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8 mai 2007

Témoignage - La corde au cou

Voici un texte que j’ai rédigé il y à de cela deux ans dans le cadre de la semaine de prévention du suicide. Cette histoire est la mienne et celle de beaucoup trop d’autres.

AlterHéros

STOP CHRONO

Le temps suspend sa course folle. Je flotte un instant et puis doucement, je croule sous le poids de mon âme déjà trop meurtrie. Les mots qui valsent dans ma tête deviennent de plus en plus lointains, de plus en plus usés par le sens trop lourd que je leur accorde. Pendant un instant, je me sens loin de moi-même, loin de tout ce qui me pèse. Je m’expose le cœur et la tête à nu, l’esprit vide de tout ce qui me défigure l’âme. Le temps ne reprend toujours pas son cours normal, comme s’il m’attendait, comme s’il ne pouvait poursuivre sa route sans moi. Pendant un instant, je suis fier, fier de me retrouver, de me laver de toute cette saleté qui m’emplit le cœur, de cette saleté qui souille mes plaisirs, cette même crasse qui fige un masque sur mon visage, ce visage qui expose un sourire en mille éclats.

J’ai la gorge nouée. Noué par les mots qui ne peuvent s’en échapper et qui lentement s’accumulent jusqu’à s’y souder. J’ai voulu cacher mon jeu, démontrer que j’étais bel et bien heureux. J’ai réussi, réussi à faire croire que mes épaules étaient légères, que je plongeais dans la vie sans crainte. Pourtant, je me noyais de la vie, m’accrochant au dernier souffle de détresse que mon cœur ne pouvait supporter.

Ma gorge se serre un peu plus. Le monde autour s’assoupit. Je suis maintenant confronté à mon choix, à la décision qui pourrait bientôt me coûter la vie. Je sens les larmes couler sur mon visage engourdi, mon visage gonflé par ce qui me reste de vie. Les échos de mes maux tanguent à travers ma conscience qui faiblit peu à peu, la douleur me serre les entrailles. Suis-je toujours là? Ai-je enfin fait le bon choix?

La vie me semblait dénuée de sens, les échecs et les peines buvaient à même la bouteille toute l’énergie que mon corps frêle tentait désespérément de protéger. J’étais devenu mon pire ennemi, celui qui serait témoin de mon dernier souffle, celui qui exécuterait ma dernière volonté. Mon visage se noie maintenant dans mes sanglots autant que je me suis noyé dans le désespoir. Je n’ai plus de force, je ne peux plus continuer à faire semblant, à jouer ce que je ne suis pas. Je veux en finir, en finir avec le poids de la vie, avec les douleurs du quotidien. Une fois encore la souffrance m’aura vaincue, elle aura tranché ce qui restait de mon âme et de ma force.

Le temps s’accélère soudainement, j’ai un élan de conscience. Que suis-je donc en train de faire? Qui suis-je pour juger les faiblesses de la vie?

Le nœud qui serre ma gorge se dénoue. Les peines, les frustrations, les échecs et la détresse se rallient en un hurlement qui m’arrache le fond de l’être et qui se répercute sur les murs de mon appartement vide. J’ai perdu confiance en la vie, elle me soutient pourtant jusqu’au bout. J’ai douté du plus fidèle des amis, celui qui côte à côte avec la souffrance me regardait me détruire. Cette vie qui m’a offert les plus beaux trésors, mes amis, ma famille et toutes ces personnes qui ont su me faire apprécier les petits plaisirs que chaque jour apportait. J’ai voulu troquer mes jambes trop faibles pour les ailes d’un ange, mais la vie m’offre de me porter jusqu’à ce que mes pieds puissent me garder en équilibre. Je réalise soudain que je ne désire pour rien au monde laisser tant de belles choses derrière moi, ces belles choses qui font sourire mon monde.

Je trouve appui, dénoue le nœud qui me tue et je prends une bouffé de cet air nouveau qui alimente ma nouvelle vie. Pourquoi chercher à mourir lorsque tant d’autres cherchent à vivre?

Cette histoire est vraie. Aujourd’hui, je réalise que ces maux qui ne parlent pas doivent être exprimés. Garder la souffrance ne fait que la rendre plus forte. Elle détruit notre âme et pourri la raison. Les solutions abondent, la mort n’en est pas une. Les lendemains sont toujours meilleurs lorsque l’on en parle. La vie réussie à nous comprendre, pourquoi pas ceux qui nous aiment? Se donner la chance de rompre ces liens qui nous serrent contre la douleur ne nous permet que de nous en sortir. Je regrette chaque jour d’avoir perdu espoir, d’avoir risqué de me perdre moi-même. La vie est acquise jusqu’au jour ou on la perd. Il faut garder confiance en elle, vaut mieux s’accrocher aux étoiles que de les rejoindre.

S’il vous plaît, vivez chaque instant. Voyez le beau dans le laid, la possibilité de grandir dans l’épreuve. Chaque larme à son sourire, chaque âme ses soupirs, chaque seconde sa raison d’être vécue.

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