J’aimerais explorer mon homosexualité, mais les humiliations de mon passé remontent constamment à la surface…


Bonjour

Merci pour votre réponse.
Ça m’a rassurer de savoir que je suis normal et que je me sens attirer par les mecs pas à cause de mes échecs avec les filles. Je le savais mais tout est encore confus dans ma tête et vous entendre le dire me réconforte.

Tout d’abord, je me sens actuellement avoir été hétéro forcé. Est ce que c possible pour vous ?

Au début de l’adolescence je me sentais bi avec une tendance homo à 60%.
Tout allait bien jusqu’à ce que 2 garçons et une fille que je considéré comme amis me harcèlent moralement au collège.
Cet harcélement est venu progressivement et je me sui retrouver sous leur totale emprise pendant 2 ans en croyant qu’ils étaient mes amis jusqu’au bout car c’est ce qu’ils me disaient tout le temps.

J’ai subit beaucoup d’humiliation (comme le vol de mes vêtements à la douche ou la baisse de mon froc en gym ou mettre des photos gays sur mon casier à la vue de tous etc.) et pour me rabaisser plus, ce trio infernal me balancer des insultes homosexuelles (alors que je n’ai jamais fait de coming out ou fait part de mes attirance publiquement ).
Je me rappelle que la fille m’a balancé souvent que je ne pourrai jamais être avec une fille et je deviendrai homo, comme les mecs en prison.

Ces humiliations répétées ont entraîné chez moi une aversion de l’homosexualité jusqu’à une homophobie avec des personnes (femme ou homme) qui s’identifiaient homo publiquement, car à leur contact ces sentiments d’humiliation revenaient systématiquement .

Pour tenir moralement contre cet harcèlement je me sui alors forcé à être hétérosexuel à 100% en réfoulant profondément mon homosexualité.

Et puis j’ai changé d’école et le harcèlement s’est arrêté pour moi.
Dans cette nouvelle école j’ai joué l’hétérosexuel de service pour ne plus vivre cet enfer passé.

Mais voilà ces humiliations se sont estompé au cours du temps et mon attirance pour les garçons m’est revenu progressivement.
En fait les garçons me font vibrer cérébralement et physiquement. Je ressens un bien être quand je m’imagine avec un gars.
Quant aux filles je n’ai jamais ressenti ça et je suis de plus en plus mal avec mon hétérosexualité.
Je voudrais abandonner définitivement mon hétérosexualité et être exclusivement homosexuel.
Pour moi c’est un changement radical de vie mais voilà quand j’envisage sérieusement à ça mes sentiments d’humiliation passé remontent très vite à la surface. Ça me bloque et me pourrit la vie. Comment m’en débarrasser car je voudrais rencontrer des garçons rapidement, rester hétéro entre en conflit avec moi.

J’ai pas osé en parler dans mon message précédent car c’est très intime de vous parler de mes humiliations passées et je voulais établir une confiance avec vous avec des choses moins intimes et plus bateaux avant de me dévoiler plus.

Ricky

Bonjour Ricky!

Je suis très heureux de lire que ma précédente réponse t’a permis de te sentir en confiance aux côtés d’AlterHéros. Ça me touche beaucoup que tu me partages tes émotions en ce sens et j’espère fortement pouvoir honorer ta confiance de nouveau dans cette réponse.

 

Tu nous partages des morceaux très intimes de ta vie. Merci encore une fois pour ta confiance. Je crois que tu peux être fier de toi. Parler des violences que nous avons vécues dans notre passé peut être difficile, confrontant, mais je souhaite fortement que de mettre en mots tout cela peut être un premier pas vers la guérison et pour marcher avec un peu moins de poids sur les épaules.

 

Si je comprends bien tes questions, tu demandes d’une part s’il est possible d’avoir l’impression d’avoir été forcé à être hétérosexuel. D’autre part, tu nous demandes conseils pour gérer les souvenirs négatifs de l’intimidation et des agressions homophobes que tu as vécues afin de pouvoir être confortable à vivre et explorer ton orientation sexuelle.

 

En premier lieu, ce que tu nommes comme étant l’impression d’avoir été forcé à être hétérosexuel, c’est ce que l’on nomme dans le langage académique la contrainte à l’hétérosexualité. Cette contrainte à l’hétérosexualité découle d’un système social que l’on nomme l’hétéronormativité. Ça veut dire quoi, tous ces gros mots? L’hétéronormativité renvoie à l’idéologie dominante selon laquelle la norme sociale à laquelle tous les individus devraient se conformer est l’hétérosexualité. Il s’agit de cette pensée selon laquelle les rôles sociaux, les genres, les sexes et les sexualités devraient correspondre à un modèle hétérosexuel. Ce système de valeur est souvent inconscient, comme le sont d’autres systèmes d’oppression comme le sexisme ou le racisme. On ne naît pas homophobe par exemple, mais on le devient : en grandissant on vient à adhérer et à intérioriser les idées selon lesquelles l’homosexualité ou la bisexualité sont des orientations inférieures à l’hétérosexualité. Ces idées sont véhiculées par divers moyens, que ce soit pas nos familles ou nos institutions (le mariage, l’adoption, les médias, la façon dont les livres d’école traitent de la sexualité, le traitement social de la diversité sexuelle dans différentes institutions religieuses, etc). Ainsi, inconsciemment, on intériorise l’idée selon laquelle nous devons être hétéro. À chaque souper familial de notre enfance par exemple, il y a probablement eu cette grande tante qui te demandait à chaque fois si tu avais une petite copine, sans jamais ouvrir la porte à la possibilité que tu préfères peut-être avoir un copain. Sans cette ouverture de la part de cette tante et par peur des possibles réactions, il est fort compréhensible que l’on se soit construits de faux personnages pour plaire à notre entourage. Il est donc très compréhensible que tu nommes le fait que tu te sois senti obligé à être hétérosexuel, simplement parce que jamais dans notre enfance ou adolescence nous avons ressenti que c’était tout simplement une possibilité valide et positive de revendiquer une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité. C’est la raison pour laquelle nous décrivons ce phénomène la contrainte à l’hétérosexualité. Or, nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses, comme chez AlterHéros, à revendiquer un changement de discours et de mentalité, à travailler directement avec les jeunes d’ici et d’ailleurs pour rendre visible que l’amour et la sexualité peuvent s’inscrire à l’extérieur de l’hétérosexualité.

 

Cette contrainte à l’hétérosexualité peut entraîner beaucoup d’effets négatifs chez les personnes LGBTQ+, à commencer par le fait de ne pas se sentir valide, de ne pas se sentir vue tel que nous sommes par notre entourage ou même par l’exclusion sociale ou la discrimination vécue pour la seule raison d’être LGBTQ+. Puis, cela peut aussi mener à ce que l’on nomme de l’homophobie intériorisée, soit le fait de ressentir de la honte personnelle envers notre propre orientation sexuelle et de pouvoir avoir des comportements négatifs ou des perceptions péjoratives envers la diversité sexuelle, un peu comme tu décris bien cette impression de ressentir une aversion envers les personnes homosexuelles présentes dans l’espace publique. Est-ce que tout cela fait du sens pour toi en fonction des expériences que tu as vécues? Sache que les différentes expériences de harcèlements que tu as vécus ne sont pas de ta faute. Tu n’es aucunement responsable et ne sera jamais responsable de violence que tu vis en fonction de ton orientation sexuelle. Ces agresseurs et agresseuses n’ont aucune excuse pour avoir agi de la sorte. Je suis profondément navré que tu aies, toi aussi, vécu des formes de violence basée sur ton orientation sexuelle. Il peut peser lourd sur les épaules de vivre avec ce type de souvenirs de harcèlements et de violence. Je t’invite fortement à parler de ces expériences, exactement comme tu le fais avec moi aujourd’hui, avec d’autres personnes de confiance de ton entourage. Cela nous permet de se libérer d’un poids important. Au besoin, il est aussi possible d’aller chercher de l’aide auprès d’un.e professionnel.le de la santé. C’est correct d’aller chercher de l’aide pour nous aider à cicatriser certaines blessures du passé et je suis tellement fier de toi que tu entames ce processus de guérison avec l’équipe d’AlterHéros.

 

Tu affirmes que les garçons te font vibrer, à plusieurs niveaux. Des sensations que tu ne ressens pas auprès des filles. C’est tout à ton honneur d’avoir la capacité de nommer de type de sentiments! Et je te souhaite de continuer à ressentir ces vibrations envers des êtres humains qui te font sentir bien. Tu voudrais pouvoir abandonner la fausse étiquette d’hétérosexuel qui te colle faussement à la peau afin de revendiquer ton homosexualité et de pouvoir rencontrer des garçons. Toutefois, ces sentiments d’humiliation du passé remontent vite à la surface et semblent nuire fortement à ce processus que tu souhaites entreprendre.

 

J’aimerais poursuivre en te partageant une citation d’Alexander Leon, un activiste pour les droits des personnes LGBTQ+. Elle est en anglais, je me permets donc une traduction personnelle si tu es moins familier avec la langue anglaise : Les personnes queer (ou LGBTQ+) ne grandissent pas en étant elles-mêmes, mais nous grandissons en jouant une fausse version de nous-même, en sacrifiant notre authenticité pour minimiser l’humiliation et les préjugés. Notre principale tâche en grandissant en tant qu’adulte  est de déceler quelles parties de nous-mêmes nous appartiennent vraiment et quelles parties avons-nous créer pour nous protéger. 

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En gros, ce que tu m’expliques ici correspond entièrement au vécu d’une très grande majorité de personnes LGBTQ (lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans et queer). Un peu comme Alexander Leon l’a si bien vulgarisé, c’est une grosse tâche que tu as commencé à entamer : celle de déterminer qui tu es, toi, et non pas le masque de l’hétérosexuel de service que tu as construit pour te protéger. C’est une magnifique première étape que tu t’es autorisé (bravo!) en nous écrivant. Je n’ai malheureusement pas de recette miracle à te proposer pour oublier ces harcèlements du passé. D’une certaine façon, c’est un bagage que nous portons toutes et tous, et ce, pendant l’entièreté de notre vie. Mais ce bagage peut nous rendre plus fort.e.s, peut nous faire voir la vie d’une autre façon, peut nous rendre plus sensible et empathiques envers des réalités humaines envers lesquelles nous sommes moins familières. Il est possible que tu aies commencé à dévoiler ton orientation sexuelle à certaines personnes, il est aussi possible qu’AlterHéros soit la première personne envers qui tu en parles. Peu importe, l’important c’est que tu sois autonome dans la façon dont tu souhaites parler de ton orientation sexuelle, que tu puisses choisir les gens de confiance à qui partager cette information intime, que tu puisses déterminer le rythme avec lequel en parler et les différentes façons d’en parler. Ton processus de coming-out, il t’appartient à 100%. Dans mon cas par exemple, il s’est espacé 8 ans entre le moment où j’en ai parlé à mon père et au moment où j’en ai parlé à ma mère. Chacun son rythme, tout simplement, et je suis certain que tu sauras écouter ta petite voix intérieure pour te guider dans ce processus. Est-ce que tu as des ami.e.s de confiance envers qui tu te sentirais confortables d’en discuter? Est-ce qu’il y a des personnes LGBTQ+ autour de toi à qui tu pourrais partager ta situation et écouter leurs histoires de vie? En discuter avec des personnes qui ont vécu des situations similaires à nous peut faciliter le lien de confiance et emmener des discussions très enrichissantes.

 

Comme je disais précédemment, la meilleure façon de mettre de côté les souvenirs liés aux harcèlements est de pouvoir en parler avec des personnes autour de toi. À force d’en parler, cela facilitera la cicatrisation de ces blessures et pourra aussi consolider ta confiance en toi. Concernant ton désir de rencontrer d’autres garçons, est-ce que tu as déjà des garçons en tête dont tu aimerais potentiellement connaître davantage? As-tu réfléchi sur tes différents besoins en termes de relations amoureuses ou intimes? Est-ce que tu as des questions sur comment rencontrer d’autres garçons qui aiment aussi les garçons? Il n’y a pas qu’une seule façon de rencontrer d’autres garçons, mais s’impliquer sur différents projets ou activités, dans différents groupes pour jeunes LGBTQ+ de ta région, sortir en boîtes, rentrer en contact par écrit avec certains garçons, voire même télécharger des applications de rencontre sont tous des moyens valides pouvant nous donner un coup de pouce dans ce processus. Je te propose la lecture de cet article de ma collègue Marie-Édith qui pourra compléter mes propos en ce qui concerne le fait de rencontrer de nouveaux ou nouvelles partenaires intimes.

 

Je t’invite à nous écrire de nouveau si tu en ressens le besoin, si certaines questions surviennent à la suite de la lecture de cette réponse, ou simplement pour me donner de tes nouvelles!

Bonne route, Ricky. Je te souhaite le tout avec toute la douceur dont tu mérites.

Solidairement,

Guillaume pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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