Je voulais savoir si c’est que les relations sexuelles entre personnes de même sexe augmentes les risques d’ITSS par rapport aux relations hétérosexuelles?


Bonjour
Je voulais savoir si c’est vrai que les relations sexuelles entre personnes de même sexe augmentent les risques de mst et ist par rapport aux relations hétérosexuelles ? Si oui pourquoi, pourquoi les relations homosexuelles sont plus risquées que des relations hétérosexuelles et pourquoi en particulier quand c’est plus entre garçons qu’il y a le plus de risques d’après ce que j’ai entendu ? Je suis angoissé par avoir des relations sexuelles avec un homme un jour j’espère que votre réponse soulagera mob angoisse.
Dans tous les cas Merci pour votre réponse précédente

Chrichri

Salut Chrichri!

Merci grandement pour la confiance que tu accordes envers les services d’AlterHéros! Si je comprends bien, tu te demandes s’il est vrai que les relations sexuelles entre personnes du même sexe augmentent les risques d’infections transmissibles sexuellement ou par le sang (ITSS) par rapport aux relations hétérosexuelles. Tu te demandes plus précisément les raisons derrière cet énoncé et pourquoi les hommes qui aiment les hommes sont davantage à risque que les femmes qui aiment les femmes. Tu affirmes ressentir une grande angoisse au fait d’avoir un jour des relations sexuelles avec des hommes en raison de cette présomption d’être plus à risque de contracter une ITSS.

D’abord, je tiens à te dire que tu n’es pas individuellement responsable de cette angoisse! La principale façon de combattre les anxiétés concernant la santé sexuelle est d’abord et avant tout de s’outiller à ce sujet, et je tiens ainsi à te féliciter de faire les démarches à nos côtés pour en apprendre davantage! C’est tout à ton honneur!

Je me présente d’abord rapidement. Je suis moi aussi un homme homosexuel, j’ai eu une vie plutôt très active en termes de nombre de partenaires sexuels, j’ai moi aussi déjà eu peur dans le passé de tout ce qui concerne les ITSS et j’ai d’ailleurs moi-même contracté plusieurs ITSS au cours de ma vie! Et tu sais quoi? Ce n’est pas du tout la fin du monde car celles-ci se traitent en grande majorité très facilement! Le plus difficile, c’est les préjugés qui peuvent être liés à tout ça! En effet, ça ne fait pas de moi quelqu’un de sale ou d’imprudent. L’important, après tout, c’est de se faire dépister régulièrement, de prendre les traitements appropriés et de communiquer de façon honnête avec nos partenaires sexuel‧le‧s avenant un résultat positif afin d’inviter tout le monde à se faire dépister. Enfin, je reviendrai sur cette dimension en deuxième partie de cette présente réponse. Commençons par tes questions!

En fait, ce n’est pas les relations sexuelles entre personnes du même sexe qui augmentent les risques d’ITSS (ou MST / IST selon où tu habites!), mais bien le type de pratiques sexuelles, les antécédents sexuels des partenaires impliqué‧e‧s et les outils de prévention utilisés. En effet, pour qu’il y ait une transmission d’une ITSS, il suffit qu’un‧e des partenaires soit porteur‧se et qu’il y ait transmission vers l’autre partenaire. En d’autres mots, une ITSS, par définition, se transmet d’une personne porteuse à une autre via un échange de fluides corporels pendant un rapport sexuel ou s’il y a contact de sang. Voici un tableau démontrant les estimations du risque ainsi que le taux de transmission moyen selon l’activité tiré du site de CATIE – La source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatice C.

Activité (pour les activités sexuelles, la position du partenaire séronégatif est précisée)

Estimation du risque moyen

Taux de transmission

Relation sexuelle anale réceptive

1,4 %

1 transmission sur 71 expositions

Injection de drogues au moyen d’une seringue/aiguille partagée 0,63 % 1 transmission sur 159 expositions

Relation sexuelle anale pénétrante

0,11 %

1 transmission sur 909 expositions

Relation sexuelle vaginale réceptive

0,08 %

1 transmission sur 1 250 expositions

Relation sexuelle vaginale pénétrante

0,04 %

1 transmission sur 2 500 expositions

De ce que l’on comprend de ce graphique concernant les transmissions du VIH et de l’hépatite C, c’est qu’il y a statistiquement plus de chances de transmettre le VIH et l’hépatite C lors d’une relation sexuelle anale non protégée que pour une relation vaginale non protégée. Pourquoi? C’est simplement que la muqueuse anale est relativement fragile et lorsqu’on pénètre trop fort et avec pas suffisamment de lubrifiant, il peut y avoir des microlésions. Ces microlésions créent des portes d’entrées pour certains virus lorsqu’il n’y a pas de préservatifs, tout simplement! Mais on s’entend que le sexe anal n’est pas que réservé aux hommes homosexuels, n’est-ce pas?!

Pour répondre plus profondément à ta question, il est statistiquement vrai que les relations sexuelles entre hommes ont plus de chances d’être vecteur de transmission d’ITSS que les relations sexuelles entre femmes ou hétérosexuelles. Je précise que ce n’est pas le fait d’être gay qui augmente les chances, mais bien une combinaison de plein de facteurs externes à notre orientation sexuelle! Je m’explique! D’abord, il y a un manque flagrant de services de santé accessibles et bienveillants pour les hommes homosexuels, ce qui est un grand obstacle à la prise en charge individuelle et collective de notre santé sexuelle. D’autre part, nous sommes moins nombreux que les hétéro! Qu’est-ce que cela veut dire? C’est que nous sommes tout simplement plus susceptibles d’évoluer dans des milieux plus denses et plus inter-reliés que dans les milieux hétéro. En d’autres mots, plus une communauté est petite, plus la circulation des ITSS y est rapide. C’est par exemple le cas des résidences pour personnes aînées qui font parfois face à des flambées de chlamydia parce que les résident‧e‧s ont des rapports sexuels entre eux et elles! Le cas des résidences pour aîné‧e‧s n’est donc aucunement lié à l’orientation sexuelle de ces personnes, mais bien au fait qu’il s’agit d’un petit milieu où, et oui, les gens baisent entre elles et eux! Tu me suis jusqu’ici? Ensuite, il y a aussi la fréquence et le nombre de partenaires sexuel‧le‧s qui peut influencer les risques de contracter une ITSS. Plus on baise avec des personnes différentes, plus on prend de risques! Puis, il y a aussi les habitudes de prévention en termes de santé sexuelle qui ont un GRAND rôle dans cette situation. Par exemple, si une personne apprécie recevoir régulièrement des sodomies mais que celle-ci utilise toujours un préservatif, alors les risques de transmission sont très très faibles! Du même coup, il est aussi possible d’adapter ses pratiques sexuelles en fonction des risques. Par exemple, se masturber avec une autre personne aura beaucoup moins de risques de transmission d’ITSS que de se sucer, puisqu’il n’y aura moins d’échanges de fluides. Tu me suis? Enfin, il y aussi les habitudes en termes de dépistage d’ITSS! Plus vite une ITSS est dépistée, plus vite elle peut être traitée et plus vite on peut mettre fin à la chaîne de transmission. C’est donc à l’honneur de tout le monde d’avoir recours de façon régulière à des tests de dépistage et, avenant un résultat positif, d’en avertir nos partenaires et de prendre les traitements en conséquences!

De plus, pour citer cette réponse : « la communauté gaie grandit encore avec une grande stigmatisation datant de l’époque de l’émergence de la crise du VIH/sida à la fin des années 1980 et début des années 1990, où certains groupes sociaux étaient surreprésentés dans les statistiques entourant les nouveaux cas de VIH, notamment les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH), les personnes hémophiles, les travailleurs et travailleuses du sexe, les personnes utilisatrices de drogue par injection ainsi que certaines communautés caribéennes. Plusieurs éléments expliquent cette prévalence plus importantes chez ces groupes, notamment la stigmatisation sociale qui pose un frein majeur dans l’accès à des soins de santé, tant en termes de prévention que de traitements, ainsi que la promiscuité parmi les personnes de certains groupes vulnérables.

Aujourd’hui, le visage du VIH s’est diversifié et chaque région canadienne note ses propres particularités. Par exemple, tu peux jeter un coup d’oeil à cette carte canadienne concernant les nouveaux diagnostics du VIH au Canada. On y voit donc que le nombre de nouveaux diagnostics est plus important chez les personnes hétérosexuelles en Alberta et au Manitoba, alors qu’au Manitoba l’épidémie touche davantage les personnes utilisatrices de drogues par injection. Au Québec, les nouveaux diagnostics touchent encore en majorité les HARSAH.»

Voilà! J’espère t’avoir bien expliqué que le fait que la prévalence d’ITSS soit parfois plus élevée chez les hommes qui baisent avec des hommes n’est pas liée à une orientation sexuelle, mais bien à l’addition de différents facteurs. Néanmoins, j’entends que ces discours entourant la santé sexuelle puisse te causer une grande anxiété. Je comprends entièrement! On grandit avec des discours très négatifs entourant la sexualité. Par exemple, les peu d’informations que nous recevrons à l’école concerneront uniquement la question des risques, et absolument rien en termes de plaisir, d’émancipation et de diversité des pratiques sexuelles possibles! Il n’est pas étonnant d’avoir peur des ITSS lorsque notre école nous enseigne uniquement les risques associés à la sexualité, et absolument rien sur le plaisir que tu peux en tirer, sur la façon d’avoir du sexe pour que ce soit plaisant et consentant, sur comment utiliser les préservatifs internes et externes, sur comment utiliser du lubrifiant pour le sexe anal ou vaginal, sur comment communiquer sainement et positivement avec nos partenaires, sur comment ça se déroule un test de dépistage des ITSS, sur quelles technologies nous permet de nous prévenir contre la transmission du VIH, etc. Tu fais donc bien de nous écrire pour répondre à tes questions, et il nous fera plaisir de répondre à davantage le cas échéant! 🙂 L’important, c’est que tu puisses aller chercher les outils nécessaires afin de définir par toi-même quel genre de sexualité tu cherches et de définir par toi-même tes propres limites en termes de sexualité et de prises de risques.

Sommes toute, il y a plusieurs solutions pour prendre en charge ta santé sexuelle au moment de commencer à avoir des rapports sexuels avec d’autres garçons. Le fait de porter des préservatifs, d’adapter tes rapports sexuels en fonction des risques qu’ils comportent, de questionner nos partenaires sur leurs plus récents dates de dépistage d’ITSS, de se faire dépister soi-même régulièrement, etc. Et si jamais un gars t’intéresse et que celui-ci te dit qu’il est séropositif (c’est-à-dire qu’il vit avec le VIH), commence à le remercier pour sa confiance de te le partager! Il faut parfois beaucoup de courage pour dévoiler cette information intime! Pour t’outiller à réagir à cette situation, je t’invite à t’informer sur la charge virale indétectable chez les personnes vivant avec le VIH. Tu peux aussi t’informer sur la Prophylaxie pré-exposition (PrEP) et de la Prophylaxie post-exposition (PPE). Permets-moi de citer un extrait d’une ancienne réponse au sujet du VIH que j’ai composée :

Finalement, je t’invite grandement à t’informer sur la réalité vécue par les personnes vivant avec le VIH. En 2020, le VIH est beaucoup mieux connu qu’il l’était à l’époque de la crise du VIH dans les années 1990. Les traitements offerts aux personnes vivant avec le VIH, appelés traitements antirétroviraux, permettent de bloquer la réplication du virus dans le corps et de diminuer fortement la charge virale (donc la quantité de virus du VIH dans le corps). Ces traitements permettent aussi de renforcer le système immunitaire de la personne vivant avec le VIH. Bien qu’il est encore impossible d’éliminer à 100% le VIH du corps de la personne, lorsque les traitements antirétroviraux fonctionnent, la charge virale de la personne devient indétectable. Que signifie être indétectable? Cela signifie que le virus est tellement affaiblit dans le sang qu’il devient impossible de détecter le virus dans le sang de la personne. Ce qu’il est important à savoir sur les personnes ayant une charge virale indétectable, c’est que le virus devient intransmissible. C’est ce que l’on nomme I=I (Indétectable = Intransmissible). Une personne vivant avec le VIH qui prend sa médication sur une base régulière, dont la charge virale est indétectable, ne peut pas transmettre le VIH à ses partenaires par voie sexuelle. Voici un vidéo qui explique la charge virale indétectable.
Les avantages de prendre le traitement sont très nombreux, mais ils permettent surtout de vivre en santé, d’avoir une espérance de vie semblable aux personnes séronégatives et de ne pas transmettre le VIH à d’autres personnes.

Puis, qu’est-ce que la PrEP et la PPE?

De plus, si tu te considères à risque de contracter le VIH, que ce soit par tes habitudes de vie, habitudes sexuelles ou habitudes de consommation de drogues, il est possible de demander à ton ou ta médecin de prendre la PrEP. La PrEP est un médicament préventif qui t’évite de contracter le VIH. Un comprimé par jour t’évite de contracter le VIH! Sur le site du Portail VIH/sida du Québec, il y a aussi une carte pour trouver les endroit où se procurer la PrEP et où réaliser un test de dépistage. Et voici un vidéo qui explique la PrEP.

Finalement, si tu crois avoir été à risque de contracter le VIH, je t’informe qu’il est possible de se rendre aux urgences de l’hôpital le plus près de chez toi dans un délai de 48 heures (le plus tôt possible!) pour débuter un traitement de PPE. Un traitement de Prophylaxie post-exposition s’adresse à toute personne qui a été exposée au VIH: il permet de diminuer le risque de contamination et doit être pris dès que possible après la situation à risque, si possible dans les 4 heures qui suivent le rapport et au plus tard sous 48 heures. Il est délivré 24h/24 dans les services d’urgences des hôpitaux. Et voici un vidéo expliquant la PPE.

Il existe encore malheureusement beaucoup de préjugés et de mythes à l’égard des personnes vivant avec le VIH. Ces préjugés et mythes alimentent la stigmatisation sociale des personnes vivant avec le VIH et mettent des barrières importantes dans l’accessibilité des soins de santé, en prévention tout comme en traitement, concernant le VIH pour l’ensemble de la population. Il est donc de la responsabilité de l’ensemble de la population de se renseigner sur le VIH, en 2020, et ses différentes technologies de traitements et de prévention. Et surtout, qu’il est possible d’avoir une vie entièrement normale tout en vivant avec le VIH.

Avant de conclure, j’aimerais t’inviter à lire ce magnifique guide sur la santé sexuelle. Ce guide abordent l’ensemble des différentes activités sexuelles ainsi que les possibilités de transmission d’ITSS selon le comportement. 🙂 Peu importe les gens avec qui tu prends la décision d’avoir des rapports sexuels, je t’encourage simplement à conserver une communication franche et honnête avec l’ensemble de ces personnes afin que tous puissent prendre en charge leurs différentes notions du risque et du plaisir.

J’espère que tout cela a pu éclaircir certains de tes questionnements! N’hésite pas à nous contacter de nouveau si tu en ressens le besoin! Si tu le souhaites, tu trouveras des informations complémentaires dans ces réponses :

Comment bien se préparer au sexe anal?

Quelles sont les précautions à prendre lors d’une première relation sexuelle entre hommes?

Est-ce que les actes sexuels entre homosexuels entraînent certaines maladies?

Est-ce que statistiquement les couples hétéro ont autant de chance de contracter le sida que des gays?

J’ai quelques questions concernant ma première relation homosexuelle avec un autre garçon.

 

Je te laisse avec une belle citation du site internet Le sexe qui t’allume abordant la santé sexuelle, le condom, le VIH et la PrEP pour les gars qui ont du sexe avec d’autres gars : ”Quoi qu’il en soit, parlons-en. Quand on flirte, qu’on fréquente quelqu’un, qu’on suce, qu’on baise ou qu’on aime, il est important d’être honnête par rapport aux pratiques sexuelles que l’on a et que l’on aimerait avoir. Bref, on t’encourage à en apprendre plus sur les stratégies disponibles et à adopter celles qui te conviennent le mieux.”

J’espère que cela a répondu à tes interrogations. N’hésite pas à nous écrire si tu as d’autres questions!

Guillaume (il/he), pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.