Archives – Célébrations LGBTA Montréal: preuve d’une communauté vivante et fière


Au printemps dernier, l’organisme Divers/Cité qui organisait depuis 14 ans les célébrations de la Fierté gaie à Montréal a pris la décision de ne plus inclure dans le cadre de ses activités le célèbre Défilé et la Journée communautaire. Face à cette décision, les organismes et les associations de Montréal se sont rassemblé in-extremis pour créer un nouvel organisme, Célébrations LGBTA pour sauver ces deux événements qui auront lieu ce week-end, 28 et 29 juillet 2007 à Montréal.

Depuis 15 ans, la fin du mois de juillet à Montréal est marquée par les festivités de la Fierté gaie. C’est une semaine où les personnes LGBTA sortent du placard pour affirmer fièrement qu’elles ont choisi d’être heureuses dans leur orientation et leur identité sexuelle… qu’elles n’ont pas choisies. C’est le moment où les associations se rassemblent dans la rue pour présenter leurs services et leurs accomplissements. C’est aussi l’occasion pour Montréal de se montrer progressiste et d’accueillir des touristes de partout à travers le monde, venus pour célébrer sa différence. C’est l’opportunité pour les médias de faire le point sur les avancés ou les reculs dans l’égalité juridique et sociale. Bien que ces jours soient fêtés dans la joie, la Fierté gaie est beaucoup plus d’une simple fête.

La petite histoire de Divers/Cité
Jusqu’à tout récemment, c’était l’organisme Divers/Cité qui pilotait les festivités de la Fierté gaie à Montréal. D’abord, un défilé pour y revendiquer les droits des gais, les festivités se sont transformées avec les années en un festival avec un volet culturel de plus en plus important à chaque année. Avec des concerts, films en plein-air, des spectacles de danse, des partys organisés dans les discothèques, Divers/Cité était devenu un véritable incontournable parmi les festivals estivaux à Montréal. Divers/Cité était une belle démonstration d’un amalgame de plusieurs facettes de la communauté homosexuelle : culturelles, associatives et même sportives.

Je parle à l’imparfait parce que cette année, Divers/Cité a pris la décision de changer son mandat pour y devenir un Festival artistique, sans volet communautaire. Par le fait même, l’organisme a délaissé l’organisation du défilé et les journées communautaires, deux événements pourtant essentiels dans la définition même de la Fierté gaie. D’ailleurs, Divers/Cité ne parle plus de Fierté gaie, mais uniquement d’une « fête gaie ».

D’après certaine information, j’ai cru comprendre que des études marketing commandées par Divers/Cité révélaient que deux type de clientèles différentes participaient à Divers/Cité : la clientèle venant pour les partys, les raves et venue pour dépenser son argent à Montréal, et une autre, plus familiale et revendicatrice, qui s’intéressait davantage au défilé et aux journées communautaires. Plutôt de continuer à faire cohabiter ces deux types de clientèle, Divers/Cité a décidé de cibler que la première. Parce qu’il ne faut pas le cacher, l’organisation d’un défilé dans les rues de Montréal ne rapporte pas d’argent, ni l’organisation de foires communautaires. S’il est vrai que l’organisation d’un tel festival demande beaucoup d’argent, encore faudrait-il rappeler à Divers/Cité qu’il n’est pas dans sa mission sociale de faire de l’argent. Peut-être aussi devrait-on rappeler à nos gouvernements que le financement de Divers/Cité doit passer aussi par le financement adéquat d’activités citoyennes comme le défilé et les journées communautaires? Divers/Cité a-t-elle voulu limiter l’étendue et la visibilité de son festival pour mieux plaire à ses commanditaires privés qui n’auraient pas appréciés la publicité associée à son défilé controversé ?

Divers/Cité a vendu son âme
Abandonner le défilé et les journées communautaires, c’est pour moi l’équivalent de dire que Divers/Cité a vendu son âme. C’est comme un Festival Juste-pour-rire sans humour ou un Festival de jazz sans musique. Partout à travers le monde, la Fierté gaie est marquée par un défilé. Après tout, c’est comme ça que tout à commencé en 1969 lors que les homosexuels sont descendus dans les rues de New York pour revendiquer la répression contre les gais. Divers/Cité a-t-elle oublié sa propre histoire? Est-ce que parce que dorénavant les homosexuels sont autorisés à se marier et ont atteint l’égalité juridique qu’il faut arrêter de lutter et de revendiquer nos droits? La Fierté gaie se résume-t-elle uniquement par des T-dances et des spectacles en plein air? Est-ce dire que tout est gagné? Que dire de toute l’homophobie dont sont encore victimes trop de jeunes, des actes et des attitudes homophobes qui empêchent l’épanouissement de tant de personnes ?

La communauté queer contre-attaque

Avant de complètement se décharger de ses responsabilités sociales, Divers/Cité a tenté un rapprochement avec les groupes communautaires pour trouver un compromis et les aider dans la mise en place d’un nouvel organisme pouvant porter le flambeau de la Fierté gaie. Or, ces tentatives ont échoués… enfin presque.

Il y a sept semaines, tout laissait prévoir un été sans festivités de la Fierté, du moins sans défilé ni occasion pour les groupes communautaires de se réunir. Or, suite à l’initiative des certains groupes, une nouvelle tentative d’organiser un événement a eu lieu. Cette fois-ci, sans Divers/Cité, les efforts de concertation ont abouti. Ainsi, un nouvel organisme a vu le jour : Célébrations LGBTA Montréal, pour Célébrations de la Fierté des Lesbiennes, Gaies, Bisexuelles, Trans et leurs Amis.

Célébrations LGBTA Montréal 2007

Preuve d’une communauté bien vivante et surtout bien organisée, le milieu associatif de Montréal a réussi un coup de théâtre. En rassemblant plus de 80 organismes et associations à participer au défilé et aux journées communautaires, les nouveaux organisateurs de Célébrations LGBTA Montréal a aussi réussi à trouver un terrain d’entente avec la Ville de Montréal pour organiser le défilé – de jour cette fois-ci! – dans les rues du centre-ville. Cerise sur le sundae : les anciennes querelles avec les commerçants du Village de Montréal et Divers/Cité pour des questions d’argent se sont volatilisées. Cette année, les commerçants et les bars participeront aux festivités, et mettront ainsi à profit leur visibilité pour promouvoir Célébrations LGBTA.

Pervers/Cité : une alternative à la Pride Gay normalisée, blanche et bourgeoise
Je ne suis pas le seul à déplorer la décision de Divers/Cité d’abandonner son rôle d’organisateur de la Fierté gaie. Et la participation des commerçants du Village ne plait pas à tous. Depuis quelques jours, un collectif appelé « PERVERS/CITÉ » s’est organisé pour s’opposer au racisme, sexisme, capitalisme, transphobie, fascisme corporel, colonialisme, classisme et tout autre forme d’oppression et de marginalisation. Selon le site Internet de Pervers/Cité, l’objectif du collectif est « de s’opposer à l’assimilation totale de la communauté queer par la culture mainstream kkkanadienne. » Ce mouvement citoyen souhaite ainsi mettre de l’avant l’histoire locale du radicalisme queer ainsi que les réalités sociales quotidiennes auxquelles font face les personnes queers et qui sont ignorées de façon consistante par les médias gais mainstream en faveur « de gâteaux de mariage gai et de magasinage des fêtes ». Pervers/Cité invite tous ceux et celles qui souhaitent aider la réappropriation des fondements de la parade en tant que manifestation politique à marcher avec le contingent rose du collectif.

Je ne souhaite pas appeler au boycott du Festival artistique Divers/Cité. Mais je souhaite qu’un maximum de citoyens et de citoyennes, gais comme hétérosexuels, se déplacent et participent aux activités de Célébrations LGBTA Montréal, pour affirmer fort et fièrement que le défilé a toujours sa raison d’être, et que fêter la Fierté va bien au-delà de quelques activités culturels et soirées en discothèque.
Bonne Fierté chers compatriotes!


About Marc-Olivier

Marc-Olivier est le fondateur d’AlterHéros. Il a été impliqué dans l'organisme jusqu'en 2011, au sein du CA et à titre de webmestre du portail. Marc-Olivier a une formation en génie informatique à l’Université McGill. Il travaille actuellement comme conseiller Web à l'UdeM.

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