J’ai cette forte envie de dire à mes parents que je suis lesbienne… avez-vous des conseils pour le cacher sans que ce soit insupportable?


Heyy, j’ai déjà écrit ici auparavant et puisque vous m’aviez beaucoup aidé je me permet de réécrire.
Quand je suis auprès de ma mère ou mon père j’ai cette forte envie de lui dire “Maman/Papa je suis lesbienne!” Mais je sais que ça ne ce passerai pas comme dans les films mon père je sais qu’il l’accepterai mais ma mère… Je veux tellement le dire que ça en devient insupportable, l’envie deviens envahissante. Ce n’est vraiment pas agréable de devoir le cacher. Avez vous des conseils pour le cacher sans que ce sois insupportable?

Léa

Salut Léa!

Merci encore une fois pour la confiance que tu portes envers les services d’AlterHéros. Il me fait chaud au coeur de savoir que notre dernière réponse t’a grandement aidée. Nous serons toujours là pour toi! 🙂

Si je comprends bien, tu es lesbienne et aimerais grandement pouvoir partager cette partie de toi à tes parents. Néanmoins, tu crains la réaction de ta mère et c’est pourquoi tu préfères ne pas dévoiler ton orientation sexuelle à celle-ci pour l’instant. Tu nous demandes donc si nous avons des conseils pour pouvoir cacher notre orientation sans que la situation ne devienne insupportable.

J’aimerais d’abord te mettre en confiance à ce sujet et te dire que tu es loin d’être seule dans cette situation. En fait, je me sens même très interpellé par ta question, puisque j’ai moi-même caché mon homosexualité à mes parents pendant de très très très longues années. Bien que nos expériences et vécus soient différents, il demeure que je comprends entièrement cette envie envahissante de dévoiler notre orientation sexuelle à nos parents, tout en se retenant de le faire par crainte des réactions négatives de leur part. Conséquemment, merci de venir vers nous avec cette question! <3

Pour commencer, j’aimerais contextualiser la question du coming out en reprenant les mots de ma collègue Sandie de sa récente réponse à ton égard : «Tu n’es pas obligée de faire ton coming out à ta mère si tu ne le souhaites pas, si tu n’es pas prête ou si tu ne te sens pas en sécurité pour le faire. Dévoiler ou non son orientation sexuelle est un choix personnel: tu es l’unique personne qui peut prendre la décision. Également, il n’y a pas d’âge pour faire son coming out: tu peux choisir de le faire ultérieurement, à tout moment. Il y a de multiples manières de faire son coming out, toutes aussi bonnes les unes que les autres. Tu peux le faire de vive voix (en personne ou par téléphone), par écrit (par courriel, par texto ou avec une lettre), seule ou accompagnée (par un.e ami.e, un.e autre membre de la famille ou une autre personne de confiance), etc. L’important c’est que tu choisisses une façon avec laquelle tu es à l’aise.»

Ceci étant dit, je comprends entièrement dans ta question que tu préfères, à l’heure actuelle, ne pas aborder le sujet de ton orientation sexuelle avec tes parents. Il se peut que ta décision change en cours de route et ce serait vraiment correct. Cela se peut également qu’une «fenêtre d’opportunité» puisse s’ouvrir à toi, lors d’une discussion quelconque, et que tu prennes la décision très spontanée -et courageuse!- de communiquer cette information. Certains coming out sont planifiés… alors que d’autres sont super spontanés! Avec mon père, par exemple, le partage de mon orientation sexuelle s’est fait sans que je ne le planifie vraiment… celui-ci avait ouvert la discussion après avoir découvert que j’étais sorti dans un bar du village gai à Montréal… Alors qu’avec ma mère, celui-ci était planifié et de nombreuses années plus tard, par l’intermédiaire d’une lettre que je lui avais composée. Ce que je veux dire ici, c’est que même si je t’offre différents conseils pour naviguer cette pression associée à cette non-divulgation de ton orientation sexuelle avec tes parents, il est tout à fait possible qu’une porte s’ouvre un de ces quatre et qu’un dialogue soit possible avec tes parents afin que tu puisses -si tu le souhaites et si tu te sens en sécurité- leur dire que tu es lesbienne. Cela demeure, somme tout, ton choix. Et même si on passe à côté d’une «fenêtre d’opportunité», je te promets qu’il y aura constamment d’autres qui s’ouvriront sur ton chemin. 🙂

Maintenant, explorons un peu le sujet de cette pression et envie envahissante associée au partage de ton orientation sexuelle. Je désire surtout te dire qu’il est entièrement normal de ressentir cette pression et envie. Pour certaines personnes, il n’est pas du tout agréable de cacher cette partie de nous qui forme une si grande partie de notre identité. Pour parler de mon expérience personnelle, j’avais constamment l’impression de porter un masque aux côtés de ma famille et d’avoir deux vies complètement distinctes : soit ma vie familiale où tout était calculé pour cacher mon homosexualité et ma vie amicale où j’étais ouvertement gay et où j’explorais tranquillement mes premières expériences amoureuses et sexuelles. Il a été super difficile pour moi de grandir en inventant constamment plein de mensonges ou en évitant avec grâce les questions concernant où j’étais ce samedi soir, quelles activités j’ai réalisées lorsque j’étais à Montréal, si j’avais une p’tite blonde, etc. D’autre part, en cachant cette partie de moi, j’ai aussi pu respecté mon propre rythme auprès de ma famille et d’attendre suffisamment longtemps avant d’ouvrir un dialogue. Attendre était également ma façon de construire ma propre personnalité, de nourrir mon propre amour envers moi-même et de faire grandir ma propre confiance en moi. Mon cercle d’ami.e.s a été d’une aide exceptionnelle dans ce processus! Et c’est avec celleux-ci que je partais marcher régulièrement dans le village gai à Montréal simplement pour voir d’autres personnes LGBT heureuses et souriantes. Ça me faisait tellement du bien! En d’autres mots, attendre m’a permis de regrouper tous les outils nécessaires avant de pouvoir dévoiler mon homosexualité à mes proches et de pouvoir répondre à leurs différentes questions. Attendre m’a aussi permis d’avoir l’autonomie nécessaire de ne pas dépendre d’elleux et, plus largement, de ne pas vivre d’impacts négatifs si les choses tournaient au vinaigre dans ma maison. Par exemple, je vivais déjà en appartement pour les études lorsque ma mère a été mise au courant de mon homosexualité. Lorsqu’on apprend à notre famille notre orientation sexuelle et qu’on est physiquement plus loin de nos parents, cela leur laisse automatiquement un plus grand espace mental et davantage de temps pour réfléchir à cette nouvelle information et de revenir à toi avec les idées un peu plus claires, une plus grande empathie et, surtout, avec moins d’émotions.

Conséquemment, quelles astuces te proposer? En fait, je t’invite à prendre soin de toi, d’abord et avant tout. Entoure-toi d’ami.e.s qui te soutiennent et qui valident ton orientation sexuelle avec qui tu peux être ouvertement lesbienne. Ces personnes peuvent t’offrir leurs oreilles dans les moments où tu as besoin de ventiler concernant tes parents et t’accompagner dans ces diverses situations. Un.e adulte de confiance de ton école ou entourage peut également jouer ce rôle! Il est aussi possible de t’impliquer dans un organisme LGBTQ+ ou même de créer un comité par et pour les jeunes LGBTQ+ à ton école? Diverses communautés virtuelles peuvent également être vraiment trippantes pour rencontrer d’autres jeunes issu.e.s de la diversité sexuelle et de genre, notamment les groupes virtuels offerts par l’organisme Projet 10 ou même participer aux différentes activités du groupe Le Néo, basé dans Lanaudière, qui organise régulièrement des évènements ou groupes de discussion pour les jeunes ado de la diversité sexuelle et de genre. Et dans tout ce processus, souviens-toi que ton orientation sexuelle t’appartient à toi d’abord et avant tout. Nos parents ne sont pas obligé.e.s de tout savoir si notre vie personnelle et intime et c’est entièrement correct de vouloir conserver des informations pour nous. C’est aussi entièrement correct de vivre activement la beauté et l’euphorie de notre orientation sexuelle à l’extérieur de notre bulle familiale. Et dans les moments où ça devient trop envahissant, où on culpabilise de mentir à nos parents, on peut se rappeler que tu n’es pas entièrement responsable de cette situation. D’abord, parce que ton orientation sexuelle n’est pas un choix, mais surtout parce que tes craintes entourant la réaction de ta mère sont valides et fondées sur des anciennes discussions que tu as eues à ses côtés au sujet de la pansexualité. Tu n’es donc pas directement responsable de garder cela secret pour l’instant, ce n’est pas de ta faute si tes parents ne sont pas au courant que tu es lesbienne, car c’est d’abord et avant tout à cause du climat à ta maison qui est plutôt hostile sur les sujets entourant la diversité sexuelle et de genre que tu prends la décision raisonnée et critique de ne pas ouvrir le sujet de ton homosexualité – à l’heure actuelle – avec tes parents. Tu n’es pas seule. On est nombreux.ses à AlterHéros à avoir vécu ce genre de situation. À tout moment, n’hésite pas à nous écrire si tu as envie d’en jaser davantage. Si jamais tu ressens le besoin de parler rapidement à un.e intervenant.e, de vive voix ou par texto, tu peux contacter Interligne au 1-888-505-1010 ou par leur site web si tu souhaites utiliser leur plateforme de clavardage: https://interligne.co/ Les services d’Interligne sont gratuits, disponibles 24/7 et totalement confidentiels.

Je te laisse également cette ancienne réponse qui comporte plusieurs références intéressantes et plusieurs hyperliens vers d’autres réponses sur notre site qui abordent les coming out dans une famille pas toujours bienveillante sur les sujets LGBTQ+ : Mes parents ne veulent pas comprendre que je suis gay. Que faire?  

Je t’envoie tout mon amour et mon courage! Je comprends qu’il n’y a pas de réponses faciles à t’offrir dans ce type de situation. Mais je veux te garantir que peu importe tes futures décisions, je sais qu’il s’agit des décisions qui feront le plus de sens pour toi, ici et maintenant, dans ce que tu vis dans ta famille. Et qu’AlterHéros sera toujours là pour t’accompagner là-dedans!

Tu peux nous écrire quand tu le veux.

Solidairement & chaleureusement,

Guillaume (il/he), pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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