Ça ne pourrait pas être plus simple, savoir si on est hétéro, gay, bi, asexuel?


Bonjour!
J’ai 16 ans et je me questionne beaucoup par rapport à mon orientation sexuelle.
1- Je suis allée marcher avec ma meilleure amie, l’hiver passé, main dans la main et depuis je me questionne.
2- J’ai eu un début de relation avec un gars au début de l’année. Le garçon en question était vraiment gentil et beau, et quand on se textait, j’aimais ça, et quand ma mère me demandait avec qui je parlais, je rougissais (belle caractéristique qui signifie que je suis gênée parce que j’apprécie bien la personne en question), sauf que j’ai décidé d’arrêter avant que ça devienne sérieux, sans que j’en comprenne vraiment la raison.
3- À cause de la COVID, et des groupes toujours ensemble à l’école, je me suis fait de nouvelles amies, et quand j’en parle à mes parents, je rougis aussi, et je ne comprends pas.
4- Quand je marche dans la rue, je regarde plus les gars, s’ils sont beaux, s’ils ont l’ait gentil, etc. J’ai déjà eu des kicks sur des gars, (jamais sur une fille), mais il arrive que je me fasse des commentaires quand je trouve une fille jolie. Malgré tout, je ne me vois pas nécessairement habiter avec un gars. Ni une fille d’ailleurs. En fait, je pense que je me vois encore moins habiter avec une fille. Pourtant, lorsque mon amie a accoté sa tête sur mon épaule en classe l’autre jour, j’ai quand même aimé ça.
5-J’aime voir des couples gays (deux gars ensemble), mais je trouve ça un peu étrange de voir deux filles ensemble. Je ne sais pas si j’aime ça ou non.
6- Quand il y a des gars que je trouve de mon goût, j’ai le goût de devenir leur amie, mais je ne sais pas si c’est pour éventuellement sortir avec cette personne, ou juste rester au niveau de l’amitié. Il arrive la même chose avec les filles : il y a des filles avec qui je veux être amie, mais est-ce pour qu’elle devienne ma blonde? Aucune idée.
Bref, je suis un peu (beaucoup) mêlée… Ça ne pourrait pas être plus simple, savoir si on est hétéro, gays, bi, asexuel? Merci,
A.

Bonjour A. !

Merci grandement pour la confiance que tu accordes envers AlterHéros. Ça me fait toujours chaud au coeur de recevoir ce genre de message. Ce n’est pas évident de mettre des mots sur ce l’on vit, de mettre des mots sur quelque chose d’aussi complexe que sont les attirances humaines et l’orientation sexuelle. Encore moins évident lorsqu’on grandit dans un monde à très grande majorité hétérosexuelle… comment réagir lorsque nos attirances ne semblent pas concorder à ce modèle hétéro? Tu n’es pas la seule à ressentir des questionnements envers ton orientation sexuelle. Je me suis longtemps posé des questions aussi, je t’assure! Et ça m’arrive encore même aujourd’hui! En ce sens, tu as bien fait de nous écrire. 🙂 Je vais tenter mon mieux pour répondre à tes différentes questions.

Pour commencer, laisse-moi citer cette récente réponse que j’ai écrite : «L’important à se rappeler, c’est que les orientations sexuelles sont d’abord et avant tout des mots pour décrire des expériences humaines parfois très complexes! C’est le choix de chaque personne à déterminer quels termes lui correspond le mieux – et si elle veut en choisir un! Il faut aussi garder en tête que la façon que l’on s’identifie aujourd’hui et la façon que nos attirances se manifestent aujourd’hui peuvent varier dans le temps, au rythme de certaines rencontres, de certaines découvertes, de certaines explorations ou même de certaines curiosités. Il n’y a aucun mal à cela! 🙂 En gros, les principales composantes de l’orientation sexuelle sont les désirs, les comportements et l’identité. Pour citer ma collègue : ”Les désirs, ce sont nos attirances et envers qui elles se déclarent (est-ce qu’on est plutôt attiré par tel ou tel type de corps, tel ou tel type de personne, qui on aurait envie d’embrasser, etc.). Les comportements, ce sont les actions que l’on pose réellement, à l’inverse des désirs qui renvoient à l’imaginaire (ex : avoir embrassé notre amie, avoir eu une relation sexuelle avec un homme, avoir regardé les fesses d’une personne dans la rue). Finalement, l’identité, c’est l’appropriation et le choix de mots pour se décrire par rapport à notre identité sexuelle (hétéro, lesbienne, bisexuel.le, etc.)”.» En d’autres mots, les termes comme hétéro, bi, lesbienne ou asexuelle sont d’abord et avant tout des outils pour mettre des mots sur des expériences, des désirs et des identités. Une fille qui a des désirs à la fois pour des gars et des filles, mais des comportements sexuels principalement avec des garçons, pourrait par exemple s’identifier comme bisexuelle, car cela correspond à ses désirs, ou comme hétérosexuelle, car cela correspond à ses comportements, ou tout autre mot qui lui fait sentir bien! L’important, c’est uniquement d’être confortable avec les mots que nous choisissons. Et surtout, il n’y a pas de presse! Ces mots peuvent changer et fluctuer. Et c’est vraiment correct!

De plus, il est possible de distinguer deux grandes dimensions à l’orientation, soit les attirances physiques (orientation sexuelle) et les attirances émotionnelles (orientation romantique). Pour citer encore ma merveilleuse collègue Marion : «Dans les deux cas, on parle d’une attirance. Dans le cas de l’attirance sexuelle, il s’agit d’une attirance plutôt physique, déterminée par le genre (ou les genres) des personnes avec qui tu as envie d’avoir des comportements érotiques comme embrasser ou avoir des relations sexuelles. Dans le second cas, il s’agit plutôt d’une attirance émotionnelle, déterminée par le genre (ou les genres) des personnes avec qui tu as envie d’avoir une relation intime/amoureuse et des comportements romantiques comme regarder un film collé.es. Pour la plupart des gens, l’orientation sexuelle et l’orientation romantique vont dans le même sens (par exemple, une fille qui a des sentiments pour les filles et qui est attirée physiquement par les filles), même si ça peut parfois différer.» Ainsi, il est possible que ce soit quelque chose qui puisse résonner en toi en ce moment, le fait de ressentir des attirances sexuelles différentes de tes attirances romantiques. Et c’est très correct aussi. 🙂

Finalement, j’aime parfois comparer les orientations sexuelles à un spectre de couleurs. Par exemple, nos attirances ne sont pas nécessairement noires ou blanches, nos attirances n’ont pas à entrer parfaitement dans une case ou l’autre. Ce que je veux dire ici, c’est qu’il existe des tonnes de nuances et de variances, entre le fait d’être homosexuel.le ou hétérosexuel.le par exemple, où il est possible de s’identifier! Par exemple, j’aime principalement les garçons. Mais il m’est également arrivé d’avoir des expériences romantiques et sexuelles avec des filles. C’est ma nuance à moi!

Pour revenir à ta situation, tu es allée marcher avec ta meilleure amie en lui tenant la main. Depuis, tu te questionnes. Tu ne précises toutefois pas comment tu t’es sentie pendant que tu lui tenais la main, si c’est quelque chose que tu t’imagines ou aimerais refaire, si c’est quelque chose que tu qualifierais plus d’amitié ou plus de romantique (la frontière est mince, je sais! -À ce sujet : C’est quoi la différence entre l’amour et l’amitié?-. Néanmoins, il n’est pas nécessaire d’avoir une réponse immédiate à toutes ces questions que je viens de te poser. Et peu importe la signification du fait de s’être tenue la main, ou des émotions positives pouvant y être liées, cela reste aussi très plaisant et positif de s’autoriser à démontrer une forme d’affection entre meilleur.e.s ami.e.s. 🙂

Puis, tu réfères à ton sentiment de gêne lorsque ta mère te demandait avec qui tu parlais et que c’était un garçon, et la même chose en lien avec ces nouvelles amies. Tu sais, la gêne peut être un indicateur de plein de choses différentes. Par exemple, j’ai toujours rougi dès que mes parents me posaient des questions sur ma vie intime : peu importe si c’était lié ou non à ma vie amoureuse. Le simple fait de dévoiler des informations personnelles à ma famille m’a constamment fait rougir. Après, c’est à toi aussi d’émettre des hypothèses sur les raisons pour lesquelles tu rougis. Il n’y a personne d’identique! Et de plus, même si je suis gay, il m’arrive de rougir également si une jolie fille me fait des avances (elles ne comprennent pas toutes au premier regard mon orientation sexuelle! hihi). C’est toujours un peu déboussolant et flatteur (si c’est fait dans le respect, bien évidemment!). Toutefois, tu te demandes pourquoi tu as décidé d’arrêter cette relation avec ce garçon qui était vraiment gentil et beau. Je crois que si ton coeur et ta tête avaient désiré davantage de ce garçon, il est possible que tu aies réagi d’une autre façon. Mais il arrive que même si une personne est belle et gentille, que cela ne soit pas suffisant pour être en amour ou pour désirer davantage de cette relation. Qu’il manque peut-être le je-ne-sais-quoi pour nous donner des petits papillons. Tu en penses quoi? 🙂

Ensuite, tu dis apprécier la beauté de certains garçons en marchant dans la rue, tout en t’arrivant également de poser certains commentaires sur l’esthétisme d’une fille. Peu importe notre orientation sexuelle ou romantique, on peut sans problème apprécier la beauté des êtres humains! Il est aussi compréhensible d’avoir de la difficulté à se projeter loin dans le futur pour s’imaginer avec qui on désirerait vivre. La bonne nouvelle, c’est qu’il est très fréquent d’avoir nos premières expériences d’appartement en vivant dans une colocation! 😉 Sinon, tu reviens sur le fait que tu as apprécié ce moment de complicité et d’affection avec ton amie lorsqu’elle a accoté sa tête sur ton épaule dans l’une de vos classes. Est-ce que c’est quelque chose que tu aimerais reproduire de nouveau? Est-ce que tu crois que tu aurais ressentie un confort similaire si c’était un garçon qui déposait sa tête sur ton épaule? Ce ne sont que des pistes de réflexions. 🙂
Finalement, tu dis que tu aimes voir des couples de gars gays mais que tu trouves cela un peu étrange de voir un couple lesbien. C’est bien cela? Tu sais, c’est tellement normal comme sensation! Je m’explique. On a grandit dans une société qui offre très peu de représentations positives de la diversité sexuelle, où l’on prend pour acquis que tout le monde est hétéro jusqu’à preuve du contraire. Dans ce contexte, il est normal d’avoir intérioriser possiblement, et sans le vouloir, des idées négatives entourant l’homosexualité, la bisexualité ou l’asexualité. Cela peut expliquer en partie ce possible malaise que tu décris. Mais alors, pourquoi cette distinction entre un couple formé de gars et un couple formé de filles? Et bien… est-il possible qu’un couple de garçons homosexuels ne soulève pas nécessairement la même surprise, intrigue ou intérêt de ta part puisqu’il s’agit, justement, de garçons? Et que leur réalité semble ainsi plus loin que la tienne? Parallèlement, le fait de voir un couple de filles peut ouvrir à davantage de réflexions : Est-ce que je m’imagine dans cette forme de dynamique? Est-ce que je me projette à leur place? Est-ce que je ressens du désir? Dans tous les cas, je t’invite simplement à garder un oeil curieux, positif et affirmatif à la vue de couples de la diversité sexuelle!
Enfin, est-ce que ça pourrait être plus simple de savoir si on est hétéro, gay, bi ou asexuelle? Je suis entièrement d’accord avec toi! Ce qui est compliqué, c’est le fait que nous grandissons dans une société qui aime bien tout catégoriser et tout étiqueter. Mais n’oublie pas que la seule personne qui peut te dire ton orientation sexuelle, c’est toi-même! 😉 Et il n’y a absolument aucun autre indicateur autre que ton propre ressenti pour y répondre. Je sais, je sais, ce n’est surement pas la réponse que tu attendais après tout cette lecture. Mais tu verras, au fil du temps, si tu développes des sentiments amoureux ou si tu es attirée sexuellement et romantiquement par des personnes d’un genre en particulier ou non. Et pour reprendre les mots de ma collègue Jessica : «[…] que dirais-tu de go with the flow – te laisser porter par les opportunités qui se présentent à toi, les différentes expériences que tu as envie de vivre, sans trop penser à la boîte dans laquelle ça te place ? Te sens-tu capable de vivre dans l’incertitude un certain temps, de ne pas te catégoriser ? Je sais que c’est angoissant. Souvent, quand on se questionne, on veut des réponses, et on les veut rapidement ! Toutefois, cette période de questionnement est saine, normale, voire essentielle. Elle te permettra de mieux te connaître et de grandir. Oui, c’est super que tu nous aies écrit aujourd’hui ! Sinon, si tu en ressens le besoin, tu peux toujours y aller avec le terme qui te convient le plus en ce moment, que ce soit hétéro, bisexuelle ou lesbienne. Tu auras le droit de changer plus tard !»
Si tu fais un petit tour dans la section des questions déjà posées sur notre site web, tu verras que plusieurs personnes se posent des questions très similaires à toi. Tu n’es donc vraiment pas seule dans cette situation ! Tu peux en consulter d’autres pour alimenter tes réflexions. 🙂
J’espère que cette réponse t’aura offerte un peu de douceur à travers tous ces questionnements. N’hésite pas à revenir vers nous si tu en ressens le besoin, pour nous donner de tes nouvelles ou si tu as d’autres questions. 🙂
Chaleureusement,
Guillaume, pour AlterHéros

About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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