Est-il possible de vivre toujours dans le secret quand on est homosexuel?


Hello,

Merci à Marie Edith et à Guillaume pour vos réponses.
Je ressens le besoin encore de vous écrire.
Grâce à vous, je sais maintenant que je ne suis pas bisexuel ou hétéorsexuel et je suis au plus profond de moi homosexuel, tous mes fantasmes ont toujours été homosexuels et maintenant quand jenvisage une relation avec un garçon j’ai le coeur qui bat la chamade.
J’ai fini par l’accepter.
Ca me fait du bien de pouvoir l’écrire à des gens qui ont du vivre la meme chose que moi.
Ca fait beaucoup a gerer et pour le moment je veux vivre mon homosexualité dans le plus grand secret.

Sur les conseils de Marie Edith, j’ai essayer de contacter des associations pour rencontrer en securité des jeunes comme moi.
Mais voila, quand je veux franchir le pas, je ressens une grosse honte (des insultes homophobes me vienne à la tête) qui me met en doute sur mon homosexualité.
Et quand je veux contacter les numeros donné par Guillaume pour en discuter, j’ai le meme blocage.
Comment depasser ça ?

Est il possible de vivre toujours dans le secret quand on est homosexuel ? Je panique a l’idée que ma famille me decouvre. Mes parents sont très vieille France et sont tendance homophobes, ils ont parfois des propos homophobes devant moi et mon père m’a toujours dit que ca serait une honte d’avoir quelqu’un de gay dans la famille ?

Et comment est l’avenir pour quelqu’un qui est homosexuel et pas bisexuel ?
Je ne vois pas fonder une famille ou avoir des enfants, je ne me vois pas vivre avec une fille, je ressens tout simplement une forte envie de vivre avec un garçon dans le plus grand secret.

Frank

Salut Frank !

 

Quel plaisir de lire tes mots aujourd’hui! Il n’est pas toujours évident d’envisager positivement nos attirances homosexuelles comme tu le fais présentement dans ton message. C’est donc tout à ton honneur! Et merci encore une fois de revenir vers nous avec tes nouvelles questions. Suite à ma première réponse et celle de Marie-Édith, il me fait chaud au coeur de savoir que tu as confiance en nous. D’ailleurs, nous sommes nombreux et nombreuses à avoir vécu des choses similaires à toi. Moi le premier! Je comprends donc que c’est beaucoup à gérer en ce moment et que pour cette raison, tu préfères demeurer anonyme sur ton orientation sexuelle.

 

Tu affirmes ressentir une grande honte au moment de prendre contact avec les différents contacts des associations que Marie-Édith et moi t’avons communiqué. Je comprends entièrement ce sentiment. Plusieurs jeunes bisexuel.le.s ou homosexuel.le.s grandissent en intériorisant un sentiment de honte à l’égard de leur orientation sexuelle. Notre principal défi en grandissant est de déconstruire tous ces préjugés que nous avons inconsciemment intériorisés et de transformer ce sentiment de honte en quelque chose de plus positif ; en un sentiment de fierté d’être simplement nous-mêmes. Ce n’est pas quelque chose de facile pour tout le monde, c’est pourquoi il est important de s’entourer de personnes envers qui nous avons confiance et de respecter notre propre rythme dans ce processus. Il n’y a pas de presse. 🙂

 

Néanmoins, ce sentiment de honte persiste à te bloquer au moment de contacter ces différentes ressources jeunesses LGBT de France. J’aimerais toutefois te rappeler une de tes grandes réalisations des dernières semaines : tu as écrit à AlterHéros. 🙂 En effet, au moment de ton premier message, il est possible que nous soyons les premières personnes envers qui tu te confiais au sujet de tes questionnements et réflexions entourant ton orientation sexuelle. C’est réellement tout à ton honneur! Et je suis certain que ce n’était probablement pas évident comme étape, qu’il se peut que tu as hésité longtemps ou que tu étais stressé au moment de cliquer sur ”envoyer” sur le site d’AlterHéros. Toutefois, tu l’as fait. Et comment te sens-tu aujourd’hui à l’idée de nous avoir contacté? Est-ce un geste dont, avec un peu de reculs, tu es fier d’avoir réalisé aujourd’hui? En ce sens, je suis très confiant que si tu as contacté une première fois une association pour les jeunes LGBT (je parle de nous ici!), tu as entièrement la capacité -au moment dont tu jugeras opportun- de contacter d’autres groupes selon tes besoins. 🙂

 

Tu nous demandes comme dépasser ce type de blocage. D’abord, je t’invite à ne pas te faire de pression à ce sujet. On a tendance à être très sévère envers nous-mêmes et tu n’as pas besoin de te rajouter de la pression à ce sujet. Qu’en penses-tu? Ainsi, tu as la possibilité d’écouter ton propre rythme et de raccrocher le téléphone autant de fois que tu le jugeras nécessaire. Il s’agit d’un processus que tu réalises entièrement par et pour toi-même. 🙂 Si c’est plus facile pour toi, tu peux aussi contacter les groupes par courriel ou par clavardage. Tous les moyens de communication sont autant fonctionnels les uns que les autres! Tu choisis celui qui te convient. 🙂 Puis, lorsque tu rencontres ce genre de blocage, je t’invite à prendre le temps de réfléchir quelques secondes sur l’origine de ce blocage et tenter de différencier les petites voix qui proviennent des autres et les petites voix que tu t’es toi-même créées pour te protéger. Ensuite, rappelle-toi que les personnes que tu t’apprêtes à contacter ont vécu les mêmes situations et difficultés que toi et moi. Il y a de bonnes chances que tu sois accueilli avec autant d’amour qu’auprès d’AlterHéros. Finalement, l’anonymat et la confidentialité sont des valeurs importantes auprès de l’ensemble des ressources et associations LGBT. Les contacter ne t’engage ainsi à aucun dévoilement de ton orientation sexuelle auprès de tes proches. C’est quelque chose que tu fais uniquement pour toi, et pas pour les autres. 🙂

 

Ensuite, tu te demandes si c’est possible de vivre dans le secret quand on est homosexuel. La réponse simple est : oui, c’est possible. Plusieurs personnes choisissent, pour plusieurs raisons différentes qui leur sont propres, de ne pas dévoiler leur orientation sexuelle. Cette décision est d’abord et avant tout un choix personnel qui appartient à chaque personne concernée. L’important, c’est d’écouter son propre rythme, ses propres limites et ses propres besoins. Tu as entièrement la liberté de choisir les personnes à qui tu souhaites partager ce morceau intime de ta vie ou non, de choisir le moment ou la façon de le communiquer. Le coming-out n’est pas obligatoire. Pour ma part, je n’ai parlé de mon orientation sexuelle à ma mère qu’à mes 22 ans, alors que j’étais actif sexuellement et engagé romantiquement dans diverses histoires avec des garçons depuis mes 14 ans. Je n’étais simplement pas prêt de lui en parler à elle, j’avais très peur de la réaction de famille également, mais j’avais la capacité de compartimenter suffisamment ma vie amicale et ma vie familiale pour pouvoir être ouvertement homosexuel auprès de mes ami.e.s proches et garder cette information secrète auprès de ma famille. Aujourd’hui, ma famille accueille à grands bras ouverts mon amoureux et me font des gâteaux d’anniversaires aux couleurs de la fierté gaie. Les temps ont changé! Même si on peut entendre des propos négatifs de nos proches concernant la diversité sexuelle, cela est souvent lié à de l’ignorance. La bonne nouvelle est que les gens ont la possibilité et la capacité de changer. Et l’autre bonne nouvelle est que absolument rien ne t’oblige à parler de ton orientation sexuelle auprès de ta famille si tu ne le souhaites pas, si tu ne te sens pas prêt ou si tu ne te sens pas en sécurité à leurs côtés.

 

Je comprends ce sentiment de panique lié à la possibilité que notre famille découvre notre sexualité. Il est possible de se faire plusieurs scénarios différents, certains positifs, d’autres possiblement négatifs. Il est néanmoins impossible de prédire avec certitude leur réaction. Tu peux toutefois te préparer! Par exemple, si tu souhaites en parler avec d’autres jeunes ou adultes LGBTQ+ qui ont une compréhensions approfondies de ce que tu peux vivre, en questionnant tes parents lorsqu’iels (contraction il + elle) font un commentaire homophobe (tu peux lire cette réponse à ce sujet), en gardant le numéro de téléphone du Refuge dans ton  portable (il s’agit d’associations françaises offrant un service d’hébergement gratuits à des jeunes LGBT vivant des difficultés familiales) et en t’informant toi-même sur les réalités et les enjeux LGBT. De cette façon, il sera moins difficile de répondre à diverses questions de tes proches et de corriger certains de leurs propos. N’oublie pas qu’il s’agit uniquement de pistes de réflexions et que tu demeures l’expert de ta propre situation et entièrement maître de tes actions.

 

Finalement, tu te demandes comment envisager l’avenir pour une personne homosexuelle en France. En fait, j’ai envie de te laisser répondre toi-même à cette question? Comment envisages-tu TON avenir? Si tu te projètes en relation amoureuse avec un garçon de façon discrète, mais c’est très bien! La situation en 2020 en France permet néanmoins une grande latitude et liberté d’actions pour les personnes homosexuelles. Par exemple, les couples homosexuels ont aussi la possibilité d’avoir des enfants et de pouvoir se marier si c’est quelque chose que ces gens souhaitent. Le concept de famille n’est pas un truc uniquement réservé aux couples hétérosexuels. Je ne peux pas te garantir que tous les jours seront faciles. Encore en 2020, certaines discriminations persistent à l’égard des personnes LGBT, tout comme certaines manifestations du sexisme à l’égard des femmes et de racisme à l’égard des personnes racisées ont toujours lieu. Mais je suis convaincu qu’à chacun de ces obstacles que tu traverseras, il y aura de plus en plus de personnes pour t’accompagner, te soutenir et marcher à tes côtés. Nous sommes une gigantesque famille, tu verras, et les possibilités d’être heureux sont nombreuses!

 

J’espère fortement que cette réponse a su t’offrir le support dont tu avais de besoin. Sache que nous serons toujours disponibles pour t’écouter, même si nous sommes de l’autre côté de l’Océan.

 

Bonne continuité, Frank.

 

Guillaume, pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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