J’ai passé une soirée avec une fille et elle s’est défilée en me disant que l’homosexualité ce n’était pas elle et que ça la dégoûtait… Que dois-je penser de cette situation?


Bonjour,
Moi sa fais déjà pas mal d années que j’assume aimer les femmes…
Voilà il y a quelque temps j ai été attirer par une collègue de travail. On parler bien toute les deux. Un jour elle m’a envoyer des vidéo d’elle entraind de dancer du coup je lui es avouée que j avais déjà eu des femmes dans ma femme. Sa la pas gênée plus que ça.on à fais une soirée ensemble je lui es lancer pleins de pique, je l’ai fais dancer très sensuelement en la portant et tous. On s est embrasser plusieur fois, et cetais assez chaud…
Le lendemain elle s est défiler en me disant en gros cetais pas elle sa la dégoutée…
Ques que je dois pensée en sachant que je sais qu on a ressentis la même chose..
Que dois je pensée ?
Merci

Anonyma60

Bonjour Anonyma60 !

Je tiens à te remercier pour la confiance que tu accordes envers AlterHéros. Il n’est pas évident de s’ouvrir sur ce type d’événements, mais c’est tout à ton honneur de t’ouvrir de la sorte : tu n’as pas à rester seule avec cette lourdeur.

Tu affirmes être complètement confortable avec ton orientation sexuelle (ça tombe bien, moi aussi!)! Tu nous partages être attirée par une collègue de travail avec qui vous avez construit une belle chimie. Celle-ci était au courant de ton orientation sexuelle et un soir, vous avez dansé ensemble de façon sensuelle et vous vous êtes embrassées plusieurs fois. Le lendemain matin, elle a quitté en disant que ça l’avait dégoûté et que «ce n’était pas elle». Tu te demandes quoi penser dans cette situation.

D’abord, je suis profondément désolé que tu as été confrontée à cette situation. Tu as entièrement la légitimité de ressentir les différentes émotions qui peuvent présentement t’habiter. Il n’y a pas de réponse facile à ta question, puisque le sujet des attirances et désirs est par définition complexe. Néanmoins, à la lecture de ton message, je ne crois pas que tu aies quoi que ce soit à te reprocher. Toute cette soirée en intimité semble avoir été réalisée dans le consentement et le plaisir, tant chez cette collègue que de ton côté. Ensuite, on ne peut hélas point deviner la réaction des autres après ce genre d’intimité homoérotique, en particulier s’il s’agit de la première fois que cette femme expérimente ce genre de rapprochements avec une autre femme. Il est possible qu’elle ait besoin de temps pour mettre des mots sur ce qu’elle a ressenti et besoin d’espace avant de pouvoir en rediscuter avec toi. C’est important de respecter ce besoin de son côté, même si de notre côté on souhaite avoir des réponses rapidement. Par ailleurs, cette situation m’est déjà arrivée à quelques reprises où pendant une soirée un garçon pouvait me partager affection et plus, mais qu’il rejetait tout le lendemain. Encore une fois, tu n’es pas seule.

Je ne crois pas t’apprendre quelque chose de nouveau en t’indiquant que chaque personne grandit dans l’exploration de son orientation sexuelle à un rythme différent. Peut-être que cela a été confrontant pour toi, au tout début, de te dire que tu étais attirée envers les femmes. Peut-être est-il possible que tu aies encore certaines idées négatives entourant l’homosexualité et la bisexualité. Après tout, c’est tout un défi de se départir de toutes ces idées négatives que l’on intériorise inconsciemment pendant notre jeunesse et idées négatives qui sont encore enseignées dans nos écoles et véhiculées dans les médias! Nos sociétés tendent toujours à valoriser l’hétérosexualité au détriment de toutes les autres orientations sexuelles. Cela peut être déboussolant d’être confronté au fait que nous n’appartenons pas nécessairement à ce modèle hétéronormatif, et il est possible que cette collègue navigue présentement dans ces remises en question et cette possible honte qu’elle peut ressentir aujourd’hui à la suite de votre intimité partagée.

D’ailleurs, pour citer ma collègue Marion : «Cette peur et ce dégoût peuvent s’ancrer dans ce qu’on appelle de l’homophobie intériorisée. C’est lorsque l’on intègre les préjugés et la peur qui sont transmis par la société par rapport à l’homosexualité, sans nécessairement en être conscient.e. Ça peut se traduire par la peur de “ne pas être normal.e”, l’impression de ne pas être “un vrai gay” si on ne s’adonne pas à telle ou telle pratique sexuelle, des émotions négatives envers soi, etc. C’est insidieux parce que c’est lié à nos émotions. Du coup, il est tout à fait possible que, rationnellement, on comprenne que toutes les orientations sexuelles sont aussi acceptables ou “normales”, que l’on sache que nos fantasmes ne reflètent pas toujours nos désirs dans la vie réelle et que l’on souhaite que tout le monde ait le droit au mariage, quelle que soit leur orientation sexuelle, par exemple. Pourtant, il est possible d’en même temps ressentir toutes ces émotions négatives et d’entretenir des craintes face à l’idée de ne pas être hétéro. Certaines craintes, malheureusement, peuvent être fondées, comme la peur de vivre de l’incompréhension ou de l’hostilité de la part de notre entourage. Par contre, le fait d’avoir une orientation sexuelle qui n’est pas celle de la majorité n’a rien de mal en soi et ne devrait pas nous faire sentir mal. Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire, mais ça vaut la peine de faire une introspection. S’interroger sur les préjugés et les fausses croyances que l’on peut entretenir afin de les démystifier et un bon moyen d’avancer sur le chemin de l’acceptation de soi et, par conséquent, d’un plus grand sentiment de paix et de bien-être.» Sans vouloir mettre de mots sur ce que cette collègue peut vivre présentement, une réaction négative à la suite d’un premier rapprochement entre deux personnes du même genre peut faire partie du cheminement de certaines personnes. C’est possiblement une grosse découverte que cette collègue a fait de réaliser qu’elle pouvait ressentir du désir et du plaisir envers une autre femme, et celle-ci peut donc entraîner son lot d’émotions de son côté.

Enfin, il demeure difficile de répondre à la place de cette collègue sur ce qu’elle a ressenti pendant la soirée ou sur ce qu’elle ressent aujourd’hui à ce sujet. Il t’est possible de lui ouvrir une porte en lui signifiant que si elle a envie de discuter de cette soirée à tes côtés, que tu demeureras toujours disponible pour elle pour l’écouter et que le tout demeurera confidentiel entre vous deux. Tu peux aussi lui demander si elle a des demandes à te communiquer concernant ses besoins pour la suite de votre relation de travail, par exemple si elle des requêtes concernant le fait de ne pas la texter ou la téléphoner.

Je suis conscient qu’il n’y a pas de solutions idéales. Tu as le droit de te sentir triste et blessée dans cette situation. C’est malheureusement quelque chose qui peut être fréquent chez les personnes de la diversité sexuelle et de genre qui développent une complicité auprès de personnes hétérosexuelles et cisgenres. Tu n’es donc pas seule, je te garantie!

J’aimerais également, à travers tout ce processus, que tu puisses penser à tes propres besoins à toi et ce qui te fait sentir heureuse au quotidien. Ton bien-être est important, et il est impossible pour l’instant de prédire quelle sera son attitude envers toi à court et moyen terme. N’hésite pas à discuter de cette situation avec d’autres femmes lesbiennes ou bisexuelles qui pourront comprendre à un niveau plus profond ce que tu as vécu et pourront également te soutenir pour la suite des choses. Tu n’as pas à rester seule là-dedans.

Je t’envoie tout mon amour via le Québec et je t’invite à nous écrire à nouveau si tu en ressens le besoin.

Chaleureusement,

Guillaume (il/he), pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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