Quels sont les risques associés à la prise d’hormones et au port du binder?


Bonjour . Je vous remets dans le contexte, je suis un garçon trans de 16 ans en plein processus d’outing pour le moment .
J’ai réussi à en parler un peu plus en détail à ma mère qui malgré son incompréhension, semble plutôt me soutenir. Elle m’encourage à en parler à mon psy pour débuter mes démarches le plus tôt possible , ce que je pense être une très bonne idée. Mon père , lui, refuse tout simplement ce fait et préfère me confier que je suis en vérité simplement un garçon manqué , qu’il s’agit d’un problème de confiance en moi , et que peu importe si je m’identifie à une fille, un garçon ou un poney pour reprendre ses dires, ça ne change rien car je reste une fille. J’aime mon père, mais ces réactions me font du mal et il refuse de m’écouter. Je n’ose pas lui répondre car il est également en pleine dépression et j’ai peur de le rendre plus malheureux encore …
J’aimerais avancer mais je ne sais pas vraiment comment faire , et je suis littéralement figé par la peur. Je veux dire, oui, je suis sur à 100% que je suis un garçon , sur à 100% que transitionner médicalement me fera me sentir mieux, mais je suis tout de même terrifié par le commencement de la testostérone .
Bref .
Déjà, il me faudrait commencer. Devrais-je parler de ce désir de commencer la Tà mon psy actuel? Je tiens à préciser que je le voyais au début pour mon anxiété sociale et le fait que je sois HPI , alors est-il vraiment spécialisé là dessus ? Ne devrais-je pas plutôt trouver un psychiatre qui puisse directement me diriger vers une transition médicale ?
De plus, mon père refuse tout bonnement les hormones, il dit que cela va me donner le cancer, des maladies, et que je ne dépasserai pas les 30 ans… Pourriez vous me renseigner à ce sujet ? à t-il raison ? A t-il tort ? J’ai cherché sur plusieurs sites, mais suivant leurs opinions sur les personnes transgenres, les informations ne sont pas les mêmes…
Il refuse également que je me paye un binder . Il me dit que de même que les hormones, cela va me créer des kystes , des cancers… Et rajoute que je suis une jolie fille et que je devrais vivre en tant que tel plutôt que de me dévaster la santé avec ça . J’aimerais bien lui répondre que de toute manière, je ne les garderais pas longtemps, mais j’ai peur de le faire s’inquiéter . Je lui ai dit que les binders étaient adaptés , qu’ils étaient faits pour, mais il persiste à dire que ça me pourrira la santé .
a t-il raison ?
Voilà, je suis donc dans une situation un peu délicate , et je ne supporte plus de ne pas avancer .
Et aussi … Ma mère semble se poser de questions sur ma sexualité et tenter de rapprocher cette dernière à mon identité de genre. Je sais bien que ce sont deux choses différentes, mais j’aimerais avoir quelque chose à lui répondre lorsqu’elle me le demande. Je veux dire, si je lui dit que j’aime les hommes , elle va me demander pourquoi je ne “reste pas une fille” pour être dans une relation hétéro, et si je lui dit que j’aime les femmes, elle va me rassurer en me disant que je n’ai pas besoin d’être un homme pour aimer des femmes… Et puis, je n’en sais rien de qui j’aime moi . Je n’ai pas beaucoup de contacts , je ne vois pas beaucoup de monde . Et puis, j’ai essayé la pornographie, et ça ne me fait franchement rien. Je peux trouver des hommes et des femmes attirant.es , mais je ne comprends simplement pas vraiment tout ça …
Voilà, je suis vraiment désolé pour cette question trop longue et trop vague.
Merci d’avance pour votre réponse ,
Noah
 
Bonjour Noah!
Ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles et de te voir évoluer dans ton cheminement. Je vais encore une fois faire du mieux que je peux pour répondre à tes questionnements.
D’abord, tu mentionnes avoir des problèmes avec ton père, qui ne semble pas vouloir respecter ton identité. Je comprends quand tu dis que ça te fait mal qu’il ne t’affirme pas en tant que garçon. Moi aussi j’ai eu ce problème avec mon père lorsque j’ai fait mon coming-out. Il ne voulait pas comprendre que c’était normal et légitime d’être trans. Tu dis par contre que ta mère te supporte davantage. Penses-tu que tu pourrais lui demander d’intervenir auprès de ton père afin qu’il cesse ses comportements blessants? Comme je l’avais mentionné la dernière fois, il serait aussi possible qu’il t’accompagne à une rencontre avec ton thérapeute afin que celui-ci puisse expliquer à ton père que l’identité de genre et le sexe assigné à la naissance ne se correspondent pas toujours et que ce n’est pas un problème de confiance en soi.
Puis tu mentionnes que tu as peur de faire mal à ton père en lui répondant, car il est en dépression en ce moment. Je veux te dire que ce n’est pas ta responsabilité de prendre soin de ton père, c’est lui qui a la responsabilité de prendre soin de toi. Affirmer ton identité de genre est quelque chose qui est vital pour toi, et ce besoin a préséance sur les sentiments de ton père à ce sujet. Je comprends que tu l’aimes et que tu ne veux pas le blesser, mais ton identité de genre ne le concerne pas vraiment et ne devrait pas du tout le blesser! Si c’est le cas, c’est sa responsabilité de gérer ses sentiments par rapport à cela, et non à toi de le rassurer.
Par rapport à la testostérone, c’est très normal d’avoir peur! Moi aussi j’avais peur quand j’ai commencé le processus pour obtenir une prescription, et même lorsque j’ai commencé la prise des hormones.
Et puis, ce n’est pas une course! Tu as le droit de prendre ton temps pour te sentir prêt quand tu vas commencer, et tu as aussi le droit de commencer les hormones même si tu n’es pas sûr à 100 %. Personnellement, une fois que j’ai eu la prescription en main, j’ai attendu quelques semaines avant de débuter à prendre de la testostérone, car je ne me sentais pas encore prêt. Même quand j’ai commencé, je n’étais pas encore certain à 100 % que j’étais prêt, mais j’avais quand même le désir de l’essayer et finalement ça a fonctionné pour moi. Tout ça pour dire que tu peux tout à fait commencer les démarches maintenant, même si tu as encore des craintes. À tout moment, tu as le droit de changer d’avis! Par contre, je ne peux pas vraiment t’éclairer sur le processus pour obtenir les hormones, car c’est différent au Québec et en France. Je te conseille d’en parler d’abord à ton médecin généraliste, si tu en as un, et au psychologue que tu consultes, afin qu’iels puissent t’éclairer sur la voie à suivre. Je te recommande aussi de consulter l’association trans la plus près de chez toi afin qu’elle puisse t’accompagner dans tes démarches.
Pour ce qui est des effets à long terme de la prise d’hormone, c’est absolument moins dangereux que ce que ton père prétend. Je connais plusieurs hommes trans qui prennent des hormones depuis des dizaines d’années et qui ont dépassé les 30 ans depuis belle lurette!
Il y a certains risques, c’est vrai, mais ils ne sont généralement pas plus élevés que ceux auxquels sont aussi sujets les personnes cisgenres! Par exemple, prendre de la testostérone augmente le risque de maladie cardiovasculaire. Cependant, c’est seulement parce que les hommes cisgenres ont plus de risque d’avoir ces maladies que les femmes cisgenres. Donc, ton risque va augmenter pour rejoindre celui que tu aurais si tu étais né avec des testicules produisant de la testostérone. Pour le cancer, il n’y a aucune étude qui démontre que le risque d’un cancer ovarien ou de l’utérus augmente avec la testostérone. La seule préoccupation peut venir du fait que de prendre de la testostérone augmente le risque d’avoir des ovaires polykystiques, qui augmentent légèrement le risque d’avoir un cancer des ovaires. Cependant, ce risque est le même que les femmes cisgenres qui ont des ovaires polykystiques.
De l’autre côté, certains risques de santé sont réduits avec la prise d’hormones! Par exemple, si tu prends de la testostérone toute ta vie, tu auras moins de risque d’avoir de l’ostéoporose, c’est-à-dire un effritement des os, car tu ne vivras pas de ménopause.
De plus, ta prise d’hormones et ta santé seront suivies de très près dès le début de la prise d’hormone et même avant! Tu auras des prises de sang à des intervalles réguliers dans le but de s’assurer que tu absorbes bien la testostérone et que ton foie se porte bien. Ainsi, tu auras des contrôles de santé beaucoup plus réguliers que la plupart des personnes cisgenres, ce qui diminue beaucoup les risques d’avoir une maladie non traitée pendant longtemps, si jamais tu développes un problème de santé, en lien ou non avec la prise d’hormones. J’espère que cela te rassure et te permettra de défendre tes choix auprès de tes parents.
Pour les binders, tu as raison quand tu dis qu’il s’agit de la façon la plus sécuritaire de te comprimer la poitrine. C’est un accessoire qui est fait pour ça et qui diminue donc les risques que tu pourrais encourir en te comprimant la poitrine d’une autre façon, comme avec des bandages. Il y a quand même des mesures de sécurité à respecter, pour assurer que l’utilisation de cet article d’affirmation du genre est sans danger :

  • Prévoir des moments durant la journée afin de s’étirer et de respirer profondément
  • Bien s’hydrater et rester au frais lorsqu’on porte un binder l’été
  • Ne pas porter un binder trop petit
  • Ne pas porter un binder plus de huit heures de suite
  • Ne pas porter un binder pendant son sommeil
  • Ne pas porter un binder si on a un rhume, une grippe, une bronchite ou toute autre infection qui affecte les poumons
  • Ne pas porter un binder pour faire du cardio (course, vélo, etc.)
  • Ne pas porter un binder pour faire de la musculation ou alors porter un binder une taille plus grande
  • Prévoir une journée par semaine sans binder
  • Arrêter de porter le binder et consulter un médecin si on éprouve des douleurs prolongées

 
Finalement, pour ce qui est de ta mère, je comprends tout à fait que tu n’es pas à l’aise de lui parler de ton orientation sexuelle. De plus, c’est très courant que les personnes trans et non-binaires ne soient pas du tout sûres de leur orientation sexuelle pendant qu’elles se questionnent sur leur identité de genre. De plus, en général, l’identité de genre se développe bien avant que l’orientation sexuelle! L’identité de genre peut se développer aussi tôt que 3 ou 4 ans, alors que plusieurs personnes commencent à explorer leur orientation sexuelle seulement à l’adolescence ou à l’âge adulte. Personnellement, j’ai su que j’étais trans à 17 ans, mais ce n’est que vers 20 ans que j’ai vraiment compris qu’elle était mon orientation sexuelle. Et même là, ma perception de mon orientation sexuelle tend à varier avec le temps.
Tout ça pour dire qu’il n’y a rien de mal à ne pas savoir et que tu as la vie devant toi pour explorer si tu es attiré romantiquement et sexuellement par les garçons, les filles, les personnes non-binaires ou aucune de ces réponses! Je te suggère aussi de lire les questions et les réponses d’AlterHéros à propos de l’orientation sexuelle. Par ailleurs, tu as tout à fait raison quand tu dis que l’identité de genre est séparée de l’orientation sexuelle et romantique. Peut-être pourrais-tu utiliser la fameuse licorne du genre afin d’expliquer cela à ta mère?
J’espère que ma réponse t’aide dans tes questionnements. Si tu en éprouves le besoin, n’hésite pas à nous réécrire!
Bonne journée Noah!
Séré, intervenant pour AlterHéros
 


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.


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