Comment savoir quand on a trouvé notre “bonne” identité de genre?


Bonjour, je me représente au cas où. Ace Guy, un jeune lyonnais de 23 ans et j’ai adoré votre réponse! Elle m’a fait beaucoup réflechir et me poser de nouvelles questions, surtout sur l’expression et l’identité du genre.

Pour le premier; je réflechis à comment l’exprimer ou même la découvrir avec des rencontres, j’ai réflechis à plusieurs pistes de sorties pendant les vacances (Recherches d’endroits LGBT+ friendly ou magasins unisexes) mais mes recherches n’ont pas été fructueuses… Comment avez-vous trouvé un endroit qui vous permets de vous exprimer librement et d’explorer votre identité? Où est-ce un concept bien trop idéaliste et être bien entouré est la seule solution viable?

Pour le second, j’espère ne pas poser une question trop intime mais comment savoir quand on a trouvé notre “bonne” identité de genre? C’est une question qui me fait beaucoup réflechir car je reste dans la reflexion si je veut juste explorer, juste m’offrir un air plus feminin ou si je serait vraiment autre chose comme agenre ou genderfluid. J’espère que ça fait pas trop doublon mais pour résumer, qu’est-ce qu’il vous fait dire “Oui, je m’identifie comme ça!” plutôt qu’un autre? Car je trouve que c’est une question bien plus complexe qu’au premier abord.

j’espère que ses questions seront aussi interessantes que mes premieres! Et encore une fois, bonne continuation à toute l’équipe!!

Rebonjour,

 

C’est encore moi, Maxime. 🙂 Je suis bien content.e de lire que ma réponse t’ait apporté une nouvelle perspective et de nouvelles pistes de questionnement. C’est amusant et utile de réfléchir selon moi! Tes questions d’aujourd’hui sont tout aussi intéressantes et pertinentes que les premières, merci de nous les partager!

 

Donc en termes d’endroits LGBTQIA+ friendly ou safe pour découvrir/explorer ton identité et/ou faire des rencontres. En dehors de l’intimité de sa chambre et des logis de gens de confiance, il y a beaucoup d’endroits possibles, cela dépend de ton niveau de confort, de tes goûts et de ce qui existe près de chez toi. Cela pourrait être un parc, une bibliothèque, un sex-shop, le local de ton association étudiante, un groupe de donjons et dragons, etc. Cela diffère énormément d’une personne à l’autre.

 

J’imagine que tu as déjà dû en trouver par tes recherches et j’espère ne pas en répéter, mais à Lyon je vois qu’il y a le Centre LGBTI+ de Lyon et L’association Chrysalide. De mon expérience, les groupes et associations LGBTQIA+ sont des endroits pour s’exprimer comme on le désire et rencontrer des personnes qui vivent des situations et des émotions semblables aux nôtres. Hétéroclite dresse aussi une liste de divers endroits LGBT+ (bars, resto, clubs, boutiques, etc.) ainsi que de divers évènements et activités. La marche de la Fierté en est un bon exemple, mais ce n’est évidemment pas le seul. Si certains sont proches de chez toi et que tu te sens à l’aise d’y aller (peut-être avec des ami.e.s pour la première fois), cela pourrait être une expérience fort enrichissante. Les bars et les clubs peuvent permettre d’expérimenter avec les codes sociaux, son apparence, ses mouvements et son genre d’une façon différente des cafés et des bibliothèques disons.

 

Les espaces en ligne aussi sont super importants, surtout avec les mesures de santé publique. Les groupes Facebook, les chaînes Discord, les communautés Reddit, les évènements sur Zoom, les forums de discussion, Instagram, Twitter, Tumblr, etc. Il y a mille et une façons de connecter avec des gens sympathiques et de présenter au reste du monde les différentes facettes qui constituent notre identité. Beaucoup de personnes LGBTQIA+ n’ont pas l’opportunité de rencontrer leurs pair.e.s en personne et se tournent donc vers des communautés sur les internets.

 

Une autre façon d’explorer qui l’on est que j’affectionne beaucoup passe par l’imagination, l’art et la mise en scène. Que ce soit par la création ou l’appréciation, il est possible de réfléchir et de pratiquer son genre par les poèmes, le dessin, les livres, les zines, la fanfiction, les blogues, les pièces de théâtre, les films, la photographie, la musique, le chant, la danse, les jeux vidéo et les jeux de rôle, le maquillage, les bijoux, les vêtements, ou encore le matériel érotique/pornographique. Les possibilités sont multiples, et il ne s’agit aucunement d’une liste exhaustive!

 

C’est important de trouver des stratégies qui te correspondent et où tu te sens en sécurité. La pandémie est définitivement un facteur qui joue un rôle dans ce qui est disponible/accessible ou non. Mais je pense en effet comme toi qu’il n’y pas vraiment de solution magique ou parfaite en tout point. Même dans un espace supposément sécuritaire ou friendly, il est toujours possible de faire ou de subir des micro-agressions, des erreurs, des malaises, de l’exclusion ou de la mécompréhension. Malgré cela, je crois que vivre l’expérience de faire partie d’un groupe, de se sentir à sa place et d’échanger sur des sujets qui nous touchent est généralement une bonne chose pour apprendre à mieux se connaître, et pour améliorer son estime de soi et sa santé mentale. La découverte de soi est à la fois un projet intime et personnel et un processus social et collectif.

 

En deuxième temps, pour ce qui est de trouver La Bonne Identité, je dirais que pour certain.e.s il y a un évènement précis de déclic, un moment de “ah ok!”, mais pas pour toustes. Pour d’autres, il peut s’agir d’un cheminement plus long ou complexe qui passe par plus d’étapes et qui n’est pas nécessairement linéaire. D’autres personnes revendiquent également le fait d’être en questionnement comme le principal facteur identitaire concernant leur genre! Ce que je veux dire par là, c’est qu’il est possible de trouver une identité qui fonctionne puis de réaliser plus tard qu’elle nous convient plus ou moins, ou encore d’être à mi-chemin entre deux identités ou plus, ou encore que notre identité change selon le contexte. C’est aussi très possible de ne jamais trouver de mot qui nous décrit parfaitement dans toutes nos nuances et nos complexités. J’espère ne pas trop te décourager en disant cela! Être en questionnement n’est pas toujours quelque chose de triste ou d’effrayant, ne pas se limiter ou se réduire à une case peut également être quelque chose de libérateur et de radical.

 

Il est tout à fait possible d’explorer son côté plus féminin peu importe son identité de genre, au niveau de l’apparence mais aussi des pronoms, prénoms, rôles sociaux, etc. L’identité et l’expression de genre sont deux concepts séparés, mais l’exploration de l’un peut très bien se faire de façon concomitante à l’autre. Dans nos sociétés, la déviance aux strictes normes de genre est souvent jugée plus sévèrement pour les gens assigné.e.s garçons à la naissance. Mais cela ne veut pas dire que tu devrais te conformer à des règles de genre inutiles et encombrantes pour autant!

 

Il y a certaines identités qui se ressemblent, qui ont plus de points en commun que de différences et qui au final représentent des expériences qui ne sont pas si différentes. Alors pourquoi choisir un mot ou un autre? C’est un peu une question de préférence. Pourquoi préférer le thé ou le café, l’orange ou le violet, la musique punk ou populaire, plusieurs options ou aucune? Il serait difficile de décrire avec précision le processus psychosomatique, c’est juste ainsi, et ça peut changer parfois. Par contre, il peut être difficile de dire si on aime ou on n’aime pas quelque chose si on n’en a jamais entendu parlé, on ne l’a jamais essayé ou si c’est inconnu de tout le monde de notre entourage.

 

Dans mon cas, je dirais que de rencontrer des personnes non-binaires qui étaient un peu comme moi et/ou que j’admirais a fortement contribué à mon processus d’identification. Le fait de parler à des gens, de lire des témoignages et d’écouter des vidéos m’a amené à la réalisation que j’avais le droit d’essayer sans être complètement sûr.e. C’est ce que j’ai fait, et avec le temps les sentiments que j’avais déjà se sont juste mis en place de façon plus concrète et solide. Aujourd’hui, je me sens en harmonie entre mon monde intérieur et extérieur, je suis beaucoup plus en paix que je ne l’étais disons. Ce n’est pas les seuls éléments qui ont joué, évidemment, la non-binarité n’est pas contagieuse, mais être exposé.e à des modèles et des récits diversifiés qui rejoignaient mes expériences m’a permis de comprendre certaines choses à propos de moi-même.

 

Mon partenaire est dans une situation similaire à la tienne, à ne pas trop savoir la différence entre l’exploration d’un côté féminin versus une identité agenre ou non-binaire. Il me dit que la réponse est probablement quelque part entre les deux. Ses conseils sont de chercher quelque chose qui résonne en toi, peut-être en commençant par questionner où tu aimerais te situer sur le continuum de la féminité, jusqu’à quel point tu aimerais incorporer ta féminité dans ta vie de tous les jours et de quelle façon. Éventuellement tu risques d’apprendre à mieux te connaître.

 

Il s’agit définitivement d’une question complexe avec plusieurs facettes, et je crois pas que tu trouveras toutes les réponses en me lisant (même si j’espère que cela est un peu aidant). Je t’encourage à continuer de lire, d’écouter, et de réfléchir. 

 

Bonne continuation à toi aussi 🙂

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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