Est-ce que statistiquement les couples hétéro ont autant de chance de contracter le sida que des gays?


Bonjour,
est-ce que statistiquement les couples hétéros peuvent avoir autant de chance de contracter le SIDA que des gays?
Merci de bien me répondre
Albert
 
Salut Albert!
Merci de la confiance que tu portes envers AlterHéros. Tu te demandes si les couples hétérosexuels ont statistiquement autant de chance de contracter le sida que les couples homosexuels.
D’abord, réitérons quelques informations. Le VIH est le virus de l’immunodéficience humaine. C’est un virus qui s’attaque au système immunitaire et qui l’affaiblit. Il évolue en différents stades. Alors que le sida est la quatrième phase d’évolution du virus du VIH. On ne contracte donc pas le sida, car celui-ci est le nom de la quatrième phrase d’évolution du VIH. Il est préférable de dire que l’on contracte le VIH ou qu’une personne vit avec le VIH. Au Canada, les personnes vivant avec le sida -donc la quatrième phase du VIH- sont de plus en plus rares. La médication de plus en plus efficace ainsi que la meilleure prise en charge des personnes séropositives par le milieu de la santé font en sorte que la très grande majorité des personnes vivant avec le VIH au Canada ne vivront jamais avec le sida, car le virus ne réussira jamais à se développer suffisamment pour se rendre à ce quatrième stade. Suis-je clair?
 
Maintenant, est-ce que les couples hétérosexuels ont statistiquement autant de chance de contracter le VIH que les couples homosexuels? En fait, on peut retirer la notion de couple dans ta question, si tu me le permets, puisque le VIH a uniquement besoin d’une porte de sortie d’un organisme porteur du virus et d’une porte d’entrée d’un organisme non porteur du virus. En d’autres mots, une personne peut contracter le virus indépendamment de ses activités sexuelles ou de sa configuration relationnelle.
 
Si je reformule ta question, je l’écrirais ainsi : Est-ce qu’une personne hétérosexuelle a statistiquement autant de chance de contracter le VIH qu’un homme homosexuel? Est-ce bien cela?
 
Statistiquement, cela dépend surtout des activités sexuelles ou de consommation que cette personne pratique. Voici un tableau démontrant les estimations du risque ainsi que le taux de transmission moyen selon l’activité tiré du site de CATIE – La source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatice C.

Activité (pour les activités sexuelles, la position du partenaire séronégatif est précisée)

Estimation du risque moyen

Taux de transmission

Relation sexuelle anale réceptive

1,4 %

1 transmission sur 71 expositions

Injection de drogues au moyen d’une seringue/aiguille partagée 0,63 % 1 transmission sur 159 expositions

Relation sexuelle anale pénétrante

0,11 %

1 transmission sur 909 expositions

Relation sexuelle vaginale réceptive

0,08 %

1 transmission sur 1 250 expositions

Relation sexuelle vaginale pénétrante

0,04 %

1 transmission sur 2 500 expositions

À l’époque de l’émergence de la crise du VIH/sida à la fin des années 1980 et début des années 1990, certains groupes sociaux étaient surreprésentés dans les statistiques entourant les nouveaux cas de VIH, notamment les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH), les personnes hémophiles, les travailleurs et travailleuses du sexe, les personnes utilisatrices de drogue par injection ainsi que certaines communautés caribéennes. Plusieurs éléments expliquent cette prévalence plus importantes chez ces groupes, notamment la stigmatisation sociale qui pose un frein majeur dans l’accès à des soins de santé, tant en termes de prévention que de traitements, ainsi que la promiscuité parmi les personnes de certains groupes vulnérables.
Aujourd’hui, le visage du VIH s’est diversifié et chaque région canadienne note ses propres particularités. Par exemple, tu peux jeter un coup d’oeil à cette carte canadienne concernant les nouveaux diagnostics du VIH au Canada. On y voit donc que le nombre de nouveaux diagnostics est plus important chez les personnes hétérosexuelles en Alberta et au Manitoba, alors qu’au Manitoba l’épidémie touche davantage les personnes utilisatrices de drogues par injection. Au Québec, les nouveaux diagnostics touchent encore en majorité les HARSAH.
Toutefois, les nouvelles technologies de prévention et de traitement du VIH se sont grandement améliorées ces dernières années. En continuant nos effets collectifs, nous pouvons espérer mettre fin à l’épidémie, comme avec l’application de ce plan d’action de l’initiative de Montréal sans sida. Par exemple, en 2017, on notait une baisse de 35% des nouvelles infections du VIH parmi les hommes qui ont du sexe avec d’autres hommes à Montréal (tu peux lire cet article à ce sujet). Comment on a atteint un si beau résultat?
D’abord, par l’amélioration des traitements permettant aux personnes vivant avec le VIH d’avoir une charge virale indétectable. Puis, par la démocratisation de la Prophylaxie pré-exposition (PrEP) et de la Prophylaxie post-exposition (PPE).
Permets-moi de citer un extrait d’une ancienne réponse au sujet du VIH que j’ai composée :

Finalement, je t’invite grandement à t’informer sur la réalité vécue par les personnes vivant avec le VIH. En 2020, le VIH est beaucoup mieux connu qu’il l’était à l’époque de la crise du VIH dans les années 1990. Les traitements offerts aux personnes vivant avec le VIH, appelés traitements antirétroviraux, permettent de bloquer la réplication du virus dans le corps et de diminuer fortement la charge virale (donc la quantité de virus du VIH dans le corps). Ces traitements permettent aussi de renforcer le système immunitaire de la personne vivant avec le VIH. Bien qu’il est encore impossible d’éliminer à 100% le VIH du corps de la personne, lorsque les traitements antirétroviraux fonctionnent, la charge virale de la personne devient indétectable. Que signifie être indétectable? Cela signifie que le virus est tellement affaiblit dans le sang qu’il devient impossible de détecter le virus dans le sang de la personne. Ce qu’il est important à savoir sur les personnes ayant une charge virale indétectable, c’est que le virus devient intransmissible. C’est ce que l’on nomme I=I (Indétectable = Intransmissible). Une personne vivant avec le VIH qui prend sa médication sur une base régulière, dont la charge virale est indétectable, ne peut pas transmettre le VIH à ses partenaires par voie sexuelle. Voici un vidéo qui explique la charge virale indétectable.
Les avantages de prendre le traitement sont très nombreux, mais ils permettent surtout de vivre en santé, d’avoir une espérance de vie semblable aux personnes séronégatives et de ne pas transmettre le VIH à d’autres personnes.
Puis, qu’est-ce que la PrEP et la PPE?

De plus, si tu te considères à risque de contracter le VIH, que ce soit par tes habitudes de vie, habitudes sexuelles ou habitudes de consommation de drogues, il est possible de demander à ton ou ta médecin de prendre la PrEP. La PrEP est un médicament préventif qui t’évite de contracter le VIH. Un comprimé par jour t’évite de contracter le VIH! Sur le site du Portail VIH/sida du Québec, il y a aussi une carte pour trouver les endroit où se procurer la PrEP et où réaliser un test de dépistage. Et voici un vidéo qui explique la PrEP.
Finalement, si tu crois avoir été à risque de contracter le VIH, je t’informe qu’il est possible de se rendre aux urgences de l’hôpital le plus près de chez toi dans un délai de 48 heures (le plus tôt possible!) pour débuter un traitement de PPE. Un traitement de Prophylaxie post-exposition s’adresse à toute personne qui a été exposée au VIH: il permet de diminuer le risque de contamination et doit être pris dès que possible après la situation à risque, si possible dans les 4 heures qui suivent le rapport et au plus tard sous 48 heures. Il est délivré 24h/24 dans les services d’urgences des hôpitaux. Et voici un vidéo expliquant la PPE.

Il existe encore malheureusement beaucoup de préjugés et de mythes à l’égard des personnes vivant avec le VIH. Ces préjugés et mythes alimentent la stigmatisation sociale des personnes vivant avec le VIH et mettent des barrières importantes dans l’accessibilité des soins de santé, en prévention tout comme en traitement, concernant le VIH pour l’ensemble de la population. Il est donc de la responsabilité de l’ensemble de la population de se renseigner sur le VIH, en 2020, et ses différentes technologies de traitements et de prévention. Et surtout, qu’il est possible d’avoir une vie entièrement normale tout en vivant avec le VIH.

J’espère que cette réponse a pu t’éclairer dans tes réflexions! Je te rappelle aussi qu’il existe plusieurs méthodes de prévention du VIH, que ce soit le fait d’avoir des partenaires ayant une charge virale indétectable, de prendre la PrEP, d’utiliser la PPE en cas de situations à risque et, naturellement, le préservatif qui demeure un outils de prévention accessible et efficace. Ce site internet peut également t’être d’une grande aide si tu te questionnes sur les différents modes de transmission du VIH. 
Écris-nous quand tu veux si tu as d’autres questions!
Solidairement,
Guillaume pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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