Comment je fais pour savoir si je suis trans?


Bonjour,
Je me sens perdu.
(Je tiens à m’excuser par avance si je m’exprime mal, je ne maîtrise pas encore toutes les subtilités et je ne voudrais offenser personne)
J’ai un peu plus de 30 ans.
Il y a quelques temps, je me suis rendu compte que je ne m’étais jamais vraiment considéré comme une « fille » (c’est le genre qui m’a été assigné à la naissance).
Je me voyais comme un garçon manqué, parce que c’est la seule catégorie que je connaissais, mais jamais comme une fille. J’ai eu de la chance d’avoir un grand frère et de devoir mettre ses vêtements parfois par souci d’économies, et d’identifier assez tôt ce que j’aimais à ce niveau là, c’est-à-dire des habits considérés comme masculins.
Mais après ça, à mon adolescence, j’ai vraiment essayé de devenir « une vraie fille » . avec le recul je me rends compte que je ne me sentais pas à l’aise dans ce rôle, mais je n’ai jamais eu de dysphorie de genre par exemple. Je regrettais juste que les vêtements de garçon ne me permettent plus de flouter la limite, vu que j’avais des formes de fille très très marquées.
Mais il y a quelques mois, j’ai commencé à ressentir une sensation d’étouffement, un peu comme des crises d’angoisse que j’intériorisais par réflexe. D’abord pas très fort, puis de plus en plus intense. Elles m’empêchent parfois de dormir ou de manger.
C’est comme si à l’intérieur de moi j’avais une personne qui n’en pouvait plus d’être catégorisée femme et qui voulait sortir, s’exprimer, être validée comme étant un homme. Il s’est réveillé après une longue sieste, et il veut sortir.
Il m’est arrivé de pleurer devant les chemises de mon copain, de ressentir du plaisir en m’imaginant avoir une relation sexuelle en ayant un pénis, de refuser le contact avec le miroir pendant plusieurs jours, de ressentir du bonheur en me faisant genrer au masculin en ligne.
J’ai grandi dans un milieu plutôt fermé sur ces questions et je travaille dans un milieu professionnel du même type alors j’ai honte de ce que ressens, je me sens sale. Et le reste du temps j’ai l’impression de faire un gros caprice.
J’ai tenté d’en parler avec mon copain (on vit ensemble depuis plus de 10 ans) et lui ne digère pas trop l’info je pense. Il trouve que c’est sorti de nulle part et du coup pense que c’est peut-être « juste » psychologique. (Il n’est pas fermé sur la question, il se documente beaucoup sur le sujet, il trouve juste que dans mon cas ce n’est pas ça le « problème » ce qui est un peu vexant mais passons) En attendant, il continue à me pousser vers des choix « féminins » pour certaines choses (cheveux, vernis à ongles, etc) ce qui me gêne.
Mais le pire, c’est que parfois je me réveille le matin, et hop, tout est rentré dans l’ordre. Je veux dire, je ne me sens pas plus comme une femme, mais juste, je me sens ok. Parfois je me demande si ce n’est pas juste un automatisme. Dans ces moments là de l’extérieur j’ai l’air d’aller bien mais à l’intérieur c’est comme si j’avais vidé mon cœur pour ne rien ressentir. En tout cas ces moments-là font passer les moments où je me sens homme pour des caprices et ça me met encore plus mal à l’aise.
J’ai lu les différentes définitions en essayant bien de comprendre, et j’ai l’impression de m’identifier plus à trans FtM (c’est bien le terme ?) qu’à un type de non-binarité, et ça me retourne le cerveau parce que factuellement, quand je vois les « signaux » j’aurais tendance à dire que non-binaire serait plus logique.
Bref, je me sens perdu, je ne sais pas quoi faire pour comprendre ce que ça veut dire, peut-être que je me trompe complètement aussi, je ne sais plus trop où j’en suis.
Et ma question c’est : comment je fais pour savoir, ou alors, est-ce que il y a des caractéristiques clairs et c’est juste moi qui ne les vois pas à cause de ma méconnaissance du sujet ?

Jo

Bonjour,

 

Merci beaucoup de nous avoir écrit! On essaye de répondre rapidement mais on reçoit une grande quantité de questions ce mois-ci.

 

Alors, tu ne t’es jamais reconnu en tant que fille/femme, tu aimes porter des vêtements typiquement masculins et te faire genrer au masculin en ligne, et tu l’idée d’avoir un pénis t’intéresse. Depuis quelque temps, ton inconfort d’être mis dans la case féminine est de plus en plus intense, surtout considérant ton environnement peu ouvert sur les questions de la diversité de genre. Aujourd’hui, tu t’identifies à l’abréviation FtM (female to male), soit en tant qu’homme trans.

 

J’aimerais donc te répondre que ton identité de genre, comment tu te sens en lien avec ta masculinité et ton absence de féminité, n’est pas un caprice. Ton identité et tes sentiments sont valides et légitimes. Ça ne prend pas un doctorat en études de genre pour voir certains termes et définitions et se reconnaître là-dedans. Tu n’as pas non plus besoin d’être absolument 100% certain et d’avoir ressenti de la souffrance 24h/7 tous les jours depuis 30 ans. Il est possible que ces émotions et ces réflexions varient et fluctuent dans le temps. Parfois, ça peut être beaucoup plus difficile et parfois plus neutre. Tu parles d’automatisme, je crois que ça ferait du sens de tomber dans une routine par défaut, ou de faire de l’évitement et de la dissociation, pour passer au travers ou juste parce que tu as d’autres choses à penser.

 

Parler de tout ça à ses proches peut être difficile, à un·e conjoint·e particulièrement, même si vous habitez ensemble depuis une décennie. Il s’agit de sentiments très intimes et pouvant avoir un impact sur la dynamique dans la relation. Si ton copain n’est pas généralement attiré par les hommes, ton dévoilement et ta transition pourraient lui entraîner des questions sur sa propre identité. Toutefois, je tiens à te dire que même si ton copain n’a pas vu ou entendu les signes que cela vient invalider qui tu es à l’intérieur. Et par ailleurs, être trans FtM n’est certainement pas un problème, bien au contraire. Le problème est les stéréotypes et les préjugés entourant les personnes trans. 

 

Ta question à l’origine était comment savoir et être sûr de son identité de genre. C’est un peu différent pour chaque personne, mais ça implique généralement de réfléchir sur ce qui nous apporte (ou nous apporterait) de la joie, de la confiance et du confort, donc de l’euphorie de genre. Explorer ses préférences et expérimenter dans la vraie vie peut aussi aider, lorsqu’on se sent en sécurité de le faire et en y allant à son rythme. Pas besoin de se presser ou de s’obliger à atteindre des critères extérieurs et arbitraires.

 

Plus concrètement, il pourrait s’agir de réflexions ou d’expérimentations en lien avec un nouveau prénom et de nouveaux pronoms et accords, aux types de vêtements masculins que tu apprécies, voir à des articles comme des binders ou des packers, aux coupes de cheveux, aux parfums ou produits d’hygiène, à la possibilité éventuelle de l’hormonothérapie (pour accentuer la musculature, la barbe, la pilosité, etc.) et des chirurgies (pour retirer la poitrine ou modifier les organes génitaux). Il y a d’autres options aussi. Tu pourrais créer une liste, un moodboard ou un scrapbook des choses qui t’intéressent. Effectuer une transition n’est pas tous les jours facile, il peut être utile de garder l’aspect de plaisir et de découverte lorsqu’on peut.

 

Mais il n’y a pas de liste officielle ou de seuil à atteindre pour “être un vrai homme” ou “être véritablement trans”.

 

Lire des témoignages et voir des histoires mettant en scène  des personnes trans peut aider dans ses réflexions. Le fait de trouver une communauté et de discuter avec des personnes ayant des expériences similaires peut aussi être très éclairant. Comme tu indiques habiter en France, tu pourrais regarder du côté des associations trans françaises, comme les membres de la Fédération trans et intersexe de France, ou des communauté trans en ligne, comme la chaîne Discord Fransgenre.

 

J’espère que mes quelques mots t’aideront à te faire davantage confiance dans tes questionnements et ton exploration. S’il y a quoi que ce soit que j’ai mal compris ou si quelque chose n’est pas clair, tu peux toujours nous réécrire!

 

Je te laisse ces quelques réponses concernant un coming-out trans ou une transition en contexte de couple :

 

Au plaisir,

 

Maxim·e, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres 


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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