Je réalise une fois adulte que j’ai commis des attouchements sur ma petite soeur lorsque j’avais moi-même 10 ans…


[Avertissement / Trigger Warning : Cette question/réponse traite d’un sujet pouvant déclencher des émotions fortes. Celle-ci aborde le sujet d’agression sexuelle, d’attouchements sexuels sur un enfant et sexualité chez les enfants. Si vous ressentez le besoin de parler, n’hésitez pas à nous écrire.]

Bonjour,
je ne sais pas réellement vers qui me tourner et vous m’avez sembler être un site très ouvert d’esprit.
Alors voici ma situation :
Etant enfant vers 10 – 12 ans je dirais j’ai porter des attouchement sexuelle a ma petite sœur qui avait elle presque 6 ans, je lui est demander des choses qu’elle n’etait pas forcement d’accord on a essayer et je lui ai dit d’arrêter si elle ne voulais vraiment pas.
je n’ai que très peu de souvenir de cette période, les souvenir me sont revenue ici récemment en fessant mon arbre généalogique car il faut noter toutes les personnes avec qui ont a eu un rapport amoureux ou sexuel.
j’ai donc eu les souvenir de ce rapport avec ma petite sœur étant enfant ( je pense que ma sœur ne se souvient de rien car nous avons une super entente et un tel sujet n’as jamais été évoquer. )

Ne pouvant parler de ce sujet a personne, Je me sent particulièrement honteuse de ce souvenir et je ne sais pas comment je peux arriver a me défère de cette situation extrêmement gênante ?

( j’ai une vie et une sexualité épanouie avec mon petit ami a ce jour je ne ressent aucune excitation sexuel envers les enfants et ma sœur a ce jour je préfère préciser )

J’ai aussi déjà toucher le pénis de mon chien vers le même âge et ce souvenir qui est remonter a la surface me gène beaucoup… Je pense aussi vous écrire pour arriver a mettre des mots sur mes pensées. ( je ne ressent aucune excitation pour les animaux a ce jour. )

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ceci et je suis admirative du travail que vous faites.

un grand merci si vous me répondes.
Passez une belle journée

Bubble

Bonjour bubble,

Je te remercie de faire confiance à AlterHéros! Je veux prendre un moment pour souligner ton courage de nous écrire. D’une part, ce n’est pas facile de demander de l’aide pour quelque chose qui nous préoccupe. D’autre part, c’est encore plus difficile lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi épineux et tabou que les violences à caractère sexuel et la sexualité dans l’enfance. Je t’offre tout mon soutien depuis le Québec et je tiens à te rassurer sur le fait que je ne te juge pas du tout.

Si je comprends bien, tu nous écris puisque tu ressens beaucoup de honte et de culpabilité concernant des gestes que tu as posés lorsque tu étais enfant. Tu as peut-être l’impression d’être seule au monde avec ce secret. J’espère que le fait de t’être confiée à nous te libère déjà d’une partie de ce poids! Je peux cependant te confirmer, et tu seras peut-être surprise, que j’ai personnellement entendu plusieurs fois ce type d’histoires dans mon parcours personnel et professionnel. Comme mentionné plus tôt, ces sujets sont tabous et mal vus en société, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont non-existants. Lorsqu’on se met à écouter les récits des personnes qui fréquentent les associations de lutte aux violences à caractères sexuel, on se rend bien compte qu’il s’agit en fait d’expériences partagées par plusieurs personnes.

Je vais prendre un moment pour tenter de démêler tout cela avec toi et trouver des pistes de solution pour t’aider à te sentir mieux. Avant toute chose, je précise que mon rôle ici est seulement de t’offrir du soutien en réponse à ta question et de te diriger vers les ressources locales qui pourraient répondre à tes besoins. Je dois préciser que je ne peux pas te donner de conseil juridique spécifique sur ta situation ni te donner d’informations précises sur le contenu et l’application des lois françaises. Le contexte d’intervention en ligne ne permet pas non plus d’aller dans tous ces détails. Ce que je peux te dire, c’est que tu as déjà franchi une des étapes les plus difficiles, soit reconnaître ton inconfort et demander de l’aide!

Ceci étant dit, il est clair que tu ressens un grand malaise avec les souvenirs qui te reviennent. Il est possible que tu vives beaucoup de détresse parce que tu n’arrives pas à réconcilier la personne adulte et épanouie que tu es avec les gestes que tu as posés lorsque tu étais enfant. Si c’est le cas, tu n’as pas à lutter entre les deux. C’est possible de regretter certains aspects de notre passé sans être «un monstre» pour autant. C’est normal de regretter certains gestes ou paroles de notre passé. C’est encore plus vrai pour ce qui se passe durant notre enfance ou notre adolescence puisque notre développement physique, social, affectif, cognitif et sexuel n’est pas terminé. Je te propose d’aborder ces éléments de ton passé avec bienveillance pour l’enfant que tu étais. Cela n’empêche pas de vouloir porter un regard critique sur ce qui s’est passé et de prendre la part de responsabilité qui te revient le cas échéant.

D’abord, nous pouvons nous pencher sur quelques définitions pour départager certains concepts importants. Selon le Gouvernement du Québec (2016), une agression sexuelle « est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par chantage. Il s’agit d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite. Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l’intégrité physique et psychologique et à la sécurité de la personne. » À l’opposé, il faut aussi savoir que la plupart des enfants vivront aussi des périodes d’exploration de leur corps et de celui des autres. On parle parfois des enfants qui «jouent au docteur» pour décrire ce phénomène. Ce type d’activité se fait entre enfants qui ont environ le même âge et veulent satisfaire leur curiosité.

Comme mentionné précédemment, je ne me prononcerai pas à savoir si ta situation précise peut être considérée comme un cas d’abus sexuel sur une personne mineure au sens légal. Cependant, ce qui est clair, c’est qu’un.e jeune qui commet des attouchements sur un.e autre jeune est elle-même une personne qui a besoin d’aide. Bien qu’il soit important de prendre ses responsabilités pour ses propres actions, il est aussi important de comprendre qu’une jeune personne ne pose pas de tels gestes par hasard. Les différents exemples que tu rapportes m’amène à me demander si tu as peut-être reproduit des gestes dont tu pourrais avoir été toi-même victime ou témoin. Les comportements sexuels problématiques deviendraient alors eux-mêmes des conséquences d’une agression sexuelle.

Je constate aussi que tu dis avoir très peu de souvenirs de cette période. Il est possible que d’autres souvenirs gênants ou difficiles à confronter émergent dans le futur, comme c’est arrivé lorsque tu as fait une activité qui t’a fait penser à ton passé. Il ne s’agit bien sûr que de pistes de réflexion pour t’aider à tenter d’y voir plus clair, mais cela ne veut pas non plus dire que tu as forcément un traumatisme. Les réponses viendront probablement au fur et à mesure que tu continueras d’explorer tes pensées et tes émotions. C’est pour ces raisons que je te recommande très fortement de communiquer avec un organisme d’aide aux personnes victimes/survivantes d’agression sexuelle de ta région ou de composer le 3919 pour joindre la ligne Violence Femme Info. Il s’agit de l’équivalent de la ligne québécoise Info-aide Violence Sexuelle 1 888 933-9007.

Tu précises que tu n’as pas d’attirance envers les enfants ou les animaux. Cela fait du sens puisque les expériences que tu rapportes ne semblent pas aller dans ce sens-là. En même temps, je prends toujours le temps de préciser dans mes réponses que même si une personne avait eu ou avait actuellement de tels fantasmes, ce n’est pas la fin du monde et il y a de l’aide disponible.

Enfin, je n’ai pas abordé le fait d’en reparler ou non avec ta sœur puisqu’il s’agit d’un sujet que je te recommande d’aborder avec une des ressources d’aide spécialisée proposées. De façon générale, si jamais tu ressens le besoin d’aborder le sujet avec ta sœur, assure-toi aussi de respecter son rythme à elle et de lui demander au préalable si elle souhaite revenir sur des aspects de votre passé. Il est impossible de prédire sa réaction dans un tel cas, c’est pour cela qu’il peut être plus facile de prendre le temps d’explorer différents scénarios avec une personne de confiance. Je laisse le lien d’une réponse rédigée par Maxime, stagiaire à AlterHéros, qui aborde la possibilité de construire une relation saine avec une personne qui a posé des gestes d’agression sexuelle sur nous dans le passé. Bien que cela ne s’applique pas entièrement à ta situation, tu y trouveras peut-être d’autres éléments pour t’aider dans tes réflexions.

Je comprends que cela fait déjà probablement beaucoup d’informations à intégrer et c’est normal si tu ressens du soulagement, de la peur, de confusion, de la surprise, de la colère, rien du tout, un mélange de tout cela ou complètement autre chose. Il n’y a pas de chemin tout tracé dans ces cas-là et c’est important de prendre soin de toi en priorité.

Tu peux nous écrire en tout temps si tu souhaites poser d’autres questions. Je te souhaite un chemin rempli de douceur et de compassion envers toi-même!

Rose Dorian, technicien.ne en travail social pour AlterHéros


About Rose Dorian

Rose Dorian est une personne autiste, queer, trans et non binaire diplômée en techniques de travail social depuis 2016. Iel intervient principalement avec des personnes survivantes/victimes d'agression sexuelle et de violences ainsi que leurs proches et avec des personnes neuroatypiques.

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