J’ai du mal à accepter que je suis un garçon, je sais que je serais plus heureux en tant que fille…


Bonjour

Je m’appel Thomas, j’ai 15 ans, je vis sur Paris et depuis environ une semaine je me pose des questions.
Disons que sans forcément me “sentir” fille, j’ai du mal à accepter d’être un garçon et je préférerai en être une. Est ce que ça implique de la transexualité, ou est ce qu’étant donné que je me demande ça que depuis une courte période, il est mieux d’attendre pour être sûr ?
A l’heure actuelle, je suis plutôt d’avis que je serais plus heureux si j’étais une fille, j’ai même pensé à des possibilités telles que la prise d’hormone, etc, mais ça me fait peur…
Est ce que je devrais en parler à mes parents ? J’y ai pensé, mais j’hésite, j’ai toujours été vachement timide (surtout pour annoncer ce genre de chose) même vis à vis des personnes qui me sont proches.
Par ailleurs, je vois une psy pour des raisons totalement différentes (aucun rapport avec la sexualité) depuis un petit moment (je l’ai vu 4 ou 5 fois), devrais-je lui en parler ?
Je me demande aussi si il y a un mal à préférer être une fille même si on ne se “sent” pas fille, si on n’a pas le sentiment de ne pas être né dans le bon corps mais juste par préférence, car on sent qu’on serait plus heureux ainsi.

Ces derniers temps j’ai découvert pas mal de choses sur moi avec l’adolescence et c’est assez dur de devoir avaler tout ça et de remettre en question qui on est… Un peu d’aide ?
Merci d’avance à ceux qui ont pris le temps de lire, et merci d’avantage encore à ceux qui prendront le temps d’écrire une réponse.

Bonjour Thomas!

 

Merci à toi de t’ouvrir par rapport à tes questionnements. 🙂 Je crois que tu as bien fait de nous en parler aujourd’hui. Tu as utilisé des accords masculins (heureux) pour parler de toi-même dans ta question alors c’est que je vais utiliser aussi, mais sache que tu as le droit d’essayer des accords féminins ou neutres à n’importe quel moment si tu en as envie! 

 

Alors, tu te poses des questions sur ton genre depuis une semaine. Tu ne te “sens” pas nécessairement fille, mais que tu serais plus heureux ainsi. Être garçon te rend inconfortable et tu aimerais peut-être effectuer des changements.

 

La toute première chose que j’aimerais te dire est qu’il n’y a définitivement rien de mal dans ce que tu décris. Il n’y a pas de bonne ni de mauvaise façon d’être une fille, ni un garçon. Simplement dit, si tu veux être une fille parce que c’est ce qui te fait te sentir bien, tant mieux! Va vers ce qui t’apporte ton bonheur! <3

 

Les expériences des personnes trans (qui ne s’identifient pas totalement à leur sexe assigné à la naissance) sont très diverses et multiples. On peut découvrir que l’on est trans assez tôt ou plus tard dans la vie, se questionner très très longtemps ou le réaliser facilement. Il n’y a pas un seul parcours rigide à suivre absolument, mais plein de possibilités.

 

Le sentiment que tu nommes,  « être né dans le mauvais corps » correspond au récit de certaines personnes trans, mais pas de toustes. Souvent, il s’agit plus d’une histoire simplifiée, presque caricaturale, que l’on raconte aux autres pour rendre notre vécu plus facile à comprendre, ce n’est pas une vérité universelle. Tu me suis? Maon collègue Séré l’explique un peu mieux ici je pense :

Plusieurs personnes trans trouvent que « être né dans le mauvais corps » reflète leur vécu. Mais il faut se rappeler que notre corps nous appartient. Si tu es [une fille], ton corps est déjà un corps de [fille], car il est à toi. Les [filles] ont toutes sortes de corps. Certaines sont nées avec un pénis, d’autres avec une vulve, d’autres avec un mélange des deux. Ton corps n’est pas mauvais, c’est le fait que la société t’ait assigné un genre sans te demander ton avis qui est mauvais. 

 

Pour t’aider dans tes questionnements, je pourrais peut-être clarifier utiliser les définitions suivantes tirées d’une autre de mes réponses :

Identité de genre : sentiment intérieur d’être une femme, un homme, ni l’un ni l’autre, les deux (simultanément ou en alternance) ou autre.

Expression de genre : façon de se présenter au monde extérieur par l’habillement, l’attitude, les cheveux, la pilosité, etc.

Dysphorie de genre : inconfort, mal être, anxiété ou dépression lié au fait de ne pas vivre dans son vrai genre.

Euphorie de genre : bien être lié au fait d’être capable d’exprimer son vrai genre ou d’être reconnu.e comme tel, “contraire” de la dysphorie de genre.

L’identité et l’expression ne vont pas toujours de pair, il est possible d’être une fille masculine, un garçon féminin, avoir une apparence neutre dans le genre ou qui fluctue. Il y a plein de configurations possibles!

 

Tu nommes plus d’une fois qu’être un garçon te déplaît, cela ressemble à de la dysphorie de genre. Dans mon cas, l’un des premiers signes qui m’a fait réaliser que j’étais non-binaire est que j’avais un grand malaise lorsqu’on m’appelait monsieur au travail. Je n’avais pas de réaction particulière lorsqu’on m’appelait madame. Puis j’ai rencontré des personnes non-binaires et j’ai appris qu’il y avait une façon d’être ni l’un ni l’autre, ça a comme cliqué et ça résonnait avec quelque chose en moi. Bref, la dysphorie est un bon indice à garder en tête, mais je crois que l’euphorie de genre est un meilleur moyen de découvrir ce qui te convient réellement. Qu’est-ce que l’idée d’être une fille et d’être reconnue comme telle t’apporte comme pensées et comme émotions? Qu’est-ce que tu aimerais changer dans ta vie si tu le pouvais et qu’il n’y avait aucune conséquence?

 

Un autre bon moyen de clarifier ses doutes est de faire des essais dans des contextes sécuritaires lorsque tu te sens prêt. Tu pourrais, par exemple, essayer un nouveau prénom et des pronoms féminins avec des ami.e.s proches ou sur des communautés en ligne, ou encore essayer un style différent (vêtements, coiffure, accessoires, maquillage, etc). Je tiens à spécifier que tu n’as pas besoin de savoir à 100% hors de tout doute raisonnable si c’est quelque chose qui va te plaire avant de faire ce genre d’expériences. c’est correct d’hésiter et d’essayer quand même. Tu nommes les hormones comme une possibilité que tu considères mais qui t’inquiète, qu’est-ce qui te fait peur exactement? Est-ce que tu t’es renseigné sur les effets réversibles et permanents? Sache que tu n’es pas obligé de prendre cette option si cela ne te plait pas.

 

Dans ton message tu fais la différence entre se “sentir” comme une fille et vouloir en être une, qu’est-ce que cette distinction signifie pour toi? Comment est-ce qu’elle se manifeste concrètement? Est-ce qu’il est possible que ce ne soit que deux nuances d’une même couleur? 

 

J’ai l’impression que je te donne beaucoup plus de questions que de réponses. Si tu aimerais avoir ce type de réflexion en ayant une discussion en direct avec une autre personne, ça pourrait être pertinent. Tu nommes ton psychologue ou tes parents, à toi de voir selon la relation que tu as avec elleux. Tu dis que cela te gênerait de l’aborder avec tes parents, tu pourrais l’écrire dans une lettre en premier pour pouvoir bien choisir tes mots. Si tu prends la décision de le faire en personne, assure-toi de te préparer et de choisir un bon moment.

 

Enfin, tu aimerais peut-être lire des témoignages d’autres personnes trans et non-binaires, joindre des groupes de discussion ou encore participer aux activités d’associations. Chaque vécu est différent, mais on peut y trouver des points en commun et des pistes qui peuvent nous guider. Voici quelques ressources sur le sujet :

 

Finalement, tu expliques que tu as beaucoup de remises en question ces temps-ci et que tu les attribues à l’adolescence. Avec tous les changements physiques, psychologiques, émotionnels et j’en passe, il s’agit sans doute d’une période confrontante pour nous toustes. Pour certaines personnes, ces changements déclenchent justement des réalisations au niveau du genre.

 

C’est valide et c’est normal. Donne toi le temps de vivre ce qui t’arrive et de respirer. Tu es qui tu es et c’est amplement suffisant. J’espère que mes quelques conseils t’aident un peu? Écris-nous à nouveau si tu en ressens le besoin! On est là pour t’aider.

 

Bonnes réflexions,

 

Maxime, stagiaire pour AlterHéros


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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