J’ai les fantasmes de faire une fellation, ainsi que de me faire pénétrer. Je ne ressens pas d’attirance romantique ou sexuelle envers les hommes, c’est plutôt les pénis qui m’attirent. Suis-je bi?


Bonjour,

tout d’abord merci de prendre de votre temps pour m’aider dans mon questionnement. J’ai déjà consulté plusieurs réponses à des questions relativement similaire, mais ma situation diffère sur un certain point et j’aimerais une réponse qui prenne ce fait en compte.

Ma situation : trentenaire, ayant vécu plusieurs couples hétérosexuels depuis ses 16 ans, et de multiples aventures allant d’une nuit à quelques mois.

Depuis mes 22 à 23 ans je dirais, il m’arrive d’avoir des fantasmes de relations homosexuels. Il s’agit de pulsions et de pensées envahissantes où je serais en train de faire une fellation, et depuis quelques années s’est ajouté désormais le fantasme de me faire pénétrer.

Depuis le départ et jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais ressenti d’attirance pour un homme, m’imaginer embrasser un homme ou le serrer dans mes bras me procure une sensation inconfortable. Ces fantasmes n’ont pas de visage, ce qui m’attire est clairement le phalus en lui même. Je ne sais pas pourquoi…

A mes 26 ans, j’ai passé le pas et ai essayé avec une personne que je connaissais déjà, il était gay et me draguait depuis mes 18 ans même si ça me faisait toujours rire, je me suis dis que ces pensées qui m’obsédaient devaient trouver une réponse, et j’ai senti que quitte à essayer, ce serait mieux que ce soit avec lui étant donné que je me sentais en confiance avec lui. Ceci dit, je n’ai vraiment aucune attirance romantique pour lui, ni même physique. C’est un peu curieux à dire mais la seule chose qui m’attirait était le fait qu’il ait un penis.

Nous avons pratiqué 2 fois la fellation, et avec le recul, cela m’a plu et depuis quelques années me vient l’envie d’essayer de nouveau, et cette fois de me faire pénétrer.

Ces pensées m’obsède et je ne me sens pas bien en l’état, cela me pousse à beaucoup de questionnement. Je sais que je n’ai aucune attirance romantique avec les hommes, finalement seul le phalus et ce qu’il pourrait me procurer comme sensations en terme de fellation et de pénétration m’intéressent. Ce qui me gène est le fait que ces fantasmes reviennent plusieurs fois par semaine et de façon obsédante lorsqu’ils sont là, j’aimerais assumer pleinement cela en fait, mais je n’y parviens pas car je pense à la réaction de tous les gens fermés d’esprit de mon entourage : la famille, certains potes, le regard des femmes également. J’ai beau me dire que le regard de ces gens ne compte pas tant finalement si ils sont fermés d’esprit, mais le blocage revient inexorablement et je sens que cela m’oppresse. En parallèle, dès que je pense à cela, mes fantasmes obsédants reviennent et mon esprit est parasité tant que je ne fais pas quelque chose pour me calmer : le plus souvent me soulager en regardant du porno gay.

Il m’arrive également 80% du temps d’avoir des envie de masturbation avec des pensées hétérosexuelles directement. Mais je ne peux que constater à quel point l’excitation est à son comble lorsque les fantasmes spontanés qui me viennent sont homosexuels.

Je ne sais que penser de tout cela. Comme je disais, j’ai lu de nombreuses réponses mais le plus souvent les personnes ne sont pas passées à l’acte, ou n’ont pas forcément envie de recommencer. J’aimerais avoir votre avis sur ma situation, car le questionnement de “suis-je en fait bi ?” m’obsède et me parasite totalement quant au regard des gens dans le cas où la réponse était “oui je le suis”.

Merci par avance de votre temps, de votre bienveillance et de vos conseils.

Amicalement

 

Bonjour à toi!

 

Merci de faire confiance à notre équipe pour t’offrir des conseils et du soutien par rapport à ta situation. Je suis désolée pour le délai de réponse, en espérant qu’elle pourra tout de même t’apporter quelques pistes encore valides.

 

Si je résume très brièvement ta situation, tu as depuis plusieurs années des fantasmes de relations homosexuelles, de faire des fellations et de te faire pénétrer. Ce qui t’attire dans cela est seulement le pénis, ne ressentant pas d’attirance romantique et sexuelle pour les hommes. Tu as exploré ces fantasmes au travers de quelques expériences sexuelles et tu souhaites continuer. Tu te demandes donc si tu es bisexuel, mais tu trouves que ces pensées sont envahissantes et tu bloques à l’idée de vivre pleinement tes fantasmes et attirances car tu penses aux réactions négatives qu’aurait ton entourage et au regard des femmes. C’est bien ça?

 

Premièrement, parlons un peu des comportements sexuels et de l’orientation sexuelle. Tu as probablement vu passer cet extrait de réponse dans tes recherches sur notre site, mais je te le laisse tout de même pour offrir une petite réflexion: 

« L’orientation sexuelle se décline en trois aspects : les désirs, les comportements et l’identité. Les désirs, ce sont nos attirances et envers qui elles se déclarent (est-ce qu’on est plutôt attiré par tel ou tel type de corps, tel ou tel type de personne, qui on aurait envie d’embrasser, etc.). Les comportements, ce sont les actions que l’on pose réellement, à l’inverse des désirs qui renvoient à l’imaginaire (ex : avoir embrassé notre amie, avoir eu une relation sexuelle avec un homme, avoir regardé les fesses d’une personne dans la rue). Finalement, l’identité, c’est l’appropriation et le choix de mots pour se décrire par rapport à notre identité sexuelle (hétéro, lesbienne, pansexuel.le, etc.). Certaines femmes, par exemple, qui auraient des désirs invariablement de l’identité de genre des personnes qui l’intéressent, mais n’avoir eu des expériences sexuelles qu’avec d’autres femmes, pourraient se définir comme lesbiennes (se basant plutôt sur leurs comportements) ou comme pansexuelles (se basant davantage sur leurs désirs) ou même d’autres termes s’ils lui conviennent mieux! L’identité, c’est vraiment propre à chaque personne, sa façon de se percevoir et son sentiment d’appartenance à une orientation sexuelle plutôt qu’une autre.

Par ailleurs, bien qu’il ne soit pas possible de volontairement modifier notre orientation sexuelle, celle-ci reste néanmoins fluide et elle peut se modifier avec le temps. »

 

Ainsi, si nous suivons ces trois aspects en rapport avec ta situation, ton identification à une orientation sexuelle en particulier pourrait se baser soit, spécifiquement sur le fait que tu ne ressens pas d’attirance sexuelle et romantique envers les hommes, ou bien sur le fait que tu as des relations sexuelles avec des hommes, donc tes comportements. Au final, c’est l’aspect de l’identification qui est le plus important, que tu te bases sur un aspect ou l’autre, ou aucun, ou tous, il t’appartient à toi seulement de définir ton orientation sexuelle et de trouver celle avec laquelle tu te sens le mieux, à laquelle tu penses le plus appartenir. Par exemple, certains hommes ayant majoritairement des relations romantiques et sexuelles avec des femmes et parfois des relations sexuelles avec des hommes pourraient se définir comme hétérosexuels, tandis que certains pourraient s’identifier comme bisexuels ou pansexuels. C’est vraiment une décision individuelle qui dépend du ressenti, de la vision, de l’interprétation et de bien d’autres facteurs de chacun·e. Souhaites-tu ainsi considérer tes comportements sexuels comme un facteur important pour définir ton orientation? Sur quoi baserais-tu la définition de ton orientation sexuelle?

 

Finalement, je comprends qu’il peut être difficile d’imaginer les réactions de notre entourage face à une identité ou des comportements sortant de l’hétéronormativité, mais je tiens à te rappeler que ta vie sexuelle t’appartient à toi seulement. Tu n’es aucunement dans l’obligation de leur en parler si tu n’es pas confortable et si tu es certain qu’iels réagiront mal. Tu as le droit d’explorer et de vivre les expériences que tu veux et que ça reste privé. Si jamais tu souhaites en parler, tu peux toujours essayer d’y aller tranquillement. Aurais-tu une personne de confiance autour de toi que tu considères plus ouverte d’esprit? C’est toujours important pour notre bien-être de s’entourer de personnes qui nous respectent et nous soutiennent et, le fait de se trouver une personne de confiance pour nous écouter, c’est un bon premier pas!

 

J’espère que ma réponse t’apportera quelques pistes de réflexion pour aller plus loin dans ton questionnement. Tu peux toujours nous écrire de nouveau pour quoi que ce soit!

 

Émilie (elle/she), pour AlterHéros

 


About Émilie Grandmont

Émilie (elle/she) est une femme bisexuelle et polyamoureuse. Elle possède un baccalauréat en sexologie de l’UQAM. Elle est entrée dans ce programme avec le but d’en apprendre davantage sur la diversité sexuelle et de genre, sur la santé sexuelle et sur l’éducation sexuelle intersectionnelle. Aujourd’hui, elle souhaite venir en aide aux survivant.es d’agressions sexuelles et offrir une écoute inclusive et sécuritaire à toute personne faisant partie de la communauté LGBTQIA2S+. Ses ami.e.s la décriraient comme passionnée des animaux, effrayée par les papillons et difficile à réveiller aux petites heures du matin.