Je suis intrigué.e par le BDSM… Je n’arrive pas à savoir si je suis agrisexuel.le ou asexuel.le du coup…


Hey petit coucou,

Je suis en questionnement sur ma sexualité…Je ne l’ai jamais fait, je n’ai même pas eu envie de me faire du bien en 18ans de vie mais en même temps j’ai eu ma première relation en IRL et j’avoue avoir aimé lui donner envie mais toujours en me stoppant avant…Avec ma copine on a parler de BDSM et mon frère de cœur m’a dit que l’on n’était pas obligé de le faire quand on fait du BDSM…
Enfin bref, je n’arrive pas à savoir si je suis agrisexuel.le ou asexuel.le du coup…

Merci de votre réponse !

Sam

Salut Sam! 🙂

Merci grandement pour la confiance que tu accordes envers l’équipe d’AlterHéros! Si je comprends bien ton message, tu te questionnes au sujet de ton positionnement sur le spectre de l’asexualité. Tu précises n’avoir jamais eu de relations sexuelles et n’avoir jamais ressenti de désirs à pratiquer la masturbation. Néanmoins, tu as eu une relation intime avec ta copine et tu as ressenti une forme de plaisir à simplement exciter ta partenaire tout en t’empêchant une stimulation mécanique (c’est-à-dire de te toucher ou d’être touché.e physiquement). C’est bien cela?

D’abord, l’asexualité est généralement définie comme le fait de ne ressentir pas ou peu de désirs sexuels. Or, l’asexualité est un spectre! Et il existe autant de variations possibles de l’asexualité qu’il existe de personnes asexuelles. Chaque personne ace a la possibilité de définir par elle-même les différentes spécificités ou variances de sa propre asexualité! Par exemple, certaines personnes se définissent comme demisexuel.le.s, soit le fait d’être attiré.e sexuellement que par des gens avec qui elleux ont un lien particulier, ou bien comme greysexuel.le.s, soit le fait d’être attiré.e que par certaine(s) personne(s) dans certaines circonstances! Et bien sûr il y a des gens qui se situent entre ces catégories, les étiquettes ça ne va pas à tout le monde et c’est très bien comme cela!

Puis, certaines personnes asexuelles ont entièrement la capacité de ressentir des attirances amoureuses (à moins qu’elles soient également aromantiques). Certaines personnes ace peuvent également ressentir du plaisir à partager une intimité physique et émotionnelle avec une autre personne et certaines peuvent également prendre plaisir à certaines pratiques sexuelles! Il y a tellement de nuances possibles et chaque parcours de personne asexuelle est entièrement valide et magnifique!

Tu précises être intéressé.e envers le BDSM et d’en avoir déjà discuté avec ta partenaire. D’abord, toutes mes félicitations pour ouvrir ce type de dialogue avec te partenaire! C’est toujours super sain et émancipateur d’avoir la possibilité d’avoir un dialogue franc et respectueux entourant la sexualité. Parlant de BDSM, ça tombe bien, je suis aussi pratiquant du BDSM! Pour citer une ancienne réponse que j’ai composée à ce sujet : «Si tu t’apprêtes à explorer certains fétiches et certaines pratiques BDSM, j’aimerais te rappeler ce petit élément – qui s’applique également à n’importe quelle forme de sexualité! – : le consentement doit constamment être au coeur de chaque pratique sexuelle. L’écoute des désirs, limites et des préférences de chaque partenaire est importante. En étant moi-même membre des communautés BDSM au Canada, je tiens souvent le discours que la personne en position de soumission – bottom – est souvent la personne avec le plus de pouvoir, car c’est elle qui a le pouvoir de décider le rythme, les modalités et la fin d’une activité sexuelle. Il est par exemple possible de déterminer un safe word, c’est-à-dire un mot préalablement discuté avec ton ou ta partenaire que, où l’activité sexuelle prend fin lorsqu’il est prononcé. Il est aussi possible d’établir un code de couleur. Par exemple : vert (continue, tu peux aller plus fort!), jaune (tu peux ralentir un peu?) et rouge (ouf, j’ai besoin d’une pause! On arrête?).» Le BDSM peut être une pratique intime et érotique vraiment stimulante et permettant de construire une chimie et une dynamique vraiment intéressante avec saon partenaire.

Par exemple, j’ai d’abord découvert l’univers du BDSM via l’art du bondage, plus précisément par la technique du shibari. La corde a été une façon pour moi de comprendre que la sexualité est d’abord et avant tout une question de connection entre les partenaires, et qu’il est possible de trouver et de multiplier ces différentes formes de connections. La corde incite également une connection particulière avec notre partenaire : être constamment à l’écoute de son confort, de son plaisir, de ses limites, à travers les différentes réactions de son corps, de ses yeux ou de son sourire. La corde est un exemple parmi tant d’autres, c’est simplement pour démontrer qu’il est possible d’explorer des nouvelles pratiques sexuelles à l’extérieur de ce que nous avons traditionnellement l’habitude ou à l’extérieur de ce que les médias ou la société définissent comme étant «la sexualité», et que ces nouvelles pratiques sexuelles ont la potentialité de dynamiser une sexualité entre partenaires en développant une confiance particulière entre les parties. 🙂 Conséquemment, si ta partenaire et toi êtes intéressé.e.s à explorer le BDSM, il n’est effectivement aucunement nécessaire que cela soit lié à une sexualité plus conventionnelle (masturbation, sexe oral, sexe pénétratif, etc).

Je ne suis pas entièrement certain de ce que ton frère de coeur te partageait en précisant que vous «n’êtes pas obligé.e.s de le faire», puisqu’il n’y a rien dans le monde de l'(a)sexualité que vous êtes obligé.e.s de faire. L’exploration de notre intimité et de notre univers érotique n’est aucunement synonyme d’orgasme ou de stimulation d’organes génitaux. Le BDSM en est un magnifique exemple! Mais dans l’éventualité que ton frère de coeur faisait référence à une relation sexuelle axée sur la stimulation des organes génitaux, effectivement, ce ne sera jamais mais ô jamais quelque chose d’obligatoire! Et ce, avec ou sans BDSM!

Tu précises avoir apprécié de faire monter le désir de ta partenaire tout en stoppant au moment que tu jugeais opportun. C’est effectivement quelque chose de très plaisant de pouvoir influencer de la sorte l’excitation de notre partenaire, de provoquer une certaine frustration chez l’autre et de lo sentir perdre entièrement ses moyens! Dans l’univers BDSM, certaines personnes qui se définissent comme dominatrices peuvent prendre plaisir à contrôler (avec consentement!) l’excitation, le plaisir et la stimulation de leur partenaires ou même prendre plaisir (avec consentement!) à offrir des douleurs plus ou moins modérées. Il n’y a rien de bizarre là-dedans, je t’assure! Par ailleurs, la pratique de s’exciter ou d’exciter notre partenaire jusqu’au point de l’orgasme et d’arrêter porte même un nom. En effet, pour citer mon ancienne réponse : «en fait, se priver volontairement d’orgasme constitue également une pratique sexuelle spécifique. Cette pratique se nomme «privation d’orgasme» ou «contrôle de l’orgasme» en français, mais son penchant anglophone «tease and denial» est plus couramment utilisé. Cette pratique sexuelle est une technique de stimulation sexuelle permettant de provoquer un désir intense, mais sans se rendre jusqu’à l’orgasme. Le Tease and denial est parfois utilisé pour provoquer une excitation supplémentaire d’une durée variable. Dans d’autres cas, les participantes et les participants du Tease and denial amèneront leurs partenaires jusqu’à la limite de l’orgasme (aussi appelée edging) afin d’animer un sentiment puissant de frustration sexuelle et d’augmenter la tension sexuelle.». Est-ce que cela fait échos à ce que tu as pratiqué avec ta partenaire?

En bref, je ne peux malheureusement pas répondre à ta place à savoir si tu es greysexuel.le ou asexuel.le. Tu demeures l’expert.e de ta propre situation et, surtout, l’expert.e de ta propre (a)sexualité et des termes qui te font sentir le mieux pour décrire la complexité et les nuances de tes propres attirances sexuelles et façons d’apprécier certains éléments liés à l’érotisme ou la sexualité. Par ailleurs, je pense qu’il y a un lien commun entre la pratique du BDSM et la greysexualité, puisque les deux termes prennent racine dans une confiance et une connection particulière entre les partenaires et/ou basée sur des circonstances ou contextes particuliers. Néanmoins, je t’invite à définir par toi-même ces différentes nuances et liens possibles entre tes préférences liées au BDSM et la façon que tu souhaites te définir sur le grand spectre de l’asexualité. 🙂

Si c’est quelque chose qui t’intéresse, il est également possible de prendre contact avec certaines personnes asexuelles, au niveau international, via ce groupe Facebook : Je suis asexuel(le), heureux(se), et alors?/I’m asexual and happy, so what? Par ailleurs, il y a aussi le réseau Aven francophone, un réseau d’entraide pour personnes asexuelles et d’informations sur l’asexualité. Le réseau est principalement basé en France, mais ce forum est également utilisé par certain.e.s Québécoises et Québécois.

Concernant les pratiques BDSM, tu peux trouver plusieurs articles pour les débutant.e.s en cliquant ici.

Pour des pratiques BDSM plus sécuritaires, il y a deux guides qui abordent la santé sexuelle:

BDSM Jouez Safe : Fais-moi mal mais fais le bien.

BDSM : jeux kinky plus sécuritaires

J’espère que cela t’éclaire un peu! N’hésite pas à nous contacter de nouveau pour n’importe quelle question! Notamment tout ce qui concerne l’asexualité, la greysexualité ou les pratiques BDSM. 🙂

Chaleureusement,

Guillaume (il/he), pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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