Je ne sais pas trop si le terme trans serait approprié pour mon cas, même si je rêve d’être un garçon…


Bonjour,

J’ai été assigné fille à la naissance, mais je ne crois pas trop que ça me définit. Récemment, j’ai coupé mes cheveux longs. Ils sont maintenant très courts et je les adore, malgré le fait que ma mère n’arrête pas de me dire que je suis laid avec cette coupe… J’ai toujours été insécure et je me détestais en tant que fille, mais je n’ai jamais eu de passé pouvant indiquer des signes de transidentité, donc je ne sais pas trop si le terme trans serait approprié pour mon cas, même si je rêve d’être un garçon et que je priais pour me réincarner en garçon dans ma prochaine vie (je ne sais pas si la réincarnation existe, mais bon ahah.) Quand on prononce mon prénom de naissance, il me semble très lointain et j’ai l’impression qu’il ne m’appartient pas. J’adore me faire passer pour un garçon sur internet et dans la vraie vie (sauf que c’est un peu compliqué en vrai car ma mère m’appelle par mon prénom de naissance très féminin en public, donc les gens pensent directement que je suis une fille et ça m’énerve car j’ai envie que les gens me voient comme un garçon.) Après je doute beaucoup, car les garçons ont toujours été dans une catégorie différente de la mienne… Je n’agis pas vraiment comme les garçons de ma classe. Je ne sais pas si j’éprouve de la dysphorie. Quand les gens de mon école me prennent pour une fille, je m’en fiche, mais quand les gens d’endroits différents me prennent pour une fille, ça m’énerve. Puis, pour mon corps je n’ai pas tout le temps de problème… J’ai l’impression que mon corps n’est pas celui que je devrais avoir, mais il ne me dérange pas autant. J’ai déjà eu une période pendant laquelle j’avais envie de m’arracher la poitrine et j’essayais de la bander et à ce jour elle me dérange pas. J’aimerais juste que les courbes ne paraissent pas. Je sais que moi seul pourra déterminer mon identité de genre, mais j’aimerais juste me faire guider. Sinon, j’avais une question à propos des binders. J’ai une grannnndee envie de m’en procurer un, mais je ne veux pas que mes parents sachent et j’ai pas vraiment d’argent pour m’en procurer un. Je fais quoi…? Aussi, à propos des prénoms, j’ai demandé à mes amis de m’appeler Damien, mais je ne sais pas…Ça fait bizarre et je me demande si c’est normal.

Merci.

Arlo

Bonjour Arlo! 

 

Merci de faire confiance à AlterHéros avec ta question sur ton identité de genre. Je trouve que tes questionnements ressemblent beaucoup à ceux que j’avais quand j’étais ado, alors je suis vraiment content de pouvoir y répondre. 

Donc, tu nous écris parce que tu te demandes si ce serait approprié pour toi de t’identifier comme personne trans. Tu dis que tu es insécure et que tu te détestes en tant que fille, et aussi que tu adores te faire passer pour un garçon et que tu rêves d’en être un.

Je vois là plusieurs indices qui me portent à penser que tu pourrais en effet être trans. Tu n’es pourtant vraiment pas convaincu de cela et tu nommes quelques raisons. Regardons-les une par une.

D’abord, tu dis que tu n’as pas par le passé indiqué des signes d’être trans. Je crois que tu parles ici de ton enfance. Si c’est le cas, laisse-moi te rassurer en te disant que c’est un des nombreux mythes entourant les identités trans, qu’il faudrait savoir depuis toujours qu’on est trans pour être valide. Dans les faits, il existe plusieurs parcours identitaires chez les jeunes trans et une bonne partie d’entre eux n’a comme toi pas exhibé de signe d’être trans avant la puberté. En effet, une recherche de la Chaire de recherche du Canada sur les enfants transgenres et leurs familles a découvert qu’environ le tiers des jeunes qu’iels ont interrogés n’ont commencé à ressentir de l’inconfort en lien avec leur genre assigné qu’après le début de l’adolescence. Cela veut dire qu’il y a un jeune trans sur trois qui n’a pas questionné son genre ou même ressenti de malaise en lien avec celui-ci pendant son enfance. Moi aussi j’ai eu un parcours comme ça. Comme je l’explique dans une précédente réponse :

Pendant mon enfance, je n’avais pas de problème avec mon genre assigné, parce que je ne comprenais pas vraiment qu’il venait avec des attentes et des contraintes qui me seraient imposées par la société. Je portais des robes parce que je trouvais qu’elles étaient jolies et j’aimais m’habiller comme ma petite sœur. J’aimais beaucoup mon prénom féminin, car il était unique et sonnait très bien à mes oreilles. J’aimais mieux avoir les cheveux plus courts que longs, car je trouvais ça plus pratique, mais je n’avais pas de problème avec le fait d’avoir une coupe dite féminine. J’aimais beaucoup jouer avec des poupées et je n’aimais pas beaucoup les sports parce que je n’avais (et je n’ai toujours!) aucune coordination. Donc, à première vue, j’étais une petite fille comme les autres et même assez féminine!

Pourtant, vers l’âge de 13-14 ans, j’ai commencé à me sentir vraiment mal. J’allais à une école privée pour fille, et je me sentais vraiment différent des autres. Je n’aimais plus porter des robes et des jupes, j’aimais de moins en moins mon prénom, je ne détestais pas vraiment mon corps, mais je ne l’aimais pas non plus. Plus j’avançais dans l’adolescence, plus j’allais mal, mais puisque je n’avais pas de grande haine envers mon corps et aussi parce que j’étais attiré par les garçons, je ne pensais pas que j’étais trans.

Ça nous amène au deuxième point que tu amènes dans ta question, soit le fait que ton corps ne te dérange pas vraiment. J’ai l’impression que tu hésites à t’identifier comme trans parce que tu n’as pas de grand problème avec ton corps et que tu n’es pas sûr.e d’avoir de la dysphorie. C’est un mythe très répandu qu’il faut avoir une grande haine envers son corps et le besoin d’avoir recours à des chirurgies pour être trans. C’est pourtant loin de la réalité. Beaucoup de personnes trans n’éprouvent que très peu de dysphorie et aiment leur corps. Le seul prérequis pour être trans, en fait, c’est de s’identifier à un genre différent de celui qui nous a été assigné à la naissance. C’est tout. Aimer ou pas son corps, ses parties génitales, sa poitrine, ce n’est pas ce qui fait de nous quelqu’un de trans ou non. Je connais tout plein d’hommes trans qui aiment leur vulve, de femmes trans qui aiment leur pénis et de personnes non-binaires qui aiment leurs seins, tout comme je connais plusieurs personnes trans qui ont eu recours à des hormones ou des chirurgies pour changer certaines parties de leur corps. Moi, je n’ai jamais eu de grands problèmes avec mon corps, et c’est une des raisons pour lesquelles ça m’a pris beaucoup de temps avant de réaliser que j’étais trans. Sache donc qu’il est tout à fait légitime que tu t’identifies comme trans même si ton corps ne te dérange pas.

Il y a aussi le concept d’euphorie de genre qui est selon moi beaucoup plus utile que le concept de dysphorie de genre. Alors que la dysphorie de genre est un malaise que l’on peut ressentir envers certaines parties de notre corps ou la façon dont elles sont perçues, l’euphorie de genre est son contraire. C’est le bien être que l’on ressent par rapport à son corps, son expression de genre ou bien ce qu’on projette. Je dis que c’est plus utile, car l’euphorie de genre nous donne une direction, des indices sur ce qu’on aime et qu’on veut être. Il est aussi possible de ne pas ressentir de dysphorie par rapport à un aspect de son corps ou de son expression de genre, mais de ressentir une grande euphorie de genre lorsqu’on explore et qu’on change cet aspect.

Par exemple, je n’ai jamais eu beaucoup de dysphorie par rapport à mes organes génitaux. J’étais plutôt indifférent par rapport à ces parties de mon corps même si j’aimais les utiliser. Mais quand j’ai commencé à utiliser un packer, j’ai été surpris de constater à quel point ça me rendait heureux. Je me suis donc rendu compte que même si je n’avais pas de dysphorie à avoir une vulve, je pouvais éprouver de l’euphorie à avoir un pénis! Et j’ai fini par avoir une chirurgie pour avoir un pénis, et je n’ai jamais été aussi heureux.

Il n’est donc pas nécessaire d’avoir de la dysphorie pour explorer différentes façons de se sentir mieux avec notre corps. Il est possible qu’avec des changements, on passe de « neutre » à content! On a le droit de se sentir bien dans son corps et non seulement indifférent.e. 

Explorer son identité et son expression de genre, ce n’est pas quelque chose qu’on doit à tout prix éviter, mais plutôt quelque chose de très sain, peu importe qu’on se révèle être cis ou trans en fin de compte. 

Tu parles d’un binder et aussi de changer de prénom. Ça me semble être des choses tout à fait raisonnables à explorer et je crois que le fait que tu n’as pas nécessairement de dysphorie intense par rapport à ta poitrine ne change rien à ça.

Pour le binder, puisque tu as moins de 25 ans, je te suggère de prendre contact avec Projet 10. Cet organisme a un programme de distribution de prothèses genrées et il est donc possible pour iels de te commander un binder sans que tu aies à débourser quoi que ce soit!

Pour répondre à la question concernant l’essai du prénom Damien, c’est tout à fait normal de ne pas s’identifier tout de suite à un nouveau prénom. Il se peut que tu t’y habitues, ou encore que tu ressentes le besoin d’en essayer un autre. C’est normal si ça te prend plusieurs tentatives avant d’en trouver un qui te sied, et la meilleure façon de savoir si un prénom te convient, c’est de l’essayer. Tu as donc eu une excellente idée en demandant à tes ami.e.s de t’appeler comme ça!

Je n’ai pas vécu cela avec mon choix de prénom, mais plutôt avec mon choix de pronom. J’ai essayé le pronom il avec certaines personnes et iel avec d’autres. Le « il » m’a toujours fait bizarre, alors que je me suis rapidement habitué au « iel » et que je me suis mis à m’y identifier très fort. Alors, à partir d’un moment, j’ai arrêté d’utiliser le il. Mais il m’a fallu faire ces essais, sinon je n’aurais jamais su quel pronom me convenait le mieux. Toi, as-tu réfléchi à quels pronoms tu aimerais qu’on utilise pour parler de toi?

Finalement, j’aimerais aborder ce sentiment de décalage que tu ressens entre toi et les garçons. Je crois que ce peut oui être dû au fait d’avoir une identité de genre différente d’eux, comme être une fille ou une personne non-binaire, mais c’est aussi possible que ce soit dû au fait d’être trans. Être un garçon trans, c’est être un garçon au même titre que les garçons cisgenres (non trans), mais c’est aussi avoir une expérience différente d’eux, ce qui peut entraîner un sentiment de décalage. Cela s’applique aussi à d’autres identités, par exemple un garçon noir ou un garçon gai pourrait ne pas s’identifier aux garçons blancs ou aux garçons hétérosexuels de sa classe, et agir différemment d’eux. Cela peut amener un sentiment de solitude à l’occasion et aussi le sentiment d’être un imposteur. Ce qui peut aider, c’est de réseauter avec des personnes qui ont des expériences et un parcours similaire au nôtre. Tu dis que tu es de la région de Québec, alors je te suggère d’entrer en contact avec Divergenres, un organisme qui offre des groupes, des ateliers et de l’accompagnement individuel aux personnes trans, non-binaires et en questionnement. Il y a aussi l’organisme Enfants transgenres Canada qui offre tous les samedis une activité d’art thérapie pour les jeunes trans de 14 ans et plus. Cet organisme offre également des rencontres de soutien pour les parents de jeunes trans. Enfin, il y a l’organisme Projet 10, qui offre du soutien individuel et de groupe aux jeunes LGBTQ+ de 14 à 25 ans. Crois-tu que ça pourrait t’aider de prendre contact avec un de ces organismes et de participer à leurs activités pour rencontrer d’autres jeunes trans?

J’espère que ma réponse t’aide à y voir plus clair dans tout ça. Si tu en ressens le besoin, n’hésite surtout pas à nous réécrire, nous serons toujours là pour toi!

Prends soin de toi,

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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