Je suis bisexuel et non-binaire. Comment faire mon coming-out? Devrais-je consulter?


Bonjour, je venais vers vous pour un conseil…
Je suis bisexuel non binaire je préfère utiliser le terme non-binaire car personne autour de moi ne comprends le terme agender…je ne m’identifie ni en temps que femme ni en temps qu’homme
J’ai déjà fait mon premier coming-out à ma famille en temps que bisexuel mais je ne leur ai pas dit pour ma non-binarité…je suis mégenré tous les jours et ça ne fait qu’aggraver mon mal-être…j’ai essayé de leur donner des signes en ne portant que des vêtements larges et plutôt neutres mais on continue à me dire elle au lieu de they/them ou iel donc j’ai fini par abandonner…je ne sais pas comment le dire à ma famille ni comment le dire à mon entourage d’amis cisgenre straight sachant qu’il y’a des risques qu’on ne m’accepte pas pour l’être que je suis…ni qu’on ne me comprenne
Je n’ai même plus envie de rire, même plus envie de vivre…j’en souffre énormément
Dois-je consulter quelqu’un? Vers qui dois-je me tourner?
Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire.

Sochiranomandarake

Bonjour à toi!

 

Merci beaucoup de prendre le temps de nous écrire. 🙂 Tu fais bien d’avoir fait appel à AlterHéros, il nous arrive souvent de donner des trucs et des conseils à des gens qui veulent faire leur coming out à leur famille. J’entends et je vois la souffrance que tu vis et cela m’attriste. Je comprends le besoin de parler de ton identité et d’être compris.e en tant que tel. C’est important pour tout le monde d’être reconnu.e.s pour qui nous sommes. Je vais donc tenter de te donner les astuces que je connais pour faire un coming out et pour gérer toutes ces émotions!

 

Premièrement, j’imagine que tu le sais, mais juste au cas où : l’identité de genre n’est pas la même chose que l’expression de genre. Concrètement, cela veut dire que les personnes non-binaires (comme les hommes et les femmes cis et trans) peuvent adopter des rôles, des comportements, une apparence et une esthétique plus féminin.e.s, plus plus masculin.e.s ou plus neutre/androgyne selon ses préférences. Tu as évidemment le droit de porter des vêtements plus larges, ce n’est simplement pas un signe ou un indice qui permet d’identifier le genre d’une personne, malheureusement. L’identité de genre est un sentiment personnel et intime, il n’est pas toujours visible en soi (surtout pour nous les personnes non-binaires) et c’est pourquoi il faut l’expliciter, par exemple en nommant les pronoms et les accords qui nous conviennent. On ne peut pas deviner les pronoms d’une personne plus que l’on peut deviner s’iel s’appelle Gabrielle ou Frédérik. J’aime bien dire que « iel » sonne comme le verbe « yell » anglais, ce qui signifie crier ou hurler. Il faut parfois être vocal.e.s pour visibiliser nos identités. 🙂

 

Je peux maintenant te donner quelques conseils si tu souhaites faire un coming out en tant que personne agenre auprès de tes ami.e.s et de ta famille. Sache toutefois que n’est pas obligatoire de faire de coming dans des contextes où tu ne te sens pas confortable ou en sécurité de le faire! Voici un extrait d’une de mes réponses qui résume bien les bases :

 

L’article “Mot de genre sans maux de tête” de l’OTSTCFQ donne aussi des définitions accessibles de concepts comme sexe et genre, identité et expression de genre, cis, trans et non-binaire. Il sera sans doute plus facile d’en parler en étant informé.e et preparé.e. Certaines personnes préfèrent écrire une lettre, un message ou un courriel afin de pouvoir tout expliquer sans se faire interrompre. Il est aussi possible de glisser des ressources utiles au besoin. Il y a aussi des avantages à le faire en personne. Et toi, que préférerais-tu?

 

Tes parents vont sans doute exprimer leurs opinions et leurs émotions. Parfois, cela peut être difficile à écouter, surtout lorsqu’iels ont de la difficulté à communiquer respectueusement ce qu’iels ressentent. Dans la mesure du possible, essaie de les écouter et de donner l’exemple. Tu dis qu’en ce moment tu as l’impression de leur mentir et de faire semblant, tu pourrais le mentionner, peut-être qu’iels appréciaient le fait que tu veux être honnête et te rapprocher d’elleux.

 

Ce qui est aussi important d’expliquer à ses parents est ce que l’on aimerait changer et ce qui ne changera pas. Dans ton cas, tu parles de ton prénom et de ta nouvelle coupe de cheveux, si tu aimerais qu’iels t’achètent des vêtements différents ou qu’iels utilisent d’autres pronoms (il, elle, iel, ille) ou certains termes (leur enfant au lieu de leur fille par exemple), tu pourrais leur préciser aussi! Par contre, ta personnalité, tes intérêts et ta relation avec elleux ne changeront pas. Certains parents ont peur de “perdre” leur enfant, il est bien de leur rappeler que tu es encore toi-même. Il est d’ailleurs possible que tu aies à faire des rappels à l’occasion, même si ton coming out se passe bien. 

 

Je t’ajouter une petite avalanche de liens qui pourraient possiblement t’aider dans tes démarches, selon ce que tu juges utile :

Pamphlets pour proches et parents

Vidéos YouTube explicatives

WikiTrans

Articles de blogue utiles

Réponses sur notre site 

 

J’espère que ces quelques pistes et astuces t’aideront un peu? Ça dépend toujours de la personne à qui tu l’annonces et de la relation que tu as avec elle. Même dans le meilleur contexte et avec beaucoup de préparation, il est tout de même possible que certain.e.s de tes proches aient de la difficulté à comprendre ou à accepter ta non-binarité. Tu peux avoir besoin de leur donner plus d’explications, de les rassurer ou de leur donner du temps pour s’habituer. L’inverse est aussi possible! Il arrive parfois que les gens soient plus ouvert.e.s qu’on ne l’aurait cru au départ. Personnellement, je suis aussi une personne bisexuel.le et non-binaire. Mon coming out d’orientation sexuelle avec ma mère fut un désastre, mais mon coming out d’identité de genre quelques années plus tard s’est super bien passé, même je dois encore la corriger à l’occasion.

 

Se faire mégenrer régulièrement, même si ce n’est pas par mauvaise intention, est franchement désagréable. Je peux comprendre que cela te décourage. Est-ce que tu aimerais rencontrer d’autres personnes trans et non-binaires et partager sur le sujet? Perso, m’impliquer auprès de ma communauté a fait une énorme différence et m’a permis de me sentir compris.e et apprécié.e à ma juste valeur. Si ça t’intéresse, tu pourrais regarder du côté des associations membres de la Fédération trans et intersexe de France ou de l’Association Nationale Transgenre (ANT). Il y a peut-être un groupe LGBTQ+ à ton école ou ton travail? Il existe aussi plusieurs groupes Facebook, Reddit et Discord pour les personnes trans, non-binaires et créatif.ve.s dans le genre.

 

Tu te demandes si tu devrais consulter quelqu’un.e. Si ta détresse prend beaucoup de place et que tu es déprimé très souvent ça pourrait être une bonne idée de commencer un suivi un.e professionnel.le en santé mentale. À toi de voir si c’est une solution qui te ferait du bien. Prendre la décision de consulter un.e thérapeute peut être un magnifique cadeau à s’offrir à soi-même! 

 

En terminant, un dernier truc qui m’aide quand je me sens invalidé.e ou invisible c’est de me rappeler que les personnes agenres, genderqueer, non-binaires, trans ou autrement non-conformes avec les normes de genres ont une histoire riche et ont toujours fait partie de la société d’une façon ou d’une autre. Nos ainé.e.s trans et non-binaires ne sont pas très nombreux.es, mais iels sont plein.e.s de sagesses. Tu as ta place dans le monde toi aussi, je te souhaite de tout cœur de trouver l’acceptation, la reconnaissance et l’amour ce que tu cherches.

 

Merci d’avoir lu ma réponse. 🙂 Sache que tu es toujours læ bienvenue à AlterHéros et que tu peux nous écrire à nouveau au besoin.

 

Bon courage,

 

Maxime, stagiaire pour AlterHéros


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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