Je ne sais encore moins comment dire à mon entourage que je crois être genderfluid, un genre qui n’existe pas à leurs yeux…


bonjour Alterheros
je m appelle Gabrielle.J ai 13 ans.Je suis en quatrième.Je sais que je ne suis pas hétéro depuis la sixième et que je suis pan depuis une dizaine de mois.Je suis assez à l aise avec mon orientation sexuelle,et mes amis la connaissent et l ont tous accepté,sauf mon meilleur ami homophobe.Par contre,je ne sais pas comment l annoncer à mes parents,qui ne croient qu aux deux genres majeurs,homme et femme et qui pensent que la bisexualité est une mode.Je ne sais encore moins comment leur dire que je crois être genderfluid,un genre qui n existe pas à leurs yeux.Je me pose des questions sur mon genre depuis six mois,car je n avais jamais eu l occasion de penser à mon genre avant qu un ami trans m ouvre à ce sujet,et j écartais donc le fait de ne pas me sentir à l aise sur ce sujet.Je lui en parlerais bien,mais il en parlerait à son meilleur ami,c est à dire mon copain hétéro.Je ne sais pas comment il le prendrait. Je ne m y connais pas trop et il a été un peu “étonné”par mon orientation,et je pense que même si il m aime en fille,il ne pourra jamais m aimer genderfluid.Si j en parle à son meilleur ami,il lui dira forcément car ils sont très proches,assez proches pour partager des secrets tels que le fait que la meilleure amie de mon copain et ex de son meilleur ami avoue à mon copain l aimer alors que leur rupture est trèèèèèèèèèèèèès récente.Bref,si je lui en parle je suis morte.J aime mon copain de tout mon cœur et je ne veux pas gâcher notre relation.En plus,je ne suis pas sure de mon genre à 100%car je ne me suis jamais sentie totalement homme,même si il m arrive de ne pas me sentir femme.Serait il possible de m éclairer un peu sur ce sujet ainsi que sur “comment aborder le sujet”ou même “dois je aborder le sujet?”

Gabrielle

Salut Gabrielle!

 

Merci de nous écrire! Premièrement, bravo! J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour toi d’arriver à questionner ton identité de genre à 13 ans. C’est très cool de ta part. Je vois trois questions dans ton message, 1) quel est ton genre, 2) est-ce que tu dois en parler et 3) si oui, comment.

 

Du côté de ton identité, je tiens à dire que c’est correct de ne pas être sur.e à 100% et d’hésiter. Tu nommes de ne pas te sentir entièrement homme, mais pas femme tout le temps non plus. C’est une expérience qui pourrait rentrer dans différentes identités selon ce qui te convient le mieux. Voici quelques définitions :

  • Trans : personne qui ne s’identifie pas du tout, pas entièrement, pas uniquement ou pas tout le temps à son genre assigné à la naissance.
  • Non-binaire : personne qui ne s’identifie pas exclusivement comme homme ni comme femme, que ce soit les deux à la fois, quelque part entre les deux ou à aucun des deux. 
  • Bigenre : personne qui a plusieurs (deux ou plus) genres en même temps, qu’ils soient masculins, féminins, neutres ou autre.
  • Fluide dans le genre (genderfluid) : avoir plusieurs genres qui fluctuent et s’alternent selon les contextes ou de façon imprévisible
  • Demi-girl (ou demi-boy) : personne dont le genre est partiellement fille (ou garçon) et partiellement autre chose.

Est-ce que tu te reconnais plus particulièrement dans l’une ou plusieurs d’entre elles? Il s’agit de définitions plutôt large, mais il est toujours possible que les expériences individuelles de certain.e.s ne correspondent pas en tous points à ces termes, et ce n’est pas non plus les seuls qui existent. Mais j’espère que cela t’éclaire un peu tout de même!

 

Maintenant, explorons le côté des relations. Si j’ai compris (tu peux me corriger sinon), ton meilleur ami est homophobe (ouf désolé.e de l’apprendre! Ça ne doit pas être facile), tu sors avec un garçon hétéro et tu as un ami trans. Tu ne te sens pas à l’aise de discuter de tes questionnements avec cet ami car tu crois qu’il raconterait tout à son ami à lui, c’est-à-dire ton copain. Tu aimes ton copain et tu crains qu’il ne veuille plus être avec toi s’il en apprenait plus sur toi. Enfin, tes parents croient en des rôles de genres binaires et rigides, et ont des idées arrêtées sur la diversité sexuelle.

 

Alors une chose est certaine : tu n’es jamais obligée de faire de coming out ou de dévoiler quoique ce soit sur toi si tu ne te sens pas prêt.e, ou pas en sécurité ou simplement si tu n’as pas envie. 

 

Certaines personnes préfèrent prendre le temps de préparer ce qu’iels veulent dire, certain.e.s attendent d’avoir plus d’autonomie et de liberté avant d’en parler à leurs parents. Pour savoir si tu es prêt.e à avoir ce type de discussion, voici quelques pistes de réflexion:

  • Quelles sont tes motivations? Pourquoi ces personnes, pourquoi maintenant?
  • Dans quel contexte et à quel moment serais-tu le plus confortable? Par écrit ou en personne? Une grande annonce ou un commentaire en passant?
  • Quel message aimerais-tu faire passer ? Quelles sont tes attentes? Aimerais-tu que ton entourage utilise d’autres pronoms (il, elle, iel, ille, en alternance), accords (heureux, heureuse, heureux.e), titres (enfant au lieu de fille, élève au lieu d’étudiante) et/ou prénom? Aimeriez-vous changer de style ou de coupe de cheveux?
  • Quelles questions crois-tu que l’on va te poser et comment penses-tu y répondre? Quelles émotions pourraient resurgir et de ton côté comment est-ce que cela pourrait te faire sentir? 
  • Te sens-tu capable de rassurer les craintes de tes interlocuteur.ices, de nuancer leurs propos et de recadrer leurs mauvaises informations?
  • Si la situation tourne au vinaigre, serais-tu capable de rester calme et de mettre tes limites, quitte à repousser la conversation à un autre moment?

Tu n’as peut-être pas une réponse claire et complète à chacune de ces questions, ça ne veut pas nécessairement dire que tu ne devrais pas en parler à tes proches mais cela peut tout de même te donner une idée d’où tu te situes. 

 

Pour la discussion en tant que telle, il n’y a pas exactement de guide ou d’étapes universelles à suivre dans toutes les situations. Ça dépend beaucoup de qui tu es et de la personne à qui tu t’adresses. Il y a quelques textes et outils qui pourraient à la fois t’aider dans ta préparation mais aussi que tu pourrais remettre à ta famille et tes ami.e.s pour les aider à comprendre et accepter ton identité.

Voici aussi des questions et réponses de notre site qui pourrait contenir d’autres infos utiles/intéressantes pour toi :

Je sais qu’à première vue ça peut sembler être beaucoup de lecture, vas-y à ton rythme et mets tes efforts sur ce qui est le plus important pour toi.

 

Souvent les personnes comme tes parents qui ne comprennent pas la bisexualité ou les genres autres qu’homme et femme ne sont pas mal intentionné.e.s, iels n’ont simplement jamais reçu les bonnes informations. Les stéréotypes sont très présents dans plusieurs sphères de la société. Être exposé.e.s à des concepts qui remettent en question notre conception du monde peut être déroutant et créer un certain choc. Avec temps, bienveillance et dialogue, ce blocage initial finit généralement par s’atténuer. Cela dit, de l’autre côté, être confronté.e à des commentaires mal informés ou désobligeants sans broncher ni fuir n’est pas toujours facile et ce n’est pas tout le monde qui en est capable. D’où l’importance d’avoir des ami.e.s à qui on peut se confier et exprimer ses émotions. 

 

La confidentialité et le droit à la vie privée sont des aspects importants, mais pas toujours respectés pour les personnes trans. Tu peux essayer de mentionner à ton ami que tu n’es pas prêt.e à dévoiler ton identité ou tes questionnements à d’autres personnes. Si tu doutes qu’il sera incapable de garder cette information pour lui, tu pourrais attendre d’être prêt.e que d’autres soient au courant et commencer par d’autres personnes de confiance. J’entends que ta relation avec ton copain te tient à cœur. Pourtant, ton message me donne l’impression que tu ne peux pas être toi-même et communiquer honnêtement avec celui-ci sans crainte de représailles. Est-ce que tu considères que cette relation est saine, satisfaisante et épanouissante? Est-ce que tu lui fais confiance pour t’écouter sans te juger et te supporter dans ce que tu vis?

 

Les premiers coming out aux ami.e.s et à la famille proche sont souvent les plus difficiles. Au fur et à mesure que tu vas rencontrer de nouvelles personnes, il est possible que tu doives refaire ce processus. On finit par s’y habituer à la longue. Pour l’instant, il est possible que tes attentes se réalisent ou que des choses te surprennent, il est possible que ces discussions se passent bien ou mal ou un mélange des deux. Souvent les coming out sont imparfaits, mais apportent tout de même un certain soulagement. Je tiens seulement à répéter que tu n’es pas obligé.e de faire de coming out si cela risque de te mettre sans une situation difficile ou violente. Ta sécurité et ton bien-être passent en premier.

 

En espérant que tout ce texte réponde adéquatement à ta question! Écris-nous s’il y a autre chose, il nous fait toujours plaisir de reparler aux personnes qui nous écrivent. 🙂

 

Passe une excellente semaine,

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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