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21 février 2024

Don't Ask, Don't Tell, Don't Persue

TW : meurtre, menaces de mort, insultes

 

Le but premier d’un militaire est de servir son pays et le protéger contre les menaces extérieures. Le fait qu’une personne soit gaie fait-elle de celle-ci un.e moins bon.ne combattant.e? Saviez-vous qu’encore aujourd’hui, certains pays ne traitent pas tou.tes leurs soldat.es sur un pied d’égalité. Au Canada, il a fallu attendre 1992 pour que les autorités politiques décident d’imposer à l’armée un code de procédures plus respectueux à l’égard des gais et lesbiennes. Aux États-Unis, la question n’est toujours pas réglée (en 2004).

Équipe -Pose ta question!-

Le but premier d’un militaire est de servir son pays et le protéger contre les menaces extérieures. Le fait qu’une personne soit gaie fait-elle de celle-ci un.e moins bon.ne combattant.e? Vous allez me répondre que non, mais pendant bien longtemps et même encore aujourd’hui, certains pays ne traitent pas tou.tes leurs soldat.es sur un pied d’égalité. Au Canada, il a fallu attendre 1992 pour que les autorités politiques décident d’imposer à l’armée un code de procédures plus respectueux à l’égard des gais et lesbiennes. Aux Etats-Unis, la question n’est toujours pas réglée.

Historiquement, l’Armée américaine n’excluait pas officiellement les hommes gais de leurs rangs, même si la sodomie était considéré comme un crime, aussi loin que durant la Révolution américaine au 18e siècle. Des purges étaient effectuées périodiquement dans les unités militaires contre les personnes qu’on soupçonnait d’actes homosexuels. C’est en préparation à la Deuxième Guerre mondiale qu’on a commencé à mêler psychiatrie et homosexualité. Plutôt que de s’attaquer aux actes homosexuels en tant que tel, l’Armée tenta d’exclure les hommes gais grâce à des rapports médicaux défavorables. On leur permettait d’aller combattre, mais seulement en cas de manque de personnel disponible. Dans les années 50 et 60, avouer publiquement son homosexualité signifiait une exclusion automatique du service militaire. Les années 70 furent une période de revendications pour les droits des gais et lesbiennes. L’Armée fut touchée par ce courant : ça a eut pour effet un certain temps de détendre la politique appliquée envers les gais et lesbiennes. Mais, en 1981, le Département de la Défense formula une nouvelle politique affirmant que l’homosexualité était incompatible avec le service militaire. Selon un rapport de 1992 du Government Accounting Office, environ 17 000 hommes et femmes furent rétrogradé.es pour cause d’homosexualité dans les années 80. À la fin des années 80, plusieurs militaires gai.es décidèrent d’annoncer publiquement leur orientation sexuelle et défier en cour leur rétrogradation. En 1992, Le Congrès américain voulut légiférer pour invalider la politique d’exclusion. L’opinion publique était favorable à une plus grande ouverture face aux gais et lesbiennes dans l’Armée. Plusieurs organisations au niveau national condamnèrent publiquement la politique discriminatoire de l’Armée.

Avec l’arrivée de Bill Clinton à la Maison Blanche, tous les espoirs étaient permis pour les gais et lesbiennes servant dans l’Armée. Peu après son assermentation, le nouveau président demanda au secrétaire à la Défense de définir une nouvelle politique pour mettre fin à la discrimination basée sur l’orientation sexuelle lors du recrutement militaire. En attendant l’application de cette politique, le président se réservait une période de temps pour évaluer plus précisément les problèmes pouvant survenir avec l’application de cette nouvelle politique. Sa proposition fut toutefois mal accueillie par le Chef d’État Major, les membres du Congrès, l’opposition républicaine et une partie considérable de l’opinion publique américaine. Tous s’opposèrent au projet de Bill Clinton. Après de nombreux débats publics et audiences devant le Congrès, le président et le sénateur Sam Nunn, en charge du Senate Armed Services Committee, en vinrent à un compromis par une loi appelée « Policy Concerning Homosexuality in the Armed Forces » qui sera la base de la politique du « Don’t Ask, Don’t Tell, Don’t Persue » mise sur pied par l’Armée américaine. Cette politique permettait aux futur.es militaires de ne pas avoir à répondre de leur orientation sexuelle et ne pas être rétrogradé.es seulement sur la base de celle-ci. Toutefois, les militaires ne doivent pas révéler leur orientation sexuelle. Les commandant.es peuvent enquêter si on découvre ou qu’on reçoit des « informations crédibles » qu’une personne peut avoir des relations homosexuelles. La personne appréhendée sera alors éligible à l’expulsion si elle trouvée coupable. À l’automne 1993, le Congrès légiféra sur les bases de cette politique. Il y eu du mécontentement, certaines cours civiles contestèrent la constitutionnalité de telles mesures, d’autres exigèrent la réintégration des militaires gais et lesbiennes qui avaient été involontairement expulsé.es.

La politique est toujours en place aujourd’hui (en 2004). L’année 2003 marquait son 10e anniversaire. Certaines organisations comme le Service members Legal Defense Network soulignent l’inefficacité du « Don’t Ask, Don’t Tell, Don’t Persue ». Selon elles, les expulsions ont continué à augmenter malgré tout et le harcèlement des personnes s’est intensifié. Ceci atteindra un point culminant en 1999 lorsque le soldat de 1ère classe de 21 ans, Barry Winchell fut assassiné par le soldat Calvin Glover, un membre de son unité, à Fort Campbell, au Kentucky. Celui-ci a battu Winchell avec un bâton de baseball alors qu’il dormait parce qu’il le soupçonnait d’être gai. Glover fut condamné à la prison à perpétuité. Plusieurs groupes blâmèrent les officiers supérieurs d’avoir fermés les yeux sur tout le harcèlement anti-gai qui avait pu précéder. Toutefois, un rapport de l’Inspecteur général de l’Armée américaine libéra les officiers de tout blâme dans le meurtre de Winchell et ne trouva pas de climat homophobe à Fort Campbell. Devant de tels événements tragiques, le président Clinton, son épouse et le vice-président Al Gore ne purent s’empêcher de dire que le « Don’t Ask, Don’t Tell, Don’t Persue » a été un échec. Lors de la campagne électorale de 2000, les démocrates parlèrent de modifier la politique en cas d’élection. De leur côté, les républicains défendirent la politique en place. Pour commémorer le 10e anniversaire du « Don’t Ask, Don’t Tell , Don’t Persue», le Service members Legal Defense Network lança une campagne publicitaire en juillet au niveau national mettant en vedette Calpernia Addams, activiste trans qui était l’amoureux du soldat Winchell au moment de son meurtre.

 

Graffitis trouvés sur les murs à Fort Campbell après le meurtre de Barry Winchell

Selon le Human Rights Watch, organisme non-gouvernemental de protection des droits humains, entre 1994 et 2001, 7 800 militaires furent expulsés de l’Armée américaine à cause de la politique en cours. Pour l’année 2001 seulement, un nombre record de 1 256 personnes furent expulsées, c’est le double du nombre de personnes qui avaient été expulsées en 1992, l’année avant l’instauration de la politique actuelle. En tout, ces congédiements ont engendrés des coûts de 218 millions de dollars pour recruter et entraîner des remplaçant.es. Ironiquement, depuis 10 ans, de nombreux pays alliés militaires des États-Unis, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada et Israël, ont mis fin à leurs politiques discriminatoires envers les personnes homosexuelles. Ceci vient heurter l’argument des adeptes de la politique actuelle (2004) voulant que de permettre aux gais et lesbiennes de servir dans l’armée est susceptible d’affecter la cohésion et l’efficacité des troupes. Il y aura des élections aux États-Unis en 2004. Jusqu’à maintenant, les 9 candidats à l’investiture démocrate se sont tous prononcés en faveur du rappel de la loi de 1993.

Au Canada, c’est en 1992 par une décision des tribunaux que les Forces armées canadiennes seront contraintes à modifier leurs politiques face aux gais et lesbiennes. Malgré tout, ceci ne peut pas effacer les abus du passé. En mars 1982, le soldat Stéphane Girard est relevé de ses fonctions après avoir été vu dans un bar gai à Halifax. Durant ces années, plusieurs congédiements de même nature sont survenus. En 1978, un jugement d’appel émis à la suite du congédiement du soldat Jacques Gallant pour homosexualité va stipuler que «les relations entre la Reine et son personnel militaire, en aucun cas, ne relèvent de la cour civile. » En 1986, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney annonce qu’il prendra les mesures nécessaires pour s’assurer que l’orientation sexuelle ne soit plus un élément discriminatoire dans toutes les sphères de juridiction fédérale, y compris au sein des Forces armées canadiennes. Le lendemain de cette annonce, l’armée canadienne réplique qu’une exemption sera demandée. Elle sera basée sur le principe que la présence d’un soldat homosexuel dans l’armée empêche le bon fonctionnement des troupes. Le responsable du département de la Justice n’acceptera pas cette tentative d’échapper aux nouvelles directives. Finalement, le 27 octobre 1992, une décision des tribunaux fera avancer la cause des soldat.es gais et lesbiennes du Canada après qu’un comité de déontologie des services secrets militaires eut donné raison à Michelle Douglas, congédiée quelques années plus tôt à cause de son orientation sexuelle. En 1988, Michelle Douglas, lieutenant au sein des Forces armées canadiennes, a vu son homosexualité dévoilée par une enquête des services secrets militaires. Peu de temps après, elle recevait un avis de congédiement. Le 15 août 1991, un comité de révision parlementaire statuait que les Forces armées ont violé la Charte des droits dans cette affaire. Douglas a donc porté l’affaire en justice, à la suite de quoi l’armée canadienne a accepté de lui payer 100 000 $ et de revoir sa politique discriminatoire à l’égard des gais et lesbiennes. Le 28 octobre 1992, le lendemain du procès, le numéro un de l’armée canadienne, le général John de Chastelain confirme que «les Canadien.nes, sans égard à leur orientation sexuelle, pourront désormais servir dans les Forces armées canadiennes sans aucune restriction.». Depuis 10 ans, l’armée canadienne fait des efforts pour éliminer les pratiques discriminatoires. Les militaires ont même commencé à s’organiser en associations. Une dizaine de soldat.es de la base de Valcartier va fonder une association de militaires gais et lesbiennes organisant des activités sociales. Il existe aussi l’Armed Services Lambda Association à Ottawa.

Je suis heureux de voir les progrès effectués au niveau juridique et politique. Je crois que le Canada est un modèle face à des pays soi disant libres, démocratiques où l’égalité pour tou.tes doit régner comme les États-Unis. De quoi l’armée américaine a-t-elle peur? C’est une grosse erreur de vouloir s’obstiner à vivre dans le passé et nier le problème. C’est surtout utopique de croire que l’Armée américaine peut être à 100% composée de militaires hétérosexuel.les ! Dans le cas du Canada, ce que je peux dire personnellement et je parle en connaissance de cause (les trois derniers étés, j’ai côtoyé quotidiennement des militaires dans mon travail), même ici, il reste encore beaucoup de chemin à faire au niveau des mentalités. C’est beau d’avoir des droits, encore faut-il en faire la promotion et ne pas avoir peur de dire que les gais et les lesbiennes sont les bienvenus dans l’armée. Ce que je retiens de mes trois ans, c’est qu’il reste encore un fort sentiment d’homophobie ambiante et hypocrite dans ce milieu. Je me rappelle très bien qu’il y avait une personne ouvertement gaie qui travaillait avec nous. En face d’elle, les autres personnes étaient gentilles, elles ne lui disaient pas de conneries mais quand la personne était absente, les propos homophobes avaient tendances à ressortir. Je me sentais un peu mal à l’aise pour cet individu. En tant que gai, indirectement je me sentais touché par ça mais d’un autre côté, je ne me suis jamais affiché, il n’y a personne qui était au courant de mon orientation sexuelle. De toute façon, je ne ressentais pas le besoin de le dire et ça n’aurait pas été le meilleur endroit pour le faire. On dirait que c’est cet espèce de blocage qu’ont certains gars hétéros de voir deux hommes ensemble qui s’aiment. Pourtant, on ne peut pas empêcher une personne de faire son travail seulement parce qu’elle a une orientation sexuelle différente de la nôtre, surtout si elle fait bien son travail en plus. Alors, pour ça, j’invite l’Armée américaine à refaire ses devoirs. Je ne sais pas non plus si les Forces armées canadiennes sont vraiment prêtes à faire une place plus grande aux gais et lesbiennes mais une chose est certaine, il va falloir passer de la parole aux actes si on veut vraiment changer les choses!

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le lien suivant :

 

Sébastien St-Onge
AlterHéros / Jeunesse Lambda

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