Dois-je assouvir cette envie d’avoir des rapports sexuels avec un homme ?


Bonjour,

Je me présente, j’ai 30 ans et en couple depuis 5 ans. Mis en ménage avec ma compagne il y a maintenant 3 ans.

J’ai toujours été attiré par l’appareil génital masculin et j’ai tenté une fois avec un gars rencontré sur Internet. Pas terrible car j’avais bu et je ne me souviens pas de tout. On a essayé la fellation et la sodomie (moi en tant que passif). C’était avant de rencontrer ma compagne actuelle.

Mais voilà, j’aimerais rencontrer un gars pour plan régulier où on s’abandonnerait au plaisir entre hommes.

Maintenant, j’ai la culpabilité de penser à ça sans rien dire à ma compagne car elle ne comprendrait pas si je lui en parle malheureusement. Mais cela me ronge et l’excitation est bien là quand je pense à l’acte avec un acte homme.

J’aimerais trouver une personne qui est dans le même cas que moi et protéger nos ébats, que ça soit fellation ou sodomie.

Je viens vers vous pour avoir votre avis. Faut il le faire? Est ce que la culpabilité s’en ira avec le Temps? Est ce que je dois assouvir cette envie? Est ce que quelqu’un a déjà été dans ce cas?

Merci d’avance pour votre réponse
Jonathan

Salut Jonathan,

Je te remercie de nous avoir écrit et accordé ta confiance! Ces temps-ci, tu te poses plusieurs questions. Tu aimerais rencontrer un gars pour avoir des relations sexuelles à l’occasion. Tu ressens de la culpabilité en lien avec ce désir et tu ne sais pas si tu devrais passer à l’action. Tu expliques que ta compagne ne comprendrait pas si tu lui dévoilais la situation. Enfin, tu te demandes si d’autres personnes ont déjà vécu une expérience similaire et si le temps pourra faire disparaître ta culpabilité.

D’abord, je tiens à te rassurer sur un point : tu n’es absolument pas seul dans ta situation. Beaucoup de personnes ressentent du désir pour des individus avec qui elles ne forment pas un couple. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il y a un problème avec la relation de couple ou avec les attirances. Souvent, cela veut simplement dire qu’il y a beaucoup de personnes charmantes sur la planète et qu’il est probable qu’on en connaisse plus qu’une. 😉 Et c’est assez courant que des hommes hétérosexuels soient curieux d’avoir des relations avec d’autres hommes. Tu n’es certainement pas le premier ni le dernier à avoir ces désirs.  D’ailleurs, je prends un instant pour te féliciter de penser à te protéger quand tu envisages d’avoir du sexe oral ou anal avec un nouveau partenaire. C’est un excellent réflexe pour limiter les risques de propagation d’infections transmissibles sexuellement et par le sang!

Ensuite, comme tu t’en doutes, je ne suis pas en mesure de te dire ce qu’il faut ou ne faut pas faire. Tu es maître de ta propre vie, c’est toi qui connais le mieux les éléments en jeu. C’est à toi de peser le pour et le contre et d’évaluer les conséquences possibles/probables de tes gestes, pour voir si tu à l’aise avec ces conséquences. Pour t’aider à y voir plus clair, tu pourrais te poser les questions suivantes, par exemple :

  • Est-ce que c’est très lourd pour toi de garder le secret à propos de ton envie de te rapprocher d’un homme? Penses-tu que ce serait soulageant d’en parler davantage (un peu comme tu le fais avec nous), que ce soit avec des proches ou bien avec des professionnel.le.s?
  • Est-ce que tu trouves ça trop envahissant de contenir tout ce désir sans le concrétiser? Est-ce que ça te fait sentir nerveux, amer, à cran, en colère, etc. Si oui, comment gères-tu cet inconfort et ces émotions? Qu’est-ce qui te ferait du bien à court, moyen ou long terme (en discuter avec ton entourage, faire baisser la pression via les fantasmes et la masturbation, tenter l’expérience, revoir tes ententes de couple avec ta copine, introduire de nouvelles pratiques sexuelles dans votre vie de couple, mettre fin à cette relation pour pouvoir expérimenter sans avoir l’impression de « devoir rendre des comptes à ta conjointe », etc.)?
  • Comment te sens-tu dans ton couple? As-tu l’impression d’être épanoui? Penses-tu que cette relation t’aide à grandir et qu’elle aide ta copine à grandir? Y a-t-il des éléments que tu souhaiterais voir changer dans ta relation?
  • Comment décrirais-tu la complicité et la communication au sein de ton couple? En es-tu satisfait? En général, te sens-tu à l’aise d’être honnête face à ta conjointe; crois-tu qu’elle se sent à l’aise d’être honnête face à toi? Si non, as-tu une idée des raisons qui se cachent derrière cet inconfort? As-tu l’impression que vous essayez de vous écouter et de vous comprendre, en faisant preuve d’empathie? Croyez-vous que ce serait judicieux d’essayer d’améliorer vos réflexes et vos aptitudes de communication?

L’élément de ton message qui retient le plus mon attention est que tu préfères ne « rien dire à [t]a compagne car elle ne comprendrait pas si [tu] lui en parle[s] malheureusement ». Je suis désolée que tu ressentes le besoin de garder tes réflexions pour toi-même par crainte d’être incompris. Penses-tu que cela indique qu’il y a des enjeux dans ton couple qui dépassent le simple fait d’être excité à l’idée d’avoir du sexe entre hommes? Faudrait-il faire face à ces enjeux pour entretenir une relation harmonieuse et satisfaisante avec ta compagne?

  • Quels impacts (sur toi, sur ta copine, sur les hommes que tu fréquenterais, etc.) envisages-tu si tu décides d’avoir des relations sexuelles en secret? Quels impacts envisages-tu si tu en parles avec ta conjointe avant de chercher à rencontrer d’autres hommes? Et si elle prend connaissance de ces rencontres après qu’elles aient eu lieu?
  • Quelles sont les ententes dans ton couple? Comment te sens-tu face à ces ententes?

Je vais être transparente avec toi : en général j’ai un grand biais en faveur du respect des ententes (même s’il y aura toujours des exceptions, du cas par cas, entendons-nous). Je pense que cela apporte souvent davantage de conséquences positives (avoir l’esprit tranquille pour apprécier les différentes expériences – sachant que tout le monde est d’accord avec ce qui se passe –, cultiver la confiance dans les relations, ouvrir des discussions qui permettent de mieux se connaître soi-même et de mieux connaître ses partenaires, etc.) que négatives (ressentir de l’inconfort parce qu’on s’expose et se montre vulnérable, possiblement ressentir de la frustration, de la déception ou de la culpabilité parce qu’on a envie de quelque chose qui ne fait pas partie des ententes, etc.).

Cela dit, respecter les ententes, ça ne veut pas dire se plier systématiquement au statu quo et « subir » les limites de l’autre. Si les paramètres de ta relation ne te conviennent pas, tu es libre d’essayer d’en négocier de nouveaux ou de mettre fin à la relation (si tu crois qu’il n’est pas possible de trouver un compromis satisfaisant pour tout le monde, par exemple). Entamer une discussion à ce sujet peut être très difficile, j’en conviens. Mais je crois qu’il s’agit aussi de la principale manière d’avoir l’heure juste, de savoir réellement quels sont les besoins et les limites de chacune des personnes engagées dans la relation et de pouvoir prendre des décisions en toute connaissance de cause. Je pense que des conversations avec ton amoureuse pourraient vous aider à mieux vous situer. Tu pourrais lui dire comment tu te sens, ce que tu aimerais vivre, et elle pourrait te faire part de ce qu’elle ressent et de ce qui est important pour elle. Par exemple, tu pourrais la rassurer sur le fait que tes désirs d’explorer ta sexualité avec d’autres hommes ne veut pas dire que tu ne l’aimes plus ou de la désires plus. Avez-vous déjà pris le temps de discuter en profondeur des paramètres de votre relation de couple, de vos limites, vos attentes, vos envies et de vos besoins?

Voici quelques pistes pour essayer démêler la situation inconfortable dans laquelle tu sembles te trouver.

  • Penses-tu que ça pourrait être excitant et satisfaisant pour ta conjointe et toi d’inclure certains jouets sexuels (de type strap-on/ceintures-godemichés, par exemple) dans votre quotidien? Ils pourraient peut-être te permettre de retrouver la sensation de faire une fellation. Ta compagne pourrait les utiliser pour te pénétrer si vous en avez envie, tu pourrais ainsi retrouver les sensations procurées par la sodomie en tant que partenaire réceptif.
  • As-tu l’impression que ton amoureuse ne comprendrait pas parce qu’elle a des préjugés négatifs envers les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes? Crois-tu que l’aider à s’informer pourrait avoir un impact positif sur ses perceptions?
  • Je ne sais pas si tu es familier avec le concept de non-monogamie éthique. Pour résumer, des personnes qui entretiennent des relations non monogames éthiques vont choisir d’avoir plusieurs partenaires (sexuel.le.s et/ou romantiques) et/ou vont choisir d’être en relation avec une (ou des) personne(s) qui peu(ven)t avoir plusieurs partenaires. Toutes les personnes impliquées dans cette structure relationnelle sont au courant et d’accord avec cette dynamique. Quand tu dis que ta conjointe ne comprendrait pas, crois-tu que c’est parce qu’elle a des préjugés défavorables envers la non-monogamie en général? Si oui, peut-être que tu pourrais tâter le terrain/l’aider à remettre en question ses idées préconçues d’une manière un peu moins frontale, sans d’emblée passer par « j’aimerais avec des relations sexuelles régulières avec un gars »? Par exemple, tu pourrais d’abord parler du sujet « en général », en mentionnant des exemples fictifs (série du Royaume-Uni Wanderlust sur Netflix, série états-unienne Easy [saison 2, épisode 2 ; saison 3, épisode 5] sur Netflix, bande dessinée Kimchi Cuddles, etc.) ou encore diverses sources informatives, comme cette capsule vidéo, ces définitions ou cette liste de petits conseils qui pourraient également alimenter tes réflexions. Enfin, si tu lis l’anglais, je te recommande de jeter un coup d’œil à ce site web. Je l’ai personnellement trouvé bien utile et apaisant lorsque j’ai commencé à explorer des relations non monogames. D’ailleurs, même s’il se concentre sur le polyamour et la non-monogamie éthique, les pistes de réflexion qu’il propose me semblent s’appliquer à tous les types de relation (par exemple, cette page présente une liste d’éléments aidant à établir des relations saines et harmonieuses).

Ces quelques réponses d’AlterHéros aux questions ci-dessous pourraient t’intéresser, elles concernent toutes, de près ou de loin, la non-monogamie éthique :

Maintenant, quelques mots à propos de la culpabilité. En général, la société dans laquelle nous évoluons a tendance à envoyer des messages très culpabilisants aux personnes qui désirent des gens du même genre qu’elles ou des gens avec qui elles ne sont pas en couple. Je trouve personnellement ces messages regrettables et dommageables. Il me semble y avoir tout un travail de déconstruction à faire de ce côté, car à force d’être confronté.e.s à ces messages, nous pouvons finir par les absorber malgré nous.

La culpabilité est une émotion très inconfortable, mais je crois qu’elle peut avoir son utilité, quand elle est approchée de manière appropriée. La culpabilité peut souvent nous servir d’indicateur ou de révélateur pour attirer sur notre attention sur des enjeux particuliers. Ça ne veut pas dire que quand on ressent de la culpabilité, c’est nécessairement parce qu’on a fait quelque chose de fautif. Je crois que la culpabilité peut nous aider à nous pencher sur certains éléments, pour les décortiquer. Ainsi, devant une situation X, on peut se demander : « Pourquoi est-ce que je me sens coupable? Est-ce parce que j’ai l’impression de poser des gestes qui ne sont pas en accord avec mes convictions? Suis-je réellement en train d’agir à l’encontre de mes valeurs? Est-ce que je me sens coupable parce que j’ai entendu dire que c’est mal d’adopter tel comportement? Quand je prends le temps d’y penser plus en profondeur, est-ce que je suis d’accord avec le fait que ce comportement n’est pas souhaitable ou est répréhensible? Est-ce que mon comportement est constructif, en accord avec mes objectifs, avec ce que je veux vivre et comment je veux le vivre? Etc. » Ce genre de processus peut nous aider à grandir, par exemple en nous motivant à faire mieux si on conclut qu’on a dit ou fait des choses regrettables, ou encore nous apaiser, en nous faisant réaliser que nous n’avons causé aucun tort et que nous n’avons pas trahi nos principes, par exemple.

À mes yeux, il y a une grande différence entre se sentir coupable à cause de nos pensées/nos émotions et se sentir coupable à cause de nos actions. Qu’en penses-tu? À mon avis, nous n’avons pas à nous sentir coupables de nos désirs. Ils sont simplement là, dans notre tête. Et tant qu’ils y restent, ils n’ont pas vraiment de conséquences concrètes, non? Je ne crois pas qu’on a beaucoup de contrôle sur le contenu de ce qui nous passe spontanément par la tête ou sur ce qu’on ressent. Et tu en as sûrement déjà fait l’expérience, quand on se dit « Il faut que j’arrête de penser à telle chose », on finit habituellement par y penser encore plus. De la même façon, refuser de reconnaître qu’on éprouve tel ou tel sentiment et essayer de nier ce sentiment finit souvent par l’alimenter davantage, en plus de créer de grands inconforts (colère, tristesse, anxiété, amertume, stress, etc.). Bref, on a très peu de contrôle sur ce qu’on ressent, mais on a certainement du contrôle sur comment on choisit d’agir, ce qu’on décide de faire avec nos émotions. Par exemple, ça me semble être la différence entre être en colère et déçu.e parce qu’un proche annule une activité à laquelle on avait très envie de participer vs donner un coup de poing au proche qui annule l’activité parce qu’on se sent en colère et déçu.e… je suis certaine que tu pourras voir la différence entre les deux. 😉

Si tu ressens de la culpabilité à propos de tes attirances, je t’invite à faire preuve de tendresse et d’écoute envers toi-même. Ton désir est là et il est valide. Il n’est pas mauvais en soi, il est juste présent. Tu peux essayer de te concentrer sur autre chose, de focaliser ton énergie ailleurs (ta relation amoureuse, tes relations amicales et familiales, tes loisirs, tes études, ton travail, etc.). Tu peux prendre le temps de consciemment te rappeler que tu n’as rien fait de mal, que tu continues d’honorer tes engagements, etc. Je sais bien que ça n’enlèvera pas la culpabilité comme par magie, mais ça pourrait aider à la contrôler. Ton sentiment de culpabilité est présent. Le rejeter en bloc me semble plutôt énergivore et difficile, il risque de revenir au galop. Il faudra probablement finir par l’accueillir, et l’étudier pour essayer de mieux en comprendre les causes et de le travailler (pour le limiter ou le transformer, par exemple). De mon côté, ces trucs ne m’empêchent pas nécessairement de ressentir de la culpabilité dans certaines situations, mais ils m’aident à ne pas tomber dans une spirale de culpabilité exponentielle. Peut-être que ça pourra également t’aider.

Je ne suis pas une experte des comportements humains, mais selon mon expérience, le temps (seulement) ne suffit pas nécessairement à faire disparaître la culpabilité quand elle concerne des gestes qu’on a posés (ou qu’on pense poser). Le temps peut jouer un rôle important, mais je crois qu’il doit être combiné à d’autres éléments pour avoir un effet réellement apaisant :

  • Être honnête avec soi-même et les autres (ex. : ne pas essayer de diminuer ou de déformer la réalité, ne pas mentir / mentir par omission / s’accrocher à des détails techniques uniquement pour se donner bonne conscience);
  • Respecter et honorer ses ententes;
  • Si on voit qu’on ne sera pas en mesure de respecter les ententes, en discuter et modifier les ententes avant de dépasser les limites qui ont été nommées;
  • Si des limites ont été enfreintes, prendre la responsabilité de ses actes :
    • reconnaître qu’on a pu blesser les autres, même si ce n’était pas directement notre intention (cela peut d’ailleurs être l’occasion de présenter des excuses sincères),
    • écouter la personne qui s’est sentie blessée ou trahie par nos actes, lui donner de la place pour qu’elle puisse vivre ses émotions,
    • reconnaître les erreurs qu’on a pu commettre et prendre des mesures concrètes pour essayer ne pas les répéter, se mettre en posture d’apprentissage.

Peut-être que parler avec des gens en qui tu as confiance pourrait également t’aider à te sentir moins envahi par la culpabilité? Peut-être que nous écrire a déjà un peu participé à faire diminuer ton sentiment de culpabilité? Je l’espère. Si jamais tu te sens très mal ou que ton état se détériore, je t’invite à ne pas rester seul avec ton mal-être. Au besoin, tu peux utiliser cet outil pour trouver un.e psychologue près de chez toi. Il n’y a pas de honte à prendre soin de sa santé mentale, d’accord?

N’oublie pas que tu peux toujours nous réécrire si tu as envie de nous partager à nouveau ce que tu vis, si tu veux nous poser d’autres questions ou encore si tu veux nous donner des nouvelles.

Bonnes réflexions,

Marianne


About Marianne

Marianne est une femme bisexuelle. Elle s’intéresse notamment aux féminismes – intersectionnels –, à la justice sociale, au langage, aux questions de représentation ainsi qu’aux arts de la scène.

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