Je ne me sens ni homme, ni femme, ni non-binaire ou quoi que ce soit d’autre, mais un côté féminin prend de plus en plus d’ampleur dans ma vie. Est-ce que je peux continuer cette exploration? Est-ce que c’est ça être trans?


Bonsoir !

Je préviens d’avance, ça va être un peu long~ J’ai besoin de mettre ce qui me passe par la tête à l’écrit et si il y a une réponse en retour c’est encore mieux 😉

Je suis né garçon, j’ai grandis en tant que garçon, j’ai eu des relations amoureuses en tant que garçon, et c’est “tout naturellement” (la bonne blague) que je suis entré dans la vie active en tant que garçon, étant aux yeux de mes parents (quand j’étais enfant) et aux yeux de la société maintenant ce qui est “attendu” de moi vis à vis de ma carte d’identité.

(Mis à part le côté sexuel mais après tout, ça reste quelque chose d’intime/privé et que j’ai accepté depuis longtemps donc ce n’est pas un soucis, là n’est pas la question.)

J’ajouterai à ça que je n’ai pas spécialement de soucis avec mon corps, je suis même plutôt mignon (allez je me jette des fleurs ça fait plaisir) et aujourd’hui “tout va bien”(/mieux) dans ma vie (après une vingtaine d’années de malheurs extrême à la chaîne sans jamais voir le bout du tunnel, j’ai enfin une vie stable, en liberté et je peux enfin être heureux malgré un isolement total, pour les relations sociales ça va attendre encore un peu.)

Donc globalement on pourrait dire que ça va, on continue comme ça en espérant que tout les traumas de l’enfance finissent par guérir avec le temps et puis voila ?

Sauf que non. Comme si j’avais pas déjà assez eu mon quota de soucis, en voilà un nouveau qui pointe le bout de son nez alors que ma situation est enfin stable, la question de l’identité.

Cela fait quelques semaines que la question d’engager une transition ou non me tourmente sérieusement. Au départ j’étais dans le déni, reproduisant ce qu’on m’a toujours inculqué: “tu es un garçon, agis en homme, cheveux court, pas être sensible, pas de manières, etc etc.” (j’ai enjolivé le propos et je vous passe d’autres pépites qu’il ne vaut mieux pas lire, entendre, ou vivre mais vous voyez l’idée.)

Puis le déni n’ayant pas l’air fonctionner (tiens donc ? haha), je me suis mis à me renseigner, partant du principe que les personnes trans détestaient leurs corps depuis longtemps/toujours ou non (visiblement j’avais tord là dessus après avoir fait quelques recherches), mais aussi & surtout la question de l’identité.

Et c’est sur ce dernier point que je bloque.

Je ne me “sens” ni homme, ni femme, ni non binaire ou quoi que ce soit d’autre.

Comme je l’ai légèrement expliqué, on m’a conditionné depuis tout petit à être un mec, mais d’aussi loin que je me souvienne, il y a eu de nombreux moments dans ma vie où j’ai voulu m’orienter vers plus de féminité mais où à chaque fois, ces envies furent de très courte durée, fortement réprimandé par mon père (physiquement) et toxiquement rabaissé par ma mère (mentalement). Malgré tout ça, cette envie revenait au bout de quelque temps, puis se refaisait couper.

Lorsque j’ai enfin pu me libérer de cet environnement nocif, c’était pour m’engager à l’armée (seul moyen que j’avais trouvé pour avoir un peu de liberté à 18 ans en allant vivre sur base, mais au final j’ai juste changé de “propriétaire”, ce n’était pas une liberté non plus, mais c’est un autre sujet.)

Le fait est qu’une fois encore, je n’avais pas le droit de construire ma propre personnalité, de me construire, de me chercher, d’être qui je veux, donc là encore je me suis comporté comme on attendait de moi, mais malgré la vie sur base, j’avais de quoi m’acheter des vêtements et une perruque (que je ne pouvais pas mettre hors de ma chambre sur base, vous vous doutez bien de pourquoi haha) donc c’est resté quelque chose de très intime pendant encore plusieurs années (jusqu’à ce que je démissionne) mais à cette période là que j’ai réalisé que je me sentais bien en fille, vraiment bien. Pas au point de me dire que je me “sens” femme, probablement parce qu’on m’a martelé toute ma vie que j’étais un mec ? mais suffisamment bien pour me dire que j’aurai aimé avoir cette liberté plus tôt. 

Les quelques années qui ont suivis (donc ces derniers temps) j’ai de plus en plus fait une place à ce côté féminin dans ma vie privé, allant même jusqu’à avoir 2 gardes robes, une masculin pour le quotidien, le travail, le monde extérieur, et une féminine pour chez moi. On en arrive donc à aujourd’hui où ce côté féminin a pris de plus en plus d’ampleur dans ma vie (refoulé après tant d’années) et où au delà de se contenter des vêtements, est venu l’envie d’aller plus loin (j’entends par là les hormones dans un premier temps).

Le truc, c’est que maintenant que ma vie est devenu plus stable et que cette part de moi revient en force, la question est de savoir si je dois continuer, si je peux continuer, si c’est effectivement être trans ? ou est-ce qu’il s’agit juste d’un doux rêve qu’il faudrait étouffer avant d’aller trop loin, mon coeur penchant pour continuer et ma raison me disant que c’est trop risqué… 

D’autres détails en vrac:

– Si vous vous demandez ce qu’en pensent ma famille c’est très simple: mon père a refait sa vie de son côté et est devenu un étranger pour moi, j’ai coupé les ponts avec ma mère vu le poison qu’elle était pour moi et mon seul frère qui aurait pu être un soutien est mort, donc pas de famille = pas de problèmes ? ça m’enlève une grosse épine du pied.

– La simple idée de devoir justifier/expliquer ça à mon travail me terrifie, j’ai donc l’intention de garder mon identitée masculine dans le cadre du travail (n’étant pas inquiet par les changements corporels vu que j’ai déjà un corps très fin et des vêtements amples pour travailler)

– Pas sûr que ce soit pertinent, à vous de me dire, mais j’ai toujours strictement détesté mon prénom et me suis toujours arrangé pour avoir des pseudo ou des surnoms.

Voilà, le mettre à l’écrit m’a fait réalisé deux trois choses et m’a permis de vider mon sac, en soit ça me suffit, mais j’apprécierai toute réponse évidemment 🙂

Merci à ceux qui auront pris le temps de lire !

 

Bonjour Yu!

 

Merci de faire confiance à notre équipe pour t’offrir du soutien au travers de tes questionnements.

 

Pour résumer ce que je comprends de ta situation, tu te demandes depuis quelques semaines si tu dois et veux commencer une transition médicale (hormonothérapie). Tu ne te retrouves pas dans les identités de genre homme, femme ou non-binaires, mais tu te sens bien avec une expression de genre dite féminine. Tu te demandes si c’est ça, être une personne trans et si le choix d’avancer dans une transition est le bon.

 

Pour commencer, je vais insérer un extrait d’une ancienne réponse parlant de la différence entre l’identité de genre et l’expression de genre:

« Comme tu le sais peut-être, l’expression de genre et l’identité de genre sont deux choses différentes. Ce qui peut porter à confusion c’est le fait qu’on appelle ça “expression de genre”, comme si notre expression devait forcément exprimer notre genre. Alors que si ça se trouve, on a juste envie de porter les habits qu’on trouve beaux ou confortables, de jouer aux sports qu’on aime, de faire des activités qui nous plaisent, sans que notre but soit d’exprimer un genre ou un autre. En fait, on appelle ça “expression de genre” en grande partie parce que les autres vont nous voir et dire qu’on est “masculin·e” ou “féminin·e”. En effet, dans notre société, certains habits, comportements, hobbys, etc. sont considérés féminins, et d’autres masculins. Certaines personnes trans rentrent dans les stéréotypes du genre auquel iels s’identifient, et d’autres non. Il y a des hommes trans qui sont féminins, et des femmes trans qui sont masculines. C’est le cas également pour les personnes cis. Il y a des hommes cis qui sont féminins, et des femmes cis qui sont masculines. Ce que je veux dire par cela, c’est que les comportements, les habits, les coupes de cheveux, etc se font poser une étiquette de genre par la société, mais en soi, aucune de ces choses ne sont réservées à un seul genre! N’importe qui peut aimer jouer au ballon ou avoir des amies filles. Il est certain qu’explorer l’expression de genre peut aider les personnes en questionnement à trouver ce qui les rend plus confortables, mais elle n’a tout de même pas à être conforme avec notre identité de genre. […] 

Ce qui définit ton identité ce n’est pas la manière dont les autres te perçoivent, mais la manière dont toi tu te perçois. Personne d’autre ne vit dans ta tête, personne ne peut savoir mieux que toi ce que tu vis et ce que tu ressens. Et quand je parle d’identité, je ne parle pas de mots spécifiques qui seraient supposés apparaître dans ton esprit comme par magie pour te dire qui tu es. Je parle de quelque chose de plus profond, d’un sentiment souvent difficile à expliquer mais bien réel. C’est tout à fait correct qu’en avançant dans ton exploration, tu changes de termes pour te définir, rien n’est obligatoirement permanent! Il se peut aussi que ça prenne du temps avant de trouver ce qui nous définit le mieux, ou encore ne jamais vraiment trouver un terme exact. Le but, c’est que tu sois confortable avec le terme auquel tu t’identifies. C’est très possible que ça change en cours de route! »

 

Pourquoi cet extrait? C’est pour te rassurer qu’il est normal d’aimer avoir une expression de genre féminine, tout en ne s’identifiant pas au genre féminin. Certes, en explorant notre expression de genre, par les vêtements, le maquillage, les coupes de cheveux, etc., c’est possible que ça nous aide à mieux définir notre identité de genre. Cependant, puisque tu mentionnes ne t’identifier à aucun genre, ma réponse est, oui, c’est tout à fait possible, c’est toi qui le sais!

Si nous allons un peu plus loin sur la question de l’identité de genre, je me demande, as-tu exploré les différentes identités non-binaires? Voici une image en référence:

En s’arrêtant un instant sur le terme agenre, celui-ci représente les personnes qui ne s’identifient pas à un genre en particulier. Le terme genderqueer est aussi intéressant, pouvant être utilisé pour toute identité sortant de la norme. Ça peut être pour les personnes qui ne s’identifient pas à un certain genre, qui s’identifient à plusieurs genres, qui ne peuvent pas trouver un nom à leur genre, etc. Bref, si ça peut t’aider, génial! Tu as aussi amplement le droit de ne pas utiliser de terme pour t’identifier, vas-y selon comment tu te sens, avec ce qui te rend confortable. Pour répondre à ta question «est-ce que c’est ça être trans?», je te dirais, oui, ça peut l’être et ça dépend. Ça dépend d’un seul facteur: de toi. Si on y va plus théoriquement, être trans, c’est de ne pas s’identifier avec le genre qui nous a été assigné à notre naissance. Ce n’est donc pas seulement pour les hommes trans et les femmes trans, mais aussi toute identité non-binaire. Étant donné que tu ne semble pas t’identifier au genre masculin, ça peut en effet se rapporter à toi, mais pour savoir si ta réalité se rapporte à une identité trans, c’est aussi par ta propre identification à celle-ci. Te définirais-tu comme une personne trans, selon ce que tu ressens au fond de toi?

 

Poursuivons maintenant avec le sujet de l’hormonothérapie. Tu veux savoir si tu devrais et voudrais la commencer. Je n’ai pas la réponse directe à cette question, puisqu’il appartient à toi seulement de prendre cette décision. Ce que je peux te dire, c’est que puisque tu sembles ressentir un grand bien-être lorsque tu portes des vêtements considérés comme féminins, peut-être même de l’euphorie de genre, il se pourrait que la prise d’hormone te procure des sentiments semblables, peut-être encore plus grands! Tu pourrais commencer en t’informant sur les effets de l’hormonothérapie, pour savoir si ce sont des effets que tu veux ou non, en observant ce qui est réversible et ce qui est irréversible. Ça pourrait déjà te donner une bonne idée de si tu veux faire ce pas ou non! Voici une ressource listant les effets.

 

Pour passer sur quelques derniers points rapidement, c’est aussi dans ton droit de garder ton identité privée et de ne pas faire de coming-out à ton travail. C’est très normal de ne pas vouloir avoir à s’expliquer, d’avoir peur. Si jamais tu changes d’avis en cours de route, soit parce que tu souhaites être toi-même partout où tu vas, soit que tu veux ressentir le même bien-être aussi au travail, tu pourrais t’informer sur les droits des personnes trans au travail, ou même partager des documents sur l’inclusion. Encore une fois, c’est ton propre choix de te présenter comme tu veux au travail. Si tu n’envisages pas d’en parler, c’est absolument correct!

 

Petite question par rapport à ton sentiment vis-à-vis ton prénom, est-ce que tu ne l’apprécies pas pour des raisons se rapportant au fait qu’il réfère à un certain genre? Ou tu ne l’apprécies pas pour d’autres raisons? Peu importe, tu es libre d’utiliser les surnoms ou le prénom que tu veux et c’est dans ton droit que ton entourage les respecte. Tu peux même le changer légalement, les documents justificatifs seront seulement différents selon la raison de la demande de changement.

 

Finalement, je te remercie de partager avec nous le fait que tu as vécu des expériences négatives et traumas au sein de ta famille. Ça peut être difficile de s’ouvrir face à ce qu’on a vécu, tu peux donc être fier de l’avancement que tu as fait en nous écrivant. Je suis contente de voir que tu sembles être en paix aujourd’hui avec tout ça. Si jamais tu ressens toutefois le besoin d’en parler, voici quelques ressources:

  • SOS homophobie (ligne d’écoute et chat’écoute). Ligne d’écoute: 01 48 06 42 41 
  • Croix-rouge écoute (soutien psychologique et isolement social): 0800 858 858
  • SOS crise (service d’écoute, d’orientation psychologique et de conseils): 0 800 19 00 00
  • Ligne Azur (soutien pour personnes en questionnements et victimes ou témoins d’homophobie ou de transphobie): 0 810 20 30 40

 

Sinon, as-tu des personnes dans ton entourage auxquelles tu te confies? Connais-tu une personne de confiance avec qui tu pourrais discuter, qui serait ouverte à t’écouter? Si jamais tu te reconnais dans les identités trans, ou alors que tu souhaites discuter avec des communautés trans au travers ton questionnement, voici une liste de communautés en ligne de Wiki Trans.

 

J’espère que ma réponse pourra t’aider. N’hésite pas à nous recontacter si tu as d’autres questions!

 

Émilie (elle/she), pour AlterHéros

 


About Émilie Grandmont

Émilie (elle/she) est une femme bisexuelle et polyamoureuse. Elle possède un baccalauréat en sexologie de l’UQAM. Elle est entrée dans ce programme avec le but d’en apprendre davantage sur la diversité sexuelle et de genre, sur la santé sexuelle et sur l’éducation sexuelle intersectionnelle. Aujourd’hui, elle souhaite venir en aide aux survivant.es d’agressions sexuelles et offrir une écoute inclusive et sécuritaire à toute personne faisant partie de la communauté LGBTQIA2S+. Ses ami.e.s la décriraient comme passionnée des animaux, effrayée par les papillons et difficile à réveiller aux petites heures du matin.