Je crois être victime du TOC de la peur d’être lesbienne. Je ne suis pas homophobe, c’est juste quelque chose que je ne peux pas accepter chez moi…


Bonjour,
Je m’appelle Anissa je vais bientôt avoir 15 ans et il y a quelque chose qui me torture l’esprit depuis maintenant un bon moment
Je crois être victime du toc de la peur d’être lesbienne/bi (j’ai consulté beaucoup de sites internet et tout concorde)
Il y a je crois à peu près 1an/1an et demi, j’ai commencé à avoir peur d’être lesbienne pourtant je n’ai jamais eu d’attirance pour aucune fille, je crois savoir le déclencheur. En effet, je ne suis jamais tombée amoureuse ou sortie avec un garçon ou même embrassée alors que toutes mes amies oui
À ce moment-là, pendant à peu près 1/2 mois ça m’avait torturé l’esprit et ça n’arrêtait pas, je pleurais, c’était limite que je ne me tapais pas la tête sur les murs tellement que ça me hantait. La journée je n’y pensais pas trop mais la nuit ça me hantait. J’ai fini par en parler à mes parents qui m’ont beaucoup aidé et j’ai été tranquille pendant 1an sans avoir une pensée ni rien. Mais depuis une semaine, ça revient mais en moins fort, je crois également savoir le déclencheur. Pendant toute l’année scolaire, j’ai eu une attirance physique sur un garçon que je ne connaissais absolument pas, après 4 mois j’ai décidé d’aller lui parler. Il a été très gentille, il a pris mon Instagram et m’a dit qu’il m’ajouterait… il ne l’a jamais fait et au final je l’ai trouvé sur Instagram et lui ai envoyé un message pour me prendre un vu  heureusement je suis très compréhensive et je l’ai compris donc je n’ai absolument pas été affecté
Mais ce qui me tracasse réellement c’est que depuis 1 semaine je me teste mais plus qu’avant et que je n’avais pas vraiment ça avant, quand je regarde une vidéo simple, ben… je me dis regarde si on voit un peu ses siens et vois si ça t’attire (quand j’y pensais ça m’arrivait de regarder une vidéo sans avoir ce genre de pensée), j’ai toujours été fort observatrice et je me demande si je ne faisais pas ça avant mais sans me tester mais sans non plus avoir de l’attirance, juste comme ça, mais vraiment sans arrière pensée
Je sais que je ne suis pas lesbienne ni bi, j’en suis persuadé mais je n’arrive pas à me débarrasser de ces pensées
(Petite précision en plus : je ne suis absolument pas homophobe, c’est quelque chose que je peux pas accepter chez moi. Pour ce qui est des autres, je m’en contre fous)
Voilà, j’espère avoir bien expliqué la situation
Au revoir

Anissa

Salut Anissa,

 

Ton explication est très claire et elle me rappelle beaucoup des questions que l’on reçoit à l’occasion à notre organisme. Je vais tenter d’y répondre en clarifiant certaines choses pour s’assurer qu’on ait la même compréhension et en te proposant certains trucs pour aller mieux. 🙂

 

Donc premièrement quelle est la différence entre un TOC lesbien/bi versus la peur d’être lesbienne/bi?

 

Comme son nom l’indique, le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) se caractérise par la présence d’obsessions et de compulsions. Les obsessions sont généralement des pensées, des images ou des impulsions de nature intrusive et difficile à repousser. Ces idées importunes et répétitives s’imposent constamment à l’esprit de la personne qui n’arrive pas à s’en libérer. Même si la personne est consciente de la nature irrationnelle de ses craintes, elle devient hantée par ses obsessions, elle se sent incapable de les chasser et vit une souffrance intérieure. 

 

De leur côté, les compulsions sont des gestes/comportements répétitifs ou des stratégies mentales qui visent à chasser les obsessions et à diminuer l’anxiété qui leur sont associées. La personne se sent obligée de répéter ses actions en réponse à ses pensées obsédantes ou pour respecter des règles rigides qu’elle s’impose. Des comportements de nettoyage, de vérification, d’ordre ou de symétrie comptent parmi les compulsions les plus courantes. Certaines compulsions sont essentiellement mentales telles se répéter sans inlassablement des phrases, des prières, certains mots ou calculer des nombres. (source)

 

Un TOC peut avoir comme obsession principale un doute persistant et irrationnel de son orientation sexuelle. Dans la documentation scientifique, on note des manifestations de compulsions mentales liées au TOC homo de différents ordres :

  1. chercher à se faire rassurer constamment sur son hétérosexualité par son entourage ou des services d’aide
  2. vérifier ses réactions physiologiques pour déceler un érotisme, comme en écoutant frénétiquement de la pornographie homosexuelle pour analyser les réactions du corps humain
  3. faire usage de techniques d’évitement comme une manœuvre pour réduire l’anxiété. Cela peut prendre la forme d’éviter de façon réfléchie des activités sociales, de mettre fin à des relations amoureuses ou de consommation excessive diverse. 

 

Plusieurs différents types d’angoisses peuvent être liées au TOC homo  : «la crainte d’un changement de son orientation sexuelle, la peur d’avoir des désirs pour les personnes du même sexe, l’inquiétude par rapport à leurs désirs hétérosexuels, la croyance que l’homosexualité est immorale, le désir d’éviter le jugement des autres et la honte». On y décrit également «différents sous-types de TOC sur l’orientation sexuelle, dont 

  • le TOC «tout ou rien» – où une idée vaguement homosexuelle surgit dans l’esprit sans aucun homoérotisme antérieur et cette idée est prise comme preuve d’une homosexualité latente ;
  •  le TOC «relationnel» où l’on utilise un échec ou une série d’échecs amoureux comme raison de remettre en question son orientation; 
  • le TOC «expérientiel» où une expérimentation antérieure avec le même sexe est prise comme preuve d’une orientation homosexuelle; 
  • le TOC «auto-dérisoire» où l’individu se répète qu’il est gai, mais l’étiquette fait davantage office d’insulte que de référence à sa sexualité.» (source)

 

Pendant qu’on est dans les définitions j’aimerais aussi te parler de l’homophobie intériorisée : le fait de rejeter sa propre homosexualité ou bisexualité en résultat d’une perception négative des attirances homosexuelles. Celle-ci peut venir d’une homophobie sociale ou familiale, et empêche de se représenter comme lesbienne, gay ou bi. Cela peut se traduire par des sentiments négatifs comme la honte ou la culpabilité, par des tentatives d’ignorer ou de refouler ses attirances, voire même de les changer en se “forçant” à vivre comme une personne hétérosexuelle. Parfois, la frustration et la colère qui en découlent peuvent même être la source d’une agressivité tournée vers soi, ou vers les autres personnes LGBT. (source) C’est possible d’utiliser des concepts homophobes pour se faire du mal sans en souhaiter aux autres, ça n’en demeure pas moins une crainte, un malaise ou perception négative de l’homosexualité.

 

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais personnellement, je crois que le TOC homo et l’homophobie intériorisée ont beaucoup de points en commun : les pensées intrusives, l’image négative de l’homosexualité, la honte, la peur, l’évitement de ses propres sentiments et d’autres personnes LGBTQ+, etc. Puisque ces deux concepts peuvent se ressembler et se chevaucher il faut donc faire très attention de ne pas les confondre.

 

Il y a beaucoup d’idées négatives et fausses qui circulent sur l’homosexualité et la diversité sexuelle et de genre dans la société, et ces idées peuvent nous influencer subconsciemment, sans que l’on ne le réalise. Avant de me pencher spécifiquement sur ton expérience et les solutions possibles, j’aimerais te mettre quelques derniers rappels très importants d’une réponse de mon collègue Guillaume sur les TOC homos :

  • Il est complètement sain d’avoir des questionnements sur son orientation sexuelle.
  • Il n’y a pas d’âge ou de moments précis pour avoir des questionnements, des réflexions ou des idées érotiques au sujet de l’orientation sexuelle.
  • Toutes les orientations sexuelles sont aussi belles les unes que les autres. Aucune orientation sexuelle n’est meilleure ou inférieure à l’autre.
  • Les orientations sexuelles ne sont pas limitées à l’hétérosexualité ou l’homosexualité, mais que les personnes bisexuelles, pansexuelles et asexuelles existent. Il est donc possible que nos désirs et comportements ne s’inscrivent pas dans une case précise.
  • Les orientations sexuelles comprennent plusieurs composantes liées aux attirances physiques et aux attirances romantiques. Il est donc possible d’être romantiquement attiré par un type de personnes et sexuellement attiré vers plusieurs types de personnes.
  • La sexualité est quelque chose de fluide : nos préférences, besoins, intérêts, désirs et libido peuvent varier avec le temps, selon les contextes et selon les rencontres que nous faisons.
  • Ce n’est pas parce que quelqu’un a eu une idée, une attirance, un questionnement ou un fantasme homosexuel que cela nie son hétérosexualité.

 

Ensuite, qu’est-ce que tout ça veut dire pour toi?

 

Alors, dans ton cas, tu as eu un moment il y a un an où tu as ressenti un profond malaise et beaucoup d’angoisse, tu te sentais différente des filles de ton âge car tu avais moins d’expérience avec les garçons que celles-ci. Tu te demandais si ce manque d’expérience était lié à ton orientation sexuelle. Ta détresse a grandement diminué grâce au soutien et à l’accompagnement de tes parents. Plus récemment, les doutes et l’anxiété sont revenus suite au rejet d’un garçon alors que tu as commencé à porter plus d’attention aux corps et poitrines autour de toi.

 

Je tiens à dire que c’est parfaitement sain et normal de regarder les corps des filles et des femmes à l’adolescence et que cette curiosité n’est pas nécessairement un signe d’attirance ou de ton orientation sexuelle. Ne pas avoir beaucoup d’expérience avec les garçons ou se poser des questions sur qui on est et ce que l’on veut sont des expériences vraiment très fréquentes à ton âge, qui ne sont pas non plus des signes possibles de ton attirance pour les filles.

 

Parfois, notre cerveau nous fait du mal, nous insulte ou nous ridiculise. C’est possible qu’il essaye de légitimer, justifier ou amplifier des craintes ou des doutes en mobilisant des discours homophobes par exemple, même si logiquement on n’y croit pas et on n’est pas d’accord avec ceux-ci.

 

Être lesbienne ou bisexuelle n’est pas quelque chose qui se “prouve”, se mesure ou se teste en regardant des seins, ce n’est pas un manque d’expérience sexuelle/romantique avec les garçons ni même de trouver les filles belles. Être lesbienne c’est de vouloir des relations amoureuses et/ou sexuelles avec d’autres filles ou des personnes non-binaires et de se dire lesbienne. Être bisexuelle c’est de vouloir ces relations avec des personnes de différents genres et de se dire bisexuelle. Les deux sont des orientations toutes aussi saines, normales et légitimes que l’hétérosexualité. C’est aussi possible d’être quelque part entre les cases, d’êtres principalement hétéro et parfois attirée par les filles, ou d’être bi et d’avoir une préférence pour les garçons.

 

Et finalement, qu’est-ce que tu pourrais faire concrètement?

 

J’entends que tes doutes et tes questionnements sont incommodants et hors de ton contrôle. J’ai l’impression que le meilleur moyen d’apaiser la souffrance que tu ressens est d’analyser les origines et les significations de ton opinion négative de l’homosexualité afin de développer une vision plus neutre, ou même positive. Peut-être en remplaçant tes pensées négatives par des mots plus gentils ou “S’il n’y a rien de mal à être gaie, alors cela ne te dérangera pas autant de te poser des questions que tu finisses par te dire lesbienne ou non’’. Cette réévaluation ne se fait pas du jour au lendemain, ça prend beaucoup de temps et d’énergie, mais ça en vaut la peine.

 

Il est possible que tu aies véritablement un trouble obsessionnel-compulsif, je n’ai pas une formation poussée en psychologie et je ne serais pas en mesure de te diagnostiquer seulement en lisant ton message. As-tu l’impression d’avoir une obsession irrationnelle et incontrôlable? D’utiliser des stratégies manifestement excessives? Parfois en lisant des listes de symptômes on peut tenter de trouver des liens qui ne sont pas nécessairement présents. Mais je pense tout de même que tu fais bien de vouloir mieux te comprendre et de l’information en ligne. Tant que tu n’utilises pas cela pour invalider des questionnements parfaitement sains et normaux sur ton orientation sexuelle.

 

D’où je te réponds, au Québec, à partir de 14 ans, il est possible de consentir soi-même à des soins médicaux et d’y avoir recours seul·e, sans accompagnement parental. Il serait possible de consulter un·e professionnel·le en santé mentale, comme un·e psychologue, pour un TOC si tu sens que cela est nécessaire. Je ne connais pas les lois spécifiques de la France par contre, il pourrait y avoir certaines différences. 

 

Si tes angoisses occupent trop de place en ce moment, je t’encourage à en parler avec un·e intervenant·e ou une personne de confiance près de toi, comme tes parents ou tes ami·e·s.

Je t’invite enfin à lire ces autres réponses si tu souhaites poursuivre tes réflexions :

Si à un moment ou un autre, tu ne te sens pas bien et tu as besoin de parler à quelqu’un il y a, tu peux téléphoner la ligne d’écoute Ligne d’Azur spécialisée sur tous les sujets liés à la diversité sexuelle et de genre au numéro suivant : +0 810 20 30 40. Tu peux aussi contacter les services de clavardage de  l’Association C’est Comme Ça. Sache que tu peux nous écrire à tout moment si tu as d’autres questions ou si quelque chose n’est pas complètement clair.

 

Bon courage pour la suite Anissa, et prends soin de toi,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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