Je suis Asperger et j’ai eu beaucoup de mal à convaincre mon entourage qu’une transition hormonale était importante pour moi…


Bonjour,

je suis actuellement en transition hormonale. Mais mon entourage ne me soutient pas.
En ce moment, je fréquente le samsad de ma région (centre d’aide pour personnes handicapées)comme je suis Asperger.
J’ai eu bcp de mal à les convaincre que prendre des hormones était important pour moi.
Malgré tout, l’infirmière et la psychologue restent sceptiques. Je leur ai proposé de prendre contact avec une asso trans locale.
Rien n’a été fait! J’ignore si elles sont transphobes ou juste ignorantes. En tout cas, c’est grâce au samsad que j’ai pu voir la psychiatre qui m’a prescris une attestation.
Comme je n’ai pas un parcours typique trans, je crois aussi que c’est cela qui les fait douter. Cela m’énerve énormément car j’ai passé du temps à m’interroger sur moi-même.
Je sais ce que je veux et je suis sous-estimé par le personnel qui est censé m’aider. C’est un comble! J’ai déjà pensé plusieurs fois à ne plus y revenir.

Pascal

Bonjour Pascal,

Merci de faire confiance à AlterHéros!

Tu décris une réalité que nous sommes plusieurs à subir. Je suis moi-même une personne autiste et trans. Je connais beaucoup de personnes neuroatypiques qui sont aussi queers, trans, non binaires, gay ou qui se situent à plein d’endroits différents sur les spectres de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres. Nous savons qui nous sommes, nous savons ce que nous voulons et nous sommes valides!

Il est souvent bien ironique de constater que le système qui devrait nous soutenir comme personnes autistes est lui-même rigide, centré sur lui-même et incapable de s’intéresser au point de vue des autres alors que ce sont des préjugés communs sur les personnes autistes.

Malheureusement, nous vivons dans une société construite sur plusieurs formes d’oppression. Notre société occidentale est cishétéronormative, c’est-à-dire qu’elle place les personnes non trans et hétéro comme « la norme » ou « la normalité ». Elle est aussi construite sur l’oppression, l’exploitation et la discrimination des personnes neuroatypiques et handicapées, des personnes racisées, des femmes et de bien d’autres groupes minoritaires ou marginalisés.

La bonne nouvelle, c’est que les choses s’améliorent grâce aux luttes que nous menons sur les plans sociaux, politiques et juridiques, mais aussi dans nos gestes du quotidien. Le simple fait d’exister comme personne autiste et trans est parfois une lutte en soi. Je salue ainsi doublement ton courage d’avoir tenté d’éduquer ton équipe soignante sur tes besoins et d’avoir proposé de les référer à une association trans locale.

Je t’invite à consulter la page du volet Neuro/Diversités d’AlterHéros si ce n’est pas déjà fait, tu y trouveras des outils et des ressources conçus par et pour des personnes comme nous. Je pense notamment au guide publié en 2017 qui a pour titre Explorer l’intersection entre neurodiversité et diversité sexuelle et de genre : Guide à l’intention des proches et des membres du réseau de l’éducation, de la santé et des services sociaux.

J’en profite aussi pour dénoncer cette idée que la plupart des personnes ont qu’il y a une « bonne façon » d’avoir un parcours trans. Les médias présentent souvent la narrative d’une personne qui a toujours su qu’elle était « dans le mauvais corps », qui est hétérosexuelle et hétéroromantique, qui a une expression de genre 100 % masculine ou féminine depuis l’enfance et qui souhaite compléter une transition médicale. En plus de la cishétéronormativité, une idéologie qui se cache derrière cette vision est le transmédicalisme, soit le concept selon lequel la seule façon valide d’être trans est de recevoir un diagnostic psychiatrique de dysphorie de genre et de faire ou vouloir faire une transition médicale qui implique par exemple la prise d’hormones ou des chirurgies. C’est en effet un des parcours possibles, mais ce n’est pas le seul. Tous les parcours trans sont valides.

Enfin, tu soulignes que tu as pensé à ne plus revenir au centre qui t’offre du soutien en tant que personne autiste. Tu as bien le droit de refuser des services qui ne correspondent pas à tes besoins! En même temps, le fait d’être neuroatypique fait souvent en sorte que nous devons faire des compromis entre les soins que nous devrions être en droit de recevoir et les soins qui nous sont réellement accessibles. Je t’invite à considérer les pour et les contres de chaque option avant de prendre ta décision. Tu as des droits! Il m’est personnellement arrivé de demander à rencontrer une autre personne, de changer de centre de soin, de demander à une autre personne de m’accompagner et même de porter plainte contre un établissement.

Je t’invite à communiquer avec ton asso trans locale pour en discuter plus en détail puisque je ne connais pas bien les lois et le contexte spécifique en France. Précisons que AlterHéros est un organisme québécois dont le siège social est situé à Tio’tia:ke sur les territoires Kanien’kehá:ka volés et non cédés.

J’espère que ma réponse te fera du bien! Tu peux même la partager à ton équipe soignante si tu le désires. N’hésite surtout pas à nous réécrire si tu as d’autres questions!

Rose Dorian Ramirez, technicienne en travail social pour AlterHéros


About Rose Dorian

Rose Dorian est une personne autiste, queer, trans et non binaire diplômée en techniques de travail social depuis 2016. Iel intervient principalement avec des personnes survivantes/victimes d'agression sexuelle et de violences ainsi que leurs proches et avec des personnes neuroatypiques.

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