La personne dont je suis amoureuse vient de me dévoiler qu’elle est une femme trans


Bonjour, mon compagnon a fait son coming-out il y a un peu plus d’un mois : il est transgenre. Il voudrait donc devenir une femme. J’aimerai savoir si, parmi vous, d’autres ont été dans la même situation ? Surtout en tant que compagne. Je dois avouer que je suis perdue…
Merci

Sum

Bonjour Sum !

Merci d’écrire à AlterHéros pour ta question. En tant que jeune femme hétérosexuelle et romantique, tu as récemment appris que la personne avec qui tu es en couple n’est pas un homme cis, mais bien une femme trans (c’est-à-dire une personne femme, dont le sexe assigné à la naissance était masculin). Bien que tu fasses référence à cette personne au masculin dans ta question, si tu le permets, je parlerai d’elle au féminin, question de respecter son genre affirmé. Elle t’a dévoilé son identité il y a un peu plus d’un mois. Tu nommes être un peu perdue depuis. Tu te demandes si d’autres personnes se sont déjà retrouvées dans la même situation que toi : est-ce déjà arrivé qu’une personne en couple entende le coming-out de son/sa partenaire ? Que l’on croie être en couple avec une personne cis (dont le sexe assigné à la naissance correspond à l’identité de genre), alors que cette personne est en fait trans (dont le sexe assigné à la naissance ne correspond pas à l’identité de genre) ? Bien sûr !

Les personnes trans existent depuis toujours, et elles n’existent pas dans une réalité à part – elles ont des relations amicales, familiales, affectives, amoureuses, et sexuelles. Les personnes qui les fréquentent existent donc elles aussi ! Tu n’es pas seule, loin de là, crois-moi. Nombreux.ses sont les ami.e.s, les parents, les compagnes et compagnons qui ont vécu ou vivent actuellement l’adaptation au coming-out trans d’une personne qu’ielles aiment.

Le premier coming-out est souvent un moment charnière. La personne qui te dévoile son identité de genre se place en posture de vulnérabilité et il est important de se le rappeler – elle te révèle quelque chose d’important à son sujet, et, ça a pu être demandant pour elle de faire ce pas vers toi. Nous vivons dans une société cisnormative (qui prend pour acquis que tout le monde est « cis », ou qu’être cis constitue « la norme »…). Il faut donc être à son écoute, bienveillante, et soutenante, le plus possible.

Je comprends néanmoins que cela puisse être déboussolant, inquiétant, ou difficile pour toi. Tu te poses sans doute toutes sortes de questions. Par exemple, certaines personnes se demanderont, qu’adviendra-t-il de notre couple ? La personne va-t-elle changer au cours de sa transition ? À quoi dois-je m’attendre ?

D’abord, ta conjointe ne veut pas devenir une femme. Ça peut sembler complexe à comprendre lorsque l’on n’est pas familière avec les réalités LGBTQ2S+, mais cette personne affirme son genre ; son genre est tel qu’elle l’auto-détermine – il l’est déjà. À partir du moment où elle t’a révélé son identité, indépendamment des démarches légales ou médicales qu’elle décidera de faire, nous devons respecter cette identité. Par exemple, si elle préfère l’utilisation de pronoms féminins, il importe de s’adresser à elle au féminin dès maintenant (d’où mon choix au tout début). Ça arrive de se tromper, mais il faut au moins faire l’effort. Peut-être qu’elle voudra prendre des hormones, avoir certaines chirurgies – mais peut-être pas, aussi. Ça lui appartient, et ça n’invalidera jamais son identité, ni la nécessité de s’adresser à elle adéquatement, et avec respect. Se faire mégenrer (appeler quelqu’un « il » alors que notre pronom est « elle », par exemple) est une forme de violence, et c’est blessant pour les personnes trans. Imaginons-nous un instant, en tant que personnes cis, devoir vivre dans une société qui nie constamment notre identité. C’est dur !

De ton côté, s’il est ardu d’accepter cette réalité, laborieux émotionnellement de soutenir ta compagne, ou si ces changements inattendus dans ta vie te bouleversent ou te stressent, je tiens à te dire que je te transmets toute mon empathie. Je t’invite également à aller chercher le plus de soutien possible – en parler aux bonnes personnes, par exemple, des ami.e.s, d’autres conjoint.e.s ayant vécu une expérience similaire, ou encore un.e thérapeute ouverte à la diversité sexuelle et de genre. Certains organismes offrent de l’aide aux proches des personnes en transition. Je salue par ailleurs ton initiative d’avoir fait appel à nous pour ça. En allant chercher de l’aide à l’extérieur de ton couple, tu pourras parler de tout ce qui t’inquiète, de toutes tes incompréhensions, voire de tes réticences si tu en as, sans les transmettre à la personne qui t’a fait confiance et qui, tel que je te l’ai déjà mentionné, est déjà en position de vulnérabilité, puisque faisant partie d’une population marginalisée et oppressée. Ce que je veux dire, c’est qu’en tant que personne cis en relation avec une personne trans, il faut faire attention aux charges émotionnelles et, lorsque l’on vit des moments difficiles, veiller à ne pas en imposer davantage à ces personnes, qui ont déjà moins de privilèges et d’espaces que nous pour s’exprimer librement.

Étant donné que tu te définis comme femme hétérosexuelle, peut-être que tu te sentiras bousculée dans ta vision de ton hétérosexualité. Peut-être que tu sentiras le besoin d’avoir quelques moments d’introspection – réfléchir à ton orientation sexuelle, remettre en question ce que tu avais pris pour acquis, te demander ce qui te plaît, ce que tu recherches, etc. Pour certaines personnes, ce processus se fait assez aisément et simplement – ça devient clair rapidement. Pour d’autres, ce sera plus long et difficile. Je t’invite à être à l’écoute de tes besoins, et à ne pas t’oublier dans cette situation. Il est légitime de vouloir prendre du temps pour toi, de vouloir prendre du recul. Respecter l’identité de genre de ta compagne n’invalidera pas tes besoins à toi. Tout en continuant d’encourager ta partenaire à être authentique, tu peux discuter avec elle de ses attentes, et nommer les tiennes également.

Bien qu’il faille se rappeler qu’elle n’est pas responsable de ton éducation et qu’il peut être lourd sur le long terme pour les personnes trans de devoir expliquer à répétition leur réalité aux personnes cis, je t’invite à communiquer avec elle afin de mieux la comprendre. Elle sera peut-être ravie d’en discuter avec toi, et de constater que tu t’intéresses à elle. Peut-être aussi que tu voudras savoir comment tu peux être aidante pour elle, de quelle façon tu peux la supporter adéquatement. Chaque parcours est unique. Autrement, si tu veux en savoir plus sur les réalités trans, il te faudra peut-être lire des livres, écouter des documentaires et des témoignages, faire des recherches sur Internet ! Le site web d’AlterHéros regorge d’ailleurs de questions-réponses sur l’identité de genre que tu peux explorer afin d’en apprendre davantage, et ainsi éviter de faire porter le poids des explications et de l’enseignement à ta conjointe.

En terminant, n’oublie pas que la personne que tu aimes reste essentiellement la même. Certaines choses seront appelées à changer, si par exemple elle change de prénom, ou si son corps change, mais au final, celle qu’elle est à l’intérieur demeure (c’est cheesy, je sais…). Il est possible que tu sois triste en pensant perdre le conjoint que tu croyais avoir. Mais il n’en est rien – cette personne que tu fréquentais est toujours là. Elle t’a simplement dévoilé une partie d’elle-même que tu ne connaissais pas encore. J’espère que vous saurez vous adapter en tant que couple à cette période particulière de vos vies. Sinon, j’espère que tu pourras de ton côté trouver la meilleure façon d’honorer à la fois l’identité de ta compagne, et ton orientation romantique et sexuelle. Un nouvel équilibre est à trouver. Ce sera peut-être un défi, mais aussi une occasion unique de grandir, et d’en apprendre davantage sur vous-mêmes.

Bonne route !
Jessica, pour AlterHéros


About Jessica

Jessica est présentement étudiante au doctorat en psychologie à l’Université de Sherbrooke. Elle détient un DEC en sciences humaines, profil action sociale et médias (2011) et un baccalauréat en psychologie de l'UQÀM (2014). Elle a travaillé dans le domaine de l'intervention à temps plein pendant un an et demi avant d’intégrer le doctorat. Son grand intérêt pour la communauté LGBTQ+ l'a amenée à s'impliquer en tant qu'intervenante bénévole au sein de l'équipe Parles-en aux Experts en mai 2015. Lorsqu'elle n'est pas en train d'étudier ou de travailler, elle aime bien aller nager ou marcher, faire du camping, jouer de la musique et flatter ses deux adorables chats. :-)

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