Je n’arrive pas à savoir si je fais de la dysphorie ou pas…


Bonjour, moi c’est Sam et je me pose beaucoup de questions…
A cause ou grâce à une rupture, j’ai découvert que je ne me sentais ni garçon ni fille et ça depuis la petite enfance mais je ne savais pas que c’étais possible donc je restait “fille “.Aussi je n’arrive pas à savoir si je fais de la dysphorie ou pas, puisque ça ne dure pas longtemps (30min voire maximum 1h) mais je ressent l’envie d’arracher ma poitrine et me couper les cheveux jusqu’à parfois frôler la crise de panique. J’ai aussi l’impression d’être plus penché vers le “masculin” donc je me sent perdu là dessus…De même pour mon pan romantique ,je penche plus vers les filles mais je ne suis pas totalement sur…J’aimerais en parler avec ma mère mais bien qu’elle dit accepter, elle à crier sur mon(ma) frère(sœur) quand iel a demandé à changer de prénom…

merci de votre lecture et réponse

Sam

Bonjour Sam,

 

Merci de nous avoir écrit et de nous partager ton cheminement. Il nous fait plaisir à AlterHéros de réfléchir avec toi à ces questions qui peuvent parfois ne pas être évidentes à aborder avec l’entourage. Si je comprends bien, tu te poses des questions à propos de ton identité de genre et de ton orientation sexuelle. De plus, tu ne sens pas que tu peux parler de ce sujet avec ta mère, puisqu’elle n’a pas fait preuve de beaucoup d’ouverture par rapport à une situation similaire dans le passé, est-ce bien ça?

 

Il est en effet très commun de trouver les mots décrivant la complexité de notre identité de genre qu’après avoir passé plusieurs années à la ressentir intérieurement, puisque ce sont malheureusement des réalités qui sont très peu discutées. Je te laisse au passage quelques ressources si tu souhaites continuer à explorer différents termes utilisés pour décrire les réalités non-binaires (ni exclusivement fille ni exclusivement garçon). Ressources ici & ici. Par ailleurs, de nombreuses personnes préfèrent ne pas accoler de mot(s) à leur identité de genre et c’est tout à fait correct aussi.

 

De plus, tu dis que tu sens que tu penches du côté masculin. De la même façon que certaines personnes se sentent seulement garçon, seulement fille ou complètement neutre, plusieurs se définissent à divers niveaux du spectre, par exemple, 70% garçon, 30% fille, etc. Il est même possible pour l’identité de genre de fluctuer au cours du temps. D’autres, par exemple, s’identifient 100% garçon, mais préfèrent adopter une expression de genre plus typiquement féminine, par exemple porter du vernis à ongle ou du rose. Ça peut avoir l’air compliqué, mais au final, l’important c’est que tu te sentes bien dans ton corps et dans tes relations avec les autres peu importe comment tu choisis de d’identifier ou d’exprimer ton genre. Je te laisse ici la fameuse licorne du genre qui illustre en image la complexité et la liberté inhérentes à ce sujet.

Voici aussi une réponse à un.e autre jeune dans le même cas : Je me sens non-binaire, mais un peu plus vers le genre masculin, est-ce normal?.

 

Quand on parle d’être trans/non-binaire, on entend souvent le terme de dysphorie de genre. C’est un terme assez général qui désigne un mal-être ou une inadéquation ressentie par rapport à son genre, qui peut se manifester au niveau physique ou social. Ça peut être quelque chose d’assez difficile à vivre et qui peut impacter la vie quotidienne, mais heureusement, il existe de nombreuses façons qui permettent de se sentir mieux. Si je comprends bien, tu ne sais pas si tu ressens de la dysphorie, mais dans tous les cas, tu ressens parfois un malaise intense par rapport à ta poitrine et à tes cheveux. Ces sentiments, même s’ils sont intermittents, doivent bien sûr t’affecter et il est tout à fait positif d’essayer de te sentir mieux dans ta peau. 

 

Expérimenter avec diverses solutions pourrait être une option non permanente, qui ne t’engage à rien et qui te permet d’en apprendre plus sur toi-même, qu’en penses-tu? Par exemple, il se peut que couper tes cheveux très courts te semble trop drastique si tu aimes bien les garder plus longs à certains moments. Si c’est le cas, que penserais-tu d’essayer de remonter tes cheveux sous une casquette ou un bonnet durant les périodes où tes cheveux longs te dérangent, ou de les couper un tout petit peu à la fois, afin d’apprivoiser doucement les changements et de pouvoir découvrir progressivement ce que tu préfères? Par rapport à la poitrine, mon conseil serait d’essayer de porter un large chandail pas trop moulant dans les moments d’inconfort, une brassière de sport ou alors un binder. Ce sont encore une fois des méthodes qui te permettent d’explorer sans contrainte ce qui te fait sentir bien. Un truc qui peut aussi aider à calmer la dysphorie, c’est de faire des activités qu’on aime et de s’entourer de proches qui nous soutiennent puisque la dysphorie est souvent causée par la façon dont la société assume notre genre en fonction de certains attributs physiques ou de certaines manières de s’exprimer. Je t’encouragerais aussi à discuter avec une personne de confiance de ces épisodes pour développer des outils pour faire face au stress que ceux-ci engendrent. 

 

C’est bien aussi de garder en tête que ressentir de la dysphorie n’est pas un critère pour être trans/non-binaire. On parle aussi de plus en plus d’euphorie de genre. C’est un peu l’inverse de la dysphorie si tu veux, c’est un sentiment de bien-être. Je te propose d’essayer de réfléchir à quelles situations te font sentir bien, et en adéquation avec ton genre. Pour certaines personnes, c’est se faire genrer correctement, de s’exprimer par l’art, d’assister à un groupe de soutien, etc. Qu’en dirais-tu?

 

Par rapport à l’orientation romantique/sexuelle, pour répondre à ta question, c’est fréquent que des personnes qui s’identifient comme bi/pan aient une préférence/un historique de relations qui tend plus vers un genre. Plus d’informations par ici!

Finalement, je comprends que tu aimerais parler de tout ça avec ta mère mais que ses réactions passées te causent de l’appréhension, n’est-ce pas? Penses-tu que tu pourrais d’abord en discuter avec un.e autre membre de la famille ou un ami.e que tu sais ouvert.e à ce sujet afin d’avoir un.e allié.e au moment d’en parler à ta maman, ou une personne avec qui tu aurais l’occasion de discuter? Tu peux aussi contacter différentes associations ou forums /pages Facebook afin de discuter avec des jeunes qui vivent des situations semblables à la tienne. 

 

Si tu te sens prêt.e à en parler avec ta mère, il peut être utile de préparer de l’information pour expliquer un peu ton ressenti, puisque souvent, les parents ne comprennent pas vraiment bien ce que vivent leurs enfants. Bien sûr, tu n’es pas obligé.e de répondre à des questions qui te rendent mal à l’aise. Je te laisse deux extraits de très bons conseils de Séré, qui est intervenant non-binaire à AlterHéros :

 

  1. «Je dis souvent aux personnes trans et non-binaires qui veulent faire leur coming-out qu’une des choses à laquelle il faut penser avant de parler de son identité à ses proches est ce qu’on veut changer, concrètement. [Par exemple, aimerais-tu tester un nouveau pronom ou prénom, pouvoir discuter de ce sujet ensemble, te sentir plus authentique, etc. ] C’est très important de nommer ces besoins à tes parents, car iels ne peuvent pas les deviner et iels pourraient aussi avoir des conceptions erronées sur ce que signifie être non-binaire ou trans. C’est donc aussi capital de leur nommer ce que tu ne veux pas changer. Souvent, le plus gros obstacle que les parents de jeunes trans ou non-binaires ont à surmonter est leur peur que leur enfant devienne une autre personne ou change complètement. Premièrement, tu gardes la même personnalité, même si tu n’es pas une fille. Tu peux leur nommer des choses que tu aimes et des parties de toi que tu ne veux pas changer.»

  2.  «Si tu décides que tu veux parler de ton identité de genre à tes parents, tu peux choisir de le faire soit en personne ou par lettre/message/courriel.

Si tu veux le faire en personne, l’idéal est de le faire à un endroit où tu te sens bien et où tu as la possibilité de t’isoler ou de quitter si jamais tu en ressens le besoin. Je te conseille aussi de bien te préparer afin de répondre à leurs questions. […] Si tu veux faire ton coming-out en personne, mais que tu n’y arrives pas quand tu es en face de tes parents, tu peux essayer de ne pas leur faire face : c’est beaucoup plus facile de commencer une conversation difficile quand tu es côte à côte avec une personne plutôt qu’en face d’elle. Tu pourrais par exemple faire ton coming-out pendant une marche en famille ou bien lorsque tu es assis.e à côté de tes parents à une table ou sur un divan. 

Faire un coming-out par écrit, soit en donnant une lettre à tes parents ou en leur envoyant un courriel, permet de préparer tout ce que tu veux dire à l’avance sans avoir à craindre d’être interrompu.e. Cela permet aussi de prévoir un espace pour que tes parents puissent réagir à cette nouvelle et gérer leurs sentiments par rapport à cela sans que tu aies à en être témoin. Par exemple, tu pourrais leur remettre la lettre juste avant d’aller prendre une marche.»

Merci encore de nous avoir envoyé ta question et j’espère que cette réponse te donne quelques pistes de réflexions. Tout ce cheminement demande beaucoup d’introspection et de courage et tu peux être fier.e de toi. N’hésite pas à nous réécrire en cas de besoin et je te laisse aussi quelques liens vers des questions similaires si tu as envie d’aller jeter un coup d’œil!

Questions similaires :

Comment faire mon coming-out non-binaire à ma famille?
Je ne sais pas trop si le terme trans serait approprié pour mon cas même si je rêve d’être un garçon…
J’ai 14 ans, je sais pas si je suis un garçon ou une fille…

Prends soin de toi,

 

A.b., bénévole pour AlterHéros


About abab

Bonjour, Je suis étudiant.e dans le domaine de la santé et il me fait plaisir de discuter avec vous.

Leave a comment