Est-ce normal que je ressente une forme de honte d’être lesbienne?


Bonjour, je vous avez déjà envoyée un message auparavant mais ma situation a un peu changée. J’ai commencée à me poser des questions sur mon orientation sexuelle il y a 2 ans et maintenant je m’identifie comme étant lesbienne même si j’ai encore des doutes.
Mon problème est que je pense que j’ai honte d’être lesbienne.
L’autre jour, ma grand-mère m’a demandée si j’étais lesbienne parce que c’est vrai que je fais souvent des sous-entendus. Elle m’a ensuite dis que si je l’était, elle ne m’aimerait pas moins pour autant. Ça m’a fait vraiment plaisir qu’elle dise ça mais malgrés tout je lui ai quand même répondu que non je n’était pas lesbienne.
De plus, j’ai un ami qui est gay et je sais qu’il aura une réaction positive si je lui dis mais je n’arrive quand même pas.
Je ressens une sorte de honte à l’idée que les gens me perçoivent comme une lesbienne mais d’un autre côté j’ai envie de l’assumer.
Pourtant j’essaye de me dire que je n’ai pas à avoir honte, que c’est normal mais je n’arrives pas.
J’ai l’impression que je n’arriverais jamais à en parler et ça me rend vraiment mal, je sais que tant que je n’en parlerais pas, je n’arriverais pas à me sentir épanouie.
Enfin voilà, j’aimerais juste réussir à en parler, à ne pas avoir honte et à l’assumer car ça me rend vraiment mal de garder ça pour moi.

Kinvea

Salut Kinvea!

Merci beaucoup de nous faire confiance à nouveau. 😀 Je suis content.e que nos services aient pu t’aider et j’espère que cette réponse-ci sera également à la hauteur de l’attention et de la bienveillance que tu mérites. <3

Déjà, félicitations pour les progrès et les réflexions que tu as fait au cours des deux dernières années. Ce n’est pas facile de prendre conscience de son orientation sexuelle et de l’affirmer. C’est vraiment correct d’avoir encore des hésitations ou des expériences qui ne rentrent pas dans l’expérience classique de la lesbienne tradiontionelle. Chaque personne vit son orientation sexuelle d’une façon légèrement différente et totalement unique.

Alors, aujourd’hui tu nous écris car tu ressens une forme de honte en lien avec ton identité lesbienne. Tu n’es pas vraiment sûre d’où cela provient, et ton entourage semble assez ouvert et inclusif. Mais il y a quelque chose qui bloque et cela commence à te déranger. Je vais essayer de regarder cela avec toi. 🙂

Premièrement, ta grand-mère semble très gentille, et je ne doute pas qu’elle a les meilleures intentions du monde, mais te demander directement si tu es lesbienne car elle a certains doutes était un brin maladroit je crois. Même si elle affirme son ouverture et son affection pour toi, elle t’impose aussi son échéancier : elle te demande te décider et de dire si tu es lesbienne ou non, ici, maintenant, là tout de suite. C’est beaucoup exiger. Dévoiler son orientation sexuelle à une personne qu’on aime ça prend de l’honnêteté, du courage et de la vulnérabilité. C’est un travail émotionnel important, et c’est correct de ne juste pas avoir le temps, l’intérêt ou l’énergie pour ça. Tu peux y aller à ton rythme. Tu n’es jamais obligée de parler de ton orientation sexuelle à qui que ce soit, peu importe tes raisons.

Même si je ne m’identifie pas comme lesbienne, je pense que je peux comprendre car je suis déjà passé.e par des émotions semblables. Quand j’étais adolescent.e, je n’étais pas comme les autres jeunes de mon âge et je ne savais pas trop pourquoi. Mon entourage voyait bien que je n’étais pas confortable avec les codes et les normes de genre attendues. Je sais que plusieurs se doutaient que je n’étais probablement pas hétéro, mais la plupart des gens respectait mon intimité, ou en tout cas étaient trop gêné.e.s pour m’en parler. Mais un jour ma grand-mère aussi m’a demandé si j’étais gay, en me disant que c’était correct si c’était le cas, mais qu’elle voulait savoir. J’ai répondu non, même si je n’étais pas mal sur.e de l’être à l’époque. Quelques années plus tard, quand j’ai amené mon partenaire à une fête de famille, elle était super contente pour moi et lui a beaucoup parlé, mais techniquement je ne lui ai jamais dit mon orientation sexuelle. Tout ça pour dire qu’il y a plein de parcours différents (et parfois similaires) pour découvrir qui on est tout en le partageant avec les autres.

Par rapport au sentiment de honte, je dirais que c’est une chose de penser qu’il n’y a rien de mal à être lesbienne, de le comprendre intellectuellent ou abstractement, et c’est une autre chose de l’inégrer, de l’apliquer et de le vivre réellement. Ça se fait graduellement par étapes, et ça ne prend pas les mêmes efforts et la même durée pour tout le monde. Mais éventuellement on peut y arriver!

Un autre aspect qui est très important c’est les discours et les histoires qu’on entend à propos de l’amour romantique entre personnes de même genre et à propos de la communauté LGBTQIA+. Si dans les films, à la télé, sur les réseaux sociaux, dans la famille, à l’école et avec ses ami.e.s, on n’entend jamais parler de couples lesbiens, ou encore on entends des choses négatives et fausses sur les personnes lesbiennes, c’est difficile de faire autrement que d’en internaliser une partie.

Un truc qui pourrait aider à déconstruire ces idées préconçues et cette honte pourrait être de consommer des médias qui mettent en scène des histoires lesbiennes. Il y a différents films qui existent :

Des séries télé :

Et de la musique :

Il serait sinon possible de consulter des témoignages et récits vécus comme cette réponse de ma collègue Marie-Édith :

J’aime le mot lesbienne parce qu’il est court, il est clair, il est utilisé par d’autres militantes qui me ressemblent ou que j’admire, et franchement je trouve que ça sonne badass ! J’aime aussi que « lesbienne » même lorsqu’on le prononce, signifie que l’on parle surtout de femmes (alors que « homosexuel.le », au masculin ou au féminin, c’est la même chose à l’oral). J’aime sa spécificité ! Je n’ai pas choisi d’être lesbienne, mais je choisis ce mot-là pour décrire une des facettes de qui je suis maintenant.

Les lesbiennes ont aussi une histoire riche et fascinante à travers les générations, en France et ailleurs dans le monde. Tu pourrais t’intéresser aux livres et aux documentaires sur l’histoire du mouvement des gays et lesbiennes à travers les époques pour mieux comprendre d’où vient la force et la fierté lesbienne, ce qui nous unit et ce qui nous rend uniques.

Et enfin, rencontrer des vrais personnes de la communauté aide beaucoup aussi! Tu as déjà un ami gay mais tu trouves encore difficile de lui parler de ton orientation. Peut-être que les barrières ne seraient pas aussi présentes avec des personnes qui te connaissent moins et qui n’ont pas d’attentes envers toi? Tu pourrais regarder du côté des associations LGBTQ+ près de chez toi ou encore sur des groupes Facebook.

En résumé, de façon générale, je dirais que trouver des modèles positifs de personnes auxquelles on peut s’identifier et apprendre comment la vie peut continuer et être bien remplie pour des gens comme nous permet de diminuer grandement ce sentiment de honte. Qu’il s’agisse de personnes réelles, présentes ou historiques ou encore des personnages fictifs. Ce n’est pas la seule et unique solution, il y aussi du travail conscient à faire pour explorer et analyser ces sentiments, mais reste que c’est une bonne première étape à mon avis.

C’était un peu long, mais j’espère que ces quelques pistes t’aideront à prendre confiance en toi et à te sentir plus confortable dans ton identité. Écris-nous à nouveau dès que tu en auras envie. 🙂

Passe une excellente fin de journée,

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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