Je suis constamment en remise en question par rapport à mon orientation sexuelle. Suis-je influencée par le «comphet»?


Bonjour à vous ! 

Je vous avez déjà écris pour vous parlez de mes expériences et que j’avais des doutes sur mon orientation sexuelle.

Je vous contacte ici pour parler de deux choses. 

Déjà pouvez vous me parler des lesbiennes comphets ? Je ne sais pas si je fais partie de cette catégorie de femmes, mais je ne pense pas. J’ai regardé beaucoup de vidéo et j’adore la communauté lesbienne mais je me sens pas à ma place. De me définir lesbienne me gêne car j’ai l’impression de mentir. Mais à ce qu’il parait, c’est très difficile à définir et à savoir si on est comphet.

Mais me voilà coincée dans un autre problème. Je ne pense qu’à mon orientation sexuelle. Dès que je regarde un personnage, une vidéo, une discussion, j’essaye d’établir mon orientation. C’est assez fatiguant même si j’essaye de plus en plus de mettre ça de côté.

Mais qu’est ce que cette remise en question incessante peut dire ? 

En ce moment je parle à un garçon. J’avais voulu arrêter pour voyager dans mes désirs avec les filles et parce que j’avais peur de le retrouver (à ce moment j’avais le bac et je voulais annoncé que je pouvais être attiré par les filles donc beaucoup de stresse (mes parents l’ont très bien pris, ils sont super tolérants)). Mais je m’imaginais tout le temps les retrouvailles avec ce dernier après mon expérience avec une fille donc j’ai repris contacte. Je ne sais pas si c’est bien. J’ai annoncé à tout le monde que j’allais essayé avec une fille, et c’est ce que je veux au fond de moi pour enlever cette interrogation. Mais il y a ce garçon que j’aime bien, et je commence à m’attacher un peu.

Je ne sais pas quoi penser, car même en lui parlant et en souriant devant ces messages je me demande si je suis lesbienne.

J’ai l’impression d’être une fausse bisexuelle si je retourne encore dans une expérience avec un homme. Pour moi j’aurais du aller vers mon crush féminin de cette année mais la relation avec ce garçon me plaît. 

Que pensez vous de tout cela ? Je n’ai encore que 16 ans, mais j’ai beaucoup apprécié la première réponse que vous avez envoyé donc je reprend contacte. (Je m’excuse s’il y a beaucoup de fautes d’orthographe) 

Merci de votre réponse !

 

Rebonjour à toi!

 

Je suis contente de voir que ma première réponse a pu t’aider. Il me fait plaisir de continuer à répondre à tes questionnements!

 

Tu aimerais donc avoir plus d’informations sur les lesbiennes comphets. Tu mentionnes aussi toujours penser à ton orientation sexuelle et trouver cela fatiguant. Finalement, tu as repris contact avec un garçon et as l’impression d’être une fausse bisexuelle, car tu retournerais dans une relation avec un homme au lieu d’explorer des expériences avec des femmes.

 

Premièrement, le terme comphet est un mot anglais qui signifie « compulsory heterosexuality ». En français, on le traduirait pour hétérosexualité compulsive ou contrainte à l’hétérosexualité. C’est un terme qui se rapproche et qui peut être expliqué par l’hétéronormativité. C’est le fait de considérer l’hétérosexualité comme étant la norme, comme étant l’orientation sexuelle par défaut. Ce qui différencie ces deux termes, c’est le fait que la comphet contient le mot compulsive. L’hétérosexualité ne serait donc pas seulement supposée, mais imposée, obligatoire. Le fait d’être comphet est énormément influencé par la société, les médias, même seulement par le fait que, ne pas être hétérosexuel·le, ça signifie devoir faire un coming out plusieurs fois dans notre vie si nous voulons l’affirmer. C’est aussi le fait de ne pas avoir beaucoup de représentation queer dans les films, séries et livres, donc de peut-être même ne pas savoir qu’il y a d’autres options que l’hétérosexualité. Pour aller plus loin, le terme comphet est généralement un terme réservé à la communauté lesbienne, puisqu’il provient du livre Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence d’Adrienne Rich. L’hétérosexualité compulsive est liée à la mysogynie, puisque les femmes seraient depuis longtemps influencées à définir leur identité et leur sexualité au travers de leurs relations avec des hommes. Attention, c’est ici que j’invite à faire preuve de vigilance avec tous les articles et sites webs discutant de la « compulsory heterosexuality ». Je comprends absolument dans un sens que ça peut aider bien des personnes à comprendre pourquoi iels ont si longtemps questionné leur orientation sexuelle, mais dans un autre sens, c’est un terme qui peut être utilisé contre les personnes trans, non-binaires, bisexuelles et pansexuelles. C’est un terme rapportant à une binarité des genres et excluant toute personne non-cisgenre. Adrienne Rich était elle-même connue comme étant transphobe. Ce terme défend aussi le fait que toute personne bisexuelle/pansexuelle/polysexuelle serait en fait gay/lesbienne, n’arrivant pas à ce séparer de l’hétérosexualité qui leur est imposée. 

 

C’est pourquoi je t’invite à faire preuve de bienveillance dans tes questionnements face à une possible bisexualité, surtout en explorant le terme « comphet », car nous savons bel et bien que la bisexualité est une orientation sexuelle qui existe et qui est tout aussi valide que les autres. 🙂 Maintenant, retournant au côté positif de ce terme, celui-ci pourrait t’aider en te questionnant sur quelques points, par exemple, es-tu à l’aise dans des relations avec des hommes? Ressens-tu de l’homophobie intériorisée lorsque tu penses explorer des relations avec des femmes? Sens-tu devoir te forcer pour entrer dans une relation avec un homme? Si jamais tu souhaites avoir plus d’informations et avoir une plus grande liste de questions que tu peux te poser, voici deux articles que tu peux consulter (je t’invite encore à faire preuve de vigilance, même en répondant «oui» à toutes les questions ou presque, cela n’efface pas la possibilité d’être bisexuel·le). 

Pour rappeler mon point selon lequel le comphet invisibilise la bisexualité, ça se voit aussi au travers des ces listes de questions et « tests ». Beaucoup de personnes bisexuelles peuvent s’identifier aux propos écrits, ce qui rapporterait au « comphet lesbian » selon les questionnaires, mais seulement parce que la bisexualité n’est pas prise en compte. Elle n’est pas considérée comme existante. Prenons moi, par exemple, en lisant les affirmations d’une liste sur l’hétérosexualité compulsive, je m’y identifiais beaucoup, mais je suis bel et bien bisexuelle! Si jamais tu souhaites explorer plus loin sur le rejet de la bisexualité par le masterdoc comphet, je t’invite à regarder cette vidéo (en anglais) qui l’explique très bien!

 

Ouf! J’en avais énormément à dire sur ce sujet, j’espère que je ne t’ai pas perdue!

 

Pour ce qui est ensuite de ta constante remise en question, ma meilleure réponse pour voir ressemblerait à cet extrait de réponse de ma collègue: « Il est important d’être bienveillant envers soi-même. Ce sont des questionnements qui peuvent être difficiles et il est normal que cela prenne du temps pour y répondre ou même que ces réponses changent. Aussi, le processus pour trouver les réponses à ces questions peut varier selon chaque personne et donc, cela peut prendre du temps. Il est donc possible d’apprendre à tolérer ces incertitudes afin d’aider à diminuer la détresse vécue quand on se pose toutes ces questions. Ce que je veux dire par tolérer l’incertitude, c’est de se donner le droit de ne pas connaître la réponse à une question et de reconnaître que cela nous fait vivre de l’inconfort sans essayer de deviner ce que cela veut dire ou ce que cela implique pour le futur. Plus facile à dire qu’à faire tu me diras, et tu aurais tout à fait raison, et c’est pourquoi il faut se laisser du temps et y aller petit à petit. »

 

Je pourrais aussi ajouter cet extrait d’une autre réponse« D’ici là, que dirais-tu de go with the flow – te laisser porter par les opportunités qui se présentent à toi, les différentes expériences que tu as envie de vivre, sans trop penser à la boîte dans laquelle ça te place ? Te sens-tu capable de vivre dans l’incertitude un certain temps, de ne pas te catégoriser ? Je sais que c’est angoissant. Souvent, quand on se questionne, on veut des réponses, et on les veut rapidement ! Toutefois, cette période de questionnement est saine, normale, voire essentielle. Elle te permettra de mieux te connaître et de grandir. Oui, c’est super que tu nous aies écrit aujourd’hui !

Sinon, si tu en ressens le besoin, tu peux toujours y aller avec le terme qui te convient le plus en ce moment, que ce soit hétéro, bisexuelle ou lesbienne. Tu auras le droit de changer plus tard ! Est-ce que c’est un plan qui te convient ? »

 

Pour résumer, je sais bien que ce n’est probablement pas la meilleure réponse à t’apporter face à ta remise en question qui te fatigue, mais la meilleure solution est de l’accueillir et de l’accepter. C’est aussi de faire preuve de patience envers toi-même. Le but n’est pas nécessairement de trouver une réponse le plus rapidement possible, mais plutôt de te laisser la chance et la liberté d’explorer!

 

Dans ce que tu mentionnes par rapport à ton intérêt envers un garçon, j’ai l’impression que tu semblais vouloir avoir une relation avec une fille surtout pour montrer à ton entourage que, oui, tu as bel et bien de l’attirance pour les filles. Je tiens à te dire que ce n’est pas parce que tu es en relation avec un garçon, que tu n’as jamais eu une relation amoureuse/sexuelle avec une fille, que tu n’as pas le droit d’être bisexuelle! L’important, c’est que tu reconnaisses toi-même que tu as la capacité d’être attirée par des filles. Tu n’as pas besoin de le prouver à qui que ce soit! Tu n’as pas non plus à aller à l’encontre de tes besoins dans le présent, de ce que tu souhaites réellement faire au niveau relationnel. Tu peux aller vers qui tu veux en ce moment, ne sens pas le besoin de te forcer à faire quelque chose pour prouver ton orientation sexuelle à d’autres personnes ou à toi-même. Je répète, si tu le sais, tu le sais! 🙂

 

Prends le temps de vivre les expériences que tu veux, tu peux explorer à ton propre rythme, sans te laisser influencer par des points de vue ou des regards extérieurs! Écoute-toi, c’est le plus important!

 

J’espère avoir pu t’apporter un peu d’aide. N’hésite pas à nous recontacter si tu as d’autres questions!

 

Émilie (elle/she), pour AlterHéros

 


About Émilie Grandmont

Émilie (elle/she) est une femme bisexuelle et polyamoureuse. Elle possède un baccalauréat en sexologie de l’UQAM. Elle est entrée dans ce programme avec le but d’en apprendre davantage sur la diversité sexuelle et de genre, sur la santé sexuelle et sur l’éducation sexuelle intersectionnelle. Aujourd’hui, elle souhaite venir en aide aux survivant.es d’agressions sexuelles et offrir une écoute inclusive et sécuritaire à toute personne faisant partie de la communauté LGBTQIA2S+. Ses ami.e.s la décriraient comme passionnée des animaux, effrayée par les papillons et difficile à réveiller aux petites heures du matin.

Leave a comment