Suis-je non-binaire ? Ma famille n’est pas très ouverte sur ces sujets…


Bonjour, je pense que je suis transgenre car je ne m’identifie vraiment pas comme fille. Dans un monde idéal j’aurais un torse plat et des caractéristiques masculines mais je me pose des questions parce que parfois j’ai l’impression d’être un gars mais d’autre fois j’ai plutot l’impression d’être a quelque part au milieu. Je me demande si je suis non-binaire ou si c’est juste que je me laisse pas être moi-même a 100%. J’ai 20 ans et jusqu’ici j’avais réussi a enfouir mes sentiments par rapport a mon identité de genre au fin fond de moi-même. Est-ce que je suis encore en train de le faire? Ma famille n’est pas très ouverte d’esprit en ce qui conserne la transidentité. C’est concidéré comme une maladie mentale / un choix bizzare. Je mentirais en disant que l’idée de faire un coming out ne me fais pas peur mais je ne pense pas que je pourrai continuer comme je le fait encore longtemps. J’ai eu des problémes de dépression (dépression majeure et disthimie chronique) je suis toujours sous traitement mais mon suivi avec mon travailleur social viens de se terminé. Je me sens vraiment mal dans ma peau et dans ma tête… Je ne sais pas si vous aller pouvoir m’aider ou pas. En passant je vit a Sept-Iles et ici il n’y a pas vraiment de ressource pour m’aider a y voir plus clair…
V.
 
Bonjour V,
Je voudrais tout d’abord te remercier d’accorder ta confiance à AlterHéros. Je vais tenter de te guider vers des réflexions qui pourraient t’éclairer.
Si j’ai bien compris tes questionnements, tu te demandes si tu es non-binaire et tu aimerais savoir comment aborder le sujet avec ta famille. L’idée de dévoiler ton identité de genre à tes proches t’effraie possiblement. Et c’est complètement normal. 🙂
J’aimerais d’abord essayer quelque chose avec toi. Dans ma réponse, je vais utiliser des pronoms et des accords neutres pour te désigner. Ainsi, tu pourras déterminer si tu te sens à l’aise dans cette situation. Bien sûre, tu peux conserver les pronoms que tu utilises actuellement, ou les alterner avec des pronoms masculins, ou neutres. Tu peux choisir les pronoms masculins, mais les accords féminins, ou vice versa, etc. Plusieurs options sont à ta disposition, et c’est à toi de voir lesquelles te conviennent le mieux pour te décrire. Je t’emmène sur le sujet car cela pourrait être un aspect qui t’aidera à aborder le sujet avec tes proches. Ainsi, iels sauront comment s’adresser en toi dans le respect.  Si tu veux plus d’informations sur les pronoms et les accords neutres, voici un excellent article qui pourrait t’éclairer ; Le langage neutre en français : pronoms et accords à l’écrit et à l’oral
Maintenant, je sais bien V que définir son identité de genre n’est pas toujours une étape simple et facile. L’identité de genre, tout comme la sexualité, sont deux concepts fluides qui sont susceptibles d’évoluer avec nous en vieillissant. Je te dirais d’emblée que tu n’es pas obligé.e de choisir une étiquette pour te définir. Laisse-toi le temps d’explorer tes sentiments, de t’écouter, de te faire confiance. C’est tout à fait normal de se questionner et de ne pas être certain.e de comment nous nous définissons.
Tu as évoqué.e le fait que tu souhaiterais avoir un torse plat et des caractéristiques masculines. Certaines alternatives s’offrent à toi pour te permettre de te sentir mieux dans ta peau. Notamment, il y a les « binders », sous-vêtements de compression qui aplatissent le torse. Ma compagnie préférée est GC2B (https://www.gc2b.co/p) car iels offrent une grande variété de taille et de couleur et qu’ils sont tout simplement confortables. Sinon, il est aussi possible de porter deux brassières de sports superposées l’une sur l’autre afin d’aplatir ton torse. Je te laisse ici une petite fiche pour savoir comment porter un binder en toute sécurité; Les règles de sécurité du binder.
Pour ce qui est d’aborder ton identité de genre avec tes proches, je sais que c’est un  moment qui peut apporter son lot de stress et d’appréhension. Tes sentiments sont entièrement valides, et je te félicite car ça prend beaucoup de courage pour entamer une telle discussion avec sa famille. Tu es extrêmement fort.e. Ne l’oublie pas. Il est désolant de réaliser que certaines personnes, possiblement comme ta famille, ne comprennent pas les différentes facettes entourant les identités de genre. Cette réaction, bien que décevante, est plutôt commune face à de tels enjeux. C’est souvent par manque d’informations que notre entourage peut parfois drôlement réagir. Ce que je te suggère, c’est d’expliquer à ta famille comment tu te sens, et de leur proposer de répondre à leurs questions, leur expliquer que ce que tu vis n’est pas un choix; on ne choisit pas son identité de genre. Ce qu’on choisit, par contre, c’est de révéler notre identité dans le but d’enfin se libérer du poids qui pèse sur nos épaules, pour enfin se sentir mieux dans notre peau.
Ta famille semble avoir plusieurs préjugés sur la non-binarité et la transidentité. Peut-être serait-il intéressant de déconstruire ces fausses idées afin qu’iels comprennent mieux comment tu te sens? Voici quelques articles qui pourraient t’être utiles :

Je tiens à mentionner que tu n’es en aucun cas obligé.e de faire ton coming out. Si tu as l’impression que tu n’es pas prêt.e, que tu n’es pas en sécurité, ou que cela pourrait avoir des effets néfastes sur ta santé mentale, rien ne te force à en parler à tes proches. Si tu ressens le besoin d’en parler avec des gens qui vivent la même chose, je te conseille le groupe Facebook NB Francophone; Non –Binaire Queer Androgyne Genderfluid Agenre Xénogenre. Pour des groupes québécois, je te propose le groupe Facebook Trans / Gender / Queer Montréal où tu pourras discuter de ta situation et obtenir le soutien de personnes ayant vécu des situations similaires à la tienne. Tu peux aussi commencer par en parler avec tes ami.e.s, les personnes près de toi afin de te familiariser avec la vulgarisation des concepts et ensuite aborder le sujet avec ta famille. Ceci t’aiderait en partie à mieux répondre à leurs questions et expliquer avec une plus grande aisance.
Peut-être décideras-tu d’entamer une conversation avec des personnes de ta famille? Si tel est le cas, il serait peut-être intéressant de leur rappeler l’impact du vocabulaire qu’iels utilisent pour te décrire ; puisqu’après tout, si tu leur as partagé ces informations, c’est parce que tu leur fais confiance. N’oublies pas que rien ne t’oblige de dévoiler quoi que ce soit à personne. Si la conversation te mets mal à l’aise, ou que tu ne te sens pas respecté.e, libre à toi d’y mettre fin ou de partir. Tu n’as pas à justifier ton identité de genre à qui que ce soit.
J’aimerais te laisser comme ressource l’organisme BRISS à Sept-Îles qui offre des services d’écoute, de soutien personnel, d’accompagnement et de référence pour les personnes en questionnement sur leur identité de genre notamment. Il est possible que cet organisme soit en diminution de services à la suite de difficultés financières : une partie de leurs services ont été dirigés vers le Centre d’intervention le Rond-Point. Tu peux écrire à l’équipe d’intervention du Rond-Point à l’adresse suivante : rpoint@cgocable.ca
 
J’espère avoir pu t’aider à y voir un peu plus clair,
Prends soin de toi, et si tu as d’autres questions n’hésites surtout pas à nous écrire à nouveau!
Nous sommes présent.e.s pour toi V!
Gabriel.le Crovasce


About Gabriel.le Crovasce

Gabriel.le est actuellement étudiant.e au baccalauréat en études féministes et de genre et criminologie à l’Université d’Ottawa. C’est une personne lesbienne et non-binaire qui utilise les pronoms iel et elle. Gabriel.le est passioné.e d’enjeux LGBTQ+ et féministes, de santé mentale et de droits humains. Iel aime particulièrement les bons memes queers et passer beaucoup trop de temps sur instagram.

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