J’ai beaucoup de questions entourant la transparentalité, l’hormonothérapie et la fertilité.


Bonsoir,

Je suis assigné fille à la naissance, mais je ne me retrouve pas ce genre.
Je suis en cours de changement de prénom à l’état civil pour un prénom dit masculin.
Je rejette de plus en plus le fait que l’on me genre au féminin, je n’utilise plus l’écriture inclusive pour moi.
Je ne me sens pas fille, je jalouse le corps des garçons (depuis petit).
Je suis diagnostiqué comme ayant une dysphorie de genre.
Je ne supporte pas ma poitrine et donc j’ai besoin d’une mammectomie.
Je ne supporte aucune de mes formes féminines (hormis mon appareil reproducteur).
J’aimerais me lancer, et prendre des hormones pour être le garçon que je suis ou que je crois être…
J’aimerais me raser le visage, être sans forme féminines (ex : hanches), pouvoir me balader torse-nu : en soit être un garçon.
Physiquement garçon mais psychologiquement avoir des caractéristiques féminines. Je ne veux pas être un homme viril, plein d’assurance, voire « macho ». Je veux être rester moi-même ; sensible, bienveillant, féministe, attentionné, etc.

Cependant, j’ai beaucoup de craintes ; je suis perdu entre mes envies/besoins et mes peurs.
– Suis-je non-binaire ou un homme trans ?
– Est-ce que je veux me percevoir que je suis non-binaire/androgyne afin de ne pas m’attaquer à mes peurs vis à vis de la testostérone ?
Je sais que l’on peut être un homme trans sans prendre de testostérone, mais je veux un corps d’homme.
– Si je décide de prendre de la testostérone, est-ce que je pourrais avoir et porter des enfants (j’ai un réel désir d’enfants) ?
– Comment je souhaiterais me faire appeler par mes possibles enfants : papa, un mix de papa/maman ? J’aimerais avoir la place stéréotypée de la maman, mais je ne me sens pas femme.

Mes plus grosses craintes vis à vis des hormones sont la fertilité, je sais que l’on peut congeler nos ovocytes mais je crois que l’on ne peut pas les réutiliser ?!

Toutes ces questions m’oppressent et me donnent des IDS, car ils sont lourds à porter, tous ces questionnements.

Je vous remercie de m’avoir lu.

Merlin

Bonjour Merlin!

 

Merci de nous avoir écrit pour nous poser tes questions. Ça va me faire plaisir de démêler avec toi tout ce que tu vis en ce moment. Je comprends à quel point on peut se sentir petit devant toutes les implications qui viennent avec des démarches de transition. 

 

Si je comprends bien, tu te questionnes à la fois sur ton identité de genre et sur le fait de commencer une transition médicale, particulièrement la prise d’hormones. Tu vis des hésitations et des craintes, et cela te cause beaucoup de détresse. C’est bien ça?

 

Allons-y une chose à la fois si tu veux bien. Je crois qu’en démêlant chacune de tes craintes séparément, on pourra mieux aller au fond des choses. 

 

La première question que tu te poses, c’est de savoir si tu es un homme trans ou une personne non-binaire. Je crois qu’il y a plusieurs sous-thèmes à aborder pour répondre à cette question. 

 

D’abord, c’est important de mentionner qu’il est possible d’être un homme trans ET une personne non-binaire. Je suis moi-même un homme trans non-binaire! Pour moi, ça veut dire que je me sens en même temps un homme et autre chose. D’autres personnes vont utiliser cette formulation pour signifier qu’elles se sentent très près du genre homme, mais pas tout à fait exactement dessus, ou encore parce qu’elles se sentent homme la majorité du temps, mais pas tout le temps. Il y a donc plein de façons de s’identifier à la fois comme un homme trans et une personne non-binaire! Voici un article que j’aime beaucoup sur les genres (partiellement) masculins ou féminins

 

Ceci dit, comment on sait au final si on a trouvé notre “bonne identité de genre”? C’est la question à laquelle répond Maxime dans cette excellente réponse: “pour ce qui est de trouver La Bonne Identité, je dirais que pour certain.e.s il y a un évènement précis de déclic, un moment de “ah ok!”, mais pas pour toustes. Pour d’autres, il peut s’agir d’un cheminement plus long ou complexe qui passe par plus d’étapes et qui n’est pas nécessairement linéaire. D’autres personnes revendiquent également le fait d’être en questionnement comme le principal facteur identitaire concernant leur genre! Ce que je veux dire par là, c’est qu’il est possible de trouver une identité qui fonctionne puis de réaliser plus tard qu’elle nous convient plus ou moins, ou encore d’être à mi-chemin entre deux identités ou plus, ou encore que notre identité change selon le contexte. C’est aussi très possible de ne jamais trouver de mot qui nous décrit parfaitement dans toutes nos nuances et nos complexités. J’espère ne pas trop te décourager en disant cela! Être en questionnement n’est pas toujours quelque chose de triste ou d’effrayant, ne pas se limiter ou se réduire à une case peut également être quelque chose de libérateur et de radical.” Je te conseille de lire cette réponse au complet ici, car elle comporte beaucoup d’éléments qui pourraient t’aider dans ton exploration!

 

Comme tu nous poses cette question dans un contexte où tu t’interroges beaucoup sur les possibilités de transition médicale, j’aimerais te dire que tu n’as pas besoin de connaître exactement ton identité de genre avant d’entamer une transition. Les questionnements et les démarches de transition ne sont pas un processus linéaire. Comme je l’écrivais dans une réponse précédente “Il y a un mythe qui persiste encore, selon lequel l’exploration doit précéder la transition, c’est-à-dire qu’il faudrait être sûr de son genre et du parcours de transition que l’on veut avant d’amorcer des changements. C’est complètement faux et même risible, selon moi. 

La transition peut être un terrain d’exploration incroyable et cela implique d’essayer des choses en acceptant qu’il est possible que l’on change d’idée! C’est valable pour la transition sociale, par exemple lorsqu’on essaye différents prénoms pour trouver celui qui nous convient le mieux, tout comme pour la transition médicale. La perception que j’ai de mon genre est très loin de celle que j’avais quand j’ai fait mon coming-out comme personne non-binaire et je ne crois pas que j’aurais pu explorer mon identité de cette façon sans entreprendre de démarche de transition sociale et médicale.” Le fait de désirer les effets entraînés par une prise d’hormones ou une chirurgie sont des raisons suffisantes pour commencer ces démarches, peu importe si tu es fixé ou non sur ton identité de genre! Et quand la dysphorie s’atténue grâce à ces changements, ça nous laisse plus de place pour réfléchir à notre identité!

 

Cela rejoint également ta deuxième question, où tu te demandes si tu te questionnes sur ton identité possiblement non-binaire par crainte de prendre de la testostérone. Je pense qu’une bonne façon de répondre à cette question est de détacher la démarche de transition de ton identité de genre. Tu dis que tu sais qu’un homme trans peut ne pas prendre de testostérone, mais que tu veux avoir un corps plus masculin. Eh bien les personnes non-binaires peuvent aussi prendre de la testostérone pour avoir un corps plus masculin! Alors au final, que tu sois une personne non-binaire, un homme trans, ou bien les deux, tu peux prendre de la testostérone si ça te permet de te sentir bien avec ton corps. 

 

Donc on arrive maintenant à la troisième question que tu te poses: peut-on avoir et porter des enfants après avoir pris de la testostérone? Dans la majorité des cas, la réponse est oui! En cessant la testostérone, la majorité des personnes voient leur cycle menstruel et leur fertilité revenir en l’espace de plusieurs mois. La clé du succès repose dans le fait que les ovocytes d’une personne sont déjà toutes créées dès sa naissance, contrairement aux personnes qui produisent du sperme, pour qui l’estrogène pose des risques importants d’infertilité, car le sperme est produit au fur et à mesure de la vie d’une personne. Donc, tu ne peux pas perdre tes ovules en prenant de la testostérone. Il y a une petite possibilité que ton corps ait davantage de difficulté à faire maturer les ovocytes, mais il est alors possible de faire des démarches en fertilité, comme les femmes cis qui vivent les mêmes problèmes. 

 

Comme pour tout dans la vie, il n’y a pas de garantie, donc si c’est quelque chose qui est essentiel pour toi, le prélèvement et la congélation d’ovocytes faites avant le début de la prise d’hormones peut également être une démarches qui permettra de maximiser tes chances de pouvoir concevoir et porter un bébé. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu veux dire par “je sais que l’on peut congeler nos ovocytes mais je crois que l’on ne peut pas les réutiliser”. Lorsqu’un processus de prélèvement des ovocytes est enclenché, la personne doit faire des injections pour entraîner en même temps la maturation d’un plus grand nombre d’ovocytes. Celles-ci sont ensuite prélevées et congelées. Lorsque la personne est prête à entamer des démarches de conception, les ovocytes seront fertilisés in vitro (en laboratoire) avec le sperme d’un.e doneur.ice ou d’un.e partenaire, et finalement les embryons créés sont implantés dans l’utérus de la personne d’où provient les ovocytes, ou encore chez une personne porteuse. Auparavant, il était plus difficile de préserver des ovocytes que des embryons, alors la fécondation in vitro se faisait avant la congélation. La science a évolué depuis et il est donc maintenant possible de congeler seulement les ovocytes et de créer les embryons plusieurs années plus tard!

 

Depuis plusieurs années, il y a de plus en plus d’hommes trans et de personnes non-binaires qui décident de prendre une pause de testostérone pour essayer de tomber enceint.e.s et fonder une famille. J’en suis plusieurs sur les réseaux sociaux, dont @dannythetransdad et @transwithchild sur Instragram, parce que j’envisage moi aussi de porter un enfant éventuellement. Si tu es sur Facebook, je recommande le profil Mx Seahorse, qui met à jour une liste de groupes destinés aux parents et futurs parents LGBTQ+, donc plusieurs groupes spécifiques à la grossesse en tant que personne trans. La majorité des groupes sont en anglais, mais l’option traduction de Facebook peut être utilisée pour comprendre ce qui s’y dit!

 

Concernant ta question sur le titre parental à utiliser, c’est encore une fois un choix personnel! Papa, maman, baba, dada, mapa, pamou, zapa: il y a une infinité de possibilités.

 

Pour ma part, je pense utiliser le titre “maman” avec mon hypothétique futur enfant, même si je ne suis pas une femme. Plus précisément, je pense utiliser le titre officiel de “parent” avec le monde extérieur, par exemple “Je suis le parent de Sacha”, mais me faire appeler maman par mon enfant. Il y a tout plein de possibilités, et dans tous les cas, ça dépendra aussi de ton enfant! Peut-être trouverez-vous ensemble un surnom mignon à utiliser pour te désigner 🙂

 

J’espère que toutes ces informations t’aident à te faire une tête sur le sujet. Si tu ne l’as pas déjà consultée, je te suggère fortement la brochure Hormones et parcours trans, qui pourra t’aider davantage à comprendre les effets de la testostérone et ainsi à faire un choix éclairé.

 

Si tu as d’autres questions, n’hésite surtout pas à nous recontacter, on est là pour ça!

 

Je t’envoie tout plein de courage,


Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.