. Advenant l’absence de milieux de socialisation pour la communauté LGBTQ+, ces applications peuvent être un bel outils pour rencontrer d’autres hommes.

Il est vrai qu’il peut être difficile de rencontrer d’autres jeunes homosexuels ou bisexuels lorsqu’on habite loin d’un centre urbain. À l’époque, lorsque j’habitais également en région, j’avais l’habitude de me déplacer de temps en temps dans un centre urbain simplement pour participer à certaines soirées ou événements LGBTQ+ et de valider mon sentiment d’appartenance à cette communauté. Le fait de déménager en région n’exclut pas ces petites escapades en ville de temps en temps!

Pour terminer, je t’encourage fortement à prendre une décision en fonction de tes propres désirs, aspirations, besoins et limites. Je garde des milliers de souvenirs extraordinaires de mes quatre années en milieu rural. Je recommencerais l’expérience n’importe quand! Et pour faire du pouce sur l’un de tes commentaires, une personne peut être intellectuellement stimulante sans même avoir de parcours universitaire. 😉 Il se peut que tu rencontres un garçon qui peut te partager énormément de connaissances sur des sujets précis dont l’université ne permet pas l’apprentissage. L’important, c’est de simplement rester ouvert aux possibles rencontres humaines et sur ce que l’un et l’autre peut apporter à l’autre.

 

Je t’encourage à nous écrire de nouveau si tu en ressens le besoin ou simplement pour nous donner de tes nouvelles. J’ai mis beaucoup de plaisir à répondre à ta question et je souhaite fortement que mes mots auront mis un peu de douceur sur tes présentes réflexions.

Bonne continuation,

Guillaume, pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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