Est-ce que je jalouse les garçons ou bien suis-je un garçon trans?


Bonjour,
Depuis à peu près 3 semaines, je me pose des questions sur mon identité de genre. J’ai jamais vraiment démontré de signes de transidentité quand j’étais jeune (j’ai été assigné.e fille à la naissance, donc je jouais avec des poupées, mais aussi avec des petites voitures et j’étais fan de la série les bagnoles, mais je vois pas trop en quoi ça pourrait être un signe ahah.) J’ai jamais vraiment pensé à mon identité de genre avant, c’est la première fois que je me questionne sur ce sujet. Je me suis déjà dit avant que j’aimerais me réincarner en garçon, que j’aimerais me réveiller le lendemain en tant que garçon, mais c’était pas vraiment des pensées constantes. J’ai commencé à me poser des questions dès que j’ai vu un clip d’un groupe de musique. Au début je me disais «woah il est vraiment beau», mais après j’ai commencé à jalouser le chanteur, je voulais le même physique, la même voix grave. Après, j’ai commencé à jalouser les gars que je voyais sur les réseaux sociaux, puis j’ai commencé à me poser des questions sur mon genre. En y pensant, j’ai remarqué que pendant toute ma vie quelque chose n’allait pas, mais je savais pas quoi. Je me suis jamais senti.e fille, mais je ne sais pas si je me sens garçon non plus, même si j’aimerais en être un. J’ai aussi commencé à me sentir gêné.e quand quelqu’un m’appelait par mon nom de naissance et quand on parlait de moi en tant que fille. J’ai commencé à vouloir cacher mes seins, car ils ont commencé à me dégoûter, alors que je m’en fichais complètement avant. J’en ai parlé à mes amis et ils m’ont proposé de me genrer au masculin. Ça ne m’a pas dérangé et j’ai plutôt apprécié ça, mais la vérité c’est que je suis complètement mélangé.e et perdu.e dans ce que je ressens. Je n’arrive pas à savoir si c’est parce que j’ai trop lu de choses sur le sujet que je me suis mise dans la tête que je suis une personne transgenre alors qu’en vrai je suis cis. J’ai demandé à mère si je pourrais avoir une coupe courte à la garçonne (je rêve d’en avoir une depuis 4 ans, je sais pas si c’est un signe ou je sais pas bref), mais elle refuse. Elle me dit que je vais avoir l’air lesbienne et de chercher une coupe de cheveux pour les filles. Mais je ne veux pas de coupe de cheveux pour les filles. Je veux une coupe garçonne. J’ai toujours détesté mes cheveux longs, c’est trop de travail pour rien je trouve. Ma mère m’a aussi demandé si je me sentais comme un garçon (je lui avait déjà parlé à ce sujet, je lui avais dit que j’aimerais tester un look un peu plus masculin) et quand je lui ai répondu que je savais pas, elle a commencé à me crier dessus, à me dire que je suis une fille et que je vais rester une fille. Je ne sais vraiment plus quoi faire. J’ai commencé à me questionner, maintenant je n’arrive plus à m’enlever l’idée d’être un garçon de la tête.

J.

Bonjour J!

 

Merci de te confier à AlterHéros. En effet, il est possible de se perdre à travers tous ces questionnements et ces nouveaux sentiments. Ce qui t’arrive est tout à fait normal et moi et beaucoup de personnes que je connais sont passé.e.s par là. Je vais essayer de démêler un peu tout ça avec toi.

 

Pour résumer, tu te poses beaucoup de questions sur ton genre depuis quelques semaines, car tu ressens un sentiment de jalousie envers les garçons, tu aimerais couper tes cheveux courts, ta poitrine te rend inconfortable et tu aimes te faire genrer au masculin par tes ami.e.s (c’est donc ce que je vais faire!)

 

Je vais commencer par te mettre quelques définitions de base. C’est possible que tu les connaisses déjà, je veux juste être sûr qu’on utilise tous les deux le même vocabulaire. 

Cisgenre : personne dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance.

Transgenre : personne dont l’identité de genre ne correspond pas exclusivement à son sexe assigné à la naissance.

Non-binaire : personne ne s’identifiant pas exclusivement comme homme ou femme.

Identité de genre : sentiment intérieur d’être une femme, un homme, ni l’un ni l’autre, les deux (simultanément ou en alternance) ou autre.

Expression de genre : façon de se présenter au monde extérieur par l’habillement, l’attitude, les cheveux, la pilosité, etc.

Dysphorie de genre : inconfort, mal être, anxiété ou dépression lié au fait de ne pas vivre dans son vrai genre.

Euphorie de genre : bien être lié au fait d’être capable d’exprimer son vrai genre ou d’être reconnu.e comme tel, “contraire” de la dysphorie de genre.

 

Tu dis que tu lis déjà beaucoup sur le sujet et que tu as peur que tes lectures t’influencent : je ne pense pas que c’est comme ça que ça marche. Tu ne te transformeras pas en vampire en lisant la série Twilight! Si tu veux lire plus de définitions (parfois trouver les mots dans lesquels on se reconnait ça peut aider), tu peux regarder du côté de cette page de Jeunesse J’écoute ou celle-ci de La vie en queer sur la non-binairté.

 

Pour tes questionnements, il n’y a pas de test ou de questionnaire standardisé qui permettrait de déterminer sans l’ombre d’un doute ton identité. Chaque personne vit et ressent son genre d’une façon légèrement différente, et il y autant de parcours de transition que de personnes trans. Certaines personnes vont ressentir une différence et vont adopter des comportements d’un autre genre dès l’enfance, d’autres personnes ne le réaliseront que beaucoup plus tard. L’adolescence est un moment qui amène beaucoup de changements et de doutes, c’est pourquoi il s’agit d’une période où des personnes se posent des questions sur leur genre. Se questionner sur différents aspects de son identité est parfaitement sain et tu n’as pas à avoir toutes les réponses tout de suite, tu peux prendre le temps dont tu as besoin. Je te recommande cette FAQ “Puis-je être trans/non-binaire si… ?” qui pourrait peut-être te rassurer. Je ne me souviens plus où je l’avais lue, mais une remarque qui m’avait ouvert les yeux et dont j’essaye de me rappelle quand je me sens moins confiant.e est que la plupart des personnes cis ne se posent généralement pas autant de questions sur leur genre.

 

Tu dis que, quand tu étais petit, tu aimais autant jouer avec des voitures et des poupées. Pris hors contexte, tu as raison, ça ne veut pas dire grand-chose à part que tu jouais avec des jouets appropriés pour ton âge. Certaines personnes trans et non-binaires réalisent en y repensant que leurs préférences de jeux à l’enfance étaient des signes avant-coureurs de leur relation avec leur genre, mais pas toustes. 

 

Moi par exemple, quand des client.e.s au travail se trompent en m’appelant monsieur, ça me fait toujours sentir pas super bien, mais quand ma superviseure écrit mon évaluation avec les bons pronoms et accords je me sens mieux. Même si tu te sens mélangé, tu apprécies quand tes ami.e.s parlent de toi au masculin, ça c’est un exemple d’euphorie de genre. Fais-toi confiance et va vers ce qui te fait le plus de bien. 

 

Tu mentionnes que tu ne te sens pas comme une fille ni comme un garçon, même si tu aimerais en être un. Selon moi, ça peut s’apparenter à la non-binarité. Si ça t’intéresse, tu pourrais expérimenter l’utilisation des pronoms neutres (iel, ille) et des accords neutres (heureux.se) avec tes ami.e.s? Mais sache que les personnes non-binaires ont le droit d’utiliser n’importe quels pronoms et accords. Cet article propose des bonnes pistes sur les questionnements en lien avec la non-binarité.

 

Par rapport à tes cheveux, tu pourrais peut-être montrer des photos de femmes aux cheveux courts à ta mère, elle comprendrait peut-être plus si tu lui expliquais que c’est une nouvelle mode? Il y aurait aussi moyen de lui dire que c’est parce que tu trouves que c’est plus pratique et qu’au pire ça va repousser. De plus, si tu en ressens le courage, tu peux également communiquer à ta mère que des cheveux courts ne sont pas un indicateur d’une orientation sexuelle. Et que refuser d’avoir une coupe de cheveux en fonction que cela ressemble à une coupe de cheveux de femme lesbienne, cela revient à dire qu’il existe de meilleures orientations sexuelles que d’autres auxquelles il ne faudrait surtout pas être associées. C’est une des nombreuses formes d’homophobie ordinaire. 

 

Je comprends que ce n’est tout de même pas toujours facile de t’exprimer comme tu le veux à la maison. Quand ta mère te crie dessus il se peut que tu ressentes de la peur, de la colère ou de la tristesse. Rappelle-toi que les dynamiques peuvent changer, que le climat peut s’améliorer et que  tu n’habiteras pas toujours là… et qu’un jour tu auras toute la place dont tu as besoin pour t’épanouir! Lorsque tu seras prêt à lui en parler (et que tu te sentiras en sécurité de le faire) il y a des ressources qui existent, comme ce reportage ou cet article sur le vécu des parents d’enfants trans, qui pourraient te servir de support. Pour te préparer tu pourrais lire des témoignages de coming out d’autres personnes trans dans leurs familles. L’important est que tu respectes ton propre rythme dans les communications avec ta mère et que tu mettes tes limites sur ce que tu veux partager ou non.

 

Tu pourrais aussi regarder du côté des groupes et associations dans ta région. À Gatineau, il y a Jeunesse Idem qui organise des rencontres (parfois en ligne!) d’échange et de soutien, certains pour les jeunes trans et d’autres pour leurs parents et leurs proches. Si tu aimerais te procurer un binder (un gilet de compression pour la poitrine) Projet 10 et Jeunesse Lambda offrent accompagnement et soutien financier (même à distance). Si tu te sens confortable, tu pourrais rejoindre des groupes Facebook (privés) comme FTM Province de Québec ou Personnes non-binaires du Québec (territoires non-cédés) pour discuter de ce qui t’arrive avec des gens qui peuvent comprendre.

 

Enfin, pour continuer de réfléchir tu peux aussi lire d’autres questions/réponses sur notre site comme

 

J’espère avoir pu t’éclairer un peu et ne pas juste t’avoir donné plus de questions. ^^

Continue de te renseigner, d’écouter les témoignages et points de vue de personnes similaires et différentes et, surtout, de t’écouter toi. Tu peux toujours nous réécrire s’il y a quoi que ce soit ou simplement pour nous donner de tes nouvelles.

 

Prends soin de toi,

 

Maxime, stagiaire pour AlterHéros


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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