Est-il possible d’être vu comme trans, même sans prendre d’hormones et de faire de chirurgies ?


Bonjour !
Alors j’ai quelques questions aujourd’hui et je vous remercie donc d’avance des réponses et pour le temps que vous aurez pris à me lire ! 🙂 J’apprécie beaucoup, beaucoup !
Alors, tout d’abord, je me demandais… est-il possible d’être vu comme trans, même sans prendre d’hormones et de faire de chirurgies ? Quand même être vu comme trans ? Ou alors il faut absolument prendre un des deux ou biens les deux pour être vu comme trans ?
Ensuite, je me demandais, vu que je ne suis pas encore sûr que je suis bel et bien un gars trans, est-ce que vous auriez des trucs / des signes à me donner pour savoir si l’on est réellement trans ? Et est-ce que le fait que, premièrement, je préfère être genré au masculin qu’au féminin, deuxièmement, le fait que je n’aime pas particulièrement mes parties du corps féminines et que j’ai l’impression qu’elles ne m’appartiennent pas totalement et troisièmement que si j’avais une baguette magique pour me réveiller dans le corps d’un gars demain matin, je le ferai sans hésiter, sont des signes que je ne suis pas totalement fille… mais bel et bien trans ?
Encore merci !
Rafe (bien sûr, ce n’est pas mon vrai nom, mais pourtant, j’adoooorerais que ce soit le cas ! ^^)”
 
Bonjour Rafe,
 
Premièrement, je te remercie de la confiance que tu accordes à AlterHéros en nous confiant tes questionnements! Je comprends qu’ils puissent te tracasser et je vais y répondre au meilleur de mes capacités.
 
Si je comprends bien, tu es en questionnement quant au genre auquel tu t’identifies. Tu ne te sens pas tout à fait à l’aise avec certaines parties de ton corps, mais tu n’es pas sûre de ce qu’implique une transition, c’est bien ça?  Je ne peux évidemment pas te dire ce que tu devrais faire, ou ce qui te conviendra le mieux, car toi seul peux trouver ces réponses. Néanmoins, je peux explorer avec toi quelques pistes de réflexion et pour ce faire, je vais notamment utiliser des pronoms masculins pour m’adresser à toi, tu pourras évaluer si tu te sens confortable avec ce genre d’accords 😉
 
Alors, pour répondre à ta première question: Oui! Tu peux très bien être vu comme un homme trans, sans avoir besoin de prendre des hormones ou avoir de chirurgie(s)! Je ne sais pas si tu es familier avec les notions d’identité et d’expression de genre, mais je pense qu’un survol de ces concepts pourrait t’aider à répondre à cette question.
 
L’identité de genre est la façon dont tu te sens au fond de toi, c’est-à-dire si tu te vois comme un homme, une femme, comme une combinaison des deux, ou même comme aucun des deux! Cette identité n’est pas déterminée par le sexe/genre qu’on t’a assigné à la naissance, mais à ton sentiment profond. C’est donc toi qui sait quel genre te convient le mieux.
 
Ensuite, ton expression de genre représente ta façon d’extérioriser ton identité. Ça peut passer par les vêtements que tu portes, la façon dont tu te coiffes, dont tu parles, etc, mais aussi par les activités que tu choisis de faire et par les gens que tu fréquentes. C’est le choix de la facette de toi que tu choisis de montrer au monde chaque jour. D’ailleurs, tu peux explorer de nouvelles façons de te présenter chaque jour, selon ton envie. Pour reprendre les mots de ce magnifique guide : ”L’expression de genre est l’apparence de ce que notre société qualifie de féminin ou de masculin (vêtements, coiffure, maquillage, langage corporel, etc.), sans égard au genre de la personne. Les deux pôles de cet axe correspondent aux représentations stéréotypées du féminin et du masculin telles que les véhiculent nos sociétés. Entre ces deux pôles, on retrouve toutes les possibilités de l’expression de genre. L’expression de genre n’est pas nécessairement la manifestation de l’identité de genre de la personne et peut varier chez une même personne.” Tu peux, par exemple, être une femme et aimer la barbe ! Tu connais Princesse Lamarche ? Je suis certain qu’elle saura t’inspirer! 🙂 
 
Le fait d’être trans ne dépend donc pas de ce qu’il y a sous tes vêtements, mais plutôt de la façon dont tu te sens et dont tu te présentes au monde. Rien ne t’oblige à avoir recours à des procédures médicales ou légales pour transitionner, si tu es satisfait de ce que tu sens au fond de toi et de la façon dont les gens te voient. Il existe autant de formes parcours trans qu’il existe de personnes trans! C’est à chaque personne à définir ses besoins et objectifs. Les parcours trans sont multiples. Dans le but d’affirmer son identité de genre, ces parcours peuvent impliquer une transition :

Par ailleurs, tu peux avoir recours à des méthodes plus accessibles, si tu veux te donner un air plus <<masculin>>. Comme je l’ai mentionné plus haut, tes vêtements, ta coiffure et les autres éléments de ton apparence peuvent t’aider à te sentir plus à l’aise et plus confiant dans ton corps. Il y a aussi mille et un trucs sur Internet pour avoir l’air plus grand et enfin, tu peux avoir recours à des brassières de sport ou compressantes et à des binders pour aplatir ta poitrine. Un chandail de compression (binder) permet, par exemple, de compresser une poitrine pour avoir l’apparence d’un torse plat.
Certains groupes communautaires offrent parfois du soutien technique (et financier, selon ta situation personnelle et les capacités financières du groupe communautaire) à l’achat de certains accessoires d’affirmation de genre. Si tu as l’occasion de te rendre à Montréal prochainement, voici quelques groupes qui pourraient t’aider dans tes démarches :
Si tu as 25 ans et moins, tu peux contacter Jeunesse Lambda ou Projet 10 pour à apprendre plus sur les modalités de leur programme d’accès aux accessoires d’affirmation de genre.
Si tu as plus que 25 ans, tu peux contacter ASTT(e)Q pour du soutien technique (et parfois financier) dans l’accès à ces accessoires.
Pour l’accès à des chandails de compression à faible prix, tu peux contacter le Center for Gender Advocacy / Centre de lutte contre les oppressions de genre.
Si l’option d’un binder t’intéresse, je t’invite à lire quelques consignes de sécurité concernant l’usage d’un binder que j’ai laissé à la fin de cette présente réponse. 🙂
 
Par rapport à ta deuxième question, tu peux prendre tout le temps, l’espace et les moyens nécessaires pour trouver quelle identité de genre te convient le mieux. C’est sûr que l’exercice de la baguette magique est un bon point de départ pour explorer ton identité de genre. Je te félicite du cheminement que tu as déjà fait et je t’encourage à continuer dans cette voie. Néanmoins, c’est une question pleine de subtilités auxquelles toi seul peut trouver la réponse. D’ailleurs, comme je le disais avant, rien ne t’oblige à t’identifier uniquement comme <<homme>> ou <<femme>>. Tu peux très bien trouver que l’identité qui te convient le mieux se trouve quelque part entre les deux (Tu peux lire cette réponse concernant la non-binarité si ce sujet t’intéresse ! Ou bien regarder cette capsule web mettant en vedette un.e collègue non-binaire!) . Aussi, ton identité peut changer à un moment ou à un autre dans ta vie. Elle n’est pas figée, mais fluide, comme tes autres sentiments. Je t’ai mis ici un graphique qui résume plutôt bien les différentes nuances qu’offre la diversité sexuelle et de genre !   🙂

Tu peux aussi demander à des personnes de confiance de s’adresser à toi régulièrement avec des pronoms masculins, pour voir si ça te convient et pour te soutenir dans ton exploration. N’hésite pas à en parler avec ces personnes. Le dialogue est une excellente façon de faire le point sur tes pensées et tes sentiments. Tu peux aussi noter tes pensées et tes sentiments dans un journal, si ça te convient mieux. Tu peux appliquer les trucs que je t’ai donnés plus haut pour faire correspondre davantage ton apparence physique à ce que tu ressens au fond de toi, mais je me permets quand même de souligner le fait que c’est d’abord et avant tout à toi que tu dois plaire. Par ailleurs, tu sais, tous les types de corps sont valides et je t’invite à célébrer la spécificité du tiens! Enfin, je te mets un lien vers la page Facebook de Jeunesse Idem, une association LGBTQ+ pour les jeunes en Outaouais: https://www.facebook.com/jeunesseidem/. Ça pourrait être une bonne occasion pour toi de rencontrer des gens qui ont possiblement les mêmes questions que toi et, qui sait, peut-être même des trucs que je ne connais pas! Il est aussi possible de consulter les différentes réponses des autres questions liées à la transidentité sur notre site internet : Suis-je trans ?
 
En bref, je comprends que la question d’identité du genre te tracasse! C’est une question pleine de nuances à laquelle aucune réponse préconçue ne convient. Néanmoins, tu as déjà bien entamé le processus de recherche et tu peux en être fier. Ça demande du courage et de la lucidité!
Durant ton exploration, je t’invite à garder en tête la nuance entre ton identité de genre et la façon dont tu exprimes celle-ci. Rappelle-toi aussi que ton genre peut être fluide et qu’il n’est pas dichotomique, c’est-à-dire que tu n’es pas obligé de te définir comme homme ou femme une fois pour toute. Enfin, la transidentité ne doit pas être banalisé à un parcours médical, au contraire! Tu peux t’identifier comme homme trans, même sans procédure médicale. Il existe autant de moyens d’affirmer ta masculinité que tu peux en imaginer. Je t’invite à explorer tous ceux qui pourraient te faire du bien, sans idée préconçue. Que ce soit par ton apparence, tes interactions avec tes proches ou enfin médicalement, le jour où tu te sentiras en phase avec toi-même, tu auras trouvé ton identité et comment l’exprimer.
 
J’espère que ma réponse pourra t’éclairer et te rassurer. Merci encore de la confiance que tu as accordée à AlterHéros et n’hésite pas à refaire appel à nous si tu as d’autres questions.
 
Hadrien Laforest,
Bachelier de psychologie et intervenant au sein d’AlterHéros
Conseils généraux pour le port et l’entretien d’un binder : 

Entretien : Pour préserver l’élasticité du vêtement, laver à la main ou à la machine (cycle doux) à l’eau froide et laisser sécher à l’air. Ne jamais utiliser d’eau de Javel et ne pas mettre dans la sécheuse, car cela affaiblit l’élasticité. Le mettre à la sécheuse quelques minutes peut toutefois le resserrer un peu… à toi de trouver la meilleure technique selon tes besoins !
 
Conseils généraux : Si tu as de la difficulté à respirer ou que tu es essoufflé.e., il se peut que ton binder soit trop serré ou que tu le portes depuis trop longtemps.
Choisis un binder qui aplatit ton torse, mais qui ne comprime pas trop tes côtes et n’affecte pas ta respiration.
Essaie de ne pas porter ton binder pendant plus de 8 heures consécutives et ne dors jamais en le portant. Sinon, le binder pourrait compresser tes poumons et ralentir ta respiration.
Plusieurs personnes ont tendance à transpirer un peu plus en portant un binder et, parfois, l’excès d’humidité irrite la peau et favorise l’apparition d’infections. En lavant ton binder régulièrement, tu réduis le risque d’éruptions cutanées et d’irritation.
Pour prévenir l’irritation, tu peux mettre une camisole en coton ou de la fécule de maïs sous ton binder, ce qui empêchera ta peau de rester humide. Si la fécule de maïs ne te convient pas, il est aussi possible d’utiliser du carbonate de calcium.
Si tu crains que tes formes corporelles soient visibles malgré le port d’un binder, tu peux essayer de porter des chandails de couleur foncée ou avec certains motifs pour diminuer l’apparence de formes.
Après un certain temps (mois, années), le port quotidien d’un binder peut rendre la peau de ton torse moins élastique et peut aussi affecter tes muscles. Pour minimiser les inconvénients, tu peux étirer tes muscles pectoraux et prendre des respirations profondes lorsque tu ne portes pas de binder.
Si tu souffres de toux, d’inconfort ou de douleur persistante, ou si tu as d’autres inquiétudes liées au port du binder, tu peux consulter un.e. professionnel.le de la santé.
 
Mon binder est-il trop petit ou trop grand ?
Un binder de la bonne taille ne devrait pas être difficile à mettre ou à retirer. Tu devrais être capable de porter ton binder pour une journée complète (une moyenne de 8 heures, un maximum de 10 heures) sans que le binder ne cause de difficultés respiratoires, de douleur, de courbatures ou d’inconfort extrême. Ton binder devrait se placer confortablement autour de ton corps.
 
Signes que ton binder pourrait être trop petit :

  • Des traces sur ta peau
  • Des frottements ou des pincements
  • Du chatouillement ou de l’engourdissement dans tes doigts ou tes mains
  • De la douleur, des courbatures ou de l’inconfort extrême
  • Difficulté extrême à enfiler ou retirer ton binder
  • Respiration courte ou difficulté à prendre une pleine respiration

 
Signes que ton binder pourrait être trop grand :

  • Tu dois souvent le réajuster
  • Ton binder ne repose pas à plat sur le bas de ta poitrine
  • Il y a de l’espace considérable autour de tes aisselles ou de tes épaules
  • Ton binder te va comme une camisole régulière ou n’aplatit pas

 
Avec ton binder, tu ne peux pas :

  • Se baigner (Les binders GC2B sont sécuritaires pour être dans l’eau, sans toutefois faire trop d’efforts physiques!)
  • Faire de l’exercice
  • Dormir

 


About Hadrien

Détenteur d'un bac en psychologie de l'Université de Montréal, Hadrien aime voyager, tenter de nouvelles expériences et rencontrer toutes sortes de gens.

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