Je n’ai pas envie de me catégoriser, mais ma poitrine me rend inconfortable…


Bonjour,

Je recherche un avis, des conseils, ou une écoute pour mes interrogations car je me sens parfois seule et je me demande si je réfléchis trop, si je m’invente des problèmes ou si j’ai juste un problème d’acceptation de mon corps. Je vais commencer par un petit historique, histoire de poser le contexte.

Quand j’étais petite, il était clair pour moi que j’étais une fille « normale ». Le rose comme couleur préférée, admirant les princesses et trouvant ça étrange qu’une fille puisse choisir un personnage masculin dans un jeu vidéo, majoritairement des amies filles, les cheveux plutôt longs, etc … (Je sais maintenant que les goûts et les couleurs n’ont pas de genre mais en tant qu’enfant j’avais plutôt bien absorbé les codes sociaux du genre, si je peux dire ça ainsi.) Bref, je ne me posais pas spécialement de questions à ce sujet.

À la puberté, par contre, ça avait été assez compliqué. D’abord ma poitrine, que je trouvais gênante et plutôt moche esthétiquement parlant … J’ai détesté porter des brassières, puis les soutiens-gorge que je ne supportais pas de voir rembourrés (surtout à l’âge que j’avais) par exemple, et qui sont désagréables à porter. Les poils aussi, je n’en avais pas demandé ! Puis les règles, qui ont toujours été un cauchemar (je souffre énormément les premiers jours malgré les médicaments). J’étais plutôt mal dans ma peau mais jusque-là, je pense que c’est commun à beaucoup d’ados. Je me posais parfois aussi des questions vis-à-vis de ma sexualité, je pensais être hétéro (sans en être sûre à 100%), mais je me disais que je verrais bien et je me sentais bien sans copain/copine de toute façon. Je ne voyais pas l’intérêt d’être en couple « juste pour être en couple ».

Des années plus tard, j’ai fini par accepter les poils et les menstruations comme quelque chose de normal. Je me suis un peu réconciliée avec les jupes/robes que j’ai juste refusé de porter pendant un moment car je ne m’y identifiais pas/plus (maintenant, j’en porte rarement mais bon). Pour la poitrine, je me souviens juste avoir appris l’existence des binders un beau jour, et avoir trouvé ça génial au point de me demander si je n’étais pas trans, mais n’étant pas certaine, je n’en ai parlé à personne. Seulement voilà, mon malaise vis-à-vis de cette partie de mon corps ne s’est jamais évaporé. En fait, j’oscille entre des périodes d’indifférence, et d’autres où je la déteste au point d’en pleurer et de me sentir vraiment très mal psychologiquement et physiquement à la vue/au toucher, et des situations d’entre-deux.

J’ai beaucoup réfléchi et je n’ai pas l’impression de pouvoir m’identifier comme trans (en tout cas transmasculin qui ne me correspond pas, non-binaire je ne sais pas), le fait d’être genrée au féminin ne me dérange pas, je n’aime juste pas qu’on me dise « X est un truc pour les filles » ou « c’est parce que tu es une fille que (insérer explication sexiste) » parce que c’est ranger les gens dans des cases et ça ne me plaît pas, j’imagine. En même temps, je ne sais pas si c’est par habitude car je n’ai jamais essayé autre chose … Je ne déteste pas mon prénom mais pour moi c’est plus quelque chose de pratico-pratique (identification en classe, à l’aéroport, etc). D’un autre côté, ça ne me dérange pas au point d’en parler à des amis pour faire des tests. Je suis aussi pudique (pour mon corps ET pour le partage de mes ressentis/émotions/pensées) et peut-être neuroatypique, et je me demande si ça joue un rôle dans ma perception de moi-même et de mes relations …

En résumé, je me pose toujours beaucoup de questions sur mon identité depuis longtemps, j’ai également lu des témoignages qui ne peuvent jamais tout à fait coller avec comment je me sens (assez logique puisqu’on est tous différents. Mais par exemple, pour la poitrine, je trouve des témoignages de filles qui ne l’aiment pas car elle est trop petite, d’autres car elle est trop grosse, de garçons car ils se sentent dysphoriques, mais pas de filles qui objectivement ont une assez petite poitrine pas spécialement moche au niveau des standards mais que ça gêne malgré tout!)

J’ai du mal à identifier mes sentiments, j’ai depuis un certain temps, car ça s’est fait comme ça, une copine (à priori trans mais pas out donc c’est une relation hétéro aux yeux des autres. Je précise quand même que ça m’est égal et que ça n’a pas vraiment changé grand-chose à notre relation depuis que je le sais.) mais je me demande souvent si je l’Aime .. Je tiens à elle, je veux qu’elle soit heureuse, j’aime passer du temps avec elle, et en même temps je ne sais pas, ça ressemble à ma définition de l’amitié sauf qu’on se fait des câlins beaucoup plus souvent.. Parfois je me dis que c’est plus confortable d’être seule et de faire juste ce que je veux, je ne sais même pas si je serais triste si elle me disait qu’elle veut arrêter la relation, du moment qu’elle ne me dit pas ça n’importe quand et qu’on reste amies … Comme c’est une personne très compréhensive, j’ai fini par lui faire part de mes doutes (en partie du moins car c’est vraiment difficile pour moi) et elle l’a bien pris et m’a rassurée en disant que l’amour était difficile à définir, mais bon, j’ai toujours peur de lui faire du mal à cause de mes doutes constants. Je n’aime pas toujours quand on s’embrasse et je sais qu’elle n’essaiera pas de me culpabiliser/forcer si je lui dis d’arrêter quelque chose mais je me culpabilise toute seule … Je ne sais pas non plus si je veux des relations sexuelles.

Bref, je suis assez paumée, d’un côté, j’ai envie de savoir quelles petites cases me conviennent le mieux, de l’autre, j’ai juste envie de porter les vêtements et la coiffure qui me plaisent et faire ce que je veux sans me coller d’étiquettes. Le gros problème qu’il me reste est ma poitrine, je ne sais pas vraiment quoi faire à ce sujet, en ce moment je ne porte rien car c’est plus confortable et je respire mieux ainsi, mais des fois, comme je l’ai mentionné, je me sens mal. J’ai pensé à m’acheter une brassière de sport en espérant que cela suffise car ma famille n’est pas spécialement éduquée au sujet de l’expression de genre et je n’ai vraiment pas envie qu’ils prennent peur à la mention d’un potentiel binder (j’ai aussi peur d’en essayer un et que ça m’oppresse …) ou me posent des questions auxquelles je n’ai pas du tout les réponses.

Désolée si ma requête est un peu brouillon. J’ai parlé de plusieurs choses et/ou répété d’autres car je me suis dit que c’était l’occasion (en général, j’ai trop peur d’expliquer les choses, même de façon anonyme). Je ressentais le besoin d’en parler à quelqu’un qui ne me connaît pas mais qui pourra faire preuve de bienveillance envers moi.

Merci d’avance,

Louise

Hello Louise,

 

Je crois qu’il s’agit définitivement de l’endroit parfait pour expliquer ta situation en détails. 🙂 Ton récit est très clair et facile à suivre. Je vais tenter de t’offrir quelques informations parsemées de bienveillance. Les thèmes principaux que je note seraient les sentiments en lien avec ton corps, particulièrement avec ta poitrine, ton identité et tes relations, notamment avec ta copine.

 

Donc premièrement, si je comprends bien, tu as de la difficulté à cerner la différence entre un malaise ou un inconfort important avec son corps et de la dysphorie de genre à proprement parler. La dysphorie de genre c’est un inconfort, du dégoût, de la haine (ou d’autres formes d’émotions négatives) envers des caractéristiques genrées de son corps et de son apparence et la façon dont celles-ci sont jugées en société. Je pense qu’à certains moments la dysphorie peut ressembler à un manque de confiance ou d’estime de soi plus général, et les deux peuvent aussi coexister en même temps pour certaines personnes. L’un comme l’autre peut osciller entre des périodes d’indifférence et de mal être plus intense. Savoir avec certitude ce qui relève de l’un ou de l’autre ou d’un mélange est plutôt difficile de l’extérieur, c’est toi qui es dans ton corps et qui est ainsi mieux placé‧e pour déterminer ce qui fait le plus de sens pour toi.

 

Concernant la région du torse, je crois qu’essayer une brassière de sport ou un binder (c’est possible de t’en procurer sans le dire à tes parents, voir ce post) et voir comment tu te sens en en portant serait une bonne idée. C’est possible de se sentir un peu “comprimé·e” dans un binder, mais généralement un binder est censé être relativement confortable et il devrait être possible de respirer dans celui-ci, du moins lorsqu’il est de la bonne taille. Sinon, il y a d’autres moyens pour moduler l’apparence de son torse, d’autres vêtements (camisole, maillots de bain, vêtements de danse) peuvent l’aplatir et il existe des styles (chemise ouverte et t-shirt, couleurs foncées, motifs, tailles plus grandes) qui peuvent camoufler les courbes. La bonne nouvelle est que toutes ces solutions sont disponibles que l’on soit trans ou pas (oui même les binders!). 

 

Un autre truc qui pourrait aider serait de t’exposer à toute l’immense diversité corporelle qui existe, pour les seins et tout le reste du corps. De nos jours, avec les Riverdale, Pretty little liars et Gossip Girls c’est assez facile d’oublier à quoi ressemblent la plupart des ados ordinaires. Les standards de beauté sont de plus en plus inatteignables mais aussi de plus en plus présents partout. Peut-être que tu peux commencer à tranquillement déconstruire et à redéfinir ce que tu trouves beau ou normal, entre autres en regardant la réalité.

 

Éventuellement certaines personnes vont aussi opter pour les chirurgies de retrait des seins (mastectomie, mammectomie, teet yeet, etc.). Une des raisons étant que le port de binder de façon régulière pendant des années peut avoir un impact sur la forme de la poitrine et l’élasticité de la peau. Tu dis que tu as lu quelques témoignages (très bon réflexe!) mais que tu n’as pas encore croisé de personne se sentant comme toi, ne détestant pas sa poitrine et ne se sentant pas extrêmement dysphorique, mais étant tout de même plutôt gêné·e ou incommodé·e par celle-ci. C’est définitivement possible, j’ai un·e ami·e non-binaire qui tolérait sa poitrine la plupart du temps, mais qui n’aimait pas trop son apparence. Ille a eu une mastectomie il y a un an et est très content·e du résultat, même s’ille ne ressentait pas quotidiennement une immense dysphorie avant la chirurgie.

 

Ensuite en ce qui concerne l’identité, ça peut être plus difficile à identifier j’en conviens. Peut-être pour clarifier, être trans signifie de ne pas s’identifier à son genre assigné à la naissance et être non-binaire de ne s’identifier ni comme homme ni comme femme, pour l’un comme pour l’autre cette absence d’identification peut être complète ou partielle, stable ou en fluctuation, tout le temps ou selon les périodes et les contextes. Tu peux donc être trans et/ou non-binaire et parfois te sentir comme une fille, ou être neutre vis-à-vis d’être perçu·e comme une fille. J’ai l’impression que ton expérience rejoint des points de cette réponse de mon collègue Séré, iel y raconte ses apprentissages, tel que :

  • Je ne savais pas que j’avais « le droit » d’être ni un garçon ni une fille
  • Je ne savais pas qu’on n’avait pas besoin de détester son corps et vouloir des chirurgies pour être trans
  • Je pensais que d’aimer des choses dites « féminines » voulait dire que j’étais une fille

 

Le truc à propos de l’identité de genre est que ce n’est pas un seul élément individuel, ni même un ensemble de quelques éléments, c’est un sentiment global. Ce que je veux dire c’est que ça serait possible d’être trans ou non-binaire indépendamment de son enfance, de ses préférences de vêtements ou de pilosité et de la façon dont on préfère être genré·e·s ou nommé·e·s. Même si ces éléments-là peuvent nous donner des indices, la décision finale reste séparée et basée sur sa propre compréhension personnelle de soi-même.

 

Tu dis que tu aimerais connaître l’étiquette qui te correspond mais que tu apprécies aussi la liberté de ne pas être limité·e par une case. Ça fait beaucoup de sens de vouloir mettre des mots sur son expérience et de vouloir garder une certaine liberté. Personnellement, j’aime me définir comme non-binaire. J’apprécie justement que la définition se situe dans l’absence de quelque chose, ce qui laisse plein de possibilités et de créativité. Je connais aussi des personnes qui s’identifient comme non-binaires car le concept de genre ne fait pas de sens pour iels, n’est pas du tout important ou encore ne s’applique pas. Il y a plein de façons d’être non-binaires, je pense que chaque personne le vit d’une façon légèrement différente. Si c’est quelque chose qui t’interpelle ou pique ta curiosité tant mieux, et sinon il n’y a aucun problème.

 

Une dernière note, les traits de personnalité et de neurodiversité peuvent avoir un certain impact sur sa définition de soi et la façon de comprendre et de vivre son identité, mais en aucun cas ces derniers ne sont incompatibles avec une identité trans et/ou non-binaire. Il est très sain de se poser des questions sur son genre et tu n’as pas à les invalider ou les ignorer en raison d’enjeux développementaux ou de santé mentale.

 

Et finalement, juste par rapport à ta copine, tu as le droit de penser à ce que tu ressens pour elle, d’apprécier sa compagnie de même que ton temps pour toi et de ne pas être prête pour avoir des relations sexuelles. Ce que tu nommes semble parfaitement sain vu d’ici. Si tu n’es pas bien dans tes sessions d’embrassades, je t’inviterais à lui en parler, peut-être s’agit-il seulement d’améliorer vos techniques respectives et de vous synchroniser?

 

En espérant que ma réponse puisse t’apporter un tant soit peu de soulagement. Tu peux toujours nous écrire s’il y a autre chose!

 

Bien chaleureusement,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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