Comment être heureux en tant qu’homme trans dans notre société?


Bonjour !
Voilà , je ne sais pas vraiment si c’est une question ou un besoin d’être rassuré , mais je tente ma chance ici .
Commençons par le commencement : Je suis un garçon trans de 16 ans qui s’en est rendu compte il y a deux ans .
Je tient à préciser que lorsque j’ai appris que je pouvait être un garçon , j’étais réellement euphorique ! Je me sentais libre d’être moi pour de vrai , de pouvoir vivre ma vie et en profiter , sans être obligé de faire semblant d’être une fille , bref , un grand soulagement . Je pensais que tout allait être très simple , mais je me suis rapidement rendu compte que je me trompais : Ma mère ne me croyait pas lorsque je lui ai dit , et , tentant de trouver refuge sur des forums , on m’assailla de doutes : J’ai vu des personne trans parler de n’être pas assez trans par exemple . Qu’es ce que ça veux dire ? Si je suis un garçon, je suis un garçon , non ? Certains disaient qu’il fallait avoir une sorte de dysphorie extreme pour être sur d’être trans . Je me suis senti illégitime face aux témoignages de personnes si mal qu’elles s’en scarifiaient . J’était mal, certes , il m’arrivait ( et m’arrive encore) de pleurer devant le miroir car j’ai l’impression que mon corps celui de quelqu’un d’autre . J’ai toujours l’impression de me prendre des piques à chaque mauvais pronom , et dans des accés de rage et de frustration par rapport à mon corps et à l’image qu’il renvoyait aux autres et à moi même , je me suis mordu les bras à en laisser des traces . Mais on me disait qu’il en fallait toujours plus . J’ai commençé à me remmettre en question . De plus , d’un autre côté , on m’insultait : J’avais eu la mauvaise idée de demander un peu d’aide sur les mauvais forums sur lesquels on me répondait des choses comme “sucides toi travelo” , “go découvrir ta féminité!” “Tu ne peut pas changer tes chromosomes.”
J’en ai pleuré , longtemps , et silencieusement . Je ne savais pas que tant de gens pouvait me détester à cause de cela . Avant , mal rensiegné que j’étais , je pensais que tout le monde accepterait un garçon trans , n’y voyant qu’un homme , et pas une femme qui fait un caprice . C’est à ce moment là que j’ai essayé de me persuader ne pas être un garçon . Parce que le chemin était trop long , compliqué … J’étais découragé . Mais ma véritable nature est revenue au galop , et , prenant mon courage à deux mains , j’ai décidé d’accepter le fait que j’étais un garçon , et que malgrès tous mes efforts , je ne pouvais pas le changer . J’ai accepter le fait que cela ne plairait pas à certaines personnes que je ne pourrais pas comvaincre du contraire . J’ai fait un coming out à mon père , puis à mon psy . Je lui ai dit que je doutais encore ,parce que , oui , j’ai encore des doutes .
On m’a tellement bourré le crâne de “tu va le regretter” “tu te mens à toi même” ” tu es et reste une femme” que je pense que j’en aurai toujours . Mais finalement , je me suis dit qu’il fallait simplement faire ce qui me faisait me sentir bien . Mon psy m’a genré au masculin et à soumis à mon père l’idée de m’inscrire à une activité sous un nom masculin .
J’avais un peu l’impression d’usurper mon identité , j’étais heureux mais mal à l’aise en même temps à l’évocation du “il” pour moi . ça m’a fait encore un peu douté , mais sur un forum très avenants pour FtM et FtX , l’on m’a rassuré , ils m’ont dit qu’eux aussi cela leur avait fait àa la première fois , et que c’étais tout à fait normal puisque j’avais passé 16 ans à me faire appeler “elle” . Tout se passe donc assez bien pour le moment . Mais voilà …
J’ai peur de ne jamais réussir à aller vraiment bien . Je réfléchis de plus en plus à mes relations sociales , et je me demande plein de chose : Et si des amis que je pourrais me faire étaient transphobes ? Et si je les dégoutais ? Et si des hommes gays refusaient d’être avec moi parce qu’ils ne sont pas hétéros ? Et si on me voyait comme un monstre ?
Et si ma propre communauté me rejetait parce que je ne suis pas tout à fait heureux ? Je doute qu’un jour quelqu’un veuille de moi . Partout , je ne vois que des représentations de personnes trans malheureuses , moquées , le fameux “It’s a trap” suivi de vomissement en se rendant compte qu’une personne est trans . Et si je connais ça , la majorité des autres personnes aussi . Elles ont suremement des aprioris sur la questions . Des idées fausses . Et je ne veux pas passer ma vie à éduquer des gens sur le sujet , mais je ne veux pas être seul non plus . Je ne veux pas leur dire que je suis trans sinon ils ne verront qu’une femme . Mais si je ne leur dit pas , ils auront l’impression que je leur ment , pourtant , ce n’est pas mon attention . Et dans mes relations amicales actuelles , je me voit mal convaincre mes amies de ce fait : Peut-être que mes amis les plus récentes pourront digérer ça , mais … J’ai une amie , ma meilleure amie depuis 10 ans . On s’est connues à la maternelles , on a passé notre vie ensemble . C’est avec elles que j’ai vécus les meilleures moments de ma vie , que j’ai fait des choses improbables . Elle me connait comme fille depuis 10 longues années . Comment pourrais elle me voir un jour comme un homme ? De plus , j’ai peur de la perdre : Et si je la dégoutais ? Et si elle ne comprennait pas ? Je ne pourrais pas supporter de la perdre , mais je ne pourrais pas non plus continuer à me faire appeler par mon dead name et des pronoms féminins avec elle . Je ne sais vraiment pas quoi faire .
Tout ça pour vous demander l’équivalent d’une brochure , du genre ” manuel du transgenre pour survivre en société “.
Comment dois je réagir ? Dois je le dire ? à qui ? comment ? Je suis un peu perdu , j’ai peur de faire une gaffe qui me ferait perdre tout ce que j’ai .
Comment avez vous fait ? Comment faîtes vous ?
Désolé pour ce pavé , et bravo et merci à vous qui l’avez lut jusqu’au bout .
Merci d’avance .
(Ho , pendant que j’y suis , j’ai aussi du mal à me trouver un pénom qui me convienne , mais ça n’a pas vraiment d’importance …)
– Erwin .

 
Bonjour Erwin!
La première chose qui me vient à l’esprit quand je lis tes questions, c’est à quel point tu sembles doué pour l’écriture! As-tu déjà pensé à écrire, que ce soit sous la forme de fiction ou non, des textes par rapport à ce que tu vis présentement? Personnellement, l’écriture m’a beaucoup aidé pour explorer mon identité de genre, mais aussi pour imaginer différentes situations que je pourrais vivre en tant que personne trans. En écrivant des personnages trans et non-binaires, je peux explorer tout plein de facettes de la transitude sans même sortir de ma chambre! Penses-tu que ça pourrait t’aider à surmonter les difficultés que tu vis en ce moment?
Bon, revenons à tes questions. Tu parles d’abord du sentiment de ne pas être « assez trans ». C’est un sentiment bien commun dans la communauté, provoqué entre autres par le fait qu’être trans a beaucoup été pathologisé (c’est-à-dire qu’on traitait cette identité comme une maladie) par le passé, et ce l’est encore beaucoup de nos jours. Mais tu as bien raison quand tu dis que tu es un garçon simplement parce que c’est comme ça que tu te sens! Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon d’être trans : le seul prérequis est d’avoir une ou des identités de genres qui diffèrent de celle qu’on t’a assignée à la naissance. Certaines personnes trans vivent beaucoup de dysphorie et d’autre n’en vivent pas du tout, et elles sont toutes aussi trans les unes que les autres. Ça peut être très difficile et décourageant de faire face à ces préjugés au sein de notre propre communauté, alors qu’on vit déjà beaucoup de transphobie à l’extérieur de celle-ci. Je t’encourage à garder ta vision de la transitude qui est basée sur l’autodétermination : on est trans si on sent qu’on l’est, c’est tout.
Tu dis que le fait que tu t’es senti bizarre en te faisant genrer au masculin t’as fait douter de ton parcours. Comme te l’ont dit d’autres personnes trans sur des forums, je tiens à te rassurer : c’est tout à fait normal! Cela peut prendre du temps avant de s’habituer à se faire genrer autrement que ce qu’on est habitué, et si tu ne t’habitues pas au pronom « il », tu peux aussi essayer d’autres pronoms, tels que « iel », « yal », « ille », « ol », etc.
D’ailleurs, c’est la même chose pour un nouveau prénom, ça peut prendre un peu de temps avant de trouver le bon et de s’y habituer! Tu fais bien de continuer à expérimenter par rapport à ton nouveau prénom, car on peut avoir besoin de faire plusieurs essais avant d’arriver à trouver un prénom qui nous convienne. Il n’y a pas de presse, prends tout le temps dont tu as besoin. Je t’encourage aussi à essayer ces prénoms dans le plus de contextes possible, afin de voir comment ça te fait sentir quand différentes personnes t’appellent ainsi.
Je sais que c’est démoralisant d’être confronté à de la transphobie de la part d’ami.e.s et de connaissances actuel.le.s. ou futur.e.s. Par contre, rappelle-toi toujours que tu n’es pas seul. On considère en général qu’il y a de 1 à 3 % de personnes trans dans la population. Je ne sais pas où tu habites, mais même si tu habites dans une toute petite ville de 10 000 habitant.e.s, il y aurait quand même de 100 à 300 personnes trans qui y vivent!
Je t’invite encore une fois à consulter le site de la Fédération trans et intersexes de France afin de trouver une association trans près de chez toi. Et s’il n’y en a pas, tu peux tout de même contacter la ligne d’écoute de SOS Homophobie, ou trouver un groupe Facebook ou des forums en ligne pour parler à d’autres personnes qui vivent des situations semblables aux tiennes.
De plus, malgré le fait que les représentations des personnes trans dans les médias sont souvent très négatives et décourageantes, elles ne représentent pas du tout la réalité. Les personnes trans réussissent elles aussi à mener des vies heureuses. Un grand nombre d’entre nous sommes très heureuxes : nous avons des ami.e.s, des amoureuxes, des familles. Nous étudions, travaillons et militons dans tous les domaines et tous les milieux. Et je te rassure, il existe beaucoup d’hommes, gais, bisexuels ou pansexuels, qui entretiennent des relations avec des hommes trans, incluant des hommes trans qui sont en couple avec d’autres hommes trans!
Par rapport au coming-out auprès de ta meilleure amie, qui te connaît depuis 10 ans, j’ai quelques conseils à te donner. Une des facettes difficiles d’un coming out trans est que certaines personnes peuvent avoir l’impression de perdre la personne qu’elles ont toujours connue. Pourtant, malgré le fait qu’une transition peut bel et bien entraîner un deuil pour nos proches, il est important de comprendre que nous demeurons la même personne qu’auparavant! Une bonne façon d’aborder cet enjeu avec ton amie est de lui expliquer que ça fait déjà deux ans que tu sais que tu es trans, et que donc durant ces deux années de votre amitié, tu savais que tu étais un garçon et que pourtant rien n’a changé! L’ami qu’elle connaît depuis toujours demeure tout à fait présent, même si son expression de genre et la façon de référer à lui pourraient changer. Si tu as peur de sa réaction, tu peux également lui écrire une lettre afin que tu n’aies pas à gérer sa réaction immédiate et qu’elle ait le temps de décompresser avant que vous en discutiez. Tu peux également lui donner un lien vers une ressource comme C’est comme ça ou AlterHéros afin qu’elle puisse faire des recherches sur le sujet et obtenir des réponses à ses questions.  
J’espère que ma réponse t’aide dans tes réflexions. J’aimerais de tout mon cœur pouvoir te fournir un mode d’emploi pour faciliter ton parcours, mais malheureusement, les expériences de chaque personne sont différentes et uniques. J’ai toutefois un livre à te conseiller pour survivre aux moments les plus difficiles. Le livre Hello, monde cruel, est un livre écrit par une femme trans qui est décrit comme Un guide pratique unique en son genre pour faire face aux pressions extérieures comme à la souffrance intérieure. Personnellement, j’adore ce petit bouquin, et je crois que tu l’aimerais aussi!
N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions,
Séré, intervenant pour AlterHéros
 


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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