Comment rencontrer le bon copain en étant homosexuel dans une région du Québec?


Bonjour à tous,
Je voulais vous féliciter premièrement pour votre beau travail.
Ma question( ou plutôt mon problème ) est la suivante ; j’aimerais savoir comment rencontrer le bon copain.
Je demeure en région et il n’y a pas autant d’opportunités qu’en ville. Je me suis inscrit sur des sites . Malheureusement, je suis un peu tanné de toujours tombé sur des mecs plus âgés qui peuvent avoir jusqu’à 60 ans parfois . J’aimerais ça avoir une rencontre sérieuse avec un homme de mon âge. Vous comprenez ?
Quand je sors dans les bars majoritairement hétéros ou quand je commence à développer une amitié avec un homme juste hétéro qui ne sait pas si je suis gay, je me seul?
Bien sûr que j’ai déjà essayé juste pour voir….ca fait un temps…
L’autre chose est qu’il n’y a pas beaucoup de mecs qui sont prêts à avoir quelques chose de sérieux ..C’est plus souvent du sex cam et du 《1》soir.
Est-ce que c’est ça être gay ? Je veux dire: est-ce qu’il est vrai que nous sommes un peu cloîtré dans notre communauté et que nousn’avons pas le choix d’avoir des relations qui ne vont pas très longtemps dans le temps ? Je vois ces hommes âgés et ça me rend un peu inquiet pour l’avenir .vais-je devenir vieux garçon devenu attiré juste pas les jeunes?
Pour finir, j’ai découvert qu’il y avait une ribambelle de définition. (Ex bears) C’est parfois un peu difficile de s’y retrouver. Est-ce que ces particularités se retrouvent chez les hétérosexuels ? (Comme demi-sexuel, pansexuel,…etc)
Est-ce qu’il est préférable que je fasse mon coming out public pour m’aider dans ma quête de retrouver l’âme soeur, car parfois j’ai l’impression que ça me nuit (C’est peut-être juste une impression, mais je crois que la personne, elle, qui a fait son comint out n’ a plus rien à perdre. )(présentement, ma famille proche est au courant et mes amis.)
Que me conseillez-vous sachant que mon employeur n’est pas au courant et que je demeure dans un village ?
Même si mon père est au courant que je suis gay,j’ai jamais amené de chum à la maison et je crois qu’il risque dy avoir une forme de rupture.
Désolé si mon texte est aussi long, mais vous pouvez tout regrouper en une seule question:
Comment rencontrer l’âme soeur ?
Emilio
 
Salut Emilio !
Merci pour les remerciements, ça fait toujours chaud au coeur d’entendre ce type de feedback! 🙂 J’aimerais à mon tour te remercier pour ta confiance à nos côtés. J’espère sincèrement avoir la possibilité de te donner un p’tit coup de pouce dans cette situation que tu nous confies. Si je comprends bien, tu as plusieurs questions entourant les rencontres entre hommes, l’homosexualité en région et les cultures gaies en général. Le tout se résume comme tu le nommes : comment rencontrer l’âme soeur, en tant qu’homme homosexuel, en habitant dans un petit village au Québec.
D’abord, ta question me touche personnellement. J’ai également expérimenté un parcours de vie en contexte de ruralité dans l’Est du Québec. Il existe effectivements des contextes et des particularités régionales précises lorsqu’on tente d’analyser les défis des personnes LGBTQ+ au Québec, que ce soit en villes ou en régions. C’est par ailleurs sur certains de ces sujets que j’ai orientés plusieurs de mes travaux universitaires et où j’ai orienté plusieurs années de mes implications sociales et communautaires à faire rayonner la diversité sexuelle et de genre en contexte de ruralité. Bref, j’ai moi-même eu des réflexions très similaires aux tiennes, moi-même expérimenté beaucoup de difficultés à rencontrer des garçons de mon âge avec qui construire une forme quelconque de relation. C’est pourquoi je prends le temps de t’écrire ces quelques mots et pour te préciser que tu peux te sentir en confiance de partager l’ensemble de ces questionnements à mes côtés. 🙂
Abordons tes différentes questions une à la fois si tu me le permets. 🙂
 
Sur la question des étiquettes….
D’abord, la question liée à la ribambelle de définitions ! Il est vrai que c’est parfois difficile de s’y retrouver, il m’arrive encore de devoir faire des recherches personnelles sur certains termes revendiqués! D’abord, il y a des côtés positifs et négatifs à cette ribambelle de définitions. D’une part, il s’agit d’un symbole identitaire que les hommes gais ou bi utilisent en fonction de comportements ou de traits physiques particuliers. Par exemple, les bears sont généralement décrits comme des hommes avec une carrure ou un poids plus élevé que la moyenne et qui célèbrent leur pilosité. Cette étiquette a eu, historiquement, un puissant impact émancipateur chez ses hommes bears. En effet, ces hommes se sont réappropriés les standards de beauté en célébrant des corps non-musclés et non-imberbes. Ils se sont donc rassemblés sous cette appartenance identitaire. Toutefois, ces étiquettes peuvent aussi enfermer un côté un peu plus négatif, incitant parfois certains hommes à un certain culte du corps parfait, pour ne nommer que celui-ci. Ces étiquettes sont souvent utilisées sur certaines applications de rencontres pour hommes, mais en aucun cas une personne est dans l’obligation de devoir s’étiqueter à quoi que ce soit! Deal? Je n’ai malheureusement pas trouvé d’articles francophones à ce sujet, mais si tu comprends l’anglais, tu peux jeter un coup d’oeil à cet article : Identity crisis on Grindr. À ce sujet, et pour décompresser un peu, je te propose ce podcast de mes amis montréalais de 2fxfslematin : Vendre la peau de l’ours. Ils explorent les différentes étiquettes présentes dans la communauté gaie. Voici un extrait de la description de cette épisode : «on se demande, t’es tu twink, t’es tu bear, t’es tu jock ou t’es tu all dressed? on se questionne à savoir à quoi servent ces étiquettes dans la communauté, on vous parle de ce qui est le fun et moins le fun d’avoir des étiquettes intra-communautaires». Jess et Charlie abordent cette réalité de la ribambelle d’étiquettes de façon politique et humoristique. Bonne écoute!
Tu te demandes si ces particularités se retrouvent chez les personnes hétérosexuelles. À ma connaissance, non. Il faut dire que les hétérosexuel.le.s n’ont jamais ressenti le besoin de se regrouper en communautés traditionnellement marginalisées en fonction de leurs corps, sexualités, genres ou préférences, contrairement aux personnes de nos communautés LGBTQ+ qui ont dû développer des stratégies pour se créer des communautés identitaires qui se voulaient sécuritaires. Les termes que tu nommes, comme demisexuel ou pansexuel, font en fait partie de la grande famille des orientations sexuelles! Le terme pansexuel est parfois utilisé comme synonyme à la bisexualité, cela dépend surtout des personnes qui le revendiquent. Le terme pan signifie tout, donc une personne pansexuelle a la capacité d’être attirée envers une personne, peu importe son identité de genre. Le terme bi signifie pour sa part deux, et réfère à la capacité d’être sexuellement attiré envers au minimum deux genres. (N’oublions pas qu’il n’existe pas uniquement les hommes et les femmes, mais qu’il existe une diversité de genres reliés à la grande famille de la non-binarité!). Puis, le terme demisexuel réfère à une personne qui ne ressent de l’attirance sexuelle qu’après avoir formé un lien émotionnel fort avec une autre personne! Les personnes demisexuelles peuvent être en couple dans une relation hétéro ou homo, peu importe!
 
Sur la question du coming out…
Tu te demandes s’il est préférable que tu fasses ton coming out afin de t’aider dans cette quête d’un partenaire qui répond à tes besoins et tes attentes. Ton cercle social proche est au courant de ton homosexualité, mais ni ton employeur et ni les autres personnes de ta communauté ne le sont. Sache que la décision de faire un coming out appartient uniquement à toi. Certaines personnes vont faire ce dévoilement tôt, d’autres plus tard, et d’autres, jamais. Chaque décision est valide et appartient uniquement aux personnes concernées! Est-ce qu’il y a des raisons qui font en sorte que tu ressens une réserve à l’idée que les autres personnes de ton village soient mises au courant? Et puis, ton employeur n’est aucunement dans la nécessité d’être mis au courant, c’est un choix qui te revient. La qualité de ton travail n’est aucunement influencée par ton orientation sexuelle, n’est-ce pas? Dans tous les cas, écoute-toi et sois à l’écoute de ton propre rythme et de tes propres limites. Dans certaines situations, lorsque l’orientation sexuelle d’une personne est connue dans un certain milieu, cela peut parfois encourager d’autres personnes à venir lui parler ou à faire elles aussi leur coming out. Mais il est impossible pour moi de prédire ce qui se passera dans la réalité et le quotidien de ton village. Et peu importe ta décision, ce sera une décision que tu prends pour toi dans ce que tu considères comme étant la meilleure option, une option qui fait du sens dans le contexte actuel que tu vis, ici et maintenant.
 
Comment rencontrer d’autres personnes LGBTQ+?…
Je vois que tu habites dans la région administrative de Chaudières-Appalaches. Est-ce que tu connais le GRIS Chaudière-Appalaches? Il s’agit d’un groupe communautaire actif dans la démystification de la diversité sexuelle et de genre dans les écoles de ta région. Ce groupe offre également le service de jumelage, c’est-à-dire qu’il offre la possibilité à n’importe quelle personne LGBTQ+ de rencontrer à quelques reprises un.e bénévole de l’organisation avec qui discuter de leurs réalités. Cela peut être une belle façon de rencontrer une personnes LGBTQ+ de ta région impliquée à construire et faire rayonner les personnes de la diversité dans Chaudière-Appalaches! Peut-être pourra-t-on te renseigner sur les différentes activités sociales prévues pour les personnes de la diversité ou, plus spécialement, une façon de rencontrer d’autres garçons comme toi. Voici l’hyperlien concernant le service de jumelage. Tu peux aussi les contacter pour devenir bénévole à leurs côtés et ainsi t’impliquer auprès d’une équipe LGBTQ+, et du même coup, rencontrer d’autres personnes vivant ou ayant vécu une situation similaire à la tienne.
De plus, est-ce que tu connais le groupe Fierté agricole? Il s’agit d’un organisme dont la mission principale est de regrouper les personnes LGBT+ partageant un intérêt commun pour l’agriculture et la vie rurale. Il est possible de prendre contact avec cet organisme pour s’informer sur les différentes activités offertes dans ta région ou de connaître les possibilités d’implication à leurs côtés. De plus, un bref coup d’oeil à leur calendrier d’événements nous informe que leur prochaine activité est dans la région de Chaudière-Appalaches, à Sainte-Croix!
Puis, pour citer cette ancienne réponse :

Il existe de nombreux sites de rencontre dédiés ou utilisés par des hommes homosexuels ou bisexuels. On peut penser à Gay411 ou OkCupid par exemple. Ces sites nécessitent de se créer un compte et de répondre à quelques questions en remplissant un profil. Si tu as un téléphone intelligent, il est aussi possible d’utiliser des applications de rencontre comme Grindr, Scruff ou Hornet. Ces outils numériques peuvent être intéressants pour prendre un premier contact avec un homme et de planifier une rencontre en vrai. Naviguer les sites ou applications de rencontre n’est pas toujours évident : cela peut parfois être frustrant et décourageant. Toutefois, de récentes études suggèrent que près de 70% des hommes homosexuels ou bisexuels ont rencontré leur(s) partenaire(s) via ces outils numériques en 2010… Comme quoi ces applications peuvent être utiles pour certaines personnes! Un point positif important de ces outils numériques, c’est que selon la taille de la ville où tu habites, les applications permettent d’avoir une idée des différents hommes intéressés à rencontrer d’autres hommes dans ta région. Advenant l’absence de milieux de socialisation pour la communauté LGBTQ+, ces applications peuvent être un bel outils pour rencontrer d’autres hommes.

Il est vrai qu’il peut être difficile de rencontrer d’autres jeunes homosexuels ou bisexuels lorsqu’on habite loin d’un centre urbain. À l’époque, lorsque j’habitais également en région, j’avais l’habitude de me déplacer de temps en temps dans un centre urbain simplement pour participer à certaines soirées ou événements LGBTQ+ et de me sentir un peu moins seul. Est-ce que tu as la possibilité de te déplacer parfois vers Québec, par exemple?
 
Sur la question des rencontres entre hommes…
Finalement, tu affirmes trouver difficile de trouver des garçons prêts à vouloir s’engager dans une relation sérieuse. Tu trouves dommage que la majorité des garçons à qui tu as parlé semblent opter pour des plans d’un soir ou du sex cam. Tu te demandes si c’est cela que être gay. En fait, il y a autant de façon d’être homosexuel qu’il existe de personnes homosexuelles… Chaque personne a la possibilité de définir ses besoins en termes de sexualité ou de relation. Ce qui peut possiblement nous différencier des hétérosexuels, c’est le fait que nous nous sommes déjà éloignés du modèle ”hétérosexuel” dominant en revendiquant notre homosexualité ou bisexualité. Ce modèle hétérosexuel dominant contient également des valeurs et des comportements faisant référence à la monogamie ou à l’exclusivité relationnelle, ce à quoi certaines personnes LGBTQ+ refusent d’adhérer. Mais je tiens à préciser, chaque modèle relationnel est valide et unique en soi! Et j’invite simplement les personnes à déterminer ce qui leur convient, dans le respect et le consentement avec leur(s) partenaire(s). Ceci étant dit, certaines relations homosexuelles peuvent durer longtemps, d’autres non, tout comme les hétéro. Le côté éphémère n’est pas limité aux relations entre gars, bien que je peux tout de même appuyer en partie ce que tu dis puisque cela demeure en effet une des analyses possibles du milieu gay.
 
Rencontrer un âme soeur dans un contexte de ruralité est possible, mais il est vrai que cela comporte certains défis. La vie LGBTQ+ en contexte de ruralité comporte des composantes uniques, tout comme la question de l’anonymat, de la faible démographie, des distances importantes entre les villages/villes et l’absence de milieux de socialisation LGBTQ+. De plus, plusieurs études observent le phénomène d’exode des jeunes LGBTQ+ vers les centres urbains, les personnes LGBTQ+ s’installant souvent en région lorsqu’elles sont un peu plus âgées après avoir rencontré un.e partenaire en ville. Mais je te rassure, les personnes LGBTQ+ existent partout, dans ta région également, c’est pourquoi je te propose de rencontrer en contact avec les deux organisations communautaires LGBTQ+ actives sur ton territoire afin de te bâtir tranquillement un réseau. Et puis, des petites virées à Québec ou Montréal peuvent aussi être une option, ou bien demeurer à l’affût des différentes activités organisées par des groupes LGBTQ+ des associations de Cégep dans les alentours, comme le Comité pour la diversité sexuelle et de genre du Cégep de Victoriaville.
 
Je te souhaite sincèrement de faire des rencontres inspirantes et émancipatrices. N’hésite surtout pas à nous écrire de nouveau si tu en ressens le besoin.
 
Solidairement,
 
Guillaume, un queer de région.
 


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.