Je me demande si je suis homosexuel. Je suis présentement dans un couple hétéro, mais j’ai l’impression que l’attirance que j’avais pour les femmes a disparu et qu’il reste un trouble étrange par rapport aux hommes.


Bonjour,

Je viens d’avoir 26 ans et cela fait 4 ans que je me pose des questions sur mon orientation sexuelle. Je me demande si je suis homosexuel.

Avant l’apparition de ces questions, je me suis toujours considéré comme hétérosexuel et ai toujours été très fortement attiré par les femmes. Cependant, étant timide et très peu entreprenant je n’ai casiment eu aucune relation sexuelle avant mes 22 ans et que des amours à sens unique.

Aux alentours de 22 ans, j’ai commencé à plus arriver à plus avoir du succès avec des jeunes femmes et à avoir mes premières expériences avec elles. Ces expériences m’ont laissé assez froid, et en ajoutant à ça certaines remarques homophobes d’un de mes amis, ça a déclenché l’apparition de mon questionnement. J’ai alors vécu une période pleine d’angoisse à ce sujet (été 2018).

Puis ces questions se sont atténuées jusqu’à disparaître, et je suis tombé deux fois amoureux de femmes suite à ça, toujours sans pouvoir concrétiser. J’ai également vécu des histoires d’un soir avec des femmes durant lesquelles je n’arrivais pas à avoir d’érection. Pendant cette période je me sentais attiré par les femmes (mais avec le recul j’ai l’impression que mon attirance avait déjà un peu diminuée).

À l’été 2021, l’ami qui m’avait fait des remarques homophobes est revenu vers moi auprès une longue absence et m’a fait part de son homosexualité (ou bisexualité je ne sais pas trop)

Cela a fait resurgir un peu les questions que je me posait.

Peu de temps après je me suis mis en couple avec une femme avec qui je suis encore actuellement, et les questions sont devenues de plus en plus présentes. Depuis que je suis avec elle, j’ai du mal à éprouver du désir pour elle comme pour les autres femmes, je ne me sens plus trop attiré par elles. Je ne me sens pas très à l’aise dans le sexe avec ma copine (surtout autour de la pénétration, j’arrive plus à prendre du plaisir lors des préliminaires).

Et à côté de ça, en me demandant si je ne serais pas homo, j’ai commencé à être de plus en plus troublé par certains hommes que je voyais (pas trop ceux de mon entourage, mais ceux que je voyais dans la rue par exemple). Je me suis rendu compte aussi que lorsque je consommait du porno, la présence d’images de pénis en érection m’exitait plus, et que des images d’hommes se masturbant m’excitaient ainsi que du porno gay.

En conséquence je suis tout le temps en train de me tester (voir si telle ou telle femme ne m’attire “pas assez” ou si tel ou tel homme m’attire “trop”) et j’ai l’impression que plus aucune de mes réactions sont naturelles

Pour résumer, en ce moment je suis en couple hétéro mais j’ai l’impression que l’attirance que j’avais pour les femmes à disparu (ou fortement diminué du moins) et qu’il reste un trouble étrange par rapport aux hommes. Et dans le porno, c’est plus les pénis en érection qui m’excitent que les femmes. Cela m’angoisse beaucoup, je vois une psychologue par rapport à ça mais je n’arrive pas à trouver les réponses.

En attendant une réponse, je vous remercie pour la lecture de ce roman beaucoup trop long

 

Bonjour à toi!

 

Merci de nous faire confiance avec tes questionnements. 🙂

 

Pour résumer ce que je comprends de ta situation, tu te demandes si tu es homosexuel. Tu as eu tes premières relations sexuelles avec des femmes qui « t’ont laissé froid » vers l’âge de 22 ans et tu avais un ami qui te faisait des remarques homophobes. C’est ce qui a déclenché tes questionnements. Plus tard, ces questionnements ont diminué, tu as été amoureux de deux femmes, sans être en couple avec elles et tu as eu des relations sexuelles d’un soir pendant lesquelles tu n’arrivais pas à avoir d’érection. Encore plus tard, le même ami qui te faisait des remarques homophobes auparavant t’a fait son coming out. Tes questionnements sont revenus, mais tu es présentement en couple avec une femme. Tu n’as plus beaucoup d’attirance et de désir pour elle (ainsi que pour toute autre femme) et n’est pas trop à l’aise avec la pénétration. Tu as aussi de l’excitation en regardant de la porno gay et en regardant des pénis en érection. Tu mentionnes aussi tester constamment ton attirance envers les femmes et les hommes.

 

Premièrement, je comprends que le fait de se faire dire des remarques homophobes peut instaurer certains questionnements en soi, mais j’ai l’impression que, dans la situation de ton ami, c’était plutôt de l’homophobie intériorisée, soit envers lui-même. Je ne suis pas en train de diminuer l’impact des remarques qu’il a faites, l’homophobie est inacceptable, qu’elle vise une personne homosexuelle ou non. Ce que je veux plutôt dire, c’est qu’il est possible qu’il utilisait ces remarques comme moyen d’extérioriser des pensées haineuses qu’il avait envers lui-même (ou peut-être pas, dépendamment s’il était en questionnement ou non à ce moment). Peu importe, tu restes la seule personne qui peut identifier ton orientation sexuelle, pas ton entourage! 

 

Ensuite, je remarque que tu mentionnes plusieurs fois que tes expériences sexuelles ne se passaient pas très bien selon toi, soit « t’on laissé assez froid », « n’arrivais pas à avoir d’érection », « du mal à éprouver du désir », « pas très à l’aise dans le sexe ». Tu mentionnes avoir toujours été attiré par les femmes. Parle-t-on ici d’attirance sexuelle? Ou d’attirance romantique? Ces deux formes d’attirances sont indépendantes l’une de l’autre. Il se pourrait, par exemple, que tu ressentes des sentiments amoureux envers des femmes, sans toutefois ressentir d’attirance sexuelle? As-tu déjà ressenti l’envie d’embrasser un femme? D’avoir des contacts sexuels avec elle? Ou ressens-tu plutôt une envie de proximité émotionnelle? De se coller? As-tu déjà entendu parler du spectre de l’asexualité? C’est le fait de ressentir peu ou pas du tout d’attirance sexuelle. Je te laisse un lexique ici des différents termes qui en font partie. Prends note que ce que je mentionne sont seulement des pistes pour t’aider dans ta réflexion, je ne suis pas en train d’assumer quoi que ce soit!

De plus, je tiens à mentionner qu’être asexuel·le ne signifie pas automatiquement ne pas ressentir de désir et d’excitation sexuelle. Certaines personnes asexuelles ont des relations sexuelles!

 

Que tu ne ressentes pas d’attirance sexuelle et/ou de désir, cela ne signifie pas automatiquement que tu sois homosexuel! Il peut y avoir bien d’autres raisons en cause, même parfois l’anxiété ressentie face à ce questionnement peut en être la raison principale. Cependant, tu sembles voir l’homosexualité d’un point de vue négatif. Quelle en est la raison? Quelles sont tes craintes face à l’idée d’être gay? C’est commun d’avoir certaine craintes face à cela, mais il n’y a rien de mal à être homosexuel·le! Toutes les orientations sexuelles sont égales. L’orientation sexuelle se divise en trois aspects qui sont les désirs, les comportements et l’identité. Comme le mentionne ma collègue dans cet extrait de réponse: « Les désirs, ce sont nos attirances et envers qui elles se déclarent (est-ce qu’on est plutôt attiré par tel ou tel type de corps, tel ou tel type de personne, qui on aurait envie d’embrasser, etc.). Les comportements, ce sont les actions que l’on pose réellement, à l’inverse des désirs qui renvoient à l’imaginaire (ex : avoir embrassé notre amie, avoir eu une relation sexuelle avec un homme, avoir regardé les fesses d’une personne dans la rue). Finalement, l’identité, c’est l’appropriation et le choix de mots pour se décrire par rapport à notre identité sexuelle (hétéro, lesbienne, bisexuel.le, etc.). » Cela veut dire que le but est que tu sois à l’aise avec ton orientation sexuelle. Tu as la liberté de t’identifier au terme que tu veux, qui te représente le plus, selon toi.

 

Par rapport au fait de tester ton orientation sexuelle très souvent, je t’invite à consulter cette ancienne réponse qui démystifie la différence entre l’anxiété associée à des questionnements sur l’orientation sexuelle et le fait de pouvoir ressentir des attirances physiques/émotionnelles pour des personnes du même genre que toi.

 

Pour finir, pour aborder ton expérience avec la pornographie homosexuelle, je te laisse un dernier extrait d’une ancienne réponse de mon collègue: « D’abord, la pornographie est une grande industrie dont l’objectif premier est de faire de l’argent. On s’entend là-dessus, n’est-ce pas? Pour ce faire, la porno nous vend des images et des scénarios dont l’objectif est d’allumer notre imagination et, conséquemment, nous exciter. Puisque notre cerveau est notre principal organe sexuel, il est normal d’être excité par certaines images dont nous n’avons pas l’habitude de voir au quotidien.

 

En ce sens, il est nécessaire de distinguer que ce qui nous excite sur la pornographie ne constitue pas nécessairement ce qui nous excite dans la vraie vie. Certaines personnes hétérosexuelles vont préférer regarder de la pornographie homosexuelle par exemple, sans pour autant que ces personnes veulent avoir une expérience intime avec une personne du même genre qu’elles. Il est donc complètement normal d’être excité par des scènes ou des acteurs/actrices pornographiques sans pour autant que cela constitue des activités sexuelles que nous désirons expérimenter. Or, ces préférences pornographiques ne sont pas forcément liées à nos attirances de la vie de tous les jours. »

 

J’espère que ces quelques pistes pourront t’aider. N’hésite pas à nous recontacter si tu as d’autres questions!

 

Émilie (elle/she), pour AlterHéros

 


About Émilie Grandmont

Émilie (elle/she) est une femme bisexuelle et polyamoureuse. Elle possède un baccalauréat en sexologie de l’UQAM. Elle est entrée dans ce programme avec le but d’en apprendre davantage sur la diversité sexuelle et de genre, sur la santé sexuelle et sur l’éducation sexuelle intersectionnelle. Aujourd’hui, elle souhaite venir en aide aux survivant.es d’agressions sexuelles et offrir une écoute inclusive et sécuritaire à toute personne faisant partie de la communauté LGBTQIA2S+. Ses ami.e.s la décriraient comme passionnée des animaux, effrayée par les papillons et difficile à réveiller aux petites heures du matin.

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