J’ai peu d’expérience avec les femmes, suis-je gay, ou est-ce que j’ai un TOC homo?


Je me suis posé cette fameuse question « Suis je gay ? »

J’ai 25 ans, et je suis un homme.
Je suis quelqu’un qui n’a pas eu beaucoup de chance en amour. De ce fait je n’ai toujours pas eu de relation sexuelle avec une fille. Je ne couche pas le premier soir, et j’ai vraiment envie de découvrir cela avec une personne que j’aime car pour être honnête j’ai un peu peur, je me dis que je ne sais pas comment la fille va réagir.. (dans l’idée d’être précoce par exemple, d’avoir tellement envie que cela ne dure que quelques micro instant) Je suis extrêmement difficile (je ne parle pas que de physique). J’ai donc une envie assez forte parfois. Je déprime en me posant toute sorte de question et en me dévalorisant du fait, de toute façon je ne sais pas parler au fille, je suis nul, tout mes amis on déjà trouvé etc… je me sens seul, différent ; comme si j’arrivais pas à faire comme les autres, j’essaye pourtant, mais on dis que parfois il faut arrêter de chercher.. je me dis que ça ne m’arrivera jamais, (et je vous rassure j’ai un physique qui plaît) mais j’ai l’impression que je n’ai jamais de chance, comme si ça m’échappais je pense ne plus avoir confiance en moi, je ne sais plus…

Il y a quelques jours je me suis poser la question qui ne fallais pas, « suis je gay ? » et depuis ça n’arrête pas, ça tourne à l’obsession.. et j’ai lu et entendu parler du toc « homo » je me retrouve dans certains témoignage, je commence à me tester, aller au travail est devenu source d’angoisse supplémentaire car je sais que je vais regarder les hommes, et une petite voix, vous savez « ces voix » qui dis « alors il te plais pas lui ? » , en 25 ans, JAMAIS MAIS JAMAIS je n’ai ressenti une attirance pour les hommes, j’ai toujours été attiré par les femmes ! J’ai des phantasmes avec celle ci et tout ce qui sens suis..
Récemment je suis encore tombé très amoureux d’une fille malheureusement cela a mal fini. (Quand je vous dis pas de chance)

Aujourd’hui je ne sais plus, je sais que ce toc rend fou, je me suis posé cette question suite à un ruminage de « j’en ai marre d’être seul blabla » et j’ai l’impression que mon cerveau reste bloqué. Impossible de décider.
Cela m’angoisse tellement, j’ai un idéal de vie, un peu comme tout le monde, j’aimerai avoir des enfants etc, et cela renforce mon angoisse (j’ai rien contre l’homosexualité)
Si c’est ce « toc » j’ai lu qui pouvais rendre cingle, comme si il essayait de ns convaincre. Ce tester en permanence c’est horrible, j’angoisse a l’idée de regarder un homme et j’angoisse encore plus à l’idée que celui ci peu me plaire ! Du coup je ne sais pas. Parfois j’ai l’impression que rien ne m’attire, je sais que cela est liée à ma perte de libido.. mais tous cela est un cercle vicieux. Encore hier en ayant des pensé « érotique » avec une femme, j’ai ressenti de l’excitation etc.. cela rassure je me dis que quelque part je n’ai pas perdu mon hétérosexualité. J’ai essayé d’accepter de me dire (sans y croire vraiment) c’est bon je suis gay etc. Dois je rentrer en acceptation ou est ce le toc ? Et d’ailleurs c’est ce toc qui me fais dire ça ? J’ai l’impression de ressentir de l’attirance pour un homme parfois, mais c’est étonnant, car avant de me poser cette question, jamais je me serai posé des questions sur cet homme, je me test pour tout, parfois je vois une fille qui m’attire, « hop les voix qui me disent « oui mais non t’es gay ça se trouve », et inversement une belle fille « elle te plaît pas elle ? C’est que t’es gay » ça en deviens horrible, j’ai l’impression d’être bloqué.
Comme si je pouvais pas me décider, je tourne en rond, je me convainc que non je suis hétérosexuel, et je vais me reposer une question qui va me remettre le doute..
Jamais je n’ai eu de pensé refoulés, ou de pensée tout court envers un homme avant cette question, je me dis « suis je refoule? » j’ai beau retracer mon passé depuis la primaire… je me souviens être fou amoureux d’une fille de mon école et ce du CE1 au CM2 ensuite s’en était une autre…

Je ne sais plus, si je suis touché par ce toc c’est horrible, on dirais un virus qui cherche à nous faire devenir homosexuel.

Je tiens à préciser que je consomme du cannabis depuis 8 ans maintenant régulièrement (3/4 par jour) je sais que cela n’aide pas. Même sous cela ou avec de l’alcool jamais je n’ai ressenti de l’attirance pour un homme.
Mais aujourd’hui depuis cette question je ne sais plus, ça m’ai déjà arrivé de me poser la question comme ça, je pense en 25 ans mais ça passais. On dirais que là mon cerveau a tout lié.. mon célibat, mon manque de confiance en moi, ma perte d’espoir peut être, a cette question pour justifier potentiellement cela..

J’ai beau être convaincu en écrivant cela, en ce moment même je me pose ma question …
Que faire ?..
Merci de ma lecture! Un peu long.

Bonjour,

 

Merci beaucoup de nous écrire et de te confier sur ce qui t’arrives. Tu es au bon endroit, beaucoup de personnes nous ont écrit concernant la posibilité d’un TOC homo et/ou de questionnements concernant ses attirances ou son orientation. Rapidement, pour te donner une idée, voici quelques unes de nos réponses sur le sujet :

Je vais m’inspirer d’une partie de ces réponses pour te répondre, mais si certaines inquiétudes demeurent suite à ta lecture, sens-toi libre d’aller également consulter ces réponses ou de nous écrire à nouveau 🙂

 

Avant d’aborder des pistes de solutions, je crois qu’il serait important de bien comprendre la situation présente. Il y a quelques informations nécessaires quoique plus théoriques/générales que j’aimerais te partager avant de les appliquer 

 ton contexte en particulier.

 

Premièrement, quelle est la différence entre avoir un TOC homo versus ressentir de la peur, de l’angoisse ou de l’inquiétude à l’idée d’être gay?

 

Comme son nom l’indique, le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) se caractérise par la présence d’obsessions et de compulsions. Les obsessions sont généralement des pensées, des images ou des impulsions de nature intrusive et difficile à repousser. Ces idées importunes et répétitives s’imposent constamment à l’esprit de la personne qui n’arrive pas à s’en libérer. Même si la personne est consciente de la nature irrationnelle de ses craintes, elle devient hantée par ses obsessions, elle se sent incapable de les chasser et vit une souffrance intérieure. 

 

De leur côté, les compulsions sont des gestes/comportements répétitifs ou des stratégies mentales qui visent à chasser les obsessions et à diminuer l’anxiété qui leur sont associées. La personne se sent obligée de répéter ses actions en réponse à ses pensées obsédantes ou pour respecter des règles rigides qu’elle s’impose. Des comportements de nettoyage, de vérification, d’ordre ou de symétrie comptent parmi les compulsions les plus courantes. Certaines compulsions sont essentiellement mentales telles se répéter sans inlassablement des phrases, des prières, certains mots ou calculer des nombres. (source)

 

Un TOC peut avoir comme obsession principale un doute persistant et irrationnel de son orientation sexuelle. Dans la documentation scientifique, on note des manifestations de compulsions mentales liées au TOC homo de différents ordres :

  1. chercher à se faire rassurer constamment sur son hétérosexualité par son entourage ou des services d’aide

  2. vérifier ses réactions physiologiques pour déceler un érotisme, comme en écoutant frénétiquement de la pornographie homosexuelle pour analyser les réactions du corps humain

  3. faire usage de techniques d’évitement comme une manœuvre pour réduire l’anxiété. Cela peut prendre la forme d’éviter de façon réfléchie des activités sociales, de mettre fin à des relations amoureuses ou de consommation excessive diverse. 

 

Plusieurs différents types d’angoisses peuvent être liées au TOC homo  : «la crainte d’un changement de son orientation sexuelle, la peur d’avoir des désirs pour les personnes du même sexe, l’inquiétude par rapport à leurs désirs hétérosexuels, la croyance que l’homosexualité est immorale, le désir d’éviter le jugement des autres et la honte». On y décrit également «différents sous-types de TOC sur l’orientation sexuelle, dont 

  • le TOC «tout ou rien» – où une idée vaguement homosexuelle surgit dans l’esprit sans aucun homoérotisme antérieur et cette idée est prise comme preuve d’une homosexualité latente ;

  •  le TOC «relationnel» où l’on utilise un échec ou une série d’échecs amoureux comme raison de remettre en question son orientation; 

  • le TOC «expérientiel» où une expérimentation antérieure avec le même sexe est prise comme preuve d’une orientation homosexuelle; 

  • le TOC «auto-dérisoire» où l’individu se répète qu’il est gai, mais l’étiquette fait davantage office d’insulte que de référence à sa sexualité.» (source)

 

Un autre concept pertinent sur lequel j’aimerais m’arrêter est l’homophobie intériorisée : le fait de rejeter sa propre homosexualité ou bisexualité en résultat d’une perception négative des attirances homosexuelles. Celle-ci peut venir d’une homophobie sociale ou familiale, et empêche de se représenter comme lesbienne, gay ou bi. Cela peut se traduire par des sentiments négatifs comme la honte ou la culpabilité, par des tentatives d’ignorer ou de refouler ses attirances, voire même de les changer en se “forçant” à vivre comme une personne hétérosexuelle. Parfois, la frustration et la colère qui en découlent peuvent même être la source d’une agressivité tournée vers soi, ou vers les autres personnes LGBT. (source) C’est possible d’utiliser des concepts homophobes pour se faire du mal sans en souhaiter aux autres, ça n’en demeure pas moins une crainte, un malaise ou perception négative de l’homosexualité.

 

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais personnellement, je crois que le TOC homo et l’homophobie intériorisée ont beaucoup de points en commun : les pensées intrusives, l’image négative de l’homosexualité, la honte, la peur, les tests, l’évitement de ses propres sentiments, etc. Puisque ces deux concepts peuvent se ressembler et se chevaucher il faut donc faire très attention de ne pas les confondre.

 

Il y a beaucoup d’idées négatives et fausses qui circulent sur l’homosexualité et la diversité sexuelle et de genre dans la société, et ces idées peuvent nous influencer subconsciemment, sans que l’on ne le réalise. Sur ce, je vais te te mettre quelques rappels extrêmement importants d’une réponse de mon collègue Guillaume sur les TOC homos :

  • Il est complètement sain d’avoir des questionnements sur son orientation sexuelle.

  • Il n’y a pas d’âge ou de moments précis pour avoir des questionnements, des réflexions ou des idées érotiques au sujet de l’orientation sexuelle.

  • Toutes les orientations sexuelles sont aussi belles les unes que les autres. Aucune orientation sexuelle n’est meilleure ou inférieure à l’autre.

  • Les orientations sexuelles ne sont pas limitées à l’hétérosexualité ou l’homosexualité, mais que les personnes bisexuelles, pansexuelles et asexuelles existent. Il est donc possible que nos désirs et comportements ne s’inscrivent pas dans une case précise.

  • Les orientations sexuelles comprennent plusieurs composantes liées aux attirances physiques et aux attirances romantiques. Il est donc possible d’être romantiquement attiré par un type de personnes et sexuellement attiré vers plusieurs types de personnes.

  • La sexualité est quelque chose de fluide : nos préférences, besoins, intérêts, désirs et libido peuvent varier avec le temps, selon les contextes et selon les rencontres que nous faisons.

  • Ce n’est pas parce que quelqu’un a eu une idée, une attirance, un questionnement ou un fantasme homosexuel que cela nie son hétérosexualité.

 

Maintenant, qu’est-ce que tout ça veut dire pour toi?

 

Tu expliques dans ton courriel que tu as beaucoup de difficulté à te faire confiance car tu manques d’expérience avec les filles. Les étapes de rencontrer, de faire connaissance, de séduire et d’avoir des relations sexuelles te font peur car tu as l’impression de ne pas avoir les compétences nécessaires, de ne pas être comme les autres hommes de ton âge. J’en comprends que tu es plutôt sévère avec toi-même. Puisque tu as tendance à te dévaloriser et à entretenir une image négative et faussée de moi-même, il serait logique de croire que ton cerveau mobilise de fausses associations entre homosexualité et honte, perversité et fémininté dans le but de te faire du mal, ou de légitimiser ou d’amplifier d’autres de tes insécurités. Il serait possible que cela se produise sans que tu n’approuves consciemment ces conceptions homophobes.

 

Être gay ou bisexuel n’est pas quelque chose qui se “prouve”, se mesure ou se teste en regardant des hommes, ce n’est pas un manque d’expérience sexuelle/romantique ni même seulement de trouver certains hommes attirants. Le fait d’être stressé, très anxieux ou embarrassé peut évidemment avoir un impact sur sa libido et sa capacité à ressentir de l’excitation et du plaisir. Encore une fois, ceci n’est pas en lien avec l’orientation. Dit simplement, être homosexuel c’est de vouloir des relations amoureuses et/ou sexuelles avec d’autres hommes ou des personnes non-binaires et de se dire gay. Être bisexuel c’est de vouloir ces relations avec des personnes de différents genres et de se dire bi. Les deux sont des orientations toutes aussi saines, normales et légitimes que l’hétérosexualité. C’est aussi possible d’être quelque part entre les cases, d’êtres principalement hétéro et parfois attirée par les gars, ou d’être bi et d’avoir une préférence marquée pour les filles.

 

Et enfin, qu’est-ce que tu pourrais faire concrètement?

 

Tu peux faire de ton mieux 🙂 Mais il y a deux grandes étapes que je peux te proposer.

 

D’un part, je crois qu’analyser les origines et significations de tes impressions négatives de l’homosexualité afin d’en développer une vision plus eutre ou meme positive permettrait d’apaiser grandement la détresse que tu ressens. je t’assure que l’attirance, la proximité, l’intimité, la sensualité et la sexualité avec des hommes peuvent être amusantes et excitantes, qu’il s’agisse d’expériences qui te rejoignent ou non. Concrètement, il pourrait s’agir de reconnaître la présence de tes pensées intrusives puis de les laisser aller ou de les recadrer ou reformuler pour qu’elles soient plus réalistes et bienveillantes. Par exemple, tu pourrais te dire 

  • “même si je trouve cet homme attirant physiquement, cela n’invalide et ne remplace pas mon attirance pour les femmes”

  • “j’essaye de me tester pour comprendre mes attirance, mais cela ne fonctionne pas ainsi, je peux être attiré par les personnes qui m’attire sans que cela ne veuille dire quelque chose de fondamental sur mon identité ou ma valeur”

  • “ces questions sont inconfortable, mais apprendre à mieux se connaître dans la bienveillance et la curiosité ne peut être qu’enrichissant au final”

  • “je ne sais pas quoi dire à cette fille en ce moment, et je n’ai pas à toujours avoir quelque chose à dire, peut-être que je pourrais lui poser une questions ou l’écouter”

C’est quelques exemples, tu peux sans doute penser à d’autres phrases qui t’aideront tout autant sinon plus. Rencontrer des personnes issues des diversités et s’exposer à des films, des séries et des histoires mettant en scène des personnages LGBTQ+ peut aussi contribuer à déstigmatiser les sexualité alternatives. Procéder à cette reformulation philosophique est un exercice qui peut prendre du temps et de l’énergie mais ça en vaut la peine.

 

Et, d’autre part, je crois que tu pourrais également gagner à construire et développer ta confiance en soi. Il n’y a pas de solution miracle, il s’agit surtout de faire des essais, de se mettre au défi, de s’exposer graduellement aux situations anxiogènes, d’être fier de ses réussites et de surmonter ses échecs. Tu es déjà conscient d’avoir un physique qui plait, si tu peux combiner cela à une confiance, tout est possible 🙂

 

Bref, il est peut-être possible que tu aies véritablement un trouble obsessionnel-compulsif, je n’ai pas une formation en psychologie et je ne serais pas en mesure de te diagnostiquer seulement en lisant ton message. As-tu l’impression d’avoir une obsession irrationnelle et incontrôlable? D’utiliser des stratégies manifestement excessives? Parfois en lisant des listes de symptômes on peut tenter de trouver des liens qui ne sont pas nécessairement présents. Mais je pense tout de même que tu fais bien de vouloir comprendre ce que tu ressens et de chercher l’information en ligne. Tant que tu n’utilises pas cela pour invalider des questionnements parfaitement sains et normaux sur ton orientation sexuelle.

 

Si tes angoisses occupent beaucoup de place dans ton esprit et entraînent une grande détresse psychologique, je t’inviterais tout de même à en parler avec un·e professionnel·le en santé mentale. Pouvoir parler de son vécu dans un espace neutre et accueillant et recevoir une écoute attentive, des conseils et un suivi orienté sur ses objectifs peut être très aidant.

J’espère que ma réponse un peu longue arrivera à répondre à ce que tu cherchais. Encore une fois, n’hésite pas à demander des clarifications au besoin.

 

Bon courage,

 

Maxime Gosselin – Iel / They / Them, accords neutres

Agent·e de soutien à

l’intervention – Outreach worker


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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